Stalingrad : un fusil pour deux, entre faits historiques et cinéma

La bataille de Stalingrad, un affrontement majeur de la Seconde Guerre mondiale, a inspiré de nombreuses œuvres, dont le film Stalingrad de Jean-Jacques Annaud. Ce film, comme d'autres productions occidentales, suscite des réflexions sur la manière dont l'histoire est représentée et interprétée, notamment en ce qui concerne le rôle de l'Union soviétique et la vision des soldats soviétiques.

Un duel de tireurs d'élite au cœur d'une bataille titanesque

Le film Stalingrad prend un angle particulier en se concentrant sur un duel à distance entre deux tireurs d'élite, un Russe et un Allemand. Cette approche, bien que captivante sur le plan narratif, peut sembler réductrice au regard de l'immensité et de la complexité de la bataille de Stalingrad. On s'attend à voir un film de guerre retraçant l'une des superbatailles du XXème siècle, Stalingrad, et on se retrouve, passé la scène d'intro, devant un duel à distance très western entre deux tireurs d'élites. La petite histoire est alors plutôt bien racontée, et régulièrement replongée dans le grand bain du siège géant que fut cette bataille (le massacre de l'embarcadère sur la Volga, le "2 hommes pour un fusil" des soviétiques, les bombardements répétés des ruines de la ville, la vie quotidienne à proximité immédiate du front dans les égouts ou les bunkers), mais on ne peut s'empêche de crier au vol en constatant que la bataille majeur de la WWII est concentrée sur deux soldats.

Certains critiques y voient une forme de parodie des films de propagande de l'époque, exaltant les héros individuels au détriment de la vision d'ensemble. Les Russes ne sont pas si mal traité que ça, Jude Law est le gentil, Rachel Weisz incarne la femme égale de l'homme sur le champ de bataille, exception soviétique durant le conflit, même l'officier du NKVD fini par racheter ses erreurs. Il y a bien Krouchtchev qui s'en tire, mais il avait encore un rôle à jouer dans l'Histoire…

La réalité historique : bien plus qu'un fusil pour deux

L'expression « un fusil pour deux » est souvent associée à la bataille de Stalingrad, véhiculant l'image de soldats soviétiques mal équipés et sacrifiés en masse. Or, cette vision est contestée par certains historiens.

D'après les études de l'historien militaire John Erickson, spécialiste britannique de l’histoire militaire sovietique (in « Road to Stalingrad »), pour le front autour de Stalingrad en Juillet 42 (début de la bataille) les 250 000 soldats allemands disposaient de 500 000 fusils et 70 000 pistolets mitrailleurs alors que les 180 000 soldats soviétiques pouvaient compter sur 900 000 fusils et 100 000 pistolets mitrailleurs. Au début de la bataille de Stalingrad, les divisions de l’Armée Rouge disposent d’autant de canons que l’armée nazie, malgré leur effectif nettement plus faible, mais d’un tiers de moins de chars et d’avions.

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Cette réalité matérielle nuance l'idée de soldats soviétiques envoyés au combat sans armes. Cependant, il est indéniable que les pertes humaines ont été considérables du côté soviétique, et que la discipline et la répression ont été implacables. À l'hiver 1942, les Russes se sont transformés en une « armée de vengeurs ». Les combattants y sont encouragés par leurs familles, leurs proches : « Si tu laisses passer les Allemands, ta propre mère te maudira. » Il y a également la pression du NKVD et de ses commissaires politiques. La bataille de Stalingrad concentre 8 % de toutes les exécutions ayant eu lieu en Union soviétique pendant le second conflit mondial. Mais d'autres facteurs entrent en jeu. Pour tous ceux qui sortent du goulag et ont été envoyés au feu, c'est la possibilité d'une rédemption sociale.

