Les Pistolets en Plastique : Critique d'une Comédie Noire Déroutante Inspirée de l'Affaire Dupont de Ligonnès

En 2011, l’affaire Dupont de Ligonnès a ébranlé la France, suscitant un intérêt médiatique continu. Jean-Christophe Meurisse s'empare de ce fait divers avec Les Pistolets en Plastique, une comédie noire, trash et absurde, qui ne laisse personne indifférent. Le film, sorti le 26 juin 2024, a suscité des réactions mitigées, oscillant entre l'enthousiasme pour son humour décalé et la perplexité face à son approche audacieuse d'un sujet sensible.

Un Préambule Nécessaire : Fascination et Monstrosité

Les histoires de tueurs en série captivent le public, un phénomène étudié de près. Les Pistolets en Plastique ne fait pas exception, explorant cette fascination morbide à travers une fiction inspirée d'un fait divers réel. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un échange entre Johnny le légiste, Jonathan Cohen, et Thiago, Philippe Rebbot, sur cette question. Ainsi, le cadre est posé d’emblée dans cette scène d’ouverture où les deux personnages discutent en farfouillant allègrement dans la cage thoracique d’un cadavre entre eux. Cette précision est ici nécessaire.

Laurent Stocker, qui incarne un tueur froid et charismatique dans le film, souligne dans la presse que le scénario du film Les Pistolets en Plastique ne doit pas être interprété comme apportant une quelconque rédemption à Dupont de Ligonnès qui reste un monstre. Un mot s’impose au sujet de la performance de Laurent Stocker, ce dernier étant le personnage le moins caricatural du film. En effet, si la pertinence de ses apparitions laisse parfois à désirer, le personnage de Paul Bernardin brouille cette frontière que Stocker s’est empressé de reposer dans la presse.

Synopsis : Enquête Absurde et Erreur Judiciaire

Les Pistolets en Plastique suit Léa et Christine, deux enquêtrices obsédées par l’affaire Paul Bernardin, un homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille et disparu mystérieusement. Alors qu’elles s’apprêtent à partir, elles apprennent que Paul Bernardin aurait apparemment été interpellé dans un aéroport au Danemark.

En parallèle, Michel Uzès (Gaëtan Peau), victime d’une lourde erreur juridique, est de loin le personnage le plus perdu dans cet univers absurde et trash. D’ailleurs, le policier qui survient à son tour sur l’écran jette un coup d’œil rapide vers un passager sur un vol qui le mène à Copenhague, croyant reconnaître l’affreux criminel qui a assassiné femme et enfants dans sa demeure bourgeoise. Évidemment, on se souvient de ce pauvre voyageur en Angleterre qui avait été injustement confondu avec Dupont de Ligonnès et avait été embarqué dans une incommensurable fièvre médiatique.

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Il n’y a pas de mystère, Les Pistolets en plastique reprend la fameuse affaire d’infanticide et de féminicide sur un mode résolument absurde et décalé.

Des Personnages Caricaturaux et une Critique Sociale Acerbe

Sous cette apparente comédie noire, les messages critiques pullulent. C’est donc deux femmes, dont l’une est mère de famille et ne cesse de se faire appeler par son mari, incapable d’appuyer sur le bouton “on” du micro-ondes, et une vieille fille qui se lance sur les traces d’un meurtrier.

Les personnages sont totalement caricaturaux et, pour la plupart, ce sont des ratés complets. En ce sens, Léa et Christine illustrent cette société bercée dans l’illusion qu’Internet est aussi la réalité. Zavatta (Anthony Paliotti), inspecteur de renom, vit une douche froide lorsque sa femme lui remet brutalement les pieds sur terre. Et Uzès va, lui, de désenchantement en désenchantement… Les personnages du film Les Pistolets en Plastique n’ont donc pas un destin très joyeux et tous s’enfoncent dans une spirale de faits grotesques.

Le film dresse un portrait au vitriol d'une France fascinée par les faits divers les plus crasses et de citoyens quelque peu bas du front. L'humour est noir, un peu forcé parfois, et oblige à rire jaune, le plus souvent, quand il ne suscite pas une forme de dégoût quand le film plonge tête baissée dans le … mauvais goût.

Une Mise en Scène Burlesque et Criarde

A scénario grotesque, voire glauque, mise en scène burlesque. En parallèle, la bande originale du film ne va pas dans la demi-mesure et donne par moment envie de se boucher les oreilles. En effet, les grandes envolées musicales allant jusqu’à saturation, aussi bien que les longues montées en puissance d’un bip répétitif, font vibrer les tympans les plus sensibles. Certaines scènes, très trash, sont également sous le signe d’une couleur omniprésente dans le cadre. De plus, tout le montage est marqué par un rythme soutenu. Ne serait-ce que dans les premières minutes où les cartons du générique du début viennent entrecouper brusquement la conversation des personnages. L’entièreté du film se calque sur une volonté de faire les choses rapidement, qui, si elle peut prendre au dépourvu, est au final assez réussie.

