Introduction
Le tir, qu'il soit sportif ou militaire, a une longue et riche histoire en France. Des bataillons scolaires du XIXe siècle aux clubs de tir modernes, cette pratique a évolué au fil des décennies, reflétant les changements sociaux, politiques et technologiques. Cet article explore l'histoire du tir, en particulier à travers le prisme du Tir Porte de la Chapelle, en retraçant ses racines patriotiques, son essor en tant que discipline sportive et sa représentation dans la culture populaire.
L'Émergence des Bataillons Scolaires : Patriotisme et Préparation Militaire
La défaite de 1870 face à la Prusse a profondément marqué la France, suscitant un fort sentiment de revanche et une remise en question de la préparation militaire du pays. Dans ce contexte, l'idée de développer une instruction militaire dès l'école a émergé comme une solution pour renforcer l'armée et inculquer des valeurs patriotiques aux jeunes générations.
Conditions d'émergence des bataillons scolaires.
La défaite de 1870 a été ressentie comme une humiliation nationale. Un désir de revanche s’installe. Napoléon III et le Second Empire sont stigmatisés pour l’imprévoyance dont ils ont fait preuve en matière militaire.
La loi de 1872, proclame le service militaire obligatoire de un à cinq ans selon tirage au sort. Les soutiens de famille, les membres du clergé et de l’enseignement en sont dispensés. Pour des raisons économiques un raccourcissement du service militaire est nécessaire. Pour le réduire, certains estiment afin ne pas nuire à la force de l’armée, qu’il faut procéder à une formation préalable à l’école.
Le ministre de la guerre, le général Farre, explique en 1881 : « le service de trois ans, tel qu’il existe dans un autre pays, doit, pour porter ses fruits, avoir été précédé pendant longtemps d’un dressage préliminaire spécial acquis à l’école. Il faut donc développer l’instruction, l’instruction à tous les degrés, et surtout l’instruction militaire civique. Apprenons aux enfants ce que c’est que le soldat : quels sont ses devoirs ; quelle charge lui impose sa mission ; et même quelle grandeur et quel honneur il y a dans les charges qui lui sont imposées. »
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Création, Organisation et Fonctionnement
La loi du 28 mars 1882 a officialisé l'intégration de la gymnastique et des exercices militaires dans les programmes des écoles primaires de garçons. Un décret du 6 juillet 1882 a ensuite reconnu l'existence légale des bataillons scolaires. Ces bataillons, composés d'élèves âgés de 12 ans et plus, étaient autorisés à s'exercer militairement pendant leur temps scolaire. L'idée était de faire de l'école un centre de préparation militaire où les élèves apprenaient le devoir, la discipline, le maniement des armes et le tir.
L'existence légale des bataillons scolaires est reconnue par un décret en date du 6 juillet 1882. Tout établissement public d’instruction primaire ou secondaire ou toute réunion d’écoles publiques comptant de deux cents à six cents élèves, âgés de douze ans et au-dessus pourra, sous le nom de bataillon scolaire, rassembler ses élèves pour les exercices militaires pendant toute la durée de leur séjour dans les établissements d’instruction…
Le bataillon scolaire ne pourra être armé que de fusils conformes à un modèle adopté par le Ministre de la Guerre… Ces fusils, devront présenter les trois conditions suivantes : n'être pas trop lourds pour l'âge des enfants ; comporter tout le mécanisme du fusil de guerre actuel ; n'être pas susceptibles de faire feu, même à courte portée. Les fusils seront déposés à l'école…
Pour les exercices du tir à la cible, les élèves des bataillons scolaires âgés de 14 ans au moins et que l'instructeur en chef aura désignés comme apte à y prendre part, seront conduits au stand ou au champ de tir et y seront exercés avec le fusil scolaire spécial…
Un arrêté du 27 Juillet 1882 précise que dans les communes où les bataillons scolaires sont constitués, les exercices de bataillon ne pourront avoir lieu que le jeudi et le dimanche, le temps à y consacrer sera déterminé par l'instructeur militaire, de concert avec le directeur de l'école.
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L'Uniforme et l'Armement des Bataillons Scolaires
Les élèves des bataillons scolaires portaient un uniforme et un béret marin, et apprenaient à manier des fusils factices conformes à un modèle défini par le ministre de la Guerre. Ces fusils, bien que ne pouvant pas tirer, reproduisaient le mécanisme des fusils de guerre. Le chant patriotique était également une composante importante de la vie des bataillons, animant les défilés et renforçant le sentiment national.
