L'histoire du stand de tir de Satory est intimement liée à l'évolution des forces de l'ordre françaises, en particulier la Gendarmerie Mobile, et à la militarisation progressive de celle-ci dans l'entre-deux-guerres. De ses origines discrètes à son rôle dans la formation de la seule unité combattante de la gendarmerie pendant la Seconde Guerre mondiale, Satory a été un lieu de transformation et d'adaptation aux enjeux de sécurité intérieure et de défense nationale.
Contexte : La République et le Maintien de l'Ordre
La création officielle, en 1927, de la Garde Républicaine Mobile (GRM) au sein de la gendarmerie représente une nouvelle étape dans la républicanisation du maintien de l’ordre, amorcée progressivement en France depuis la fin du XIXe siècle. Les autorités ne souhaitent plus faire appel systématiquement à la troupe pour réprimer les mouvements de foules. Les militaires répugnent à dégrader l’image de l’armée victorieuse en participant à de telles opérations, et les responsables civils craignent de voir se répéter des drames comme celui de Fourmies, en 1891. La GRM est donc créée pour doter l’État d’une force professionnelle spécialisée dans le maintien et le rétablissement de l’ordre.
Grâce à l’expérience accumulée entre 1918 et 1927 par des pelotons mobiles alors rattachés à la gendarmerie départementale, et aux exemples de certaines polices étrangères, les cadres de la GRM inventent une doctrine de la police des foules qui privilégie la dissuasion, le refoulement et l’adaptation de la réponse à l’intensité des troubles. Après sa gestion efficace, sans morts ni brutalités dénoncées par la presse, des grèves du Nord, au cours de l’été 1930, la GRM est chargée seule des grosses opérations de maintien de l’ordre en province au cours des années suivantes.
La Naissance du Groupe Spécial de Satory
L’année 1927 marque un tournant. Devant la multiplication et l’ampleur de certaines manifestations, notamment dans le Nord de la France, le gouvernement décide de la création d’une Garde Républicaine Mobile organisée en légions. En 1931, une nouvelle étape est franchie dans la constitution d’une force de maintien de l’ordre à toute épreuve : la création du Groupe Spécial autonome de la Garde Républicaine Mobile de Satory, près de Versailles, suffisamment isolé pour être discret et suffisamment proche de son lieu éventuel d’emploi : Paris.
Ainsi, au mois de mai 1933, alors qu’en Allemagne Hitler commence à s’emparer du pouvoir depuis le début de l’année, en France, le groupe spécial autonome de la Garde républicaine mobile (GRM) est créé sur décision du ministre de la Guerre. Il s’agit d’une unité de la GRM, composée d’un état-major et de trois compagnies blindées se déclinant sous la forme de deux compagnies de chars légers Renault FT-17 et d’une compagnie d’automitrailleuses Panhard-Schneider P16. Il convient de préciser d’emblée que le Groupe Spécial de Satory n’est pas la première unité de gendarmerie à disposer d’un équipement blindé. Déjà en 1931, des budgets supplémentaires alloués à la GRM avaient permis de doter ses légions de quelques engins blindés. La même année, des unités de gardes s’étaient servies de ces moyens blindés mis à leur disposition pour lutter contre le grand banditisme en Corse. En revanche, le groupe spécial est bien la première unité de GRM qui concentre en un même point de tels moyens blindés.
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Les gendarmes du groupe constituent tout d’abord une réserve gouvernementale pouvant agir sur demande des autorités au profit du maintien de l’ordre ou de la protection des intérêts de la France. D’abord constituée en groupe autonome et indépendant du reste des légions de l’ancêtre de la gendarmerie mobile à sa création, l’unité échappe à l’autorité du commandant de la première légion de GRM dont le quartier-général est situé à Montrouge. Au lendemain des émeutes antiparlementaires du 6 février 1934, d’après l’historien Yann Galera, le colonel Nicolet, commandant la légion de Montrouge, évoque ainsi devant la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les événements, « l’intervention d’un groupe spécial de la Garde républicaine mobile, commandé par le lieutenant-colonel Picquet et ne relevant pas de l’autorité du chef de la 1re légion de GRM ». Peu après, le groupe est ensuite rattaché administrativement le 1er avril 1934 à la première légion de GRM dont la circonscription s’étend à toute l’Île-de-France. Elle dépend dès lors directement de ses services pour son approvisionnement en matériel et répond aux directives du commandement de la légion.
Le groupe est placé sous les ordres d’un lieutenant-colonel. Entre 1933 et 1940, quatre hommes se succèdent à ce poste, les lieutenants-colonels Piquet de 1933 à 1934, Lavit de 1934 à 1935, Durand de 1936 à 1937, et enfin Barrière de 1938 à 1940. Le commandant du groupe a sous ses ordres directs l’état-major de l’unité qui comprend une section de commandement.
