L'histoire des stands de tir, et plus particulièrement celle du stand de tir Jeanne d'Arc, s'inscit dans un contexte historique et social particulier, marqué par les guerres, les revanches et l'évolution du rôle du sport dans la société. Ces lieux, initialement conçus pour l'entraînement militaire, ont évolué au fil du temps pour devenir des espaces de loisirs et de compétition, tout en conservant un lien fort avec l'histoire et les valeurs patriotiques.
Contexte historique : De la revanche à la préparation militaire
Après le traumatisme de 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, un désir de revanche anime la société française. Cette période est marquée par un élan patriotique et une volonté de redonner de la vigueur à la nation. Dans ce contexte, les activités physiques et sportives prennent une importance particulière. Des bataillons sont créés dans les écoles, où les enfants jouent à la guerre avec des armes factices. Les sociétés de gymnastique et de tir à balle réelle prolifèrent, souvent mêlées et dirigées par le même esprit.
C'est dans ce contexte qu'est créée, en 1886, l'Union des Sociétés de Tir de France, un organisme quasi gouvernemental qui regroupe ces associations. À la même époque, Pierre de Coubertin inscrit le tir comme épreuve olympique, soulignant l'importance de ce sport dans la préparation militaire et le développement de l'esprit patriotique.
Ces stands de tir, où l'on s'entraîne avec des armes de guerre comme le Lebel 1886 modifié 89, deviennent rapidement des lieux de rencontre pour les politiques, qui suivent un mouvement imprimé par la Troisième République. Le tir est instrumentalisé par le politique et certains mouvements nationalistes, qui y voient un moyen de renforcer l'esprit patriotique et de préparer la nation à la guerre.
Grâce aux réductions importantes sur les trains, les sociétés de tir voyagent et correspondent avec l'étranger. Sous couvert de sport et de divertissement, c'est en fait un entraînement armé qui se déroule. À la veille de la Première Guerre mondiale, la France dispose ainsi d'une des plus puissantes armées de réserve du monde. Elle le montrera d'ailleurs avec ses régiments de réservistes, qui, bien que trop vieux pour faire la guerre, sont assez vigoureux pour fixer l'arrière des lignes de front, établir les communications entre les différentes unités engagées à l'avant et payer un très lourd tribut de pertes humaines.
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Le stand de tir Jeanne d'Arc : Un exemple local
À Chazelles, il avait été décidé de placer le stand de tir au « Goulet », un lieu sûr, proche de la nature, offrant un accès sportif et assurant la sécurité des habitants et des utilisateurs.
La société de tir existait déjà auparavant, puisqu'on trouve à sa tête Eugène Provot en 1893. En 1901, le président est à nouveau le maire : Jules Ferrier. Le président d'honneur est alors le lieutenant Colonel Millet, commandant du 103° territorial. On y retrouve des noms de chazellois anciens comme J. Gromollard, neveu d'Alexandre Séon. La société, très structurée, comprend des officiers de tir, des directeurs de tir et des commissaires.
En 1904, c'est à nouveau Eugène Provot, maire, qui est le président. Le 103° territorial est donc devenu une société de préparation et de perfectionnement militaire. Et en effet, la guerre arrive l'année suivante.
Un fait intéressant est rapporté : « M. le Maire donne lecture d'une lettre de M. le Directeur de l'Ecole Communale exposant que jusqu'à ce jour, les élèves se faisant remarquer par leur assiduité et leur application au travail, reçoivent des bons points. Que ce genre de récompense pourrait être avantageusement remplacée par des tirs gratuits à la carabine de précision. » Cela témoigne de l'importance accordée à l'entraînement au tir, même chez les jeunes.
Évolution et diversification des activités sportives
Au fil du temps, les activités sportives se diversifient et de nouveaux sports émergent, tels que la boule lyonnaise. Les premiers concours de boule lyonnaise apparaissent en 1894, même si le Clos Jouve avait ouvert en 1850. Ce sport très social, qui allie vitesse de course, rapidité d'esprit et précision, devient vite le liant de la communauté.
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Parallèlement, d'autres associations sportives voient le jour, comme la Patriote à Guin. Au début du siècle dernier, la Jeanne d'Arc est une association gérée par le clergé, qui regroupe près de cent cinquante gymnastes. En 1909, Narcisse Boulanger lance la Patriote pour concurrencer la Jeanne d'Arc. La Patriote prend son véritable envol juste après la Grande Guerre avec pour devise « Courage et fidélité ».
La place des femmes dans le sport
L'émergence de sports tels que le tir à l'arc ou la gymnastique a pour objectif à l'origine de préparer les hommes au combat. Les sections sportives incluent donc rarement les femmes. La Jeanne d'Arc s'illustre très vite en créant dès 1938, le « Rayon Sportif Féminin » en gymnastique. Les sportives ne disputent pas de compétitions, mais peuvent déjà s'entraîner sur un terrain. Il faut attendre l'après-guerre, en 1947, pour avoir les premières compétitions féminines dans cette discipline. En 1957, elles sont déjà 50 pratiquantes. En 1963, elles brillent lors du championnat de France. Côté volley-ball, c'est en 1971 que la première équipe féminine s'engage en championnat.
L'entretien de mesdames Tuffier et Regnauld traduit les difficultés que pouvaient rencontrer les femmes pour s'intégrer au milieu sportif. Comme l'explique parfaitement Nicole Regnauld, « il était très difficile de se déplacer pour concourir voire même changer de club ». L'absence de transport, combinée à des horaires tardifs, pouvait décourager de nombreuses sportives et freiner leur développement.
Aujourd'hui, la division des activités selon le genre est interdite. Les disciplines sportives sont ouvertes à toutes et à tous. Les sections féminines se sont créées assez tôt. Cependant, leur développement et les nombreuses réussites obtenues dans le temps démontrent le rôle primordial des femmes au sein des associations sportives, tant sur les aspects techniques qu'administratifs, toutes disciplines confondues.
Catherine Tuffier représente cet objectif. En tant que présidente, elle fait figure de modèle pour les jeunes sportives. Cet engagement se traduit par de nombreux prix et titres. En 2019, elle obtient la médaille d'argent de la fédération française de volley-ball pour son implication dans le club de la J.
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