L'implantation potentielle d'un stand de tir à Beuzeville, dans l'Eure, suscite de vives inquiétudes parmi les riverains. Ce projet, porté par le Centre de Tir Sportif de la Porte Océane (CTSPO), un club récemment expulsé du Havre, se heurte à l'opposition des habitants qui craignent des nuisances sonores, une augmentation de la circulation et une dépréciation de leurs biens immobiliers.
Contexte du Projet et Réactions Initiales
En novembre 2024, des riverains de Beuzeville et de Saint-Benoît-d’Hébertot (Calvados) découvrent des travaux de défrichement sur un terrain boisé situé à proximité de leurs habitations. Ils apprennent que le CTSPO a acquis ce terrain et envisage d'y installer un stand de tir. Les maisons les plus proches se situent à environ 250 mètres du site.
Pascal Kerbellec-Turmel, infirmier et habitant de Saint-Benoît-d’Hébertot, exprime son inquiétude quant aux potentielles nuisances sonores. Il craint de ne plus pouvoir se reposer correctement pendant ses gardes de nuit. D'autres voisins s'inquiètent de l'augmentation de la circulation et des risques pour la sécurité des enfants.
Inquiétudes des Riverains
Les riverains ont plusieurs préoccupations concernant ce projet :
- Nuisances sonores : La circulation sur l’autoroute A13 génère déjà un bruit de fond. Les tirs d'armes à feu pourraient perturber la tranquillité des habitants.
- Augmentation de la circulation : Un stand de tir pourrait entraîner une hausse du trafic routier, ce qui inquiète les riverains pour la sécurité, notamment celle des enfants.
- Dépréciation immobilière : Les nuisances sonores et routières pourraient entraîner une perte de valeur des maisons.
- Sécurité : La proximité de l'autoroute A13 soulève des questions de sécurité, bien que la Sanef n'ait pas d'informations précises à ce sujet.
- Bien-être animal : La présence d'animaux (moutons, chevaux, chiens) à proximité du site suscite des inquiétudes quant à leur réaction aux tirs.
Absence de Déclaration et Travaux Contestés
Les riverains pointent du doigt l'absence de déclaration préalable pour les travaux réalisés sur le terrain. Le maire de Beuzeville confirme qu'aucun dossier n'a été déposé. Les travaux initiaux sont présentés comme du simple débroussaillage, autorisé sur une parcelle privée. Cependant, le maire concède qu'un stand de tir pourrait être envisagé si le Plan Local d'Urbanisme intercommunal (PLUi) venait à être modifié, ce qui n'est pas à l'ordre du jour.
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Le CTSPO justifie ses actions en expliquant qu'il recherche un lieu d'implantation et qu'en attendant, le terrain de Beuzeville sert de "pied-à-terre" pour ses adhérents. Le club affirme que les travaux consistent à nettoyer le terrain et à créer un chemin d'accès.
Autorisations et Réglementation
La création d'un stand de tir est soumise à une réglementation stricte. Elle nécessite des études de bruit et de sécurité, ainsi que l'aval du référent de la Fédération Française de Tir (FFTir) et l'accord du maire. En l'absence d'éléments précis sur le projet, Joël Colson, le maire de Beuzeville, a indiqué qu'il émettrait un avis défavorable.
Le CTSPO précise qu'il est également une association de tir à l'arc et que ses membres pratiquent le tir au plomb avec des armes à air comprimé (catégories C et D), une activité autorisée en dehors des installations agréées, contrairement au tir avec des armes de catégorie B.
Abattage d'Arbres et Enquête de l'Office Français de la Biodiversité (OFB)
L'abattage de plusieurs dizaines d'arbres sur le terrain soulève des questions de légalité. Le CTSPO justifie cette action en expliquant qu'il s'agissait d'arbres morts ou couchés, représentant un danger pour l'autoroute.
L'Office Français de la Biodiversité (OFB), accompagné de gendarmes, a effectué une visite sur le site pour constater les travaux et doit rendre un rapport sur ce point.
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Difficultés à Trouver un Nouveau Lieu et Expulsion du Havre
Le CTSPO, fondé en 1990, a été expulsé de ses anciens locaux au Havre en 2021 dans le cadre d'un projet de réhabilitation urbaine. Le club a reçu une indemnité de transfert d'activité de 21 360 euros.
La recherche d'un nouveau lieu d'entraînement s'avère difficile en raison de la réduction des terrains constructibles isolés et de la perception parfois négative de l'activité de tir. Le CTSPO a lancé un appel aux collectivités et aux propriétaires fonciers du Calvados et de l'Eure pour trouver un terrain ou un bâtiment adapté.
Travaux Illégaux et Modifications du Terrain
En décembre 2024, les habitants de La Gohaigne constatent des coupes d’arbres sur un terrain à environ 300 mètres de leurs maisons, par le Centre de tir sportif de la Porte Océane (CTSPO). Ils alertent les autorités sur ces travaux effectués sans déclaration préalable.
Depuis, l’association de tir a réalisé d’impressionnantes modifications, en toute impunité. Même si, comme elle l’affirme, elle veut dédier le terrain au tir à l’arc, une autorisation aurait dû être demandée. Pascal Kerbellec-Turmel, riverain engagé, est parti en vacances durant plusieurs semaines en mars. Ses voisins « affolés » lui envoient des nouvelles. Pendant son absence, ils ont creusé des fossés de plusieurs mètres, des ravins entiers, et ramené des tonnes de terre.