L'importance stratégique et humaine de Stalingrad

Stalingrad était une ville industrielle clé pour l'Union soviétique, un nœud de communication vital et un symbole de la résistance face à l'envahisseur nazi. Stalingrad est alors la première ville industrielle de l'URSS. Elle compte 600 000 habitants, se trouve au centre d'un dense réseau de vois ferrées, et regroupe d'immenses usines. La bataille pour son contrôle a été d'une violence inouïe, transformant la ville en un champ de ruines. Rapidement, la ville est transformée en un amas de gravats. Beevor évoque en regard 14-18: « D’une certaine manière, les combats sauvages de Stalingrad étaient encore plus terrifiants que la boucherie impersonnelle de Verdun. Une lutte à mort épouvantable s’engage pour le contrôle de la ville. Les lieux sont défendus âprement, presque désespérément par les soldats russes. On se bat rue par rue, pièce par pièce.

La bataille de Stalingrad est marquée par des combats acharnés, où chaque bâtiment, chaque rue est disputée avec acharnement. Dans Stalingrad, des combats à mort sont menés pour récupérer les points stratégiques de la ville : l’Aérodrome, l’usine octobre rouge, l’usine de tracteurs, la gare centrale, la place rouge… Les soldats soviétiques font preuve d’une ténacité et d’une pugnacité incroyable. C’est la fameuse énergie du désespoir les anime. L'affrontement est acharné, les progressions se mesurent en mètres, chaque maison fait l'objet de corps à corps impitoyables. Dans ce champ de ruines fumantes, les tireurs d'élite sont en première ligne.

La résistance acharnée des Soviétiques à Stalingrad a marqué un tournant décisif dans la Seconde Guerre mondiale. Non seulement les combattants soviétiques de Stalingrad venaient de vaincre la puissante armée nazie, mais cette victoire démontrait au monde qu’il en était fini de l’invincibilité de l’armée allemande.

Les tireurs d'élite : héros et symboles de la bataille

Parmi les combattants de Stalingrad, les tireurs d'élite ont acquis une notoriété particulière. C’est là que naîtra la légende du sniper Vassili Zaitsef (son nom veut dire lièvre en russe). Il s’agit du héros de toute la 62eme Armée. Toutefois, même avec un tableau exceptionnel, il n’atteint pas le palmarès incroyable du légendaire « Zikan ». Ce dernier est accrédité de 224 Allemands tués, rien qu’en date du 20 novembre 1942 (soit 4 mois après le début de la bataille). C’est le chiffre approximatif atteint par Zaitsef… durant toute la bataille. Un culte s’organise autour des tireurs d’élite. Ces stakhanovistes de la mort reçoivent des décorations et des distinctions.

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Vassili Grigorievitch Zaïtsev, le héros du film Stalingrad, est l'un des plus célèbres. Lors de la terrible bataille de Stalingrad, du 10 novembre au 17 décembre 1942, Vassili Zaïtsev abat 225 officiers et soldats allemands dont 11 tireurs d'élites. De retour sur le front, Zaïtsev finit la guerre sur le fleuve Dniestr au grade de capitaine. Puis, il rédige deux manuels sur sa spécialité qui est encore enseignée de nos jours. On estime à 28 le nombre de tireurs d'élite qu'il a entraînés. Son plus difficile combat, Zaïtsev l'a mené contre le sniper allemand chargé de le liquider. Le héros de la 62e armée soviétique a raconté à Vassili Grossmann comment il a piégé le commandant Koenig.

D'autres tireurs d'élite, comme Simo Häyhä, ont également marqué l'histoire de la guerre sur le front de l'Est.

Armement de l'Armée Rouge

L'Armée Rouge utilisait une variété d'armes pendant la bataille de Stalingrad, notamment :

  • Le Mosin-Nagant M 1891/30 : une arme fiable, robuste, peu chère et simple. Il fut conçu en 1891 pour l'armée du Tsar, puis modifié en 1930 par l'Armée rouge (plus court et plus léger). Cette arme servit lors du deuxième conflit mondial et après, en raison de sa grande précision.
  • Le PPSh-41 : dérivé du "Schmeisser" 18/28 allemand de l'entre-deux guerres, fut l'une des armes principales de l'Armée Rouge durant le second conflit mondial.
  • Le SVT-40 : devait remplacer l'obsolète Mosin-Nagant M 1891/1930, alors en service dans l'Armée rouge.
  • La DP 1928 : adoptée par l'Armée rouge dans les années 30 et en fut la mitrailleuse légère en dotation durant la Seconde Guerre mondiale.
  • La RGD-33 : une grenade anti-personnel à fragmentation.

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