Le Tir de Confiance au GIGN : Définition, Procédure et Implications

Le Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN), unité d'élite française, est réputé pour ses interventions délicates et son professionnalisme. Parmi les multiples aspects qui forgent la spécificité du GIGN, le "tir de confiance" occupe une place particulière. Cet article explore en profondeur la définition, la procédure, les objectifs et les implications de cette pratique emblématique.

Introduction

Les unités d'intervention spécialisées (UIS), comme le GIGN, sont des composantes essentielles des forces de l'ordre, chargées de répondre à des situations de crise nécessitant des compétences et des équipements spécifiques. Ces unités sont impliquées dans le maintien de l'ordre, la protection des autorités et des opérations de contre-terrorisme. Leurs actions visent à minimiser le nombre de victimes et à agir rapidement.

Genèse du GIGN : Une Réponse aux Crises Majeures

La création du GIGN est directement liée à des événements marquants qui ont mis en évidence la nécessité d'une force d'intervention spécialisée. Deux événements majeurs ont été des catalyseurs dans la décision de créer le GIGN :

Le Forcené de Cestas (1969)

Le 1er février 1969, André Fourquet, un homme de 38 ans, se barricade dans sa ferme près de Bordeaux avec ses trois enfants. Il avait perdu la garde de ses enfants après son divorce. Après une semaine de négociations infructueuses, la gendarmerie donne l'assaut le 17 février. Fourquet tue ses deux plus jeunes enfants avant de se suicider. Ce drame a mis en lumière les lacunes dans la gestion des prises d'otages et des situations de crise.

L'Attentat des Jeux Olympiques de Munich (1972)

Le 5 septembre 1972, un commando palestinien du groupe "Septembre noir" infiltre le village olympique de Munich. Ils tuent deux athlètes israéliens et prennent neuf autres en otages. L'assaut mal préparé par la police allemande à la base aérienne de Fürstenfeldbruck se solde par la mort de tous les otages. Cet événement a souligné l'importance d'une préparation adéquate et de compétences spécialisées pour faire face au terrorisme et aux prises d'otages.

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Le 1er mars 1974, le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale - plus connu sous le sigle GIGN - est déclaré opérationnel. La célèbre unité d’élite, qui comptait dix-huit membres à ses débuts, regroupe aujourd’hui un millier d’hommes et de femmes.

Le Cadre Légal de l'Usage des Armes à Feu

L'utilisation des armes à feu par les forces de l'ordre est strictement encadrée par la loi française. La légitime défense est un principe fondamental, autorisant les forces de l'ordre à utiliser leurs armes pour contrer une attaque, à condition que la riposte soit proportionnée à l'objectif.

Articles de Loi Pertinents

L'article L. est une référence essentielle, définissant les conditions dans lesquelles les forces de l'ordre peuvent faire usage de leurs armes, notamment en cas de légitime défense, sur ordre de la loi, ou en cas de nécessité absolue pour protéger des vies humaines. Cet article est complété par d'autres dispositions du code pénal (art. 122-4) et du code de la défense (art. L. 1142-1 et L. 4123-12). L'article R. prévoit des règles spécifiques pour la gendarmerie nationale, assurant que l'usage des armes est lisible et prévisible.

Jurisprudence

La Cour de cassation joue un rôle crucial dans l'interprétation de ces textes, en appliquant les principes de nécessité et de proportionnalité aux cas concrets. Des affaires comme Mc Cann c. Royaume-Uni, Ülüfer c. Turquie, et Guerdner et autres c.

Définition et Procédure du Tir de Confiance

Le "tir de confiance" est une épreuve emblématique du GIGN, conçue pour renforcer la confiance mutuelle entre les membres de l'unité.

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Description de l'Épreuve

Cette épreuve consiste à tirer à balles réelles sur une cible d'argile placée sur le gilet pare-balles d'un autre membre de l'équipe, à une distance de 15 mètres. L'objectif est de démontrer une confiance absolue dans les compétences du tireur et la capacité du porteur à rester calme.

Objectifs Pédagogiques

L'objectif principal de cet exercice n'est pas de former l'aspirant au tir, mais de tester la confiance mutuelle entre les membres. Le tireur doit avoir confiance en ses propres capacités et en son camarade, tandis que le porteur doit avoir confiance en lui-même et en le tireur.

Christian Prouteau a inventé le tir simultané que nous étions encore à cette époque les seuls à réussir : plusieurs tireurs tirent dans la même seconde sur plusieurs objectifs.

Critiques et Pertinence du Tir de Confiance

Certains remettent en question la pertinence de cet exercice, arguant qu'il ne représente pas les conditions réelles d'une intervention. Cependant, ses partisans soulignent qu'il s'agit d'un rite de passage symbolique, renforçant la cohésion et la confiance au sein de l'unité.

