Le revolver Nagant, bien que souvent associé à la Russie, trouve ses racines en Belgique. Cette arme emblématique, adoptée par l'armée du Tsar en 1895, a connu une histoire riche et complexe, marquée par des innovations techniques et une production à la fois belge et russe. Cet article explore l'histoire du revolver Nagant belge, son mécanisme unique, son utilisation militaire et civile, ainsi que son impact sur l'histoire de l'armement.
Origines Belges : La Fabrique d'Armes Nagant
L'histoire du revolver Nagant commence en 1859 à Liège, en Belgique, avec la fondation de la "Fabrique d'armes Émile et Léon Nagant" par les frères Émile et Léon Nagant. Ces industriels belges se sont d'abord fait connaître en travaillant sous licence pour la US Remington Company, produisant des armes pour l'armée belge et exportant des carabines et des revolvers dans divers pays. Ils ont notamment collaboré avec le capitaine Sergei Ivanovich Mosin pour créer le fusil Mosin-Nagant 1891, adopté par l'armée russe.
Dans les années 1870, les frères Nagant produisent les premiers revolvers (mod. 1877) pour la police fédérale hollandaise. D'autres modèles suivront, et c'est en 1888 que le tsar Alexandre III contacte Léon Nagant afin de remplacer le fusil à un coup «Berdan» qui équipait ses troupes.
Le Nagant M1895 : Une Innovation Technique
À la fin du 19e siècle, les frères Nagant se concentrent sur la résolution du problème de la déperdition de gaz à la jonction entre le barillet et le canon des revolvers. Ils déposent un premier brevet en 1892, suivi d'un second en 1895, qui aboutissent à la création du Nagant M1895, un revolver à sept coups.
La particularité majeure du Nagant M1895 réside dans son système de barillet auto-obturateur. Lorsque le chien est armé, le barillet avance de quelques millimètres pour étanchéifier l'espace entre la chambre et le canon, minimisant ainsi la perte de gaz et maximisant la poussée et la vitesse de la balle. La cartouche à ogive interne est également conçue pour contribuer à cette obturation complète.
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Ce système unique confère au Nagant M1895 plusieurs avantages :
- Absence de dispersion de gaz : Un observateur placé à côté du tireur ne verrait le feu qu'à la sortie du canon.
- Compatibilité avec un silencieux : Le Nagant M1895 est l'un des rares revolvers à pouvoir être équipé d'un silencieux efficace, tel que le Bramit silencer développé par les frères Mitin.
- Augmentation de la vitesse de la balle : Certains tests suggèrent une augmentation de la vitesse de 30 mètres par seconde grâce à l'amélioration de l'étanchéité.
- Absence de salissure des chambres voisines : Aucun retour de gaz ne vient salir les chambres voisines.
Adoption par l'Armée Russe et Production
En 1895, le revolver Nagant est adopté par l'armée du Tsar Nicolas II, qui cherchait à moderniser son armement. La production du Nagant M1895 débute à Liège en 1898, avant d'être délocalisée en Russie à partir de 1900. Les arsenaux de Tula deviennent alors le principal centre de production, fabriquant plus de 20 000 exemplaires par an.
Léon Nagant cède la licence de fabrication aux Russes à la fin de 1899, et la production commence à l'arsenal de Tula (Tuljska Gubernija). L'arme est initialement fabriquée en simple action et réservée aux officiers. Ce n'est qu'après la Révolution bolchevique que le Nagant est fabriqué en double action, toujours pour les officiers et les commissaires politiques.
Avant la Première Guerre mondiale, l'armée impériale russe acquiert entre 435 000 et 540 000 Nagant 1895. Le revolver est utilisé lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et continue d'être produit en grande quantité pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Environ 474 000 exemplaires sont construits à l'usine d'armes de Tula pendant la Seconde Guerre mondiale, et environ 95 000 sont produits par l'arsenal 622 (Izhevsk Mekhanichesky Zavod) entre 1942 et 1945.
Au total, la Russie produit entre 1,3 et 1,5 million de revolvers Nagant. Il est également intéressant de noter qu'environ 75 000 unités sont produites à Radom pour l'armée polonaise.
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Versions et Munitions
Le revolver Nagant est produit en deux versions principales :
- Simple action : Destinée à la troupe.
- Double action : Destinée aux officiers et à la police.
La cartouche du Nagant, le 7.62x38R, est un élément essentiel du système. L'étui en laiton enferme complètement le projectile, assurant une étanchéité maximale entre les chambres du barillet et le canon. Le calibre 7.62 est choisi pour simplifier l'outillage de construction des canons, étant donné que le fusil Mosin M91 utilise le même calibre. La cartouche lance un projectile d'environ 98 grains à une vitesse initiale d'environ 320 m/s.
Déclin et Héritage
Bien que réputé pour sa précision et sa robustesse, le Nagant M1895 est progressivement remplacé par des pistolets semi-automatiques plus modernes, tels que le Tokarev. Cependant, il reste en service dans l'armée soviétique jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945).
Après la guerre, les exemplaires en bon état sont placés en réserve dans les arsenaux soviétiques. Plusieurs centaines de milliers de ces armes sont encore conservées en parfait état dans les établissements militaires d'Europe de l'Est.
Aujourd'hui, le revolver Nagant M1895 est une pièce de collection prisée par les amateurs d'armes réglementaires et les collectionneurs d'armes militaires. Sa conception unique et son histoire riche en font un objet de fascination.
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Le Nagant Modèle 1910 : Une Version Civile
En 1910, Léon Nagant lance une version civile du revolver Nagant, dotée d'un système d'extraction des cartouches. Ce modèle, quasiment similaire au Nagant 1895, est équipé d'un barillet extracteur en étoile tombant à droite de 7 coups en 7.62. Les mécanismes sont similaires au 1895, mais les pièces ne sont pas interchangeables.
Le Nagant Modèle 1910 est produit à environ 2500 exemplaires, ce qui en fait une arme rare et recherchée par les collectionneurs.
Le Nagant et la Législation Française
En France, le classement des armes à feu est régi par la loi du 6 mars 2012, qui prend en compte l'ensemble des armes existantes, qu'elles soient d'origine civile ou militaire. La loi prévoit le classement en catégorie D des armes d'un modèle antérieur à 1900.
L'Union Française des Amateurs d'Armes (UFA) a proposé que les armes de poing dont les brevets essentiels sont antérieurs au 1er janvier 1900 et dont la fabrication est antérieure à 1912 soient classées en catégorie D.
Dans le cas du revolver Nagant, il est proposé de maintenir en catégorie D les Nagant fabriqués avant la révolution russe (1917). Cette arme, bien que présentant un intérêt historique et technique certain, ne correspond plus aux critères d'une arme de combat ou de défense et intéresse principalement les collectionneurs.
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