Le pistolet "Le Français" est une arme de poing française qui a marqué son époque par son originalité et son ingéniosité. Fabriqué par la Manufacture Française d'Armes et de Cycles de Saint-Étienne (Manufrance), ce pistolet se distingue par son système de double action, son canon basculant et sa conception compacte. Cet article explore l'histoire, les modèles et les caractéristiques techniques de cette arme emblématique.
Genèse et Conception
Au début du XXe siècle, l'ère des revolvers de type Bulldog et Vélodog touchait à sa fin avec l'avènement du pistolet FN Herstal 1900. En France, la Manufacture d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne a rapidement compris cette évolution et a conçu un pistolet résolument moderne. En 1913, le pistolet « Le Français » a vu le jour dans ses bureaux d'étude.
Étienne Mimard, cofondateur de Manufrance avec Pierre Blachon, est l'architecte principal de cette innovation. Le pistolet « Le Français » était un petit semi-automatique de poche en 6,35, sans chien externe, à culasse non calée, ne fonctionnant qu’en double action, à canon basculant et qu’il n’était nul besoin d’armer.
Le brevet du modèle n°1 a été déposé en août 1913. Ce premier modèle, destiné au marché civil, était un pistolet compact chambré en 6,35 Browning et sera plus tard renommé « Modèle de Poche ». Sa commercialisation a démarré en 1914, à une époque où l'acquisition d'armes de poing était bien plus accessible qu'aujourd'hui.
L'un des principaux arguments mis en avant par Manufrance était la simplicité et la sécurité de ces armes. Grâce à leur platine double action, nécessitant une pression volontaire sur la queue de détente, et à leur canon basculant automatiquement lors du retrait du chargeur, l'utilisateur pouvait instantanément vérifier si la chambre était chargée.
Lire aussi: Choisir le Meilleur Pistolet à Peinture à Batterie
Contrairement aux pistolets classiques de l'époque, les premières versions du « Le Français » ne disposaient pas de stries de préhension sur la culasse. Ce choix était intentionnel : le pistolet étant conçu pour être chargé en insérant un chargeur puis en déposant une cartouche dans la chambre, il ne nécessitait pas d'actionner manuellement la culasse.
Les Modèles et leurs Évolutions
La gamme Le Français s'est déclinée en plusieurs modèles, chacun ayant ses propres caractéristiques et destinés à des usages spécifiques.
Le Modèle de Poche
Le modèle de poche en 6,35 mm se distingue par ses dimensions réduites de 11 x 8 cm et son canon de 6 cm. Ce pistolet compact était idéal pour l'autodéfense discrète.
Le Policeman
En 1922, Manufrance lance une version améliorée du modèle initial, le Policeman, doté d'un canon plus long pour une meilleure précision. Ce modèle restera en production jusqu'en 1968.
Le Champion
Deux ans plus tard, une version encore plus grande voit le jour : le Champion (1926), décliné en 6,35 mm et .22 Long Rifle. Cette version était destinée au tir sportif et de loisir.
Lire aussi: Avis et Comparatif : Pistolets à Peinture Sans Fil
Le Type Armée
Dans les années 1920, l'armée française lance un appel d'offres pour un nouveau pistolet semi-automatique. En 1928, Manufrance présente le Le Français Type Armée, chambré en 9 mm Browning Long, mais ce dernier ne sera pas retenu.
Le "Le Français Type Armée" a connu deux types principaux. Les premiers modèles (1928-1930) avaient un canon extérieurement entièrement lisse, tandis que les modèles ultérieurs (1931-1939) étaient dotés d'un canon cannelé pour réduire le poids.
Le Modèle 7,65 Browning
Dans les années 1950, Manufrance parvient à relancer la production avec un modèle en 7,65 Browning, un calibre plus puissant que le 6,35 Browning. Ce modèle arbore une silhouette plus moderne, avec des stries de préhension sur la culasse et un mécanisme de basculement du canon assisté par un ressort pour une manipulation plus rapide.
Caractéristiques Techniques
Le pistolet 'Le Français' adopte un système à culasse non calée associé à une double action. Cette conception simplifie le fonctionnement de l'arme et la rend plus fiable.
Le modèle de poche affiche des dimensions compactes de 11 x 8 cm avec un canon de 6 cm. Son poids varie entre 300 et 340 grammes selon les versions. Le calibre 6.35mm (.25 ACP) se décline en trois versions distinctes.
