L'histoire du pistolet automatique dans l'armée française est un récit fascinant d'innovation, d'adaptation et de réponse aux besoins changeants des forces armées. Des premiers modèles hésitants aux armes modernes et sophistiquées d'aujourd'hui, le pistolet automatique a parcouru un long chemin, reflétant les avancées technologiques et les impératifs stratégiques de chaque époque.
Les Prémices de l'Ère Automatique : Le Pistolet "Le Français"
Au début du XXe siècle, la Manufacture Française d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne (Manufrance) a pressenti le déclin des revolvers traditionnels face à l'émergence des pistolets automatiques. En 1913, l'entreprise a conçu un pistolet résolument moderne, "Le Français", disponible en calibres 6,35 mm (.25 ACP) et 7,65 mm court (.32 ACP).
Caractéristiques du "Le Français"
Ces pistolets étaient réputés pour leur solidité et leur qualité de fabrication. Ils fonctionnaient en double action, comme les revolvers de l'époque. Une caractéristique distinctive était le canon pivotant vers le bas et la partie supérieure de la culasse basculant vers le haut lorsqu'on appuyait sur le bouton de libération, permettant de charger une cartouche sans manipuler la culasse. Après le tir, la culasse non calée reculait, et le ressort récupérateur la ramenait vers l'avant.
Un Succès Commercial et un Usage Officieux
Le marché de l'autodéfense était en plein essor durant la Belle Époque, et le pistolet "Le Français" connut un certain succès commercial. Certains officiers l'achetaient officieusement comme arme secondaire en plus de leur arme réglementaire durant la Grande Guerre.
La Version Militaire et l'Appel d'Offres de 1921
Lors de l'appel d'offres de 1921 pour un nouveau pistolet réglementaire dans l'armée française, Manufrance a présenté une version de son pistolet chambrée en 9 mm Browning Long (9×20 mm SR), une munition jugée satisfaisante pour un usage militaire. Cette version, dite de "guerre", conservait le fonctionnement en double action, un atout appréciable.
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Un Pistolet Populaire Même Pendant la Guerre
Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux officiers et soldats achetèrent le pistolet « Le Français » pour leur défense, le rendant assez courant. Son gabarit en faisait une arme privilégiée des mouvements de résistance.
Marquages et Production du "Le Français"
Une décision du 27 janvier 1925 stipulait que chaque pistolet "Le Français" subissait un essai de tir de trois cartouches, sanctionné par l'apposition d'un poinçon « T » (dans un cercle) en cas de résultat satisfaisant. Un contrôle définitif suivait, et l'acceptation était marquée par un poinçon « C » (dans un cercle). Par mesure d'économie, l'épreuve de tir fut réduite : sur chaque boîte de 10 pistolets, un seul était testé.
Le "Franco" : Une Version Commerciale
En 1923, Manufrance décida de s'adresser aux revendeurs en leur proposant d'acheter en gros des armes produites à la manufacture. Ces armes, destinées à la vente en gros, ne portaient aucune marque, sauf celle du client s'il le souhaitait. Ce n'est que le 27 novembre 1931 qu'il fut décidé de donner une marque à ces armes, le "Le Français" devenant ainsi le "Franco".
L'Armement Léger de la Gendarmerie : Un Aperçu Historique (1900-1940)
Pour comprendre l'évolution du pistolet automatique dans l'armée française, il est utile d'examiner l'armement léger de la gendarmerie à la même époque. De 1907 (adoption du pistolet-revolver 1892) à 2004 (adoption du pistolet automatique Sig Sauer Pro), la gendarmerie a connu des changements significatifs dans son armement.
Un Héritage des Années 1880
À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie était équipée d’armes conçues après la guerre de 1870-1871. Parmi ces armes, on trouve les revolvers 1873 et 1874, ainsi que l’adoption du système Gras en remplacement des Chassepots.
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La Carabine Gras : Une Solution Partielle
La gendarmerie ne reçut pas le fusil Gras, mais la version carabine, retenue sous l’appellation « 1874 Modifié 1880 ». Cette carabine était plus maniable pour les gendarmes à cheval et à pied, mais elle était limitée par sa capacité de tir (une seule cartouche).
Le Fusil Lebel et la Carabine Berthier
En 1886, le fusil Lebel fut adopté par l'armée française. Parallèlement, la carabine Berthier fut développée, intégrant un chargeur de quatre cartouches. En 1892, la gendarmerie adopta la carabine de l’Artillerie.
Le Pistolet-Revolver 1892 : Une Arme Révolutionnaire
En 1885, la section technique de l’Artillerie proposa de remplacer les revolvers modèles 1873 et 1874. Le revolver 1892 fut adopté et distribué à la gendarmerie à partir de 1907. Cette arme était considérée comme révolutionnaire pour son époque, avec un chien rebondissant, un percuteur frappant l’amorce perpendiculairement et une portière de chargement servant de verrou au barillet.
L'Entre-Deux-Guerres : Expérimentations et Nouveaux Modèles
Le Mauser Bolo 1912 : Une Arme Allemande en Service Limité
Après la Première Guerre mondiale, certains gendarmes eurent l'occasion d'utiliser le Mauser Bolo 1912, une arme allemande. Cela était dû à la présence de gendarmes en prévôté lors de l'occupation de la Ruhr suite au traité de Versailles. Cette arme, bien que fiable, était encombrante et lourde.