L'engouement est certain parmi la population. L'idée de faire de l'école un centre de préparation et d'instruction militaire où les élèves apprendront le devoir, la discipline, le maniement des armes, le tir, apparaît comme une des clés du redressement national et un des moyens de préparer la revanche.
Le bataillon est organisé militairement, port de l'uniforme, du béret marin, apprentissage et utilisation du fusil, le chant patriotique est également de mise et anime les défilés. - Fusil scolaire factice, Lens P.D.C. et baïonnette :Fusil modèle 1874 dit fusil Gras, longueur du canon 71,5 cm, longueur totale 113 cm. Baïonnette et son fourreau, réduction à la taille du fusil, lame avec pointe arrondie, longueur de la lame 42 cm, longueur totale 51 cm.
Quoique factices, les fusils qui équipent les élèves des bataillons scolaires doivent être conformes à un modèle défini par le ministre de la guerre. Ce fusil comporte tout le mécanisme du fusil de guerre sans pouvoir faire feu.
Le Rôle des Instituteurs
Les instituteurs jouaient un rôle central dans l'encadrement des bataillons scolaires. Souvent d'anciens sous-officiers ou officiers de réserve, ils étaient chargés de l'instruction militaire et de l'éducation patriotique des élèves. Paul Bert, figure importante de l'époque, leur adressait ces mots : "Nous devons faire, par une éducation commencée à l'école par vous, continuée au régiment avec vous, de tout enfant un citoyen, de tout citoyen, un soldat."
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Aux instituteurs Paul Bert leur dira, définissant ainsi leur mission :"Nous devons faire, par une éducation commencée à l'école par vous, continuée au régiment avec vous, de tout enfant un citoyen, de tout citoyen, un soldat."
Le Déclin des Bataillons Scolaires
Malgré un engouement initial, les bataillons scolaires ont connu un déclin progressif. Plusieurs facteurs ont contribué à cet essoufflement, notamment les réserves de l'autorité militaire, les critiques des milieux catholiques, les difficultés de financement et les réticences croissantes des instituteurs. La ferveur patriotique s'est également atténuée, et l'institution a été perçue comme une "parodie d'armée".
Raisons du déclin
L’autorité militaire, très jalouse de ses prérogatives, n’a jamais été, malgré son implication, très favorable à l’institution des jeunes bataillons (appelés également scolos). Elle s’inquiète de la cassure qu’il y a entre le moment où les enfants quittent l’école et leur accession au service militaire. Les instructeurs sont souvent incompétents et les défilés laissent à désirer.
Les milieux catholiques considèrent que l’activité des bataillons scolaires n’a pas d’autre but que de retenir les enfants le dimanche et de rendre difficile leur instruction religieuse. Ils n’acceptent pas la dégradation de leur influence dans la jeunesse. Les frais de fonctionnement à la charge des communes pausent souvent un problème de financement. Les instituteurs sont de plus en plus réticents, ils s’interrogent sur l’opportunité de cet enseignement.
La ferveur du patriotisme scolaire s'essouffle. On ne veut plus de cette parodie d'armée, où les enfants costumés s'exhibent dans les grandes célébrations publiques, ridiculisant ainsi l'armée. La crise du boulangisme accompagne le déclin des bataillons scolaires. Le nationalisme de Paul Déroulède n’a plus la cote.
L'Évolution vers le Tir Scolaire : L'Enseignement du Tir à la Carabine Flobert
À partir de 1893, le tir à la carabine Flobert a été introduit dans les écoles primaires, marquant une évolution vers un enseignement plus spécifique du tir. Des concours ont été organisés, et des instructions officielles ont été publiées pour encadrer cette pratique. L'objectif était de préparer les jeunes Français au service militaire et de développer leurs compétences en matière de tir.
L'introduction du tir à la carabine Flobert
Par arrêté du 27 juillet 1893, le ministre R. Poincaré, décide d’ajouter au programme des exercices militaires, pour les élèves âgés de plus de 10 ans du cours moyen et supérieur des écoles primaires publiques, le tir à 10 mètres à la carabine Flobert.
En 1895, une Instruction officielle relative aux exercices du tir à la carabine Flobert dans les écoles communales constitue un véritable traité du tir scolaire. Celle-ci sert de guide aux instituteurs pour l’installation des stands, le choix des armes, leur mécanisme et les règles à observer dans la pratique du tir.
Le rôle des instituteurs
Le tir est placé sous la direction exclusive de l’instituteur, qui doit donner lui-même cet enseignement, dans les locaux scolaires.
