L'Évolution du Stand de Tir de Gap : Une Histoire Militaire et Civile Intriquée

L'histoire militaire de Gap, riche et complexe, remonte à l'époque romaine, lorsque la ville, alors connue sous le nom de Vapincum, servait de point de passage stratégique à travers les Alpes. Cette position géographique privilégiée a fait de Gap un lieu de conflits récurrents au fil des siècles, nécessitant la construction de plusieurs enceintes fortifiées pour protéger la ville et ses environs. L'histoire du stand de tir de Gap est indissociable de cette longue tradition militaire, témoignant de l'évolution des pratiques et des besoins en matière d'entraînement des troupes.

De Vapincum à la Base de Défense : Un Aperçu Historique

La présence militaire à Gap s'est manifestée dès l'époque romaine avec l'établissement d'un camp, puis d'une enceinte fortifiée, le long des voies militaires traversant les Alpes. Au cours des siècles, la ville a été le théâtre de nombreux conflits, subissant même un incendie au XVIIe siècle. Pour assurer sa défense, Gap a compté jusqu'à trois enceintes fortifiées protégeant la ville elle-même, le sommet de la colline de Saint-Mens et celui de la colline de Puymaure.

À l'époque plus récente, l'ancienne caserne Desmichels, construite aux XIXe et XXe siècles, se situait en bordure de la ville. Par la suite, une nouvelle caserne, le quartier Reynier, a été édifiée, mais elle a été démilitarisée au début du XXIe siècle.

Dans le cadre de la réforme des armées, de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et de la modernisation de l'État (DGME), Gap est devenue une "base de défense" (BdD de type 1, code GAP) le 1er janvier 2011. Cette transformation a fait suite à la suppression de plusieurs unités militaires dans les environs, notamment à Barcelonnette (11e BCA puis CIECM), à Briançon (159e RIA puis CNAM) et à Gap-Tallard (base d'hélicoptères ALAT/EHM).

Le quartier Général Guillaume abrite désormais le 4e Régiment de Chasseurs (4e RCh), dont les infrastructures et les 1 100 personnels accueillent la base de défense de Gap. Cette base regroupe le 4e RCh et son escadron de réserve (Armée de Terre), une composante des troupes alpines, le centre de formation initiale militaire (CFIM), l'échelon local du centre médical des armées (rattaché au SSA), le service local d'infrastructure, la direction militaire départementale, le pôle défense mobilité et le centre de Gap d'information et de recrutement des armées. Sont également rattachés à la BdD de Gap le centre de formation et d'entraînement des parachutistes de haut niveau (EFMP / CFEPHN de Tallard, Armée de l'Air) et le centre de montagne Air à Ancelle (CMA BA 701 de Salon-de-Provence, Armée de l'Air).

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La base de défense de Gap, située dans la zone de défense Sud (siège à Marseille), a pour objectif de réaliser des économies en regroupant et en mutualisant l'administration et le soutien, qui étaient auparavant assurés par les services propres de chaque unité. Cette logique interarmées se concrétise par le Groupement de soutien de la base de défense (GSBdD).

Le Fort des Adelphes : De la Défense Électronique à l'Entraînement Militaire

Le fort des Adelphes, un ouvrage discret qui abritait autrefois l'escadron de guerre électronique 48/530 de l'armée de l'air, a été quitté par les derniers effectifs en septembre 2014. Depuis, il était en sommeil, attendant un éventuel renouveau. En 2016, le fort et le stand de tir de 200 mètres voisin, appartenant au 1er Régiment de Tirailleurs, ont été confiés à l'Armée de Terre et aux Turcos.

L'idée de reconvertir le fort en un module d'entraînement complet pour les soldats a germé en 2017, lors d'échanges entre le lieutenant-colonel Simon, responsable du Bureau d'Opérations et Instruction, et le Caïd, Cyril Leprêtre. Ce projet visait à valoriser l'existant et à offrir une préparation physique adaptée aux engagements des soldats. Un budget a été débloqué et, en avril de la même année, le feu vert a été donné pour la création d'un parcours d'audace flambant neuf, accoté au Parcours Naturel Valorisé (un parcours tactique de 16 obstacles dans les bois pour l'entraînement collectif des groupes de combats en situation opérationnelle).

Ce parcours d'audace comprend 18 obstacles, dont une tour de saut de 7 mètres de haut, des murs d'escalade de plus de trois mètres, une toggle rope de 50 mètres, un pont de cochonnet, une poutre d'équilibre, une tyrolienne double horizontale et une gouttière. Il s'agit de la première piste d'audace du grand Est et de la seconde de France après celle de Penthièvre.

