Ces dernières années, la mer Noire est devenue une zone de tensions accrues, marquée par une activité militaire intense et des incidents impliquant des forces russes et celles de l'OTAN. Parmi les pays de l'OTAN, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni ont déployé régulièrement des avions de renseignement électronique ou de patrouille maritime, ainsi que des navires, afin de surveiller les capacités militaires russes dans la région. Ces missions, qui se sont intensifiées depuis le début de la guerre en Ukraine, ont parfois donné lieu à des incidents préoccupants.
Patrouilles de renseignement et interceptions russes
Généralement, les appareils de renseignement effectuent leurs missions sans escorte de chasseurs, même s'ils ne sont pas armés. Cependant, un incident survenu fin septembre a modifié cette pratique. Le 20 octobre, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a révélé qu'un Su-27 Flanker russe avait tiré un missile air-air à proximité d'un RC-135 « Rivet Joint » de la Royal Air Force (RAF) lors d'une mission de routine au-dessus de la mer Noire.
Selon M. Wallace, l'avion de renseignement avait été intercepté par deux Su-27, une procédure habituelle lorsque des aéronefs militaires s'approchent trop près de la Russie ou des territoires revendiqués par celle-ci. Toutefois, cette fois, l'un des Su-27 a tiré un missile, identifié comme un Vympel R-27, au-delà de la portée visuelle, à proximité du RC-135. L'interaction entre l'avion de la RAF et les chasseurs russes a duré environ 90 minutes.
Réaction britannique et enquête russe
Suite à cet "engagement potentiellement dangereux", Ben Wallace a fait part de ses préoccupations directement à son homologue russe, Sergueï Choïgou. Dans sa lettre, il a souligné que le RC-135 n'était pas armé, qu'il volait dans l'espace aérien international et qu'il suivait une trajectoire pré-notifiée. Par mesure de précaution, les patrouilles ont été suspendues jusqu'à réception d'une réponse de la Russie.
La réponse russe, reçue le 10 octobre, indiquait qu'une enquête avait été menée sur les circonstances de l'incident. Les conclusions de l'enquête ont attribué l'incident à un "dysfonctionnement technique" du Su-27. Moscou a également reconnu que l'incident s'était produit dans l'espace aérien international.
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Doute sur l'explication russe et précédents
L'explication russe a suscité des doutes, compte tenu des interactions "musclées" passées entre les forces russes et celles de l'OTAN dans la région de la mer Noire. Par exemple, en juin 2021, la marine russe avait affirmé avoir tiré des coups de semonce en direction du destroyer britannique HMS Defender, qui naviguait non loin de la Crimée. Londres a démenti toute violation du droit international.
Cependant, le départ intempestif d'un missile n'est pas sans précédent. Un incident similaire s'est produit en 2018 lors d'un exercice entre des Eurofighter EF-2000 espagnols et des Mirage 2000-5 français en Estonie.
Reprise des patrouilles sous escorte
Malgré les doutes, les missions des RC-135 Rivet Joint de la RAF ont repris, mais désormais sous escorte d'avions de chasse. Ben Wallace a souligné que toutes les actions sont "réfléchies et calibrées au regard du conflit en cours dans la région et conformément au droit international".
Révélations du New York Times : un quasi-abattage
Un article du New York Times, publié en avril de l'année suivante et s'appuyant sur des documents confidentiels américains divulgués sur les réseaux sociaux, a jeté une lumière plus crue sur l'incident. Selon ces documents et des responsables américaines, le tir de missile était un "near-shoot down", soit un "quasi-abattage". Le pilote russe aurait mal interprété les consignes d'un opérateur radar au sol. L'article suggère que l'incident "aurait pu constituer un acte de guerre".
Autres incidents impliquant des aéronefs occidentaux
Cet incident n'est pas le seul impliquant des aéronefs occidentaux et les forces russes. En mars de la même année, un drone Reaper américain MQ-9 s'était écrasé après une manœuvre d'interception menée par deux chasseurs russes Su-27. Selon le général Hecker, commandant des forces aériennes en Europe, le drone effectuait des opérations de routine dans l'espace aérien international lorsqu'il a été intercepté et touché par un avion russe, provoquant sa perte totale.
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Incident naval impliquant le HMS Defender
Quelques mois auparavant, en juin 2021, un autre incident avait exacerbé les tensions. Moscou avait déclaré qu'un destroyer de l'armée britannique avait pénétré dans ses eaux territoriales et avait fait l'objet de tirs d'avertissement. Le Royaume-Uni a démenti cette information. Selon la version russe, le HMS Defender avait violé la frontière russe et était entré dans ses eaux territoriales près du cap Fiolent, non loin du port de Sébastopol, siège de la flotte russe. Le destroyer aurait été averti de l'utilisation possible d'armes en cas de présence illégale continue, mais n'aurait pas réagi aux signaux d'avertissement. Un navire de patrouille russe aurait alors tiré des coups de semonce et un avion Su-24M aurait effectué un bombardement de précaution le long du parcours du destroyer.
Divergence des versions et contexte géopolitique
La version russe de l'incident du HMS Defender divergeait de celle du Royaume-Uni, qui affirmait qu'aucun coup de semonce n'avait été tiré. Ces incidents s'inscrivent dans un contexte de tensions accrues en mer Noire, liées à la présence militaire russe en Crimée et aux manœuvres de l'OTAN dans la région. Le Royaume-Uni avait déployé deux navires en mer Noire, un destroyer et une frégate, à proximité de la Crimée, afin de montrer sa solidarité avec l'Ukraine.
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