La Première Guerre mondiale a été un creuset linguistique unique, où des soldats venus de toutes les régions de France et des colonies françaises ont convergé sur les champs de bataille. De ce mélange inédit est né un argot composite, mêlant patois régionaux et langues étrangères, qui a enrichi durablement la langue française. De nombreuses expressions de cette époque sont encore utilisées aujourd'hui. Cet article explore les synonymes et expressions associés à l'idée d'un "vieux fusil" dans l'argot des tranchées, ainsi que d'autres termes et expressions marquantes de cette période.
Le Fusil : Un Outil Central et Ses Surnoms
Le fusil était l'outil principal du soldat pendant la Première Guerre mondiale. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait donné naissance à de nombreux termes d'argot.
- Arbalète : Ce terme, bien que désignant une arme ancienne, était utilisé comme synonyme de fusil dans l'argot des tranchées.
- Flingot, Flingue : Ces vieux termes d’argot militaire désignent également le fusil.
- Rosalie : Surnom donné à la baïonnette du fusil Lebel. Ce terme, inventé par les chansonniers dans la veine du comique troupier, était cependant modérément employé par les Poilus.
Le fusil Lebel, arme emblématique de l'armée française, était à la fois robuste et précis, mais souffrait de la lenteur de chargement de son magasin.
Expressions et Métaphores Autour des Armes et des Munitions
Outre les synonymes directs de "fusil", l'argot de la Première Guerre mondiale regorgeait d'expressions imagées liées aux armes et aux munitions.
- Abeille : Ce terme poétique désignait une balle de fusil.
- Canon de 75 : Le chiffre 75 représente le diamètre intérieur en millimètres du canon. Cette pièce d'artillerie était essentielle sur le front.
- Moulin à café ou à poivre : Cette métaphore sonore décrivait la mitrailleuse, en raison du bruit qu'elle produisait en tirant.
- Obus : Projectile d'artillerie rempli d'une charge explosive, de balles ou d'agent toxique. L'obus était une source constante de danger dans les tranchées.
- Fusants : Obus qui explosaient au-dessus du sol.
- Shrapnel : Arme antipersonnel, obus rempli de projectiles. L'obus libérait des balles de plomb capables de percer un crâne non casqué.
Le Soldat et son Univers
L'argot des tranchées ne se limitait pas aux armes. Il englobait tous les aspects de la vie du soldat, de sa nourriture à ses supérieurs, en passant par ses ennemis et ses conditions de vie.
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- Poilu : Surnom donné aux soldats français de la Première Guerre Mondiale. Le mot « poilu » désignait aussi à l’époque dans le langage familier ou argotique quelqu’un de courageux, de viril. Le terme « poilu » désigne pour le civil « le soldat combattant » qui défend notre sol, par opposition à « l’embusqué ».
- Briscard : Vieux soldat de métier.
- Pioupiou : Soldat de la période 1871-1914.
- Pépère : Le terme désigne soit un secteur tranquille soit le surnom donné aux soldats territoriaux costaud, résistant, les plus anciens.
- Boche : Désignation péjorative des Allemands par les Français.
- Fritz : Le terme Fritz désigne les Allemands. Il est donc synonyme du célèbre “Boche”, bien qu’un peu moins usité.
- Anzac : Désigne les troupes d'Australie et de Nouvelle-Zélande.
- Feldgrau : Littéralement "gris de campagne" : couleur de l’uniforme allemand. Par extension, désigne le fantassin allemand.
- Huiles (les) : Les chefs, les officiers. Le terme désigne, au sens large, un personnage important, haut placé.
- Péquenot : Homme peu dégourdi.
- Bleu horizon : Nom donné à la couleur de l’uniforme français adopté après la bataille de la Marne en septembre 1914.
- Chasseurs alpins : Nom donné aux soldats des troupes de montagne.
- Dragon : Troupe de cavalerie, à l'origine infanterie montée.
- Marsouin : Terme d’argot militaire qui désigne les hommes de l’Infanterie de Marine.
La Vie Quotidienne dans les Tranchées
La vie dans les tranchées était rude et monotone. L'argot reflétait cette réalité à travers des termes imagés pour désigner la nourriture, les conditions de vie et les dangers omniprésents.
- Pinard : Argot désignant un vin rouge ordinaire, de qualité inférieure.
- Rata : Nourriture servie aux soldats et difficile à identifier, équivalent au ragoût.
- Jaffe : Soupe.
- Musiciens : Haricots secs.
- Fayot : Terme d’argot populaire plus fréquemment employé au pluriel qu’au singulier et qui désigne les haricots secs, fréquents dans l’assiette du soldat avant-guerre, comme dans la gamelle du Poilu dans les tranchées.
- Jus : Terme d’argot de caserne, repris dans les tranchées, qui désigne le café.
- Jus de fèves : Surnom ironique donné par les prisonniers de guerre français au café de mauvaise qualité qui leur est servi dans les camps.
- Kaka : L’expression “pain kaka” désigne le pain de guerre, ou pain de munition.
- Kartoffel : Récupération argotique du mot allemand pour désigner les pommes de terre.
- Gnôle : Alcool, alcool fort, eau-de-vie, généralement de mauvaise qualité.
- Bouthéon : Marmite collective aplatie en métal utilisée pour transporter les aliments pour nourrir quatre soldats.
- Havresac : Besace dans laquelle chaque soldat plaçait ses effets personnels ainsi que son équipement.
- Escarpins : Brodequins (chaussures de soldats).
- Latte : Terme d’argot parisien, abondamment repris par les soldats, qui désigne une chaussure.