Le Groupe Spécial et la Militarisation de la Gendarmerie
On ne peut pas comprendre l’apparition d’un groupe spécial blindé au sein de la GRM sans considérer l’évolution de la gendarmerie depuis 1918. Pour le colonel Plique, placé à la tête de la première direction de l’arme, créée en 1920, l’héritière de la maréchaussée « doit, avant tout, remplir une mission de police à l’intérieur du pays ». Une dizaine d’années plus tard, dans un nouveau contexte, ce programme n’est plus entièrement d’actualité. La politique d’optimisation de toutes les ressources dont dispose le ministère de la Guerre entraîne, dès 1929, une revalorisation de l’instruction militaire tactique des personnels de la GRM. La suppression, en 1933, de la direction autonome de l’arme aboutit, l’année suivante, à la nomination d’un inspecteur général de la gendarmerie, le général Billote, qui réalise aussitôt, un « véritable audit », selon la formule de Georges Philippot. Le constat est inquiétant en cas de nouveau conflit : l’orientation exclusivement policière des gendarmes a réduit leurs capacités militaires.
La réponse des autorités ne tarde pas : dès le mois de juin 1935, deux circulaires prescrivent de renforcer l’instruction militaire des gendarmes départementaux et des gardes républicains mobiles. Parmi ces derniers, tous les candidats à l’avancement doivent désormais posséder un brevet de chef de section ou de peloton. Pour les responsables de l’armée, il faut améliorer la capacité de la GRM à former les recrues, encadrer des troupes mobilisées et des gardes frontaliers, garder des blockhaus en amont de la ligne Maginot et constituer des unités combattantes. On comprend que le groupe spécial blindé de cette force ne naît pas par hasard : il participe à un processus de (re) militarisation, qui fait cependant débat au sein d’un corps toujours chargé d’importantes missions policières.
Dans le même temps de la constitution de ce groupe, la menace change progressivement de nature. À partir de 1936, la guerre apparaît inéluctable. Jusqu’en 1938, la direction de la gendarmerie rechigne à préparer la guerre ; mais la nomination d’un général de l’armée, le général Billotte, comme inspecteur de la gendarmerie, va l’y contraindre. Et en octobre 1939, la direction de la gendarmerie revendique l’honneur de participer au combat avec une unité constituée. Cette unité existe, même si elle est loin d’être prête.
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Le 45e BCC et la Bataille de Stonne
C’est à partir du groupe spécial blindé que la gendarmerie forme en octobre 1939, un bataillon de chars légers de combat, le 45e BCC, qui prend part à la campagne de France en 1940 et s’illustre en particulier au cours de la bataille de Stonne. La participation du 45e BCC à la bataille de Stonne en mai-juin 1940 est connue des historiens. Le bataillon y perdra la quasi-totalité de ses chars et une bonne partie de ses effectifs. Beaucoup plus connu des historiens, cet épisode de l’existence du groupe spécial est présenté comme l’une des pages de gloire de l’arme au front. En revanche, les archives ‒ conservées ‒ relatives à la création de ce bataillon permettent de comprendre comment et dans quel contexte le groupe spécial a servi de creuset à la formation de la seule unité combattante de la gendarmerie en 1939-1940.
Le Groupe Spécial dans la Tourmente des Années 1930
La France des années 1930 est un pays traversé par d’intenses mouvements sociaux et politiques, marqués aussi bien à droite qu’à gauche. Les répercussions de la crise de 1929 commencent tout juste à se faire sentir en 1931. Ce retard de quelques années par rapport aux pays anglo-saxons est principalement lié à la politique économique protectionniste voulue par le Gouvernement et pratiquée par l’immense majorité de l’industrie française. Bien que plus tardive, la crise n’en est pas moins grave et affecte durablement la société française.
La décennie de troubles sociaux, sur fond d’idéologies politiques, dans laquelle s’engage le pays inquiète fortement les différents chefs d’État successifs à mesure que les manifestations et les contestations deviennent de plus en plus importantes, allant jusqu’à menacer le Gouvernement en place, voire la forme politique même de la République française. Pour le pouvoir politique, il convient alors de se doter d’un instrument de dissuasion, et en dernier recours de répression, capable de faire face efficacement à l’éventualité d’un soulèvement violent et armé d’une partie de la population.
Depuis la fin des années 1920, la toute nouvelle Garde républicaine mobile satisfait de plus en plus à cette volonté étatique de dédier une force de spécialistes aux tâches du maintien de l’ordre. À partir des archives du groupe spécial pour la période 1933 à 1939, conservées au Service historique de la Défense à Vincennes, l’observation de l’organisation de cette unité et de son fonctionnement, ainsi que l’étude de ses missions, donnent un aperçu du mode de vie particulier de ces gendarmes très proches du pouvoir politique en place qu’ils sont chargés de défendre. Qui sont ces hommes et comment vivent-ils ? Répondre à ces deux questions informe plus avant l’historien sur la façon dont ces gendarmes très secrets traversent les années 1930.
