Saïd Tir : Une figure controversée des quartiers nord de Marseille

L'histoire de Saïd Tir est intimement liée à celle de sa famille, dont les racines plongent dans les quartiers nord de Marseille. Cette famille, originaire des Aurès en Algérie, a connu une trajectoire complexe, oscillant entre intégration réussie et dérive délinquante. Saïd Tir, neveu du patriarche Mahboubi Tir, est devenu une figure controversée, surnommée le "parrain des quartiers Nord".

Les racines familiales : l'ascension d'une famille d'immigrés algériens

L'épopée des Tir commence dans les montagnes des Aurès, en Algérie, avec Mahboubi Tir, né en 1915 à Bouderhem. Issu d'une famille notable, son père était "cadi", à la fois juge de paix et notaire. À la fin des années 1950, Mahboubi et sa troisième épouse, Fatima, s'installent à Marseille, dans le bidonville de Saint-Barthélemy. Ils sont rapidement rejoints par leurs proches.

"Monsieur Tir", comme on l'appelait, ouvre un commerce d'alimentation. Au fil des constructions de HLM, la famille déménage, mais reste fidèle au XIVe arrondissement. Mahboubi Tir était respecté et apprécié dans le quartier. "Il faisait crédit à tout le monde, se souvient un vieil habitant. C'est souvent grâce à lui qu'on mangeait…". Sa boutique était un lieu de rencontre et d'échange. À son décès en 1997, deux mille personnes sont venues témoigner leur sympathie. En 2004, une rue est baptisée en son honneur : rue Mahboubi-Tir.

Saïd Tir : du travailleur au "parrain des quartiers Nord"

Après la mort du patriarche, Saïd Tir, son neveu, se fait un nom, mais d'une manière bien différente. Né à Bouderhem, il rejoint son père à Marseille à l'âge de 9 ans. Après des expériences dans la comptabilité et la soudure, il se tourne vers les machines à sous et le trafic de stupéfiants, aux côtés de Farid Berrahma, surnommé "le Rôtisseur".

Saïd Tir était décrit comme "intelligent, carré, discret, toujours bien habillé et rasé de près sous son béret, mais aussi d'un cynisme et d'un détachement absolus". Au début des années 2000, il s'installe à Paris. Selon un ancien de la brigade criminelle de Marseille, il aurait fui des menaces de mort et cherché à développer ses affaires. Interrogé sur ses déplacements à Paris, Saïd répondait qu'il rendait visite à son dentiste.

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Assassinats et règlements de comptes : une famille frappée par la violence

La famille Tir a été touchée par une série de règlements de comptes sanglants, liés au trafic de drogue. Plusieurs membres ont été assassinés ou ont échappé de peu à la mort :

  • Saïd Tir : abattu en avril 2011 à Marseille.
  • Akim Grabsi : beau-frère de Saïd, tué en juin 2011 à Marseille.
  • Farid Tir : assassiné en avril 2012 à Marseille.
  • Karim Tir : tué en juin 2014 à Asnières-sur-Seine.
  • Yanis Tir: abattu dans la nuit du 24 au 25 juin à Marseille.

D'autres, comme Eddy Tir et Hichem Tir, ont survécu à des tentatives d'assassinat. Ces événements s'inscrivent dans un contexte de rivalité entre le clan Tir et d'autres familles, notamment les Remadnia, pour le contrôle du trafic de drogue dans les quartiers Nord de Marseille.

La majorité des Tir : une intégration réussie

Malgré l'implication de certains de ses membres dans le banditisme, la majorité du clan Tir est inconnue des services de police. "Tous les enfants de Mahboubi ont, eux, suivi le droit chemin, plaide un proche. Tous ont un métier, tous sont parfaitement intégrés." Certains, comme Rachida, petite-fille de Mahboubi et présidente de l'association Alliance savinoise, œuvrent pour offrir un avenir meilleur aux jeunes des cités. Belkacem, le dernier fils de Mahboubi, est danseur et comédien.

"Ce n'est pas une famille de voyous, mais il y a des voyous dans la famille", résume un connaisseur des quartiers Nord. Outre Saïd, deux de ses petits-fils, Farid et Eddy, ont également basculé dans la criminalité. Eddy, alias Barabas, a été condamné à plusieurs reprises et Farid purge une peine de prison pour trafic de stupéfiants.

Karim Tir et l'ascension du rappeur Jul

Après sa sortie de prison, Karim Tir a tenté de se reconvertir en créant un label de musique, la Liga One Industry. Il a notamment découvert et managé le rappeur marseillais Jul, dont le premier album a connu un grand succès. Cependant, cette nouvelle vie n'a pas suffi à le protéger de la violence, et il a été assassiné en 2014.

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Avec deux de ses frères, Karim crée un label de musique, la Liga One Industry. Une fois libéré de prison, Hichem se joint à l'aventure. La fratrie Tir a la main heureuse. Dans ma paranoïa, le premier album du rappeur marseillais Jul, sera sacré disque de platine - plus de 100000 exemplaires vendus.

Rivalités et vendettas : le clan Tir face aux Remadnia

Les policiers estiment que la lutte sanglante entre le clan Tir et d'autres familles, notamment les Remadnia, serait à l'origine de nombreux règlements de comptes et tentatives d'assassinat. En juillet 2014, Zakary Remadnia, soupçonné d'avoir participé à l'assassinat de Karim Tir, est exécuté. Eddy Tir est mis en examen pour ce meurtre.

"Le clan Remadnia contre celui des Berrebouh et Tir, c'est le plus lourd conflit à Marseille", avait estimé Éric Arella, patron de la Police judiciaire de Marseille. Cette guerre aurait provoqué 22 faits (assassinats et tentatives).

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