Remington : Une Histoire d'Armes à Feu, d'Innovation et de Légendes

L'histoire de Remington est celle d'une saga familiale, d'innovations audacieuses et d'une présence marquante dans l'histoire américaine et mondiale. Des forges artisanales aux contrats militaires massifs, en passant par les westerns et les champs de bataille, Remington a laissé une empreinte indélébile sur le monde des armes à feu.

Les Racines Familiales : Eliphalet Remington I et II

L'aventure commence avec Eliphalet Remington I, né en 1768 dans le Connecticut. Forgeron de métier, il s'installe dans l'État de New York et développe une entreprise prospère fabriquant divers objets en acier. Son rôle dans l'histoire de l'armurerie se limite à l'acquisition d'un terrain stratégique de 150 hectares à Ilion, au bord d'un canal, futur site historique de Remington Arms.

C'est son fils, Eliphalet Remington II, né en 1793, qui est le véritable fondateur de la dynastie armurière. Passionné d'armes à feu, il aurait fabriqué son premier fusil dans la forge familiale avec l'aide de son père. À une époque où l'industrie armurière américaine est embryonnaire, Eliphalet II, rejoint par ses fils Samuel et Philo, se lance dans la production de fusils d'une qualité remarquable.

L'Ère Industrielle : De E. Remington à Remington Arms

Eliphalet II comprend la nécessité de passer à une production industrielle. Vers 1840, les Remington s'associent à Harrington pour produire des aciers de qualité supérieure, fondant ainsi une société qui deviendra plus tard « Remington Arms ». En 1845, ils obtiennent un premier contrat de fabrication de 5 000 mousquetons réglementaires, honoré grâce à un travail acharné.

La mort d'Eliphalet II en 1861 marque un tournant, mais ses fils Samuel et Philo poursuivent son œuvre, propulsant l'entreprise vers de nouveaux sommets.

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Les Revolvers Remington : Une Révolution dans l'Armement

Dans les années 1850, Samuel Colt domine le marché des revolvers. Remington, grâce à l'acquisition des brevets de Beals et Withney en 1856, se lance dans la production de revolvers innovants, comme le Remington Beals Model pocket et le Remington Rider Pocket, premier revolver à double action.

La guerre de Sécession offre une opportunité cruciale. Eliphalet II charge Beals de concevoir un nouveau revolver de gros calibre pour l'armée. Samuel Remington, conscient des enjeux, insiste sur une arme innovante, fiable et robuste. De cette collaboration naît le revolver Remington Beals Army Model, breveté en 1858, considéré comme une merveille de revolver.

Le Remington 1858, facile à recharger, précis et puissant, connaît un succès immense et hisse Remington au premier rang des fabricants d'armes individuelles aux États-Unis. Ses innovations sont reprises par la concurrence, y compris Colt.

Remington et la Guerre de Sécession

Les revolvers Navy & Army sont considérés par les militaires comme les meilleurs disponibles, ce qui explique pourquoi la quasi-totalité de leur production est absorbée par les militaires. L'armée américaine achète environ 466 000 revolvers à une quinzaine de fabricants pendant la guerre de Sécession, dont 128 000 Remington 1858 à 1863.

Après la dernière livraison de Colt 1860 Army fin 1863, Remington, Rogers&Spencer et Starr deviennent les fournisseurs habituels de l'Armée. Au pic de sa production de guerre, Remington parvient à produire jusqu'à 1000 revolvers par semaine.

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Le Remington 1861 : Une Rareté

Le revolver Army de ce jour est en plus une rareté dans la fratrie des Army qui courre de 1858 à 1863. Il n’a été produit qu’en 1862 (peut-être un peu encore au début de janvier 1863) et à peut être entre 6 à 12.000 exemplaires seulement. De 1858 à la fin de la guerre de Sécession c’est bel et bien l’armée qui provoquera, à force de demande d’améliorations, l’apparition des trois variantes du 1858 (58/61/63). Mais en ce qui concerne le 1861 c’est Remington lui-même, voulant consolider son avantage compétitif sur ses concurrents, qui a pris l’initiative d’une modification substantielle.

Remington, couvert d’éloges par les militaires sur la capacité de son arme à être rechargée bien plus rapidement que le Colt, voulut faire encore mieux. Beals et Remington imaginèrent alors de fraiser une gorge dans la partie supérieure du refouloir pour que l’axe du barillet puisse être dégagé par l’avant au lieu de devoir manipuler le dit levier de refouloir vers le bas pour dégager l’axe de barillet comme sur le 1858. On gagnait ainsi encore quelques précieuses secondes, le barillet étant extrait encore plus rapidement et le capacité de tir encore améliorée. Cela rendait en outre impossible la perte de l’axe du barillet qui restait constamment dans cette gorge.