Anonymat des Policiers : Nécessité et Cadre Juridique

L'anonymat des policiers est justifié par la nécessité de protéger leur vie, celle de leur famille et de leurs proches, face à des menaces potentielles. Des cas de divulgation d'informations personnelles de policiers ont été recensés, mettant en danger leur sécurité et celle de leurs familles.

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Cadre Juridique de l'Anonymat

Le recours à un numéro d'immatriculation administrative est une pratique courante pour préserver l'anonymat des policiers dans les procédures pénales. Cette pratique est encadrée par des dispositions spécifiques, garantissant que l'identité réelle du policier ne soit révélée qu'en cas de nécessité et avec l'autorisation des autorités compétentes.

Procédures et Recours

Les policiers bénéficient de protections spécifiques dans les procédures pénales, notamment la possibilité de témoigner sous couvert d'anonymat et de demander des mesures de protection, comme un changement d'adresse. En cas de contestation de l'anonymat, des recours sont possibles devant les juridictions compétentes.

Formation et Aptitude Professionnelle

L'accès aux métiers de la sécurité privée et le port d'arme sont strictement encadrés en France, nécessitant une formation adéquate et une aptitude professionnelle certifiée.

Exigences de Formation

Les agents de sécurité privée doivent justifier d'une aptitude professionnelle adaptée, attestée par des organismes de formation agréés par le ministère de l'Intérieur. Cette formation est encadrée en termes de formation initiale et de formation continue.

Contrôle des Organismes de Formation

Le ministère de l'Intérieur est compétent pour contrôler les organismes de formation et s'assurer de la qualité de l'enseignement dispensé.

Les ÉRIS : Un Parallèle avec le GIGN dans l'Administration Pénitentiaire

Créées en 2003, les équipes régionales d’intervention et de sécurité (Éris), sorte de GIGN de la pénitentiaire, sont les unités spéciales chargées d’intervenir en cas de tension dans un établissement.

Alors que de multiples incidents éclatent à l’intérieur et aux abords des prisons, le début des années 2000 ouvre une période d’inédite remise en cause des rôles, règles et modes de fonctionnement de l’institution carcérale. De la tentative d’évasion par hélicoptère de la maison d’arrêt de Fresnes en mai 2001, à celle accomplie par un commando armé au sein du quartier disciplinaire du même établissement en mars 2003, en passant par les dizaines de mouvements collectifs - parfois violents - de prisonniers, l’administration pénitentiaire vit trois années sensibles en termes de sécurité.

Dos au mur, exceptionnellement fragilisée, l’institution n’a alors d’autres choix que d’évoluer. Pour Dominique Perben, ministre de la Justice, et Didier Lallement, préfet et directeur de l’administration pénitentiaire, les orientations ne font pas débat ; sans surprise, c’est une véritable riposte sécuritaire qui s’organise entre la place Vendôme et la rue du Renard.

Réparties en dix équipes (neuf strictement régionales et une à vocation nationale) aujourd’hui composées d’une quarantaine d’agents, les Éris sont spécialement préparées à la gestion des incidents de grande ampleur et à l’encadrement de diverses opérations de maintien de l’ordre. Leurs membres, qui doivent incarner une « nouvelle génération de surveillants », sont recrutés en interne sur la base quasi-exclusive d’aptitudes physiques.

Avant d’intégrer ces équipes, ils reçoivent une formation de dix semaines dispensée par l’École nationale de l’administration pénitentiaire et décomposée en cinq blocs. En sus des modules « gestion du stress », « tir et armement », « techniques d’intervention » et « maintien de l’ordre et transferts », les élèves effectuent un stage de plusieurs jours au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie à Saint-Astier, connu pour être le lieu de formation du GIGN. Un détail loin d’être anodin ; plus qu’une caution, le GIGN constitue une véritable source d’inspiration pour la pénitentiaire.

Il faut ici rappeler que le déploiement des Éris est concomitant de l’institution de l’État-major de la sécurité (EMS) au sein de la direction centrale de l’administration pénitentiaire. Ce département - qui deviendra rapidement sous-direction - marque un palier dans la politique pénitentiaire en ce qu’il entérine une nouvelle appréhension des enjeux de maintien de l’ordre en prison.

Le matériel dont sont dotées les Éris témoigne plus clairement encore de ces orientations. Elles disposent d’une tenue spécifique (une combinaison bleu nuit) et d’équipements particuliers : boucliers, casques, gilets pare-coups, gilets pare-balles, chasubles d’intervention, gants et bottes adaptés, menottes et cagoules. L’administration pénitentiaire jouissant d’une surprenante liberté en la matière, elle dote les Éris d’un important armement : tonfas, bâtons télescopiques BTP, grenades lacrymogènes, grenades de désencerclement, LBD40, HK G36C, fusils à pompe calibre 12, SIG SAUER SP 2022, fusils à pompe Remington 870 police et fusils d’assaut à tir automatique. Destinées à intervenir en cas de crise, l’administration pénitentiaire a pensé ces équipes comme une « force de frappe » vive et puissante.

