Le Tir au Fut à Corbas : Histoire et Patrimoine Lyonnais

La région lyonnaise, riche en histoire et en patrimoine, abrite des vestiges de son passé militaire et industriel. Parmi ces éléments, les forts construits à la fin du XIXe siècle témoignent d'une époque où la France, marquée par la guerre de 1870, cherchait à renforcer ses défenses. Le fort de Corbas, ainsi que d'autres fortifications de l'agglomération, s'inscrit dans cette dynamique. Cet article explore l'histoire de ces fortifications, en particulier celle du fort de Corbas, et met en lumière leur rôle dans la défense de Lyon et leur transformation au fil du temps.

Contexte Historique : La Nécessité de Renforcer les Défenses de Lyon

La guerre de 1870 fut un désastre pour la France. Pour la première fois depuis Napoléon Ier, le pays se retrouvait envahi par les troupes prussiennes, la frontière nord-est amputée de l'Alsace et de la Lorraine, Paris assiégé, le gouvernement en exil à Bordeaux. Seule la moitié sud avait échappé au pire. "Plus jamais cela", jurèrent les gouvernements de l'époque. Sitôt la paix revenue, l'on se préoccupa de renforcer les défenses du pays.

À Lyon, les fortifications construites dans les années 1830, comme le fort Montluc et le fort Lamothe, n'étaient plus capables de faire face aux progrès de l'artillerie, et ne protégeaient pas les communes de la banlieue est. La défense de l'agglomération devait être revue de fond en comble. C'est dans ce contexte que le général Séré de Rivières fut sollicité.

Le Système Séré de Rivières et le Fort de Corbas

L'armée fit donc appel au général Séré de Rivières (1815-1895), en poste à Lyon pendant la guerre franco-prussienne, et directeur du service du Génie au ministère de la Guerre. Il conçut un système de défense basé sur un réseau de forts détachés, capables de se soutenir mutuellement et de protéger les villes des bombardements ennemis.

C’est pour protéger le sud de Lyon d’une éventuelle invasion de la Triplice constituée de l’Autriche, l’Italie et l’Allemagne que ce bâtiment militaire fut bâti entre 1875 et 1877. Situé à deux kilomètres du Rhône, il pouvait prendre les assaillants dans de redoutables tirs croisés entre les deux forts d’Irigny (Champvillard et Montcorin) et celui de Corbas. La place forte est formée de trois bâtiments. Le plus grand d’entre eux était le bâtiment du cavalier, dédié au stockage des plus grosses pièces d’artillerie du fort, mais qui abriterait également plusieurs dizaines de chambrées pour le repos des soldats, ainsi que l’infirmerie. Sur les 22 000 m2 de surface bâtie, 45 % sont des couloirs permettant aux soldats de circuler à l’abri non seulement des regards mais surtout des balles et obus. Ils pouvaient ainsi rejoindre les différents bâtiments sans jamais se retrouver à découvert.

Le Fort de Bron : Un Exemple de Fort Séré de Rivières

À Bron, la commission de défense choisit de fortifier le point culminant de la commune, une colline couverte de vignes d'où la vue s'étend jusqu'aux Alpes, et d'où les canons de l'artillerie pourront au besoin, tenir sous leur feu une armée ennemie qui arriverait par la route d'Italie. Après cinq ans de travaux menés de 1875 à 1879, les vignes cèdent la place à l'un des plus grands forts de l'agglomération, puisque ses remparts courent sur 1,4 kilomètre de long.

Ils suivent un plan en chevron, renforcé de bastions à chaque angle, à l'intérieur desquels des casemates et des plates-formes de tir accueillent 46 canons de différents calibres (40 à 138 mm). Deux casernes aménagées au centre du dispositif, logent les 840 soldats et officiers prévus pour servir les canons et défendre le fort. Cette troupe peut vivre en vase clos car les entrepôts à poudre, les dépôts de munitions, la boulangerie et ses fours à pain, deux cuisines, un puits profond de 37 mètres, et plusieurs entrepôts de marchandises et de nourriture, sont prévus pour lui permettre de soutenir un siège d'au moins trois mois. A eux seuls, les stocks de poudre atteignaient 140 tonnes. L'ampleur de l'édifice se devine dès sa porte d'entrée, perchée au sommet d'un fossé large de 12 mètres et profond de 6 à 8 mètres. Mais l'essentiel des bâtiments reste caché sous terre, pour se protéger des tirs de l'artillerie ennemie.