- Limace : Terme emprunté à l’argot parisien et très usité dans les tranchées, qui désigne une chemise.
- Totos : Nom donné aux poux ou plus généralement aux parasites. Les poux font partie du quotidien des soldats pendant la Grande Guerre.
- Gaspard : Dans l’argot des tranchées, un gaspard est un rat.
- Mie de pain mécanique : Métaphore ironique désignant un pou, en argot de tranchées.
- Mouise : Terme d’argot parisien très employé (et pour cause…) dans les tranchées, désignant à l’origine la boue.
- Séchoir : Barbelés.
- Queues de cochon : Piquets de fer qui se vissent dans le sol. Ils sont destinés à supporter les réseaux de fils de fer.
- No Man's Land : Littéralement : " la terre de personne ". Ce terme désigne l'étendue de terrain ravagée et inhabitée située entre les deux lignes de tranchées adverses.
- Boyau : Voie étroite de communication entre deux tranchées (boyau de communication).
- Caillebotis : Lattes de bois fixées sur une échelle en rondins que l'on installe à plat dans le fond des tranchées ou des boyaux.
- Tranchée d'appui : Tranchées établie derrière la 1ère ligne de front, reliée par un boyau.
- Parapet : Emprunté au vocabulaire de la fortification médiévale, le parapet désigne la face avant de la tranchée.
- Petit poste : Position de guet en avant des tranchées de première ligne.
- Bivouac : Terme militaire qui désigne le fait d’établir un campement provisoire à l’extérieur, et, par extension, un repas ou une nuit passés dehors.
Actions et Opérations Militaires
L'argot des tranchées traduisait aussi les réalités de la guerre, les offensives, les bombardements et les stratégies militaires.
- Monter : Pour les combattants français, le verbe monter devient durant la guerre synonyme "d'aller aux tranchées".
- Barrage roulant : Lors d'une offensive, tirs d'artillerie nourris progressant sur le terrain vers les tranchées adverses à un rythme régulier.
- Marmitage : Dans l’argot des Poilus, ce mot veut dire bombardement.
- Entonnoir : Trou d'obus.
- Mine : Charge d'explosifs que l'on amenait sous la tranchée ennemie afin de la faire exploser.
- Sape : Dans le vocabulaire de la guerre de siège, la sape est une tranchée profonde permettant la circulation à l'abri des vues.
- Relève : La relève est le remplacement d'une unité par une autre dans les tranchées.
- Censure : Limitation de la liberté de la presse et contrôle du courrier militaire.
- Terrain : Lieu où se déroule les opérations militaires.
- Tir de barrage : Tir d'artillerie en vue de détruire une zone.
- Campagne : Ensemble d'opérations militaires relatives à l'action d'une armée dans un conflit.
- Cantonnement : Zone de repos, lieu d'hébergement des unités lorsqu'elles ne combattent pas.
- Canevas de tir : Carte détaillée d'un secteur du front précisant les positions ennemies.
Divers
- Ambulance : Véhicule de transport des blessés ou Unité médico-chirurgicale au niveau du corps d’armée.
- Batterie : Ensemble tactique désignant un petit groupe de pièces d'artillerie.
- Brancardier : Militaires chargés de la récupération et du transport des blessés ou des morts.
- Brisque : Insigne en forme de " V renversé ".
- Claie : Treillis de branchages tendus sur un cadre en bois.
- Coke (charbon) : Combustible obtenu par pyrolise de la houille.
- Compagnie : Unité de manoeuvre et unité administrative, commandée par un capitaine.
- Escouade : Fraction d’une compagnie sous les ordres d’un caporal.
- Fourrier : Chargé de l'intendance au sein de sa compagnie.
- Limoger : Envoyer un officier supérieur, jugé inefficace et incompétent, dans un commandement subalterne.
- Mélinite : Explosif brisant à base d'acide picrique.
- Mortier : Pièce d'artillerie qui effectue des tirs "en cloche".
- Obusite : Qualifie les affections psychologiques faisant suite à l’expérience du bombardement.
- Ordre du jour : Moyen dont dispose la hiérarchie militaire pour s'adresser à la troupe.
- Pain K.K. :
- Permission : Autorisation accordée aux militaires pour rendre visite à leur famille.
- Pétard raquette : Grenade artisanale française.
- Rameau : Galerie étroite qui mène à la chambre de mine.
- Ration : Portion de nourriture et de boisson distribuée chaque jour au soldat.
- Réseau : Le fil de fer barbelé fixé sur des montants.
- Shrapnell : Arme antipersonnel, obus rempli de projectiles.
- Taube : Avion allemand monoplan.
- Tromblon : Arme à feu au canon évasé.
- Vaguemestre : Militaire chargé de la distribution du courrier aux armées.
- Ypérite : Surnom donné au gaz de combat asphyxiant.
Expressions issues du contexte militaire
Certaines expressions françaises célèbres tirent leurs origines d'histoires et de faits militaires :
- Faire long feu : A l’époque des premières armes à feu, il fallait recharger avant chaque tir. Si la poudre était trop humide, elle ne se consumait pas et ne produisait pas l’explosion qui faisait partir le projectile. Le fusil “faisait long feu” et le soldat ratait son coup.
- Tirer à brûle pourpoint : Tirer « à brûle pourpoint », revient donc à tirer sur l’ennemi à bout portant, de si près que les résidus de poudre du tir viennent consumer son habit.
- Monter au créneau : Le créneau désigne le creux laissé entre deux « merlons » sur la partie haute des remparts.
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