« Nous avons simplement évacué des arbres morts et des souches », se défend le secrétaire de la CTSPO. À vue d’œil, des buttes de deux, trois, voire au moins six mètres pour la plus grande, si ce n’est davantage. « On voit très bien que c’est aménagé pour faire du tir », observe l’habitant. Ancien citadin, son voisin Marcel Babonneau s’est installé à Saint-Benoît-d’Hébertot pour profiter de sa retraite. Si un champ de tir est achevé, « on risque d’être ennuyés. Cela va ramener de la circulation quand il y aura des compétitions. Nos petites routes ne sont pas faites pour ça, il y a des enfants, cela fera du bruit… » Ils sont plusieurs dizaines de riverains à s’inquiéter pour leur tranquillité.
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Réactions et Défenses du CTSPO
Richard Grillon, le secrétaire du Centre de tir sportif de la Porte Océane, dénonce une « chasse aux sorcières » et explique : « Nous avons simplement évacué des arbres morts et leurs souches, puis fait des talus. Les arbres étaient morts, couchés et trop près les uns des autres. »
L’association prétendant vouloir faire du tir à l’arc, des buttes sont-elles aussi nécessaires pour cette discipline ? « Même pour du tir à l’arc il faut des talus de terre pour se protéger des flèches. Pas du tir à l’arc sur cible ronde, mais du tir à l’arc 3D. Et si demain, on veut faire du tir au plomb, on est obligés de faire des talus. Mais pour l’instant le talus est là car il n’y a rien de fait », se corrige finalement le secrétaire. « Pour évacuer les souches, il fallait creuser. »
Intervention des Autorités et Cadre Légal
Intervenu dans ce dossier, le sous-préfet Philippe Fournier-Montgieux accorde le bénéfice du doute à l’association « qui veut créer un terrain de tir à l’arc et à l’arbalète. Ils ont plaidé la bonne foi. »
Le maire de Beuzeville, Joël Colson, a menacé le CTSPO d’en publier un si les travaux ne cessaient pas. Pour ces travaux, le CTSPO n’a déposé aucune déclaration préalable en mairie.
D'après l'article R*421-23 du Code de l'urbanisme, doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux suivants :
- Les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés.
- Les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout espace boisé classé.
- Les travaux ayant pour effet de modifier ou de supprimer un élément que le plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu a identifié comme présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique.
Si une déclaration préalable est déposée, elle devra être examinée, notamment au regard de « la protection de l’environnement », et pourra être validée ou non. « Le point d’entrée est la mairie qui instruit et sollicite l’avis de la préfecture, de la Dréal et des autorisations particulières », éclaire le sous-préfet Philippe Fournier-Montgieux.
Demande de Remise en État et Classement du Site
Face à l’abattage d’arbres massif, une étude d’impact sur la faune et la flore aurait sans doute été requise, mais une grande partie des arbres a disparu, emportée par des camions. L’Office Français de la Biodiversité (OFB), la police de l’environnement, est quand même venu sur place.
Le sous-préfet rappelle que le site est classé zone agricole au PLUi, et même « espace boisé classé » sur le nouveau PLUi actif depuis le 1er janvier 2025. Dans un cas comme dans l’autre, « tous les travaux de déboisement sont totalement interdits. Et ils ne peuvent pas être menés sans autorisation.
Le Javelot Tir sur Cible à Beuzeville : Une Alternative ?
Dans un contexte où l'implantation d'un stand de tir traditionnel suscite de l'opposition, il est intéressant de noter l'émergence d'une nouvelle discipline sportive à Beuzeville : le javelot tir sur cible. Ce sport ancestral, souvent qualifié de "pétanque du Nord", pourrait-il offrir une alternative moins controversée ?
Qu'est-ce que le Javelot Tir sur Cible ?
Le javelot tir sur cible est un sport d'adresse qui consiste à lancer un javelot de 30 centimètres sur une cible carrée. Les règles sont simples et le matériel utilisé a traversé les âges avec peu de modifications. Le lanceur doit l’envoyer à une distance de 8 m sur une cible carrée de 40 cm de côté, marquée par deux cercles concentriques, et dont le centre est placé à 85 cm du sol. Le joueur marque 1 point si son javelot entre dans le cercle de 21 cm de diamètre, et 2 points s’il se fiche dans le cercle central de 6 cm de diamètre.
Un Sport Ancestral en Plein Essor
Apparu au XIIe siècle, le javelot tir sur cible s'est développé pendant la Guerre de Cent Ans. Il est surtout pratiqué dans le nord de la France, mais connaît un regain d'intérêt depuis quelques années. La Fédération française de javelot tir sur cible a été créée en 1983, et compte à ce jour 1 000 licenciés et 10 000 joueurs loisirs.
Le Beuzeville Javelot Club : Pionnier en Normandie
Le tout premier club de la région a été créé en septembre à Beuzeville dans l'Eure par Kévin Cornet, triple champion de France de javelot tir sur cible. Le club accueille des joueurs de tous âges et prévoit de participer à des compétitions prochainement.
Une Alternative Possible ?
Bien que le javelot tir sur cible ne puisse pas remplacer complètement un stand de tir traditionnel, il pourrait offrir une activité sportive complémentaire et moins susceptible de générer des nuisances pour les riverains. Il est possible que cette nouvelle discipline puisse contribuer à apaiser les tensions et à favoriser un dialogue constructif entre les différentes parties prenantes.
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