Le Pistolet Poivrière Mariette : Histoire et Héritage d'une Arme Belge

Le pistolet poivrière Mariette, une arme de défense populaire au milieu du XIXe siècle, incarne l'ingéniosité et le savoir-faire armurier de Liège, en Belgique. Cette arme à canons multiples, connue sous le nom de "pepperbox" dans les pays anglo-saxons, est un témoignage de l'évolution de l'armement et de l'histoire industrielle de la région liégeoise.

L'histoire de l'armurerie liégeoise

L'activité métallurgique dans la région de Liège remonte à l'époque gauloise et gallo-romaine, grâce à la présence de minerai et de forêts fournissant le combustible nécessaire. Au Moyen Âge, les forgerons liégeois étaient déjà réputés pour la fabrication d'armes blanches. La production d'armes à feu y est apparue très tôt, avec des "bouches à feu" coulées en bronze et en fer forgé vers 1350.

Au début du XVIIe siècle, la fabrication d'armes à feu portatives connut un essor considérable, faisant de Liège un important fournisseur d'armes et de pièces d'armes dans le monde entier. L'organisation du travail armurier liégeois était particulière, avec un système de sous-traitance où le "garnisseur" confiait la réalisation de différents éléments à des spécialistes : monteurs à bois, platineurs, limeurs, fondeurs, faiseurs de sous-garde, etc.

Contrairement à d'autres centres de production, il n'y avait pas de style particulier aux pièces produites à Liège. Les artisans travaillaient "à l'œil", copiant des modèles fournis par des fabricants ou des armuriers étrangers, sans calibre ni étalon standard. La première standardisation relative est apparue avec la demande française de fabrication du modèle 1777, qui imposa une norme de réception.

La Révolution Française et son Impact

Un mois après la prise de la Bastille, le marchand liégeois Jean Gosuin mobilisa les armuriers, leur donna la cocarde nationale et s'empara de l'hôtel de ville le 18 août 1789. La sédition des Liégeois et leur rattachement à la République Française en 1794 mirent fin à leur neutralité. La fabrication d'armes fut soumise à l'autorisation de "l'agence de vérification, de réception et de paiement des armes", sous contrôle militaire, et l'exportation fut interdite en 1797.

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Liège produisit alors des pièces pour toutes les manufactures françaises, et la manufacture impériale de Liège fut dirigée par Gosuin et son fils. Privés de débouchés, les artisans liégeois acceptèrent d'aller travailler dans les manufactures d'État. Face au refus de Napoléon Ier de rétablir la libre exportation d'armes "de luxe" et de "traite", treize fabricants formèrent la "société des treize" pour obtenir des commandes de l'Empire.

L'Évolution Post-Révolutionnaire et la Mécanisation

Après 1815, Liège se spécialisa dans les armes "de luxe", destinées à la vie occidentale. La variété des modèles et des systèmes fabriqués était immense. Vers 1830-1840, Liège transforma les armes à silex en armes à capsules de fulminate ("percussionner"). Vers 1850, l'apparition de la fonte malléable permit la fabrication en quantité industrielle de revolvers à broche et de poche.

Une place spéciale doit être accordée à la production du pistolet à canons en faisceaux dit poivrière, ou Mariette, du nom de son inventeur, un armurier de Cheratte. Le contact avec les technologies de pointe en matière d'armes à feu stimula l'esprit inventif des armuriers liégeois, qui simplifièrent, mélangèrent et inventèrent de nombreux systèmes, même si ceux-ci furent éphémères.

Caractéristiques et Mécanisme du Pistolet Poivrière Mariette

Le pistolet poivrière Mariette est une arme de défense qui était très populaire dans les années 1840-1850. Voici une description détaillée de ce type d'arme :

  • Mécanisme à double action: La détente en forme d’anneau soulève un chien situé sous le coffre devant la détente et entraîne la rotation du bloc de canons.
  • Canons: Les canons sont généralement au nombre de quatre ou cinq.
  • Canons Damas: Les canons Damas ont une longueur d'environ 7cm. Ils comportent à l’arrière une masselotte avec cheminée.
  • Numérotation: Les masselottes et les canons portent un numéro identique pour faciliter et sécuriser le remontage.
  • Rayures: Les intérieurs des canons sont rayés en sortie de bouche.
  • Décoration: Le coffre arrondi et la bride de la poignée sont ornés d'un décor finement ciselé.
  • Marquages: La bride inférieure est marquée « MARIETTE BREVETÉ ». Un des gardes feu comporte le poinçon de Liège surmonté d’un F sous couronne.
  • Crosse: Les plaquettes de crosse sont en ébène et fixées par une longue vis rosette.

Les "rayures" à l'entrée des canons sont des empreintes pour une clé, servant à les dévisser, pour le chargement (canons à balles forcées).

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Fabrication et Poinçons

Les poivrières Mariette étaient souvent fabriquées à Liège, en Belgique. On retrouve fréquemment le poinçon de Liège sur ces armes, représentant l’épreuve ordinaire d’une arme à poudre noire.

Exemples de marquages :

  • Poinçon « ELG » dans un cercle
  • Un « D » surmonté d’une couronne
  • Signature sur la bride: "MARIETTE BREVETÉ"
  • Numéro de matricule sur le dessus
  • Poinçon « L.F » couronné

Variantes et Modèles

Il existe plusieurs variantes de pistolets Mariette, notamment des modèles de tir de salon en calibre 6mm, signés par Mariette sous le canon. Certains modèles de poivrières sont signés David Herman, un armurier Belge, situé à Wandre, connu pour ses inventions de revolver à percussion. L'armurier David Herman est aussi connu pour ses poivrières, souvent avec une détente anneau.

La Poivrière et la Ruée vers l'Or

La poivrière fut l'arme type de la ruée vers l'or dès 1849. Plus coûteuse qu'un pistolet Deringer, elle était nettement plus abordable qu'un revolver Colt.

Collection et Valeur

Les pistolets poivrière Mariette sont des pièces de collection recherchées, témoignant de l'ingéniosité et de l'artisanat armurier du XIXe siècle. Leur valeur dépend de leur état de conservation, de leur rareté et de la présence de marquages authentiques.

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L'Industrie Armurière Liégeoise au XXe Siècle

Au XIXe siècle, la fabrication des armes militaires légères est touchée par les progrès de la Révolution Industrielle. La collaboration avec John Moses Browning commence en 1898. FN Herstal a été associée entre 1972 et 1987 avec Beretta. En 1975, FN Herstal occupait 10 286 personnes à Liège.

Criminalité Transfrontalière et Trafic d'Armes

Plus de 350 armes ont été dérobées en Suisse depuis 2020, certaines provenant d'armureries suisses. La Suisse est un pays attractif pour la criminalité transfrontalière en raison de sa position géographique et de sa législation sur les armes. Les malfaiteurs aguerris connaissent parfaitement la topographie frontalière et peuvent s'emparer d'une grande quantité d'armes destinées à alimenter la criminalité organisée.

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