L'Esprit Guerrier aux Adelphes : Une Nouvelle Politique d'Aguerrissement

La création de ce parcours d'audace s'inscrit dans une nouvelle politique d'aguerrissement lancée par l'armée de terre pour développer l'esprit guerrier, cher au chef d'état-major de l'armée de Terre, le général d'armée Jean-Pierre Bosser. Après la fermeture des Centres d'Entrainement Commando, il n'existait plus d'infrastructures spécifiques pour la préparation physique des soldats. Le fort des Adelphes, avec son potentiel, est apparu comme une solution idéale pour développer la force morale et la rusticité nécessaires aux engagements.

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La montée en puissance du centre d'entraînement se poursuit avec l'ouverture d'une deuxième piste d'audace avant la fin de l'année, suivie d'une troisième pour un parcours collectif en 2019. D'ici 2020, un parcours avec munitions marquantes (de type paintball et en milieu confiné) et un autre à base de containers maritimes et de câbles à 3 mètres du sol, dénommé KC20, seront créés pour s'entraîner au franchissement.

En complément de l'entraînement urbain qui s'effectue à l'intérieur du quartier Varaigne, qui sera dédoublé en 2019 avec un bicub (maison ouverte en toiture avec une terrasse en hauteur pour le suivi des instructeurs lors des exercices), le centre des Adelphes offrira une gamme complète d'outils proches de la réalité des opérations, permettant de développer la capacité physique et la résilience en situation de stress et de fatigue des tirailleurs. Le centre a une vocation régionale à l'échelle de la Brigade.

Le Contexte Historique et Géographique de Gap et de ses Environs

Pour mieux comprendre l'importance du stand de tir de Gap et son évolution, il est essentiel de replacer ce lieu dans son contexte historique et géographique. Gap, située au cœur des Alpes du Sud, a toujours été un carrefour stratégique, reliant la Provence à l'Italie du Nord.

Au XIVe siècle, l'installation de la papauté à Avignon a favorisé les échanges commerciaux entre l'Italie et le Comtat Vénaissin, générant des revenus importants grâce aux péages perçus sur les déplacements des personnes et des animaux. La vallée de l'Avance, qui permet de rejoindre la plaine de Chorges et la Durance, était particulièrement prisée, car elle offrait un raccourci à travers un massif montagneux difficilement pénétrable.

Les voyageurs venant du Sud et se dirigeant vers l'Italie pouvaient ainsi éviter le détour par Gap et les péages qui y étaient perçus. Cette route concurrençait fortement celle de la Luye par Gap, malgré les efforts des évêques de Gap et des Dauphins pour l'empêcher.

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Au Moyen Âge, des hospices d'accueil étaient présents le long des chemins pour accueillir les piétons, les muletiers et les cavaliers. L'Hôpital de La Madeleine, situé près de Gap, aurait été construit par l'Ordre du Temple, qui possédait de nombreuses commanderies dans la région. Après la dissolution de l'Ordre en 1312, ses biens immobiliers ont été dévolus à l'ordre de St Jean de Jérusalem.

La Madeleine et le Carrefour des Pêcheurs : Traces d'un Passé Riche

Le quartier de La Madeleine, situé à l'entrée de Gap en venant de Lettret, témoigne de ce passé riche et diversifié. L'ancien "Café des Pêcheurs", situé au carrefour des routes de Marseille et de la Luye, était un lieu de rencontre important pour les pêcheurs de tous genres.

La Madeleine abrite également un hameau appelé "Le Chastelas", dont le nom évoque un ancien château ou une petite forteresse. Ce lieu était autrefois un relais de poste-auberge, étape sur la route de Barcelonnette et Briançon, en bordure de la Durance.

En 1537, La Magdeleine est mentionnée dans des archives sous le nom de La Magdeleine. Au début du XXe siècle, le carrefour des routes de Marseille et de la Luye était animé par le relais-auberge devenu café des Pêcheurs.

En empruntant la route de "La Luye" depuis le carrefour, on accède au lieu-dit "La Madeleine", un grand ensemble composé de plusieurs bâtiments qui abritait autrefois une exploitation agricole. Un peu plus loin sur la droite, une petite route mène au hameau du "Chastelas".

En revenant sur ses pas et en prenant la direction de "Valserres" au niveau du carrefour, on arrive au lieu-dit "La Drague", où se trouve aujourd'hui une entreprise de matériaux de construction. Le carrefour reliant les deux départementales est appelé "La patte d'Oie" par les habitants de Jarjayes.

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