Saint-Étienne, capitale historique de l'armurerie française, a vu naître un géant qui a révolutionné le commerce français : Manufrance. L'histoire des fusils de chasse de Saint-Étienne est intimement liée à l'évolution de cette ville, berceau d'un savoir-faire unique et d'une tradition armurière séculaire. Des origines artisanales à la production industrielle, en passant par les innovations techniques et les défis économiques, cet article explore l'épopée des fusils de chasse de Saint-Étienne, symboles d'une excellence française reconnue dans le monde entier.
Les origines de l'armurerie à Saint-Étienne
Dès le XIIIe siècle, l'activité artisanale autour du Furan marque les débuts des métiers de l'arme à Saint-Étienne. Arbalétriers, javelinaires et arquebusiers exploitent la force hydraulique de la rivière, la puissance calorifique du charbon de terre pour leurs forges et le grès pour leurs meules. Les premières origines se situent dans le quartier des Rives, dans la « bonne vallée du fer », proche de Valbenoîte.
François Ier s’intéresse à l’armurerie stéphanoise dès 1531. Désireux d’améliorer l’armement de ses troupes, il s’intéresse à l’armurerie stéphanoise dès 1531. L’organisation de l’activité armurière remonte à l’époque de François Ier. Le mouvement se poursuit avec Louis XIV.
Naissance et essor de Manufrance
Née en 1873 sous le nom de Martinier et Collin, l’entreprise est rachetée en 1885 par les jeunes et ambitieux Étienne Mimard et Pierre Blachon. Le 17 Octobre, Etienne MIMARD (23 ans) et Pierre BLACHON (29 ans) rachètent la « MANUFACTURE FRANCAISE D’ARMES ET DE TIR » à MM. Martinier-Collin pour 50 000 F «or». Leur objectif est de proposer des armes de chasse d’une qualité irréprochable. Le savoir-faire stéphanois trouve à Manufrance un écrin industriel et une organisation rationalisée sans précédent. L’usine du cours Fauriel, véritable palais industriel, intègre les dernières avancées technologiques pour une production mécanisée.
En 1911, la MANUFACTURE FRANCAISE D’ARMES ET CYCLES DE ST ETIENNE devient « MANUFRANCE ». MANUFRANCE fabrique jusqu’à 65 % des fusils de chasse. L’activite traditionnelle d’hier au service de l’innovation de demain.
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Un engagement envers la qualité et la sécurité
Afin de ne pas mettre en péril la vie de ses utilisateurs, l’entreprise refuse les intermédiaires, et préfère garantir elle-même la qualité de ses produits. Un engagement envers la qualité et la sécurité des fusils.
Les modèles emblématiques de fusils de chasse Manufrance
Manufrance a produit une gamme variée de fusils de chasse, chacun ayant ses propres caractéristiques et son public cible. Parmi les modèles les plus emblématiques, on peut citer :
Le fusil IDEAL : Créé en 1889, le fusil IDEAL est un fusil de chasse juxtaposé haut de gamme, un des premiers fusils sans chien apparent. Le fusil « Idéal » à pontet à lunettes est une arme raffinée et d’un fonctionnement sûr, qui participa au succès commercial fulgurant de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne. Ce fusil d’une grande finesse et d’une réelle élégance avait été conçu pour une clientèle aisée, souhaitant avoir une arme de classe. Les premiers fusils Idéal relèvent d’un brevet déposé le 27 novembre 1887 et accordé en février 1888. Le fusil « Idéal » à pontet à lunette fut abandonné en 1907 mais continua à être commercialisé jusqu’en 1909 pour écouler le stock, sans que son mécanisme bénéficie de la moindre transformation notable.