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Un Humour Noir Déroutant et une Thématique Sensible

Les Pistolets en Plastique est une comédie à l’humour très noir qui en devient très déroutante. En effet, si on sait d’emblée en entrant dans la salle que le film va parler de Xavier Dupont de Ligonnès, ennemi public n°1, on se laisse facilement emporter dans une fresque rocambolesque et absurde de l’histoire irrésolue de ce meurtrier.

Le film de Jean-Christophe Meurisse Les Pistolets en Plastique est une comédie noire qui ne paraît pas s’adresser au plus grand nombre. En effet, le long métrage joue avec un humour difficile sur une thématique qui nécessite une approche des plus nuancées. Ce qui caractérise précisément le cinéma de JC Meurisse c’est une impudence insituable moralement. Toutes nos fascinations névrotiques sont catapultées, condensées et torpillées dans ce qui pourrait s’apparenter à des sketches (façon les Vamps pour le duo d’enquêtrices du web génialement interprétées par Delphine Baril et Charlotte Laemell) ou numéros d’acteurs éblouissants (et ce serait déjà énorme!) si le réalisateur se contentait d’une juxtaposition de scènes choc. Ce n’est pas le cas. Le film jubile d’une esthétique forte corollaire de l’extravagance du propos et d’acteurs tous en majesté. Les vingt dernières minutes poussent le curseur du pistolet balle à blanc un peu loin nous infligeant un sadisme quelque peu gratuit.

Un Film Inégal mais Original

Indiscutablement, Les Pistolets en plastique regorge de comédiens très habitués au genre comique et à la farce. Le film semble construit sur une série de saynètes qui se suivent mais ne permettent pas d’approfondir la personnalité des deux personnages principaux. On mesure bien qu’il se n’agit pas du but du cinéaste ; mais du coup, le récit se fige dans une tonalité assez éphémère, pour ne pas dire désinvolte. Les individus que l’on voit sur l’écran semblent arrachés à une scène de théâtre, passent et disparaissent avec le sentiment d’une certaine amertume. Seules les deux femmes qui enquêtent sur les traces de Bernardin constituent le fil conducteur d’un récit inégal. On est loin du délicieux jeu de massacres d’Oranges sanguines où une palanquée de comédiens délirants s’adonnaient avec perfection à ce style assurément acide. Le propos manque d’inventivité, et se démarque finalement par une suite de conventions narratives, en dépit et des apparences et des objectifs défendus par le cinéaste.

Comme tout film de ce genre, c'est inégal sur la longueur mais il y a des séquences qui sont vraiment à mourir de rire et qu'on retient bien après la fin du film. Alors attention, je peux comprendre que certains n’adhèrent pas du tout car l'histoire tient sur un fil mais il y a de vraies bonnes idées et des séquences très réussies à la manière du film de Les Nuls.

Peu de surprise pour ceux qui connaissent le cinéma de Jean-Christophe Meurisse et de sa bande, Les pistolets de plastique poursuit dans une veine familière une lignée affreuse, sale et méchante, avec, cette fois-ci, un fait divers trop célèbre, comme point de ralliement scénaristique. En découle une sorte de continuité dans le développement narratif du film, relatif tout de même, car plusieurs fils sont tirés en même temps, avec une variété de personnages en lice, dont la gentillesse et la bienveillance, est-il utile de le préciser, ne sont pas les caractéristiques premières. Le film est forcément inégal, de par son éparpillement dans la tonalité, plutôt réjouissant dans l'absurde (verrines et mojitos), glaçant dans la provocation morbide, insupportable dans des passages gore (un surtout) totalement gratuits.

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Une Réflexion sur la Fascination Morbide

Avec Les Pistolets en plastique, le réalisateur et metteur en scène Jean-Christophe Meurisse s’amuse à son tour de notre fascination morbide pour les faits divers. Dans la pure continuité du décapant Oranges Sanguines, le film joue avec le feu, pousse les limites du politiquement correct, sur fond de comédie noire.

Librement inspirée de l’affaire Dupont de Ligonnès, l’œuvre dépeint une société obnubilée par les faits divers. Un territoire idéal pour explorer nos névroses et s’amuser de notre fascination pour le sensationnalisme. Un portrait féroce, cynique, froid, sans concessions, qui prolonge d’une certaine manière le comi-tragique Oranges Sanguines, film acide sur la politique française.