Mais, en conditions opérationnelles, les soldats s’aperçurent rapidement que rien ne retenait le dit axe de barillet au bon niveau dans la gorge. Toutes ces armes furent retournées chez Remington par l’US Army Ordnance pour modification. Le problème n’était pas gravissime et une simple vis fut insérée dans juste à l’avant de la tête d’axe de barillet dans la gorge du refouloir pour remédier au sujet et les armes renvoyées illico en unités militaires.

Notre 1861 est donc en soi une pièce intéressante à mi chemin entre le Beals Army model et son successeur le 1863 et il est déjà rare par le très peu d’armes produites. Mais ce qui le rend encore plus rare est une autre de ses caractéristiques : c’est l’un des rares 1861 Old Army à avoir justement échappé à la célèbre modification du refouloir. Pas de vis dans la fraisure de l’axe de refouloir pour remédier au problème détecté par les soldats bleus ! C’est un vrai 1er type de chez 1er type.

C’est une rare variante pour un collectionneur d’armes de la Guerre de Sécession ou d’armes américaines et règlementaires. Si son bronzage a disparu, son métal est en excellent état sans marques d’oxydation autres que résiduelles et aucune peau d’orange. Il a été peu frotté et pas abusivement « nettoyé » a contrario de nombre d’exemplaires de Army/Navy car le marquage sur le canon (comme la plupart de ses poinçons d’ailleurs) est encore très bien lisible. On peut y lire sur deux lignes « Patented Dec 17 1861 - Manufactured by Remington’s, Ilion, N.Y » . Seul le mot Dec pour décembre est un peu faible mais encore devinable. Tout le reste est bien net et bien lisible. Vis impeccables en plus.

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Notre arme est bien évidement une arme militaire. Ses plaquettes de crosse de noyer sont en très bon état avec assez peu de traces de manipulation. Si le tampon d’inspection a disparu de la crosse (même s’il me semble apercevoir une sorte de j très effacé sur le bas de plaquette du coté gauche), il porte bien son poinçon militaire de réception « P » à coté du numéro de série sous le canon. Ce même numéro de série apparait aussi sur le bas de la carcasse sous la plaquette gauche (après démontage) et sur le pontet (sur le tenon de fixation de ce dernier - il faut démonter le pontet pour le trouver). Ce pontet au même numéro est en laiton comme il se doit et porte un « R » qui est sans doute aussi un poinçon de contrôle. L’arme est donc monomatricule sauf le barillet ce qui est assez souvent le cas du fait que les soldats chargeaient souvent plusieurs barillets d’avance pour aller plus vite en rechargement en combat. Toutefois ce barillet est bel et bien un barillet Remigton de cette même production de 1862.

Ce numéro de série est le « 6501 » ce qui fait de notre arme une arme de début de série. D’autres détails nous le confirment : son refouloir est fraisée sur le dessus (sans la modification vis introduite en fin d’année 1862 encore une fois) ce fraisage n’est observé qu’entre les numéros 2500 et 9000 environ. De plus, l’angle supérieur avant du cadre formé par la carcasse autour du logement du barillet est droit et le filetage du canon est entièrement dissimulé par la carcasse. Au delà du numéro 7000 environ, les cadres commencent à être arrondis laissant apparaitre sur une faible longueur le filetage du canon au niveau de la chambre du barillet.

L’état mécanique de cette belle arme est impeccable - très peu de jeu - très bonne indexation - ressort bien ferme - percussion franche. Rare état mécanique pour une arme qui en a tant vu. Le percuter est un bonheur et donne une impression de puissance qu’on éprouve peu sur nombre d’autres revolvers. A titre anecdotique, les tireurs à poudre noire américains en étaient venus d’ailleurs à la même conclusion que leurs ancêtres soldats bleus: avant l’arrivée sur le marché, à partir des années 1960, de répliques italiennes de qualité, les tireurs de concours poudre noire là-bas utilisaient des armes d’époque.

Le canon lui-même est en excellent état avec très peu d’oxydation résiduelle et de belles rayures encore bien nettes. A titre accessoire, le canon porte à nouveau le P de réception (un peu effacé) au niveau où le canon rejoint la carcasse. Il est suivi d’un » S » dont je ne connais pas la signification mais qui est celui d’un « sub-inpector » chargé ponctuellement du contrôle de certains lots de pièces. Le barillet porte aussi en lettres très fines un poinçon « WW ». Et lui je l’ai retrouvé. Il ne s’agit ni plus ni moins que de William Walter Remington-Elliot probablement un…

L'Expansion et la Diversification

Après la guerre de Sécession, Remington se diversifie. En 1873, l'entreprise commence à fabriquer des machines à écrire, activité vendue en 1886 pour devenir Remington Rand (Remington Typewriter Co.). La partie armement prend le nom de Remington Arms Company.