Le fusil ROBUST : Commercialisé en 1913, le fusil ROBUST est un fusil de chasse juxtaposé, la référence dans ce type de fusil. L’excellent fusil « Robust » fut commercialisé en 1913. Ce fusil juxtaposé, est certes moins luxueux que l’Idéal, mais jouit d’une solidité qui justifie bien son nom. Sa « robustesse » et le prix très accessible des versions de base le rendirent extrêmement populaire dans notre pays. Son remarquable mécanisme fit l’objet d’un premier brevet accordé en 1905. Le fusil juxtaposé Robust de Manufrance illustre à lui seul l’âge d’or de la chasse en France. Plus d’un siècle après sa sortie, ce fusil reste aujourd’hui très connu et ce malgré le manque d'intérêt des jeunes générations pour l'arme juxtaposée. Le fusil Robust conçu et commercialisé par la société Manufrance à Saint Étienne est certainement l'arme juxtaposée la plus populaire parmi les chasseurs de petit gibier des années 1960-1970 en France. Un fusil simple, solide, fiable, bref une arme à toute épreuve conçue pour durer. De type Anson, sa mécanique inusable intégrée au corps de la bascule ainsi que son triple verrouillage se révèle simple et solide. L'arme est munie de 2 détentes qui étaient le standard de cette époque et possède l'originalité d'avoir une bretelle qui s'enroule dans la crosse et ce dès 1949. Cette innovation est aussi considérée comme son seul point faible car parfois le ressort doit être changé si l'on souhaite conserver le fonctionnement automatique de l'accessoire. La crosse est une demi-pistolet faite en noyer vernis d'une longueur assez courte il faut le souligné mais adapté aux morphologies de cette époque. À sa sortie ce fusil représentait une révolution car à cette époque de nombreux chasseurs étaient équipés de fusil à chiens extérieurs qui tiraient des cartouches a broches et remplies de poudre noire. Son succès est très important en France principalement puisque près de 800.000 fusils de ce type seront vendus jusque dans les années 1970 dont certains sous la marque « Colt » aux États Unis. C'est son prix qui donnera à cette arme son volume important de vente car il était abordable pour les chasseurs dits « populaires » notamment dans le sud de la France. Le fusil équipa l'armée Française pour l'entraînement au tir mais également les résistants pendant la seconde guerre mondiale ainsi que les combattants des deux bords durant la guerre d'Algérie.
Le fusil Simplex : Le fusil de chasse « Simplex » (à un coup) fut utilisé par beaucoup de chasseurs à leurs débuts.
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Le fusil Falcor : Le fusil superposé « Falcor » est la dernière tentative de Manufrance pour tenter de reconquérir une clientèle qui se tournait de plus en plus vers d’autres fournisseurs, ce fusil superposé apparut au catalogue en 1970.
Le fusil Perfex : Le fusil de chasse semi-automatique « Perfex » étant doté d’origine d’un magasin de 3 cartouches sans possibilité d’allonger le tube magasin, ce modèle est en catégorie C1°§a).
Le fusil Rapid : Le fusil de chasse à répétition commandée « Rapid » est ce que nous appelons couramment un « fusil à pompe », ce qui lui vaut aujourd’hui d’être stupidement classé en catégorie B.
La vente par correspondance et le catalogue "Le Chasseur Français"
Peu de temps après la naissance de la bicyclette en Angleterre, la «Manufacture Française d’Armes de Saint Etienne» lance la marque HIRONDELLE pour ses cycles. 80 succursales sont déjà ouvertes dans toutes les colonies françaises. Première apparition des cycles dans le petit catalogue alors édité à 20 000 exemplaires. La MANUFACTURE FRANCAISE D’ARMES DE ST ETIENNE lance sa marque de vélo HIRONDELLE.
MANUFRANCE ouvre ses premières agences agréées. 1 500 000 foyers reçoivent le catalogue. Il y a 64 magasins à l’enseigne en France. 30 000 références sont alors représentées au catalogue. Le catalogue général de Manufrance s’intitule Le chasseur français, divisé en quatre parties (la vie en plein air ; la maison ; les loisirs ; bricolage-jardinage). La société publie aussi un catalogue appelé Armes et munitions.
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Le Banc d'Épreuve de Saint-Étienne : Garant de la qualité
L’origine de l’épreuve à Saint-Etienne n’est pas clairement établie. Elle se perd au cours du XVIIe siècle avec la fabrication des armes de guerre que le pouvoir royal confie à des entrepreneurs et artisans stéphanois. Les entrepreneurs stéphanois, accrédités pour pouvoir livrer à ce magasin, doivent s’assurer à leur tour de la qualité des armes qu’ils expédient à Paris. Suite à l’établissement d’un premier règlement pour la fabrication des armes de guerre en 1717, portant sur la normalisation des canons afin d’homogénéiser la fourniture des munitions, l’épreuve s’affirme de plus en plus comme une obligation. Pierre François Girard, né et mort à Saint-Etienne (1674-1751), entrepreneur du roi, est le premier dont les lacunaires chroniques historiques de Saint-Etienne conservent la mémoire comme ayant établi un Banc d’Epreuve. L’existence de ce Banc d’Epreuve, installé par Pierre Girard « au gué du Chavanelet dans le quartier de l’Heurton », est attestée en 1743.
Avec l’organisation de la production des armes de guerre à Saint-Etienne sous le statut de manufacture royale à partir de 1764, obligeant les armuriers travaillant à ces fournitures de ne travailler que pour le roi, la scission entre production des armes de guerre et des armes de chasse, dites bourgeoises, ne va cesser de s’affirmer.
