L'histoire du stand de tir de Saran est riche et variée, marquée par une évolution au fil des décennies et une implication dans divers domaines, allant du sport à la préparation militaire. Ce lieu, témoin de transformations sociales et militaires, mérite d'être exploré en profondeur.
Les Origines Militaires du Camp de Cercottes
Initialement, le stand de tir de Saran trouve ses racines dans un champ de tir affecté à l’école d’artillerie du V° corps d’armée, dont l’état-major était basé à Orléans depuis 1874. Cette affectation découle de la réorganisation de l’armée française suite à la guerre franco-prussienne, formalisée par la loi du 23 juillet 1873 et le décret du 6 août 1874. La dénomination employée depuis sa création était familière à l’ensemble de l’armée, particulièrement aux hommes de réserve.
L'Ère de l'Aviation à Cercottes
L’utilisation du camp a évolué avec l’essor de l’aviation. Les pionniers de l’aéronautique ont commencé à utiliser le terrain pour leurs activités. Lors des grandes manœuvres organisées depuis le champ voisin des Groues, les évolutions aériennes et les réglages de tirs se déroulaient sur ce même terrain. À Cercottes, l’école d’aviation Morane-Saulnier formait des pilotes militaires.
L'emplacement d'Orléans était jugé idéal par les militaires, car les plateformes étaient situées sur les trajets Toulouse et Bordeaux, et à proximité de Paris. De nombreux avionneurs régionaux et parisiens profitaient de la Beauce pour tester et présenter leurs nouveaux appareils aux autorités militaires.
L'Aéronautique et l'Armée : Une Collaboration Croissante
Le Commandant Estienne étudiait un appareil démontable capable d’accompagner les unités de toutes armes, permettant aux autorités d’avoir leurs pilotes à disposition constante. De 1910 à 1914, l’aéronautique a connu une évolution spectaculaire, tant au niveau des aéroplanes que des projets ambitieux de traversées océaniques et de vols longue distance pour le transport du courrier et des passagers.
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Des meetings et concours militaires étaient organisés sur tout le territoire, mettant en avant cette nouvelle arme grâce à des pilotes civils expérimentés utilisant des aéronefs équipés de TSF embarqués. L’engouement du public et des élites pour ces compétitions a permis de lancer des meetings au profit de l’aviation militaire, avec des souscriptions nationales pour soutenir son développement.
Un Record de Vitesse et de Distance
Le 15 avril 1913, Florentin Champel établit un record de vitesse et de distance avec quatre passagers, parcourant 250 km en 3 heures et 1 minute avec un avion biplan équipé d’un moteur Anzani de 100cv. L’armée et la marine commandaient des appareils spécifiques pour des missions précises.
Le Camp de Cercottes Pendant la Première Guerre Mondiale
En 1914, le camp de Cercottes est devenu une base arrière essentielle pour le rassemblement des troupes avant leur départ vers le front. Les « British Indian Corps » de l’armée britannique, venant de Marseille par le réseau ferré, transitaient par la Foulonnerie, une halte ferroviaire desservant également le dépôt de munitions du polygone. Les Groues, la Chapelle Saint Mesmin, Saint Cyr en Val et Olivet servaient de lieux de campement pour différentes unités d’indiens.
Contrairement aux casernes traditionnelles, le camp de Cercottes était principalement composé de structures provisoires et démontables, avec des soldats logeant sous des tentes. Il était considéré comme un camp d’été avant la guerre.
Formation et Logistique Militaire
À partir de mai/juin 1916, le camp de Cercottes est choisi par le « service automobile ». Le Général Mouret, chef de ce service, visite le camp le 8 juin 1916. En octobre 1917, il héberge la compagnie de dépôt 300, équipée de chars légers Renault FT 17, préconisés par le Colonel Estienne, organisateur de l’aviation.
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Cercottes est également le site où Albert Thomas, Sous-Secrétaire d’État à l’armement et aux munitions, supervise la livraison et la réception des chars Schneider et St Chamond dès novembre 1916, puis des chars Renault FT à partir de début 1918.
Le 500° Régiment d'Artillerie Spéciale (RAS)
Le 500° RAS gérait le personnel permanent de Cercottes, l’instruction des équipages, les dépôts de matériel, et la formation des mitrailleurs et pilotes de chars. Les nouvelles unités constituées y assuraient leur formation, incluant des tirs aux canons et mitrailleuses. La période d’instruction ne dépassait généralement pas un mois.
Transition Vers le Sport : L'Union Sportive Municipale de Saran (USM)
L'histoire sportive du stand de tir de Saran est intimement liée à l'Union Sportive Municipale de Saran (USM). L’USM générale, qui regroupe 27 clubs, a célébré son 50ème anniversaire fin juin. Florence Royer, présidente, souligne le rôle de l’USM comme facilitateur et gestionnaire de l’activité sportive, défendant des valeurs de sport pour tous, de partage, d’éthique et de convivialité.