Le Krach boursier de Wall Street en 1929 et la crise qui en découle n’affecte la France qu’au début des années 1930. Bien que tardifs, ses effets n’en sont pas moins bouleversants pour l’économie française dont elle révèle les dysfonctionnements. La fermeture de nombreuses entreprises et les difficultés financières que la crise entraîne concernent beaucoup de Français. Or, les pouvoirs politiques se montrent incapables de remédier rapidement à la situation. Le manque d’efficacité des gouvernements successifs finit par lasser une population française de plus en plus sceptique face au modèle républicain tel qu’il est incarné depuis la fin de la Grande Guerre. Les tensions sociales s’intensifient alors que les mouvements d’extrême-gauche et d’extrême-droite font de la rue un véritable champ de bataille idéologique sur lequel des armées de manifestants défilent très régulièrement.
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Discrétion et Héritage
Dissout après la défaite française en 1940, puis recréé en 1944, ce corps existe toujours sous le nom de groupement blindé de la gendarmerie mobile (GBGM). Depuis sa création, il fait preuve d’une extraordinaire discrétion, alors que son matériel ne devrait pas lui permettre de passer inaperçu dans le paysage policier français. Inconnu du grand public, le groupe spécial blindé de Satory n’a pas non plus suscité un grand intérêt chez les historiens de la gendarmerie malgré la multiplication des travaux, par exemple à l’université Paris-Sorbonne, depuis le début des années 2000. Seules quelques études spécialisées y font très brièvement allusion, et le plus souvent pour évoquer le bataillon de chars de combat auquel le groupe spécial donne naissance en octobre 1939, unique unité combattante de la gendarmerie au cours de la campagne de France. Le paradoxe de la présence d’un groupe spécial blindé au sein de la Garde républicaine mobile, puis de la gendarmerie mobile, sa descendante, contribue sans doute à sa confidentialité.
Le groupe spécial de Satory comme le 45e BCC ont laissé peu de traces dans les archives militaires. Les archives du groupe représentent une demi-douzaine de cartons de la série 2007 ZM 1, dédiée à la gendarmerie. Ces quelques cotes contiennent essentiellement les registres R/4 des trois compagnies de l’unité entre 1934 et 1938. Ces registres confidentiels fournissent de précieuses indications sur la formation professionnelle, l’état d’esprit et la vie quotidienne des hommes de Satory. Les journaux des marches et opérations (JMO) des compagnies et des pelotons du groupe éclairent la gestion concrète du maintien de l’ordre sur le terrain. Les rapports sur l’instruction dispensée à partir de 1934 permettent d’apprécier la militarisation progressive d’un corps chargé de fournir à l’armée d’active une réserve de cadres pour les formations de chars d’assaut.
Les archives du 45e BCC posent un autre problème. Comme celles de l’immense majorité des unités françaises, elles ont été presque intégralement détruites pendant la retraite de juin 1940. Ainsi les pièces rassemblées dans le carton 34 N 437 sont-elles en grande partie des rapports relatifs à la campagne de France rédigés a posteriori, et à partir de leurs souvenirs, par quelques officiers, comme le commandant du bataillon (le chef d’escadron Bézanger), ou des chefs de section (les lieutenants Chambert, Bonardi et Arthaud).
Satory et le Sport à Versailles
Versailles est née de la chasse, pratique qui, sous l’ancien régime, est celle qui se rapproche le plus de la notion de sport. Quatre siècles plus tard, alors que la ville va recevoir pour la troisième fois des épreuves olympiques, les Archives communales vous proposent de revenir sur la petite et grande histoire du sport à Versailles. Celle-ci est ponctuée de grands événements, de succès de clubs locaux, mais aussi par la création de nombreux équipements sportifs.
Le tir est très pratiqué à Versailles, notamment du fait de l’importante présence militaire. Cet exercice devient particulièrement populaire après la défaite de 1871 et revêt un aspect patriotique. La Société versaillaise de tir est créée dès le mois d’août 1876. Cette discipline est également enseignée aux garçons à l’école primaire à partir de 1882. En 1900, le camp de Satory propose un grand concours de tir, attirant de nombreux participants et un public enthousiaste dans le cadre des Jeux Olympiques de Paris. En juin 1924, Versailles participe pour la 2e fois à l’accueil d’une épreuve des Jeux olympiques de Paris. Il s’agit cette fois de la discipline du tir de chasse, plus précisément du tir sur cerf courant. Il s’agissait d’atteindre des cibles mobiles ayant la forme de cerfs. Ces épreuves ont pour cadre le stand national de tir, réhabilité pour l’occasion.
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