Lire aussi: PS4 & PS5 : les meilleurs jeux de tir
Le modèle Policeman présente un canon allongé de 8,4 cm pour une longueur totale de 15 cm, avec un poids entre 350 et 410 grammes.
La version Français-Champion, destinée au tir sportif, se caractérise par un canon de 15 cm et une longueur totale de 24 cm.
Le système de double action et la culasse non-calée constituent des caractéristiques techniques distinctives.
Le « Le Français Type Armée » en Détail
Le "Le Français Type Armée" est une variante plus rare et plus imposante, chambrée en 9 mm Browning Long. Cette version a été conçue pour répondre aux exigences de l'armée française, mais n'a finalement pas été adoptée.
Conception et Mécanisme
Le "Type Armée" se distingue par sa conception robuste et son mécanisme fiable. Il est composé de seulement 28 pièces, ce qui témoigne d'une prouesse d'ingénierie. Son système de double action permet un tir rapide et précis, sans avoir à armer manuellement la culasse.
Le Canon Basculant
L'une des caractéristiques les plus originales du "Le Français Type Armée" est son canon basculant. Après le tir, il suffit de retirer le chargeur pour que le canon bascule automatiquement vers le haut, éjectant l'étui vide. Ce système facilite le chargement et le déchargement de l'arme, et permet de vérifier rapidement si la chambre est vide.
Munitions et Performances
Le "Le Français Type Armée" est chambré en 9 mm Browning Long, une munition jugée satisfaisante pour un usage militaire. Cependant, lors des tests de l'armée française, les cartouches fournies étaient volontairement sous-chargées, ce qui a nui aux performances de l'arme.
Un Succès Commercial Limité
Malgré ses qualités, le "Le Français Type Armée" n'a pas rencontré le succès commercial escompté. Seuls quelques milliers d'exemplaires ont été fabriqués, principalement pour les officiers fortunés et les collectionneurs.
Production et Fin de Production
La fabrication du pistolet 6-35mm Manufrance Le Français représente une réussite industrielle française. La production du pistolet Le Français s'étend sur une période significative, de 1913 à 1969.
Environ 10 000 exemplaires de ce modèle en 7,65 Browning seront produits jusqu'en 1969, date marquant la fin de la production des pistolets Le Français. Ce déclin s'explique par plusieurs facteurs.
D'une part, la concurrence avec des modèles plus modernes comme les Walther PP et PPK, qui offraient des performances similaires avec un design plus abouti. D'autre part, le durcissement de la législation sur l'acquisition d'armes de poing, qui a progressivement réduit le marché civil. Contrairement à d'autres fabricants, Manufrance ne semblait pas avoir misé sur l'exportation pour maintenir ses ventes.
L'expérience de tir avec cet étrange pistolet n'est pas des plus agréables. La détente double action est extrêmement lourde et les organes de visée sont très épais. La prise en main n'est pas désagréable grâce à des dimensions certes compactes, mais qui permettent de correctement attraper la poignée.
Dater les Pistolets "Le Français"
Dater avec précision les pistolets "Le Français" peut être un défi, car ils ne possèdent pas de dates de fabrication apparentes. Cependant, certains éléments peuvent aider à déterminer leur période de production :
- Le crochet de chargeur : Les premiers modèles en 6.35 (avant 1914 de mémoire) avaient une encoche en bas de poignée en guise de verrou de chargeur. Les modèles plus récents (à partir de 1935) avaient un verrou de chargeur classique.
- Le ressort de gâchette : Les premiers modèles avaient un ressort de gâchette en S.
- Le numéro de catalogue : Rechercher le numéro de catalogue (souvent frappé sur le pied de canon) et le croiser avec les informations disponibles dans les ouvrages spécialisés.
- Les caractéristiques techniques : Tenir compte des modifications apportées au fil des années, comme le remplacement du ressort de détente-gâchette à lame par un boudin sur tige (1924), l'apparition du canon à ailettes pour le modèle en 9 mm Browning Long (1931) et le canon à ailettes au tonnerre pour les 6,35 (1965).
L'Héritage du Pistolet "Le Français"
Bien que sa production ait cessé en 1969, le pistolet "Le Français" reste une pièce de collection prisée par les amateurs d'armes anciennes. Son originalité, sa qualité de fabrication et son histoire en font un témoin précieux de l'industrie armurière française du XXe siècle.
tags: #pistolet #Le #Français #histoire #et #modèles