Le Pistolet Ruby et ses Dérivés : Une Production de Guerre
Le pistolet Ruby, produit par la société Gabilondo et Urresti, fut largement utilisé pendant la Première Guerre mondiale. Il s'agissait d'un pistolet automatique simple, chambré en 7,65 mm et muni d'un chargeur de neuf cartouches. Le Ruby fut copié par d'autres firmes, donnant naissance aux modèles Astra et Izarra.
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L'Évolution des Mousquetons Berthier
Pendant l'entre-deux-guerres, la gendarmerie continua d'utiliser le mousqueton Berthier, notamment le modèle 1916, qui intégrait un chargeur de cinq coups.
La Seconde Guerre Mondiale et ses Conséquences sur l'Armement
La Seconde Guerre mondiale entraîna des bouleversements importants dans l'armement de la gendarmerie. Après la défaite de 1940, l'armement des unités fut restreint, les gendarmes n'étant autorisés à conserver que leur pistolet individuel. Cependant, certains gendarmes cachèrent des armes à l'occupant et participèrent à la Résistance.
La Libération et la Diversification des Sources d'Armement
Après la Libération, la gendarmerie eut accès à une variété d'armes, provenant de sources alliées et ennemies.
Vers une "Gendarmisation" de l'Armement : L'Après-Guerre
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Gendarmerie nationale se retrouva avec un arsenal hétéroclite, comprenant des armes réglementaires, des armes alliées (Thompson, Sten) et des armes allemandes (MP 38, MP 40).
Le Luger P 08 et le Walther P 38 : Des Prises de Guerre Devenues Armes Réglementaires
Parmi les armes allemandes, le Luger P 08 et le Walther P 38 furent officiellement adoptés par la gendarmerie à partir de 1945. Cela était dû à la prise de contrôle des usines Mauser par les armées françaises. Le P 08, une version améliorée du pistolet Borchardt, était un pistolet semi-automatique innovant avec un système d’ouverture à genouillère et un chargeur dissimulé dans la poignée. Le P 38, plus moderne, remplaça progressivement le P 08 dans les armées allemandes à partir de 1942.
Les Pistolets Français : PA 35 A et PA 35 S
La France produisit également ses propres pistolets automatiques : les PA 35 A (fabriqué par la Société Alsacienne de Construction Mécanique) et PA 35 S (fabriqué par la MAS). Ces pistolets, bien que similaires, n'avaient aucune pièce interchangeable. Ils utilisaient la munition de 7,65 mm long. Le PA 35 A rejoignit la gendarmerie en 1945, suivi du PA 35 S en 1951.
Le Pistolet-Mitrailleur MAS 38
La gendarmerie reçut également le pistolet-mitrailleur MAS 38.
Le MAC Modèle 1950 : Un Pistolet Né de la Volonté d'Uniformisation
Dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, l’armée française cherchait à uniformiser son armement de poing. C’est dans ce contexte qu’est né le MAC Modèle 1950 (Manufacture d'Armes de Châtellerault), un pistolet semi-automatique en 9 mm Parabellum destiné à devenir l’arme réglementaire unique des forces françaises.
Conception et Production du MAC-50
Inspiré des modèles 1935S et 1935A, le MAC-50 en reprenait la simplicité mécanique tout en y apportant des améliorations. La production fut réalisée en deux périodes :
- 1953 - 1963 : MAC (Châtellerault) ≈ 221 900 exemplaires
- 1963 - 1978 : MAS (Saint-Étienne) ≈ 120 000 exemplaires
Au total, plus de 340 000 exemplaires ont été fabriqués.
Caractéristiques Techniques du MAC-50
- Calibre : 9 mm Parabellum (9×19 mm)
- Capacité : 9 cartouches + 1 en chambre
- Poids : environ 860 g à vide
- Longueur : 195 mm (canon : 111 mm)
- Mode de tir : semi-automatique, simple action
- Sécurité : levier de sûreté sur la glissière, sécurité de chargeur
- Visée : hausse fixe et guidon fixe
Utilisation et Exportation du MAC-50
Le MAC-50 a équipé l’armée française durant les conflits de décolonisation, la guerre d’Algérie et les opérations extérieures. Il a également été utilisé par la gendarmerie et la police nationale. De plus, il a été exporté vers plusieurs pays alliés ou partenaires, principalement en Afrique francophone.
Remplacement du MAC-50
À partir de la fin des années 1980, le MAC-50 a été progressivement remplacé par le PAMAS G1 (copie française du Beretta 92), puis par le Glock 17 à partir de 2020.
Les Armes de Poing Actuelles de l'Armée Française
Aujourd'hui, l'armée française utilise une variété d'armes de poing pour différents rôles et missions.
Pistolet Semi-Automatique PAMAS G1
Conçu par la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), le PAMAS G1 est le pistolet réglementaire des forces armées françaises depuis les années 1970.
Pistolet Semi-Automatique HK USP
Utilisé par des unités spéciales et des forces de sécurité, le HK USP est réputé pour sa fiabilité, sa précision et sa polyvalence.
Revolver Manurhin MR73
Bien que de moins en moins courant, le Manurhin MR73 reste en service dans certaines unités françaises en raison de sa précision et de sa robustesse.
Sig Pro 2022
Équipé par plusieurs branches des forces de l'ordre françaises, notamment la police nationale, la gendarmerie, les douanes et même l'administration pénitentiaire.
Pistolet-Mitrailleur FN Five-seveN
Adopté par certaines unités spécialisées, le FN Five-seveN est connu pour sa munition spéciale 5.7x28mm et sa capacité à perforer les gilets pare-balles légers.
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