Techniques et équipements des tireurs d'élite ukrainiens : Un aperçu approfondi

La guerre en Ukraine a mis en lumière l'importance cruciale des tireurs d'élite, tant pour les forces ukrainiennes que pour les forces russes. Cet article explore en détail les techniques, l'équipement et l'évolution des tactiques des tireurs d'élite ukrainiens dans le contexte du conflit actuel.

L'évolution des tireurs d'élite en Ukraine

En 2014, lorsque l'Ukraine est entrée en guerre contre sa population de l'Est, elle souffrait d'une pénurie de tireurs d'élite. La plupart étaient issus des forces de police restées au service de Kiev, rapidement renforcées par des tireurs sportifs, puis des étrangers formés dans d'autres armées. Après les échecs majeurs de 2015, l'OTAN a reconstruit l'armée ukrainienne selon sa doctrine, son organisation et ses tactiques. Les tireurs de précision ont été formés selon les systèmes anglo-saxons, américains et canadiens. En 2022, le conflit avec la Fédération de Russie a vu Kiev aligner des scout snipers et des Marksmen, correspondant grosso modo aux Tireurs d'élite longue distance et Tireurs de précision français.

Historiquement, l'armée française, jusqu'aux années 1990, et l'armée soviétique alignaient surtout des tireurs capables d'assurer un feu plus précis aux ordres du chef de section. Le concept de "sniper" à l'anglo-saxonne n'était pas vraiment défini, sauf dans la compagnie dédiée du 2e REP. Ce besoin tactique a été identifié et reconnu lors des guerres d'Irak et d'Afghanistan avec le designated marksman intégré à chaque groupe de combat US. Les Forces de Kiev bénéficiaient donc d'une tradition riche et multiple, essentiellement tournée vers la méthode nord-américaine.

Missions et tactiques des tireurs d'élite

Les snipers reçoivent des missions d'observation, de reconnaissance et de renseignement, qui reposent sur leur mobilité et leur discrétion. Ils peuvent évidemment être utilisés pour exécuter des frappes sur les personnels critiques (officiers, spécialistes) et le matériel sensible, avec l'armement adapté. Ils ont également un emploi de harcèlement qui délivre des effets psychologiques sur l'ennemi. À l'opposé des thèmes cinématographiques, le duel de snipers est une anomalie, très rare sur le terrain. D'ailleurs les tirs sont finalement une part relative de l'activité réelle des snipers, bien que les combats positionnels aient amplifié leur importance.

Les deux camps ont multiplié le nombre de leurs snipers, chaque bataillon ukrainien disposant des siens et les unités russes cumulant une dotation organique du niveau de la section et des compagnies spécialisées pouvant être envoyées pour renforcer un axe d'effort ou accomplir une tâche particulière. La formation (trois mois pour un tireur de précision, mais jusqu'à trois ans pour un véritable spécialiste) des personnels est l'apanage des officiers en Russie et les gouverneurs militaires sont responsables de l'équipement et de la préparation des troupes issues de leur circonscription. On voit donc des unités indépendantes être formées et entrainées, parfois avec l'appui direct des fournisseurs (c'est le cas de Lobaev qui a entrainé des unités des VdV).

Lire aussi: Tout savoir sur les boules de pétanque

La révolution des drones et l'évolution des équipes de tireurs d'élite

Comme l'artillerie, le tir de précision a subi la « révolution des drones ». Il était déjà devenu courant que les tireurs emploient des caméras HD, des GPS et des tablettes/smartphone pour observer, enregistrer et transmettre. Les Marksmen ou TE travaillaient souvent seuls, aux ordres de leur hiérarchie organique qui devait procéder à une analyse opérationnelle à chaud pour diriger leurs tirs. Les Scouts ou TELD étaient généralement déployés sur ordre du commandement, sur une mission définie ou d'initiative, opérant en binôme traditionnel observateur/tireur, éventuellement regroupés dans des unités ad hoc temporaires.

L'équipe sniper aligne désormais trois, voire quatre personnels, avec un observateur, un tireur, un opérateur de drone, voire un responsable des liaisons avec les unités. Cette articulation ressemble un peu à celle d'une équipe des forces spéciales, la polyvalence étant cependant moindre. On peut considérer que la nouvelle organisation recoupe le concept de « complexe de reconnaissance/frappe » défini pour l'artillerie, à moindre échelle naturellement. Cela a toujours été de mise en théorie, mais l'intégration des snipers, y compris les scouts, est approfondie ; ainsi, la destruction de snipers ennemis pourra être confiée à l'artillerie ou à des munitions rôdeuses, grâce aux liens établis et aux possibilités de transmission ultra rapide de l'information que la technologie informatique autorise.

