Le Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) est une unité d'élite de la gendarmerie française, reconnue mondialement pour son expertise en matière d'intervention lors de crises majeures, de lutte contre le terrorisme et le grand banditisme, et de libération d'otages. Cet article explore l'histoire du GIGN, son organisation, ses missions emblématiques, et met en lumière le "tir de confiance", une pratique unique qui symbolise la cohésion et la confiance au sein de cette unité d'élite.
Genèse et Évolution du GIGN
La création du GIGN est intrinsèquement liée aux événements tragiques des Jeux Olympiques de Munich en 1972, où une prise d'otages sanglante a mis en évidence le manque de préparation des nations face au terrorisme. Face à cette menace croissante, les autorités françaises ont pris conscience de la nécessité de créer une unité spécialisée capable de répondre efficacement à des situations de crise extrêmes.
Ainsi, le 10 septembre 1973, une Équipe Commando Régionale d'Intervention (ECRI) est créée au sein d'un escadron du groupe 1/2 de gendarmerie mobile de Maisons-Alfort, sous le commandement du capitaine Gervais. Dix jours plus tard, elle intervient pour la première fois à Ecquevilly (78) afin de neutraliser un forcené armé. Un mois après, deux unités spécialisées d'intervention à compétence régionale, le GIGN n°l à Maisons-Alfort et le GIGN n°4 à Mont-de-Marsan, sont mises sur pied. Elles seront regroupées en 1976 pour constituer un groupe d'intervention à vocation nationale.
Trois officiers ont joué un rôle crucial dans la création de cette unité spécialisée : le général Héraut, qui commandait la circonscription régionale de gendarmerie à Paris, le capitaine Jean-Pierre Baux, responsable de l'entraînement des escadrons de gendarmerie mobile, et le lieutenant Christian Prouteau, qui instruisait les équipes commando.
Le GIGN a connu plusieurs réorganisations majeures au cours de son histoire pour s'adapter aux nouvelles menaces et aux défis opérationnels. En 1984, le GIGN est intégré au Groupement de Sécurité et d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GSIGN), qui regroupe également l'Escadron Parachutiste d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (EPIGN) et le Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR).
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En 2007, une transformation d'ampleur est menée, sous la houlette de Denis Favier. Le GSIGN est dissous, laissant place au GIGN, qui absorbe toutes les autres composantes : le GIGN proprement dit, l’EPIGN, le GSPR et le Groupe instruction. L’unité se définit désormais à travers trois métiers : l’intervention, la protection et l’acquisition du renseignement. Un état-major opérationnel pilote l’ensemble des opérations de l’unité, qui passe de 120 à 400 militaires, dont 200 opérationnels, placés sous un même commandement opérationnel.
Plus récemment, en 2021, le GIGN a connu une grande réorganisation. Une division technique a également vu le jour. Afin de toujours mieux répondre aux exigences opérationnelles, les quatorze antennes sont ainsi rattachées au GIGN et les TEASS, rebaptisés PHP (Protection des Hautes Personnalités), aux sept antennes métropolitaines. Le groupe passe ainsi de 400 à 1 000 hommes et femmes.
Organisation et Missions du GIGN
Le GIGN est une force unique en Europe, capable de riposter rapidement et efficacement lors de situations extrêmes qui concernent le grand banditisme et le terrorisme. La mission principale du GIGN consiste donc à intervenir lors de crises majeures. Ils s’adaptent à chaque nouvelle menace, utilisent la surprise, la force, et la souplesse d’intervention.
Le GIGN est placé sous le commandement d'un commandant de gendarmerie, actuellement Ghislain Réty (depuis 2020). L'unité est structurée en plusieurs forces, chacune ayant des spécialités spécifiques :
- La Force d’Intervention (FI): Son but est de lutter contre le terrorisme aérien et maritime, mais aussi de participer aux libérations d’otages. La FI est elle-même divisée en quatre sections opérationnelles. Deux des quatre sections sont opérationnelles chaque semaine à tour de rôle. L’une des deux peut intervenir en moins de 30 minutes et l’autre en moins de 2 heures.
- La Force d’Observation et de Recherche (FOR): Sa spécialité est le renseignement, la filature et les infiltrations dans les domaines du terrorisme et du grand banditisme.
- Les Antennes du GIGN (AGIGN): On compte 14 Antennes du GIGN (AGIGN) situées en métropole et en outre-mer. Les militaires qui y sont affectés peuvent dépendre des 3 différentes forces.