L'Évolution du Fort : De la Garnison à la Prison

Simple lieu de garnison durant l’entre-deux guerres, le site devient une prison allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’instar de plusieurs autres forts de l’agglomération lyonnaise.

Pourtant, les hasards de l'histoire voulurent que le fort de Bron ne tire jamais un seul coup de canon. Durant les 19e et 20e siècles, il ne servit que de logement aux troupes, notamment aux pilotes du 2e groupe d'aviation militaire, et aux soldats protégeant l'aéroport. Le canonnier Jean David, du 53e régiment d'artillerie, fut du nombre. En 1914, après le déclenchement de la Première guerre mondiale, il quitte Clermont-Ferrand avec un détachement, et prend ses quartiers dans notre ville. Puis il attend, encore et encore, que l'ennemi apparaisse. Il passe le temps en faisant des corvées, en jouant avec ses camarades et en envoyant des cartes-postales : "Nous sommes plusieurs à écrire, si tu voyais les tables, on se croirait à l'école !", raconte-t-il sur l'une d'elles.

À ce moment précis, le fort croule sous le nombre de poilus caserné dans ses murs. Ils pullulent tellement que l'on doit même en loger dans des tentes dressées autour des batteries. Le fort joue le même rôle durant la Seconde Guerre mondiale, qui voit se succéder les pilotes et mécaniciens de l'armée de l'air polonaise, alors réfugiée en France, puis à partir de 1942 les soldats de l'armée allemande - d'ailleurs certains d'entre eux ont laissé des graffitis sur les murs.

La Reconversion du Fort : Un Espace Ouvert au Public

Le retour à la paix lui enlève toute utilité militaire. Bien que ses bâtiments soient fermés au public, les Brondillants, eux, n'oublient pas leur fort. Ils savent que son escalier monumental, ses casemates, ses galeries et ses immenses salles souterraines en belles pierres dorées, forment un ensemble magnifique.

Aujourd’hui noyé dans la végétation et ouvert au public, le fort se visite et peut être privatisé pour des événements. Les consciences s'éveillent et, en 1981, la municipalité obtient la cession du site, dont elle confie l'animation à une association fondée un an plus tard, en 1982. Aujourd'hui, ce joyaux du patrimoine brondillant sert de local à l'aéromusée aménagé par la SLHADA (Société Lyonnaise d'Histoire de l'Aviation), accueille des manifestations théâtrales, et s'ouvre au public lors des visites organisées par l'association du fort de Bron.

Conditions de visite : le fort de Bron est ouvert au public un dimanche par mois, et lors des journées du Patrimoine. Consulter le calendrier des visites sur la page d'accueil du site internet de l'association du fort de Bron. Traverser la rue puis pénétrer dans le parc de Parilly par l'entrée "bâtiment Philomène Magnin". A la fourche des allées, prendre à gauche l'allée du Rossignol.

Le Vieux-Lyon : Un Autre Exemple de Sauvegarde du Patrimoine

Le Vieux-Lyon, quartier historique de la capitale des Gaules, est l’un des quartiers les plus prisés des Lyonnais et des touristes. Il a pourtant failli être rasé. Mais Régis Neyret, 92 ans, a grandement contribué à le sauver.

Dans les années 50, le Vieux-Lyon était un quartier insalubre. Au début des années 60, le maire de Lyon de l’époque, Louis Pradel, voulait faire raser une partie du quartier, vers la cathédrale Saint-Jean et le palais de Justice. Le projet était de créer une bretelle d’autoroute pour arriver en voiture directement en plein cœur de la ville. Mais des amoureux de Lyon, dont Régis Neyret, fondateur de l’association de la Renaissance du Vieux-Lyon, ont sauvé l’historique lieu de la destruction. Régis Neyret avait contribué à sauver ce quartier historique en s'opposant au projet qui devait en détruire une partie. Plus tard, il fut un des acteurs majeurs du classement du site historique de Lyon sur la liste du patrimoine de l'UNESCO. Selon David Kimelfeld, le président de la Métropole de Lyon, Régis Neyret était éperdument amoureux de sa ville. Le 1er adjoint à la Ville de Lyon, Georges Kepenekian, a salué Régis Neyret en soulignant que si la ville est aujourd’hui aussi belle et riche sur le plan patrimonial et architectural, c’est grâce à des hommes comme lui.

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