Remington Arms Co. fabrique des armes à feu comme des carabines de chasses et leurs versions militaires, des fusils, des pistolets et des munitions.

Remington Rolling Block : Un Succès International

En 1865, Remington connaît une baisse d'activité due à la saturation du marché après la guerre de Sécession. Joseph Rider conçoit le fusil Remington Rolling Block, breveté en 1868. Malgré son système simple et supérieur, l'armée américaine lui préfère le système "Trapdoor" de Springfield.

Les frères Remington se tournent alors vers l'Europe. Samuel Remington, homme sociable et habile, effectue une tournée de démonstration en 1866. Le Danemark, la Suède, la Norvège, l'Espagne et l'Égypte passent des commandes massives. En 1870-71, la France achète également des fusils Remington Rolling Block pendant la guerre Franco-Prussienne.

Le Remington Rolling Block devient le "meilleur fusil militaire de son temps", adopté par de nombreux pays.

Remington et la France en 1870-1871

Juste avant le début de la guerre Franco-Prussienne en 1870, la France envoya des acheteurs à travers le monde pour se procurer des armes de tous types. La France était en train de reconstruire et de moderniser frénétiquement ses forces, essentiellement armées de l’inefficace fusil Chassepot. D’une manière ou d’une autre, les acheteurs arrivèrent à convaincre le gouvernement Egyptien qu’ils avaient besoin d’obtenir la toute nouvelle commande de Rolling Blocks, et les Egyptiens résilièrent d’eux-mêmes le contrat qu’ils avaient conclu avec Remington. Le lot complet de fusils fut détourné vers Paris. En 1870-71, la France fit à son tour une commande à Remington, pour 130 000 fusils Rolling Block supplémentaires, mais elle dut les accepter en .43 Espagnol. Malgré ses fusils Rolling Block, son armée équipée de bric et de broc ne se débrouilla pas trop bien pendant la guerre Franco-Prussienne, et elle dut céder une grande partie de son territoire à l’Allemagne. Mais, malgré ses pertes, la France, satisfaite de ses Remington Rolling Blocks, commanda 145 000 autres de ces fusils à chargement par la culasse en 1874, sous le modèle « Garde Civile », et chambrés pour la nouvelle cartouche d’ordonnance en 11 MM Gras.

L'utilisation du Remington Egyptien lors de la bataille du Mans en 1871 est un exemple de l'impact de cette arme sur le conflit.

Remington Après la Première Guerre Mondiale

À la fin de la Première Guerre mondiale, Remington subit un revers financier en raison de l'annulation de commandes massives d'armes et de munitions par le gouvernement russe après la révolution bolchevique.

Pendant la Grande Dépression, la société Remington Arms est rachetée par le groupe DuPont. En 1970, Remington ferme son usine de munitions à Bridgeport dans le Connecticut, mais ouvre une nouvelle usine à Lonoke dans l’Arkansas.

Remington Aujourd'hui : Défis et Renaissance

En 2010, Colt, son concurrent, a perdu les droits exclusifs sur les brevets du Colt M4, ce qui permet à toutes les sociétés d’armement d'en fabriquer.

En 2020, Remington connaît une faillite retentissante, marquant la fin d'une époque. Cependant, la marque renaît sous le nom de RemArms, perpétuant l'héritage de qualité et d'innovation.

Remington dans l'Art et la Culture Populaire

Frédéric Remington, peintre célèbre de l'Ouest américain, immortalise l'esprit de la conquête de l'Ouest. Son œuvre, tout comme les armes Remington, contribue à la construction d'un imaginaire national.

L'album "Remington 1885" de Josep Maria Polls et Sagar imagine une rencontre fictive entre Frederic Remington et le chef apache Geronimo, soulignant l'importance de la marque et de l'artiste dans la culture populaire.

Les Armes à Poudre Noire Remington : Un Retour en Force

Les revolvers à poudre noire Remington connaissent un regain d'intérêt, notamment en raison de leur accessibilité et de leur coût réduit. Classés en catégorie D en France, ils sont accessibles aux personnes majeures sans permis de port d'arme.

Ces armes intéressent également les survivalistes, en raison de la possibilité de fabriquer ses propres munitions.

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