- L’état-major opérationnel: Partie importante du GIGN, l’état-major opérationnel gère la cellule de négociation (420 négociateurs régionaux), la préparation opérationnelle et les appuis spécialisés. Les appuis spécialisés sont composés d’experts dans leurs domaines (en conseil ou sur le terrain).
- Le Groupe de Sécurité du Président de la République (GSPR): Depuis sa réorganisation en 2021, le Groupe de Sécurité du Président de la République (GSPR) dépend aussi du GIGN.
- La Division Technique du GIGN: Autre nouveauté depuis la réorganisation, la création de la division technique du GIGN. Elle comprend :
- La Cellule Intrusion Opérationnelle (CIO): Composée de spécialistes de l’ouverture discrète.
- La Cellule Innovation Prospective (CIP): Chargée de la veille technologique et de l’élaboration de nouveaux outils. Ces experts cherchent des solutions qui permettraient de faciliter le travail des opérationnels sur le terrain.
- La Section des Moyens Spéciaux (SMS): Spécialiste du renseignement, cette section est à la pointe de la technologie.
Les missions du GIGN sont variées et complexes, allant de la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme à la libération d'otages et à la protection de personnalités. Le GIGN intervient en France et à l'étranger, dans des environnements terrestres, aériens et maritimes.
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Le Tir de Confiance : Symbole de Cohésion et de Maîtrise
Au début des années 1980, Christian Prouteau instaure le "tir de confiance". Toujours réalisé aujourd’hui, la veille de la remise des brevets, ce rituel visant à renforcer la cohésion des hommes se traduit par un tir réel, avec un MR73, sur un pigeon d’argile suspendu au cou d’un des équipiers muni d’un gilet pare-balles.
Ce rituel symbolise la confiance absolue que chaque membre du GIGN doit avoir en ses coéquipiers. Il démontre également la maîtrise parfaite des armes et des techniques de tir, ainsi que le sang-froid et la capacité à gérer le stress dans des situations extrêmes.
Le tir de confiance est bien plus qu'un simple exercice de tir. C'est une épreuve initiatique qui renforce les liens entre les membres du GIGN et qui leur inculque les valeurs fondamentales de l'unité : confiance, cohésion, maîtrise de soi et respect de la vie humaine.
Exemples d'Interventions Emblématiques du GIGN
Au cours de son histoire, le GIGN a mené de nombreuses opérations qui ont marqué les esprits et qui ont contribué à sa renommée internationale. Parmi les interventions les plus emblématiques, on peut citer :
- Loyada (1976): Libération d'otages d'un bus scolaire détourné à Djibouti.
- La Mecque (1979): Apport d'un support d'encadrement lors de la prise d'otage de la Grande Mosquée.
- Ouvéa (1988): Intervention lors d'une prise d'otages en Nouvelle-Calédonie.
- Marignane (1994): Assaut contre un avion détourné par des terroristes du GIA algérien.
- Traque des frères Kouachi (2015): Participation à la traque des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo.
- Attaques de Carcassonne et Trèbes (2018): Intervention lors d'une attaque terroriste dans un supermarché.
- Évacuation d'ambassades (2011-2023): Sécurisation et évacuation des ambassades de Libye, de la République de Côte d'Ivoire, d'Ukraine et du Soudan.
Outre ces interventions médiatisées, le GIGN réalise quotidiennement de nombreuses missions moins connues, mais tout aussi importantes, telles que l'appui aux opérations judiciaires, la lutte contre le grand banditisme et la protection de personnalités.
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Devenir Gendarme du GIGN : Sélection et Formation
Intégrer le GIGN est un défi exigeant qui requiert des qualités physiques, mentales et techniques exceptionnelles. Les candidats doivent être gendarmes ou officiers de gendarmerie et justifier d'une expérience de plusieurs années.
Les épreuves de sélection sont rigoureuses et visent à évaluer les aptitudes physiques, la résistance au stress, le sang-froid, l'esprit d'équipe et la capacité d'adaptation des candidats. Les épreuves comprennent notamment des tests physiques, des exercices de tir, des mises en situation et des entretiens psychologiques.
Les candidats retenus suivent une formation intensive de plusieurs mois, au cours de laquelle ils acquièrent les compétences techniques et tactiques nécessaires pour mener à bien les missions du GIGN. La formation comprend notamment des entraînements au tir, aux techniques d'intervention, au combat rapproché, à la négociation et à la gestion du stress.
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