Les instituteurs sont invités à faire participer leur école au championnat des écoles primaires.
Plus tard en 1907, on note dans le recueil des actes administratifs de la Préfecture, un rappel aux maires sur "l'intérêt qui s'attache à la création immédiate dans leur commune d'une société de tir. Scolaire" et ce en application de la loi du 21 mars 1905 qui a rendu "cette organisation d'autant plus indispensable qu'elle constitue une œuvre d'une haute portée nationale".
Voici ce Ferdinand Buisson écrit dans le Manuel général de l’Instruction primaire en 1905 à destination des instituteurs : L’Ecole primaire, tout au moins, n’a ni à enseigner, ni à prêcher un mode précis de revanche à main armée. Elle enseignera, elle inspirera l’obligation absolue pour le jeune Français d’accepter les sacrifices que lui commandera son pays, fut-ce celui de sa vie…
Tir Sportif Moderne : Le Tir Porte de la Chapelle et au-Delà
Aujourd'hui, le tir sportif est une discipline bien établie, pratiquée dans des clubs et associations à travers toute la France. Le Tir Porte de la Chapelle, avec ses stands modernes et ses instructeurs qualifiés, offre un espace pour s'initier ou se perfectionner au tir au pistolet et à la carabine.
Le Tir Porte de la Chapelle
L'Association Nationale de Tir de la Police (ANTP) propose un stand de tir près de la porte de La Chapelle.
Passé le sas de sécurité, les membres du club viennent tamponner leur carte en échange de l’arme de leur choix. Les tireurs s’enfoncent alors dans un couloir vitré, se réfugient dans des compartiments et se mettent à tirer. Les tireurs sont généralement assez méfiants parce que leur pratique est très souvent discréditée. Tous les habitués du stand racontent que le tir constitue pour eux une expérience cathartique. Ils précisent aussi que c’est une discipline sportive. Il n’y a pas vraiment de clientèle type : j’ai aussi bien croisé des professionnels désireux de peaufiner leur technique que des amateurs en quête d’adrénaline. Néanmoins, le tir est vécu par beaucoup comme une pratique spirituelle d’accomplissement de soi, très liée à la force destructrice des armes.
Autres clubs de tir à Paris et en Île-de-France
Plusieurs autres clubs de tir existent à Paris et en Île-de-France, offrant des installations et des programmes variés. Parmi eux, on peut citer le Tir National à Versailles et les Pistoliers d'Auteuil à Issy-les-Moulineaux.
L'Évolution des Armes à Feu : Du Feu Grégeois aux Armes Modernes
L'histoire du tir est intimement liée à l'évolution des armes à feu. Des premières utilisations de la poudre noire en Chine aux armes modernes, les avancées technologiques ont transformé la pratique du tir.
Les premières armes à feu
Au VIIème siècle, le feu grégeois, un mélange visqueux inflammable, était utilisé dans les attaques navales. Au VIIIème siècle après Jésus-Christ, les Chinois inventèrent la poudre noire, un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon de bois. Vers 1150-1200, les Arabes utilisèrent la poudre noire sous la forme de canons rudimentaires à main, les "Madfaa", qui propulsaient des flèches trapues.
L'évolution des platines
Vers 1510-15, la platine à « rouet » permet un allumage sans mèche. Initié par Louvois, ministre d’état, et sur le conseil du maréchal de Vauban, Louis XIV, généralisera par ordonnance la platine à silex à la française sur les mousquets en allégeant leur poids en 1703.
Armement et Douanes
Après la révolution c’est l’article 15, Titre XII de la loi organique des Douanes du 22 août 1791 qui a conféré aux préposés des Douanes pour l’exercice de leur fonction le port d’armes à feu et autres. Cet armement consiste en un fusil et sabre.
Le Tir et la Culture Populaire : Fantasme de Puissance et Représentation des Héros
Le tir est souvent associé à un fantasme de puissance, alimenté par les films d'action hollywoodiens et les figures emblématiques du cinéma. Des personnages comme James Bond et l'Inspecteur Harry ont contribué à populariser les armes à feu et à créer une image idéalisée du tireur.
Quand on vient retirer une arme à l’accueil, les gens évoquent souvent les films d’action hollywoodiens, le pistolet de James Bond, le revolver d‘Inspecteur Harry, ou encore la carabine du Soldat Ryan. Il y a clairement un fantasme de puissance liée à la représentation des héros dans les films.
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