Les missions périphériques au tir (reconnaissance, observation, recueil de renseignement) demeurent ; les tirs connaissant un changement majeur, en reposant sur la recherche de la précision à longue, voire très longue distance. Il était généralement admis que le TP pouvait engager un torse jusqu'à 600 mètres, voire 800, et que le TE devait toucher jusqu'à 1800 mètres.

Équipements et armements modernes

Bien que le contexte statique ne rende pas ces accessoires indispensables, des calculateurs de tir intégrés à l'optique sont observés. Cela permet évidemment de simplifier et accélérer la procédure de réglage en fonction de la distance et de la balistique extérieure du projectile. Les télémètres laser sont quasiment omniprésents ; il existe des versions intégrées à la lunette mais des appareils portatifs sont disponibles et pratiques, ils font partie de l'équipement du sniper moderne. On notera que le temps des bricolages semble révolu et que les deux camps sont bien équipés en accessoires modernes (bonnette de tir, filtres killflash, manchon dissipateur de chaleur pour silencieux, drag bag pour progression discrète…).

Pour l'anecdote, l'emblématique ghillie suit indispensable à tout film de sniper est peu prisée en Ukraine. Elle est jugée trop pénalisante pour les progressions, prompte à s'alourdir dans le terrain boueux et identifiant le sniper comme tel, ce qui l'expose à une frappe par lance-grenades, mortiers, artillerie ou drones rodeurs. L'usage de simples filets de camouflage individuel, de teintes et de surface adaptées, remplace avantageusement la lourde tenue de camouflage du sniper. En revanche, l'équipement qui s'est imposé est l'appareillage de vision thermique. Développé pour le repérage nocturne en captant le rayonnement Infrarouge, il fonctionne également de jour. Les caméras thermiques ou appareils de vision nocturne se sont largement démocratisés et constituent un danger réel et permanent sur le champ de bataille.

Lire aussi: Neymar : Spécialiste des Penalties

L'Armée ukrainienne comme l'armée russe étaient initialement équipées d'une arme de précision semi-automatique datant des années 1960, tirant une munition de 1891. Léger mais long, il complétait de manière cohérente la panoplie à disposition des bataillons de fusiliers motorisés (BFM) soviétiques, qui déployaient le fusil d'assaut AK, le LRAC RPG-7 et bénéficiaient de la mitrailleuse lourde ou du canon mitrailleur et des dispositifs de visée, notamment nocturnes, de leurs véhicules, BTR et BMP. Le fusil VSS Vintorez de calibre 9×39 était une arme silencée et munie d'une optique, de portée intermédiaire compte tenu de la balistique de sa cartouche, réputée « aplatir le tchétchène ».

Les forces de Kiev ont quasiment retiré le SVD de leur arsenal ; ils ont déployé à la place des fusils à répétition manuelle, à l'image des snipers US et britanniques. Les Ukrainiens ont commencé leur transition avec ce type d'arme, des M24 SWS (sniper Weapon system) ayant été rendus disponibles lorsque l'US Army a adopté une extrapolation du fusil AR 10 (M 110). Kiev a élargi son arsenal grâce à des armes fournies par l'étranger : Dans le calibre .308 Winchester (adopté comme calibre OTAN en tant que 7,62×51) à côté des armes étatsuniennes on trouve des fusils italiens Victrix, des fusils canadiens CADEX, des fusil britannique Accuracy international fournis par les Pays Bas et les pays scandinaves, des fusils finlandais TRG ou autrichiens Steyr SSG. Kiev recourt aussi à sa production indigène. Les mécanismes de M24 sont montés sur des châssis ukrainiens Automat et les firmes fournissent des armes de précision sur le modèle occidental.

S'il n'est pas surprenant que Kiev ait choisi un calibre OTAN, plus étonnamment l'armée russe fait de même en adoptant le Lobaev LAR 10 (également copie de l'AR 10), ainsi que plusieurs armes à verrou, dans ce calibre dont le SV 98 de Izmash. Pour le tir à longue distance, le .308 est « limite » et les deux camps ont développé des armes nouvelles. La société ukrainienne Snipex s'est spécialisée dans des « méga-calibres », ses fusils à verrou Alligator et T-Rex en calibre14,5×114 (celui du canon mitrailleur ou de la mitrailleuse lourde des blindés soviétiques) et le Monomakh est une version semiautomatique dans le même calibre, trouvant leurs racines dans les fusils antichars soviétiques PTSD et PTRS de la seconde guerre mondiale. Ces armes imposantes (deux mètres) s'inspirent également des fusils antimatériel Barrett M82 et M107 ou Mc Millan dans le calibre 12,7×99 (.50 BMG) dont Kiev a reçu plusieurs versions notamment des USA, des pays scandinaves.

