Tirs à Saint-Denis : Histoire et Controverses

Saint-Denis, ville marquée par l'histoire de France, a été le théâtre de plusieurs incidents impliquant des tirs, allant d'actes criminels à des opérations antiterroristes. Ces événements ont suscité des enquêtes, des réactions vives et ont mis en lumière des enjeux complexes concernant la sécurité, la justice et la vie des habitants.

L'Assaut du RAID rue du Corbillon (Novembre 2015)

L'un des événements les plus marquants de l'histoire récente de Saint-Denis est l'assaut du RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion) mené le 18 novembre 2015, rue du Corbillon. Cette opération visait à neutraliser Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats du 13 novembre à Paris, ainsi que ses complices. Abaaoud, Hasna Aitboulahcen (sa cousine) et Chakib Akrouh s'étaient retranchés dans un appartement de cette rue.

Contexte et Déroulement

Suite aux attentats qui ont frappé Paris, une traque intense a été lancée pour retrouver les responsables. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a révélé que des informations obtenues grâce à la téléphonie, aux surveillances et à un témoignage recoupé par des données bancaires laissaient penser qu'Abaaoud se trouvait dans un "appartement conspiratif" à Saint-Denis.

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, l'immeuble vétuste où se cachait la cellule islamiste a été encerclé. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, a évoqué des "conditions jusqu'à présent jamais rencontrées". Le chef de l'État a même estimé que les policiers avaient "sous-estimé la violence qu'ils allaient affronter".

À 4h16, l'assaut a été déclenché. Les policiers ont tenté de faire sauter la porte, mais le blindage de celle-ci a résisté. Selon une source proche du dossier, un blindage n'apparaît pas dans l'enquête. Une des trois charges n'a pas fonctionné, selon une source policière. Jean-Michel Fauvergue, le chef du RAID, a reconnu que cela avait entraîné une perte de l'effet de surprise.

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Les terroristes ont alors ouvert le feu avec des kalachnikovs, déclenchant une fusillade intense. Jean-Michel Fauvergue a décrit des "centaines de coups de feu tirés coup par coup et en rafales". Un maître-chien du RAID, Diesel, a été mortellement fauché par un tir.

Au cours de l'assaut, une femme kamikaze s'est fait exploser dans l'appartement, provoquant des dégâts importants et l'effondrement d'un mur porteur. Les policiers ont ensuite progressé méthodiquement dans les décombres, avant de maîtriser les derniers terroristes vers 11 heures.

Bilan et Conséquences

L'assaut a duré sept heures et a été marqué par une violence extrême. Le procureur de la République, François Molins, a évoqué "plus de 5.000 munitions" utilisées par les policiers.

Le bilan de l'opération est le suivant :

  • Personnes neutralisées : Abdelhamid Abaaoud, Hasna Aitboulahcen et Chakib Akrouh ont été tués.
  • Armes retrouvées sur les terroristes : Un pistolet automatique Browning, des grenades et des ceintures explosives. Les enquêteurs n'ont pas retrouvé de kalachnikov.
  • Munitions retrouvées provenant de la police : 1 576 étuis de différents calibres.
  • Blessés : Cinq policiers du RAID ont été blessés et le chien du RAID, Diesel, a été tué.

À l'issue de l'assaut, des constatations macabres ont été faites. Les enquêteurs ont trouvé dans la rue "une partie de tête humaine à laquelle demeure attaché un morceau de colonne vertébrale", "une partie de visage", "des dents", des téléphones portables, des écrous et des clés.

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Jawad Bendaoud, le locataire de l'appartement, a été placé en garde à vue. Il avait reconnu avoir offert l'hospitalité "pour quelques jours à deux potes d'un ami qui venaient de Belgique". Il avait été condamné pour "coups mortels" à huit ans de prison par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis en novembre 2008 et était sorti de prison en septembre 2013.

Controverses et Questions

L'assaut du RAID à Saint-Denis a suscité de nombreuses questions et controverses. Des éléments troublants ont remis en cause la version officielle des faits.

  • Nombre de tirs des terroristes : Mediapart a révélé que les terroristes n'auraient tiré que 11 coups de feu, ce qui contredit la version officielle selon laquelle les forces de l'ordre avaient "essuyé le feu de nombreuses heures".
  • Origine des tirs : Selon Mediapart, l'essentiel des tirs essuyés par le RAID viendrait en fait du RAID lui-même. Des "tirs amis" auraient touché les boucliers des policiers.
  • Cause des décès des terroristes : Les autopsies ont révélé que Chakib Akrouh et Abdelhamid Abaaoud sont morts par "l'effet de blast" provoqué par la ceinture d'explosifs activée par le premier, tandis que Hasna Ait Boulahcen a été asphyxiée. Ils n'ont donc reçu aucune balle.
  • Le sort de Diesel : La chienne policière du RAID, Diesel, aurait reçu un coup de fusil, une arme que n'avaient apparemment pas les terroristes.
  • Traitement des habitants : Certains habitants de l'immeuble, dont des sans-papiers, ont raconté que des policiers leur avaient dit d'aller se placer devant les fenêtres, où ils se sont fait tirer dessus par les forces de l'ordre.

Ces révélations ont alimenté une polémique sur l'intervention du RAID à Saint-Denis et ont mis en lumière des dysfonctionnements possibles dans la gestion de l'opération.

Tirs de Mortiers près d'un Commissariat (Avril-Mai 2023)

Un autre incident impliquant des tirs a eu lieu à Saint-Denis dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2023. Une vidéo a révélé des détonations et des feux d'artifice près d'un commissariat.

Selon l'auteur de la vidéo, des hommes seraient sortis du commissariat et se seraient allumés mutuellement avec des mortiers d'artifice. Deux hommes à moto auraient ensuite tiré une chandelle romaine en direction de la façade du bâtiment.

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Des riverains ont affirmé qu'il s'agissait de policiers. Une source policière a exprimé son embarras et a évoqué une "blague entre collègues".

Une enquête administrative a été ouverte pour déterminer si les motards étaient des policiers ou des citoyens, si les faits filmés avaient bien eu lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai, et s'il s'agissait d'un montage. L'IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) n'a pas été saisie à ce stade.

Cet incident a soulevé des questions sur le comportement des forces de l'ordre et sur le respect des règles de sécurité.

Autres Incidents de Tirs à Saint-Denis

Outre l'assaut du RAID et les tirs de mortiers près du commissariat, Saint-Denis a été le théâtre d'autres incidents impliquant des tirs. Ces événements, souvent liés à la criminalité et aux tensions entre quartiers, ont contribué à un sentiment d'insécurité chez certains habitants.

En septembre 2018, un adolescent de 16 ans, Luigi, a été tué par balles dans le quartier Romain-Rolland. Selon les témoignages, des jeunes de différents quartiers se sont affrontés, et des coups de feu ont été tirés. Luigi a été touché en pleine gorge et est décédé.

Ces incidents, bien que différents dans leur nature et leur ampleur, témoignent d'une réalité complexe à Saint-Denis, où la violence armée est parfois présente.

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