Laurent Ridel, directeur des services pénitentiaires, explique ainsi qu’avant 2003, « cette capacité d’anticipation ou de réaction très rapide manquait cruellement à une administration pénitentiaire par définition statique qui, dès qu’elle était confrontée à une crise ou à une situation délicate pouvant déboucher sur une crise, devait solliciter l’autorité préfectorale pour obtenir l’intervention des forces de l’ordre ».

Obnubilées par le risque d’embrasement et de perte de contrôle, les Éris se sont construites sur un cadre extrêmement coercitif. Quitte à omettre quelques fondamentaux… Il aura ainsi fallu attendre 2007, soit près de quatre ans après leur création, pour qu’une phase préalable de négociation soit intégrée dans leurs procédures d’intervention. De même, ce n’est qu’en 2008, à la suite de plusieurs plaintes et sous la pression des organes de contrôle français et européens, que l’administration pénitentiaire a accepté quelques outils de contrôle, en l’espèce l’enregistrement vidéo des interventions. Il importe de relever que cette concession est autant motivée par « un souci de protection […] des personnes détenues contre d’éventuelles digressions » que « des agents contre les allégations formulées » par les prisonniers. Il reste toutefois de nombreux points de blocage tels que le port de la cagoule. En dépit des critiques unanimes, l’administration pénitentiaire refuse de revenir sur sa doctrine.

Pour certains membres de l’administration pénitentiaire, malgré tous leurs défauts, les Éris « ont quand même amené des techniques d’intervention beaucoup plus pertinentes que celles employées avant ». Ils vantent alors l’heureuse « normalisation » des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en prison. « Avant, il n’y avait pas de techniques, on y allait comme ça, avec un matelas, avec un truc, enfin c’était n’importe quoi. […] Là, on a une théorie, des moyens, des tenues d’intervention. » Cette idée est certainement vraie, mais ceux qui la formulent omettent toutefois d’interroger l’évident double sens des processus de « normalisation ». Si le terme renvoie dans un sens à la construction d’un corpus de règles applicables, il doit aussi se comprendre dans l’autre comme une forme de banalisation de méthodes d’intervention violentes.

C’était d’ailleurs tout l’enjeu de l’alerte émise par l’OIP en 2005 : « La création des Éris n’est pas sans apparaître comme un signal émis par la Chancellerie en direction des personnels de l’administration pénitentiaire ; un signal susceptible d’être perçu localement comme un blanc-seing au regard de la mise en œuvre de méthodes musclées. » Les faits ont malheureusement confirmé ces craintes. Dans son avis relatif à la prise d’otage de la maison centrale de Moulins, la Commission nationale de la déontologie de la sécurité a souligné le lien existant entre les méthodes coercitives des Éris, leur cadre d’intervention nébuleux et les violences exercées ensuite par le personnel local à l’encontre des personnes détenues. S’il est difficile d’établir l’impact réel de la création des Éris en termes d’accommodement des personnels pénitentiaires à la violence, l’administration assure qu’après un « certain scepticisme quant à leur intérêt », « les Éris ont trouvé leur place ».

Dans la mythologie grecque, « l’odieuse Éris », déesse de la Discorde, « fit naître la Souffrance (Ponos), les Douleurs qui font pleurer (Algae), les Batailles (Hysminai), les Meurtres (Phonoi), les Guerres (Makhai), les Querelles (Neikea), les Discours mensongers (Pseudea), le Mépris des lois (Dysnomia) ». De fait, les Éris ont participé à la diffusion de techniques et pratiques de maintien de l’ordre au sein des établissements. L’annonce, en 2016, de la création de nouvelles « équipes de sécurité pénitentiaire » (ESP) bénéficiant d’un armement et de prérogatives spécifiques illustre très clairement cette évolution. Ces équipes doivent par ailleurs être complétées par des « équipes locales de sécurité pénitentiaire » (ELSP), en remplacement des actuelles « équipes locales d’appui et de contrôle » (Élac). La banalisation des outils et méthodes d’intervention des Éris au sein de l’administration pénitentiaire a entraîné une libération et une acceptation de la violence : les récents incidents intervenus à la maison centrale de Condé-sur-Sarthe autant que les suites qui leur ont été réservées sont l’occasion de s’en convaincre. D’une part, c’est sans émotion que le contrôle total de l’établissement a été confié à des Éris armées et cagoulées pendant les vingt jours de blocage. D’autre part, c’est sans difficulté que la direction centrale de l’administration pénitentiaire a validé le principe de dotation des surveillants en menottes et des gradés en bombes lacrymogènes. Depuis plusieurs années, l’administration pénitentiaire nous confronte ainsi à de nouvelles affirmations de sa force. Nul ne peut dire où s’arrêtera ce mouvement de transformation policière. Une chose est cependant certaine : en incarnant l’une des expressions les plus tranchantes de la violence en prison, les Éris en occultent aujourd’hui les milliers d’autres manifestations quotidiennes.

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