Le fusil Volodar Obriyu (seigneur de l'horizon) a permis le touché à la plus grande distance (3800 m) par un sniper du SBU en novembre 2023. Cette performance a été atteinte grâce à la cartouche de 12,7×114, un wildcat qui rétreint la munition de 14,5 mais conserve la charge de l'étui. Au-delà de la propagande, ces armes permettent donc des tirs très distants mais au prix d'une masse et d'un encombrement qui sont une véritable limitation tactique, n'étant adaptée qu'à une situation relativement statique, comme les combats positionnels.

Les calibres « lourds » évoqués supra permettent des tirs bien plus lointains. Mais plus que le 14,5mm ou le 12,7mm, les progrès ont portés sur l'adoption de calibre plus puissants que le .308 ou le 7,62 Mosine, mais moins pénalisant que 12,7 et au-delà. Le calibre .300 Winchester Magnum est ainsi décliné sur plusieurs fusils de sniper (dont le Barrett MRAD disponible en trois calibres et fournis à Kiev) ; c'est toutefois le .338 Lapua Magnum (8,6 x70 ou 8,58×70) qui est devenu un excellent calibre longue distance (au-delà de 1500 mètres).

Lire aussi: Tout savoir sur le Tireur d'Élite

Ainsi, le fusil Lobaev VSL Stalingrad est chambré en .338 LM, et le DXL8 Havoc l'est en calibre 12,7×99. Le fusil OSV 96 est chambré dans le calibre 12,7×108 de la Mitrailleuse lourde Dshk, offrant un peu plus d'allonge et de puissance que son homologue occidentale 12,7×99. Le SVtch Tchoukavine a été développé par l'usine Kalashnikov ; c'est une arme semi- automatique, destinée au tir à 1000 mètres et plus, tirant parti des RETEX de Syrie. Il peut être chambrée en .338 LM ou en .308 Win, ou 7,62 Mosine. Ainsi le Lobaev Sevastopol est proposé dans le calibre 408 CheyTac (cheyenne tactical). Ce calibre développé pour le fusil CheyTac M 200 délivre plus de 11 000 joules (une cartouche de 9×19 atteint 450 Joules en moyenne) et permet des tirs jusqu'à 4000 mètres. L'arsenal russe s'est également enrichi d'armes très spécialisées, comme le VKS Vykhlop à silencieux intégral, en calibre 12,7 x55, spécialement développé pour ce type de tir discret. Conclusion provisoire, on observe des optiques de grossissement x4, x6 et même x8 sur les AK74N et les AK12 qui apparaissent.

Record du monde de tir à longue distance

En novembre 2023, un tireur d'élite ukrainien du SBU, Vyacheslav Kovalskiy, aurait établi un nouveau record mondial en abattant un soldat russe à une distance de 3800 mètres avec un fusil MCR Horizon's Lord. Ce tir, réalisé dans la région de Kherson, a dépassé le précédent record de 3540 mètres établi par un sniper canadien en Irak en 2017.

Utilisation d'avions ultralégers pour l'interception de drones

L'Ukraine a introduit une tactique innovante en utilisant des avions ultralégers A-22 pour intercepter les drones russes. Ces avions, équipés de tireurs d'élite, abattent les drones ennemis en vol. Cette approche offre une solution économique et flexible face aux menaces aériennes, comblant les lacunes des systèmes de défense traditionnels souvent coûteux ou en nombre insuffisant.

Le rôle psychologique du tireur d'élite

Le tireur d'élite provoque de grandes peurs et une terreur certaine chez l'ennemi. Lorsqu'il tire, l'ennemi va subitement se cacher afin de survivre. La seule exception c'est lorsque l'ennemi attaque en grand nombre. Les plus grandes pertes provoquées par un tireur d'élite arrivent durant les premiers jours de la guerre. Ensuite, l'ennemi apprend à devenir plus vigilant. « Être tireur d’élite ressemble au travail de psychologue ».

tags: #tireur #d'élite #ukrainien #techniques #et #équipement

Articles populaires: