Les tirs au but sont une épreuve redoutée dans le monde du football, un moment de tension extrême où la chance et la préparation mentale se rencontrent. Pour l'équipe de France, l'histoire des tirs au but en quart de finale est un récit fait de moments de gloire et de cruelles désillusions. Cet article explore les rencontres marquantes où les Bleus ont été confrontés à cet exercice, en mettant en lumière les succès, les échecs et les figures emblématiques qui ont marqué ces instants.
Les premières expériences : Séville 1982 et Guadalajara 1986
L'équipe de France a découvert l'épreuve des tirs au but lors de la Coupe du monde 1982 en Espagne. En demi-finale contre la RFA (République fédérale d'Allemagne), après un match nul spectaculaire 3-3, les deux équipes ont dû se départager aux tirs au but. Michel Platini avait égalisé sur penalty après l'ouverture du score de Pierre Littbarski, avant que les Bleus ne prennent l'avantage en prolongations grâce à Marius Trésor et Alain Giresse, avant de se faire rejoindre par Karl-Heinz Rummenigge et Klaus Fischer.
La séance de tirs au but a été marquée par des réussites initiales d'Alain Giresse, Manuel Amoros et Dominique Rocheteau côté français, et de Manfred Kaltz et Paul Breitner côté allemand. Cependant, Uli Stielike a vu sa tentative repoussée par Jean-Luc Ettori, donnant un avantage crucial à la France. Didier Six a eu la balle de match au bout du pied, mais Harald Schumacher, le gardien allemand, a réussi à détourner son tir. La série s'est poursuivie avec des réussites de Pierre Littbarski et Karl-Heinz Rummenigge pour l'Allemagne, et de Michel Platini pour la France, portant le score à 4-4. Maxime Bossis, désigné comme sixième tireur français, n'a pas réussi à tromper Schumacher, et Horst Hrubesch a envoyé l'Allemagne en finale.
Maxime Bossis a décrit ce moment comme le plus dur de sa carrière, expliquant qu'il n'était pas préparé psychologiquement à tirer un penalty et qu'il avait hésité jusqu'au dernier moment sur la direction et la force de son tir. Cet échec l'a tellement traumatisé qu'il n'a plus jamais tiré de penalty par la suite.
Quatre ans plus tard, lors de la Coupe du monde 1986 à Guadalajara, l'équipe de France a de nouveau été confrontée aux tirs au but en quart de finale contre le Brésil. Après un match épique qui s'est terminé sur un score de 1-1 (but de Careca, égalisation de Platini), la séance de tirs au but a été nécessaire pour déterminer le vainqueur. Joël Bats, qui avait déjà arrêté un penalty de Zico à la 75e minute, a stoppé le tir de Socrates et a vu son poteau repousser la cinquième tentative brésilienne de Julio Cesar.
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Michel Platini se souvient de ces instants avec émotion, évoquant sa fatigue et sa détermination à marquer pour envoyer son équipe en demi-finale. Malgré un tir manqué, la France a finalement remporté la séance grâce à Luis Fernandez, qui avait demandé à son capitaine de tirer en cinquième position.
La préparation de cette séance a été marquée par un incident particulier : la découverte d'une caméra cachée dans les tribunes lors d'un entraînement à huis clos, supposément installée par les Brésiliens pour espionner les Bleus. Luis Fernandez avait alors demandé à Platini de lui tirer des penaltys à la fin de l'entraînement, en les tirant tous à gauche pour frapper à droite le lendemain.
Les gardiens à l'honneur : Ettori, Bats et Maignan
Les gardiens de but ont joué un rôle crucial dans les séances de tirs au but de l'équipe de France. Jean-Luc Ettori a arrêté un tir d'Uli Stielike en 1982, mais a encaissé cinq buts. Joël Bats, en 1986, a mis en échec Socrates et a été sauvé par son poteau sur la frappe de Julio Cesar, tout en encaissant trois penalties.
Plus récemment, Mike Maignan s'est illustré en devenant le premier gardien de l'équipe de France à remporter deux séances de tirs au but. Il a arrêté le penalty de Kramaric lors du match aller contre la Croatie en Ligue des nations, et a réalisé deux arrêts décisifs face à Baturina et Stanisic lors de la séance de tirs au but du match retour.
Didier Deschamps a souligné l'importance de Maignan dans cet exercice, affirmant qu'il a un rapport de force avec les tireurs adverses et qu'il est très performant dans cette situation.
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Les clubs français et les tirs au but : une histoire contrastée
En dehors des compétitions internationales, les clubs français ont connu des fortunes diverses lors des séances de tirs au but en coupes d'Europe. Pour retrouver une victoire française aux tirs au but en Ligue des champions, il faut remonter à 1985, lorsque les Girondins de Bordeaux se sont imposés face à Dnipropetrovsk.
L'Olympique Lyonnais a connu des échecs marquants, notamment face au PSV Eindhoven en 2005 et à l'APOEL Nicosie en 2012. En revanche, les séances de tirs au but en Ligue Europa ont été plus favorables aux clubs français, avec des victoires de l'Olympique Lyonnais, de l'AS Saint-Étienne et de l'Olympique de Marseille.
L'équipe de France féminine face à la "malédiction" des tirs au but
L'équipe de France féminine a également été confrontée à des difficultés lors des séances de tirs au but. Depuis l'Euro 2009, les Bleues ont perdu cinq de leurs six séances de tirs au but dans les grandes compétitions internationales (Euro, JO, Mondial), à chaque fois en quart de finale.
Parmi ces défaites, on peut citer celles contre les Pays-Bas à l'Euro 2009, contre le Danemark à l'Euro 2013, contre l'Allemagne à la Coupe du monde 2015 et contre l'Australie à la Coupe du monde 2023. La seule victoire des Bleues dans cet exercice remonte à la Coupe du monde 2011 contre l'Angleterre.
Lors de l'Euro 2025, l'équipe de France féminine a de nouveau été éliminée en quart de finale aux tirs au but face à l'Allemagne. Une caméra de TF1 a révélé que la gardienne allemande Ann-Katrin Berger avait une gourde recouverte d'un pense-bête avec les habitudes des Françaises sur penalty, ce qui a suscité des interrogations sur la préparation des Bleues pour cet exercice.
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Préparation mentale et "loterie" : les débats autour des tirs au but
La préparation aux tirs au but est un sujet de débat dans le monde du football. Certains entraîneurs, comme Didier Deschamps, estiment que les conditions d'entraînement sont différentes de celles d'un match avec une énorme pression, et qu'il est donc difficile de préparer efficacement les joueurs à cet exercice. D'autres, comme Laurent Bonadei, ont préféré ne pas trop insister sur les tirs au but avec les joueuses, de peur de les stresser davantage.
Certains clubs, comme Liverpool, ont recours à des neuroscientifiques pour améliorer leur rendement aux penalties. L'idée est d'aider les joueurs à gérer la pression et à optimiser leur concentration lors de ces moments cruciaux.
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