La Genèse de l'USM
L’histoire commence avec l’Amicale laïque, qui proposait la pratique du basket et du tir, et le Cercle laïque culturel et sportif, axé sur le football, le handball, le tennis, le canoë-kayak, et même la philatélie. En 1974, sous l’impulsion du maire Michel Guérin et de Jacques Mazzuca, les deux associations fusionnent pour former l’Union Sportive Municipale de Saran (USMS). La nouvelle entité adopte les couleurs des deux structures : le rouge de l’Amicale et le bleu du Cercle.
Croissance et Évolution de l'USM
En 1975, l’USM comptait 738 licenciés répartis dans onze sections. En 1983, ce nombre a presque doublé, atteignant 1 400 licenciés pour 14 sections. Pour célébrer ses 10 ans, l’USM générale a organisé un match amical avec l’équipe professionnelle de football de Laval. Pour son 20ème anniversaire, en 1994, c’est le FC Metz qui est venu jouer à Saran.
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L’USM générale a également joué un rôle majeur dans la création de la Halle des Sports Jacques Mazzuca. En 2006, certains sports, comme le football, le basket, le handball, le judo et le tennis, sont devenus des associations indépendantes.
Le Rôle Actuel de l'USM Générale
Fabrice Boisset, adjoint municipal aux sports, souligne que l’USM générale est une structure essentielle, offrant une vue d’ensemble sur le sport saranais et travaillant à la cohésion de toutes les sections et associations. L’USM générale offre divers services aux clubs, notamment une aide à la gestion, un accompagnement social, et un soutien logistique et en communication. La mairie alloue une enveloppe annuelle de 110 000 euros pour son fonctionnement et celui des sections sportives.
Événements et Compétitions
11 et 12 mars 1972 : La société organise avec la Scolaire de Tir, un concours de Ball Trap rue Villeserin.28 janvier 1976 : Inauguration du stand rue de Villeserin.
Évolution de l'Administration du Stand de Tir
L'administration du stand de tir a connu des changements significatifs au fil des ans :
- Assemblée générale du 6 novembre 1976: Les membres du bureau passent de 9 à 15 membres.
- Assemblée générale du 27 octobre 1979: Olivier CREUSILLET, Président, ne se représente pas.
- Réunion de bureau du 28 octobre 1979: Marcel PITOIS est élu Président. Remise d'un cadeau à Olivier CREUSILLET pour ses 25 années de présidence : un pistolet ancien « Ruggers » modèle 44 et un foulard de soie.
Les Groues : Un Terrain Associé
Au Moyen Âge, le terrain actuel des Groues était situé au-delà de la cité orléanaise, dans un espace rural entre les paroisses de Saint-Jean-de-La-Ruelle, Notre-Dame-des-Aydes et Saran. Le toponyme « Groues » signifie « terrain caillouteux ».
La Guerre Franco-Prussienne aux Groues
Lors de l’invasion prussienne en 1870, le nord d’Orléans est devenu le théâtre d’affrontements. Les armées ennemies ont pris position à Saint-Jean-de-la-Ruelle, Fleury-les-Aubrais et Saran, notamment aux Groues. Ces combats ont été particulièrement meurtriers les 10 et 11 octobre, avant la prise d’Orléans par l’armée prussienne.
Hommage à Louis Rossat
Un hommage particulier est rendu au soldat Louis Rossat, tué le 11 octobre 1870 aux Groues. Un monument à sa mémoire a été érigé en 1893 à l’entrée du champ de manœuvre des Groues.
Réorganisation de l'Armée et le Champ de Manœuvres des Groues
Après la guerre franco-prussienne, l’armée française s’est réorganisée, augmentant ses garnisons. En 1873, Orléans est devenue le siège du quartier général du 5e corps d’armée. Un champ de manœuvres a été installé sur le clos de la Grange des Groues et les terrains alentours, avec 45 hectares répartis sur les communes d’Orléans et de Saint-Jean-de-la-Ruelle.
Les Groues et la Résistance Pendant l'Occupation Nazie
Durant l'occupation nazie, 38 résistants ont été fusillés par la Wehrmacht sur le terrain militaire des Groues, à St Jean de la Ruelle, et notamment, 17 Francs-Tireurs et Partisans (FTP) du groupe Chanzy le 8 octobre 1943. La cérémonie annuelle à la mémoire des résistants assassinés par l’armée allemande, entre 1941 et 1943, au stand de tir des Groues, se déroule chaque année.
Arrêtés et torturés par la police française, ces militants communistes, membres du groupe clandestin Chanzy, furent condamnés à Orléans, le 1er octobre 1943, par un tribunal militaire allemand pour leurs nombreux actes de résistance.
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