La date de 1782 marque donc la réelle naissance de l’actuel Banc d’Épreuve. Augustin Merley, canonnier de renom d’une vielle famille de l’armurerie stéphanoise, est le premier éprouveur des armes bourgeoises, nommé, parmi les trois candidats que propose la ville, par l’intendant de Lyon en 1782. Si le canon résiste sans déformation à la charge d’épreuve, l’éprouveur appose le sacrosaint poinçon d’épreuve, véritable garantie de confiance entre le vendeur et l’acheteur. Porteur du renom et de l’image de marque de l’armurerie stéphanoise, ce poinçon est constitué des palmes croisées symbole du martyr de Saint-Etienne, saint patron de la ville.
Cette épreuve est rétablie dès 1797 à la demande des armuriers pour qui elle est devenue un incontournable argument technique et commercial.
Après 1880, l’évolution des armes incite de plus en plus à en éprouver la fermeture autant que le canon. Dès 1883 il est ainsi envisagé d’agrandir le Banc d’Épreuve. La commission nommée par la chambre de commerce se renseigne sur les installations de celui récemment installé à Liège et achète les terrains attenant au bâtiment existant, rue Jean-Claude Tissot, en 1885.
Entre 1903 et 1908, sur les plans de l’architecte Lamaizière, un nouveau Banc d’Épreuve plus vaste et plus moderne voit le jour rue Jean-Claude Tissot. La rue de l’Épreuve toute proche conserve encore le souvenir de l’emplacement du Banc d’Épreuve d’alors, aujourd’hui détruit.
1910 est une année marquante dans l’histoire de l’épreuve des armes, avec la réunion d’une commission internationale (France, Allemagne, Belgique, Autriche et Italie) cherchant à normaliser l’épreuve des armes d’un pays à l’autre et donnant naissance à la Commission Technique Internationale bientôt transformée en Commission Internationale Permanente des armes à feu (CIP).
Les défis et la disparition de Manufrance
A partir de 1975, des difficultés importantes apparaissent. En 1979, MANUFRANCE est mise en règlement judiciaire. En 1980, la Société Nouvelle MANUFRANCE est mise en liquidation. La S.A. MANUFRANCE annule son contrat de location-gérance. Un groupe de syndicalistes mettent alors en place une Société de Coopérative Ouvrière de Production et Distribution (S.C.O.P.D.). Celle-ci bénéficie d’un accord de location-gérance et relance des fabrications (HIRONDELLE, OMNIA, ROBUST, SIMPLEX, FALCOR CHASSE, FALCOR TIR, RAPID, IDEAL, PERFEX, REINA, MERCURE). Cette nouvelle tentative ne fonctionnera pas dans une entreprise déjà affaiblie. En 1985, la S.C.O.P.D est mise en liquidation.
En 1944, Etienne MIMARD décède et lègue ses actions à la ville de St Etienne. En 1985 Mise en liquidation des biens de la S.C.O.P.D. et résiliation du contrat de location-gérance avec la S.A. MANUFRANCE.
La renaissance de Manufrance
Le 20 Juin 1988, les marques, brevets et modèles sont mis en vente aux enchères. La société se réorganise, relance la production du ROBUST et du SIMPLEX pour les armes de chasse, et une ligne de vélo sous le nom de MANUFRANCE. Ses nouvelles productions sont alors distribuées par les grandes surfaces (CARREFOUR, CASINO, AUCHAN, etc…). MANUFRANCE qui a relancé la vente par correspondance grâce à un nouveau catalogue se modernise et lance la vente sur internet. En 2016, Jacques Tavitian décède. La société s’est équipée de son propre bureau d’études. La société MANUFRANCE vend sur son site internet www.manufrance.fr ses articles pour les maison, la nature, le textile ou la coutellerie. Elle propose également une gamme d’articles « Vintage » rappelant entre autres le partenariat avec l’Association Sportive de St Etienne lorsque celle-ci gagnait la Coupe de France de Football.
Conseils pour les collectionneurs
Pour les collectionneurs de fusils anciens, il est essentiel de pouvoir différencier les armes d’épaule d’avant ou après 1900.
Conclusion
L'histoire des fusils de chasse de Saint-Étienne est une saga industrielle et artisanale qui a marqué l'histoire de France. Des ateliers des bords du Furan à la renommée internationale de Manufrance, le savoir-faire stéphanois a su traverser les siècles, porté par des hommes et des femmes passionnés par leur métier. Si Manufrance a connu des heures sombres, son héritage perdure et continue d'inspirer les nouvelles générations d'armuriers. Les fusils de chasse de Saint-Étienne restent des symboles d'excellence, de qualité et de tradition, témoins d'un passé glorieux et d'un avenir à construire.
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