Le cinéma de Jean-Christophe Meurisse est avant tout cathartique : plutôt que de pleurer sur le sort de notre société en saturation, il vaut mieux rire de notre monstruosité. Entre les enquêtrices du dimanche, les policiers incapables, le suspect à deux doigts de devenir dingue, le tueur en vacances, la voisine à l’interminable monologue raciste, Les Pistolets en plastique ne manque jamais de surprendre et de décaler notre regard sur ce qui nous entoure : la paranoïa, la violence, les certitudes, l’état de notre santé mentale, etc. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, la chute est inévitable.

Derrière nos imaginaires et notre intérêt pour les monstres se cache une réalité que l’on se refuse à voir crûment : le tueur tue, pour de vrai. Et le film ne manque pas de le rappeler lors d’une scène aussi intense que douloureuse. D’un coup, on ne rit plus, la fascination se transforme en dégoût. C’est certainement la plus grande force du film : sa capacité à marier humour et gravité, bêtise et réflexion, le tout avec une mise en scène riche. On est à la fois dans la parodie du film policier, dans la comédie sociale, la romance superficielle, avant de virer vers le film d’horreur, gore et implacable.

Un Casting Parfait et une Écriture Décalée

A vu « Les pistolets en plastique » de Jean-Christophe Meurisse (fondateur de la compagnie « Les chiens de Navarre) présenté au Festival de Cannes dans la sélection «La Quinzaine des Cinéastes ». Petite pépite qui passe presque inaperçue, ce film décapant et extrêmement drôle, impertinent est un modèle d’écriture et de casting parfait.

Tissant un scénario particulièrement inventif où chaque réplique est totalement décalée, insolente, où les situations sont poussées à l’extrême de l’absurdité, le metteur en scène s’en donne à coeur joie avec ses comédiens dont la plupart viennent de la scène théâtrale. Tous ont des gueules et en jouent. Léa et Christine deux copines, décident d’enquêter elles mêmes sur l’affaire Paul Bernardin alors qu’à la télévision on annonce son arrestation en Argentine. Dès la scène d’ouverture le ton est donné, une autopsie ahurissante sur la bande son d’un tube de Véronique Sanson déclenche de suite des salves de rire. La bande son est irrésistible d’absurdité, les nombreuses références au cinéma sont savoureuses. Evidemment l’on pense beaucoup aux Monty-Python, aux premiers films d’Almodovar, aux Nuls… et bien sûr aux Chiens de Navarre. C’est imprévisible, irrespectueux, délirant, extravagant, aberrant,… savoureux.

Une Comédie Osée et Méta

Après avoir réalisé le film politiquement acerbe Oranges sanguines en 2021, le réalisateur Jean-Christophe Meurisse revient avec une comédie osée et méta sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Bien que le scénario s’inspire de la fameuse affaire française, l’angle que choisit le réalisateur pour en parler est tantôt tragique tantôt comique. Ce mélange de ton est très intéressant car il permet d’obtenir, lors de plusieurs scènes, des bascules de registre qui donnent du cachet à cette comédie. Par exemple, lors de la première scène du film, nous avons une discussion entre deux médecins légistes en train de disséquer un corps. Ils parlent de la fascination de notre époque pour les meurtres et crimes en tous genres. Cet humour est toujours au service d’un message acerbe sur des problématiques liées à la police ou au désir humain d’obtenir justice par tous les moyens. Pendant une heure et demie, nous sommes baladés entre plusieurs groupes de personnages qui vont inexorablement se rencontrer. Les blagues ne tombent pas toujours juste mais, néanmoins, le réalisateur s’essaye à beaucoup d’expérimentations différentes, ce qui fait que nous ne sommes jamais sur le même registre. Le sentiment qui persiste après le visionnage du film, c’est à la fois l’utilisation de la violence et la critique de la complaisance qu’on peut avoir face à celle-ci. C’est ce qui advient de plus en plus dans les affaires criminelles en France. La justice n’est cependant pas hors de tout reproche. Les policiers veulent grimper les échelons de leur hiérarchie, même si cela veut dire faire enfermer un homme innocent… ce que personne n’est complétement. En définitive, Les Pistolets en Plastique est une bonne comédie absurde qui traite de thèmes importants et actuels.

Un Succès Public Limité

Après une présentation lors de la clôture de la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024, Les pistolets en plastique est sorti par BAC Films dans une combinaison raisonnable de 128 salles à partir du 26 juin 2024. La comédie déjantée n’a attiré que 29 992 amateurs d’humour décalé sur toute la France, se hissant péniblement à la 15ème place du box-office hebdomadaire. On notera que ce chiffre est obtenu alors que la Fête du Cinéma battait son plein entre les 30 juin et 3 juillet. Pour sa seconde semaine, la comédie méchante voit son nombre de salles augmenter légèrement, mais elle ne convainc que 15 334 retardataires pour une chute prévisible de 48 % de ses entrées. On ne prend pas le public à rebrousse-poil sans conséquence.

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