L'histoire des hommes est inextricablement liée à celle des armes. Dès la Préhistoire, l'homme a dû s'adapter, attaquer, se défendre et chasser pour survivre. Face à l'insuffisance du poing et de la fuite, il a utilisé des pierres, des branches et les a combinées pour inventer les premières armes. Des silex taillés ou polis, des épieux, des épées de bronze et de fer lui ont permis de passer à l'offensive, tandis qu'il se protégeait avec des peaux et du fer. Cet article expose dans les grandes lignes l’évolution des armes à feu portatives en évoquant les différents systèmes de mise à feu, les mécanismes conduisant au chargement par la culasse, à la cartouche métallique et au tir à répétition et automatique.
Les armes blanches : symboles de noblesse au Moyen Âge
Bien que connue depuis l'époque romaine, c'est au Moyen Âge que la "Chanson de geste" confère à l'épée du Preux ses titres de noblesse. L'arme devient un symbole, tant pour le Roi que pour ses simples hommes d'armes. La simple croisière de l'épée du chevalier multiplie ses branches pour défendre une main qui perd son gantelet d'armure dès le XVIe siècle. L'escrime évolue et le coup de pointe ou d'estoc prime sur le coup de taille. Le costume civil ou de cour se pare de cet accessoire qui, outre son aspect décoratif, permet d'en découdre à toutes occasions, malgré les interdits tel "l'édit des duels" de Louis XIV, qui condamne ceux qui le bravent à la peine suprême. Le sabre d'origine orientale apparaît en Europe Centrale dès le XVe siècle. Sabre à lame courbe pour la cavalerie légère et sabre à lame droite pour la cavalerie lourde se propagent dans toutes les armées du XVIIIe siècle.
L'avènement de la poudre et des armes à feu
Le XIVe siècle voit apparaître la poudre, qui donne naissance à l'arme à feu, bouleversant ainsi la guerre et la chasse. Au cours de leur histoire, les armes offensives ou défensives ne seront pas seulement des outils, mais aussi des objets d'art somptueusement travaillés.
L'invention de la poudre noire
L'invention de la première arme à feu est généralement attribuée à l'allemand Johann Gutenberg au XIVe siècle. On ne peut savoir avec certitude qui a inventé la poudre à canon, bien que beaucoup de pays la revendique. Il est généralement admis que la première mention écrite de la recette de la poudre soit apparue en Angleterre vers 1260. La poudre à canon, appelée aujourd’hui « poudre noire », est relativement peu explosive. Enflammée à l’air libre, elle n’explose pas, mais brûle violemment. Enflammée dans un milieu clos, elle produit une pression modérée. Au cours de la mise à feu, la poudre noire produit, en raison des impuretés contenues dans le matériau de base, beaucoup de flammes et d’étincelles ainsi qu’un gros nuage de fumée grise. L’expression « le brouillard de la guerre » vient du fait de cet immense nuage de fumée qui s’élève au dessus des champs de bataille. La poudre d’artifice a été inventée par les chinois pour produire du bruit et de la lumière, elle ne comportait que deux ingrédients. Il fallu attendre vers 1300 pour qu’elle soit composée de trois éléments : le souffre, le charbon et le salpètre.
Les premiers canons
C'est alors que les premiers canons sont apparus. Ces premiers canons avaient une facture grossière. Il s’agissait d’un objet en forme de vase placé sur un support en bois, mais, rapidement, on trouve des fûts faits de barres en fer soudées et placées sur ce que l’on pourrait appeler un affut. La poudre était enflammée en introduisant un fer rougi dans un petit trou sur le côté du canon (la lumière). Le projectile n’était pas vraiment aux dimensions du canon (d’où la présence du sabot de bois pour le bloquer) et rendait l’arme peu précise. On pouvait ainsi dire que le boulet allait « dans la direction générale de l’ennemi ». Les premières armes à feu ont commencé à apparaître au XIVe siècle en Europe.
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Madfaa arabe primitif
Madfaa arabe primitif à canon en tôle renforcé par du bois et des cerclages de fer, et sa courte flèche (seule la partie claire de la flèche est insérée dans le canon pour le tir). Cette arme portative est inspirée d’armes chinoises. Doc H. Vers 1150 - 1200, utilisation de la poudre noire par les arabes (qui l’ont empruntée aux chinois via le moyen orient). Sous la forme de canon rudimentaire à main le « Madfaa » qui propulse une flèche trapue à courte distance.
Les bombardes
En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol. Son pointage rudimentaire, se fait à l’aide de cales de bois glissées sous le fût. Tir à la Bombardelle Doc. Bombardelle à culasse mobile : calibre 15 cm, boulet de 3 à 4 kg en pierre puis en fonte de fer, lancé à 200 mètres. La balistique de ce type d’arme est faible, mais son effet psychologique est important. En effet le bruit rappelle le tonnerre de source divine, et l’odeur de soufre, le diable ! Vers 1380, Elle deviendra une arme plus efficace lorsqu’on lui adjoindra une culasse mobile (boite à feu) permettant un chargement plus rapide, et la charge à la place du boulet d’une centaine de balles de plomb, la « plommée , en guise de projectiles.
L'évolution des armes à feu portatives
Les premières armes à feu portables ne furent rien d’autre que des canons miniatures. Ils furent introduits vers 1380 et généralement appelés « bâtons à feu ». Ces armes étaient faites d’un canon en fer coulé (ou de douves de fer assemblées) fixé au bout d’une perche. Ces premiers traits à poudre n’étaient pas d’un maniement aisé et furent vite remplacés par une arme pourvue d’un fût : une pièce de bois pouvant supporter l’arme et être appuyée sur le corps lors du tir.
L'arquebuse : une révolution dans l'armement
On l'appela « arquebuse ». L’arquebuse est la première arme à feu portative européenne, inventée au début du XVIe siècle. Elle est aussi bien utilisée à la chasse qu’à la guerre. Son incorporation dans l’armement de l’infanterie va d’ailleurs profondément bouleverser l’art de la guerre à la Renaissance. Au fur et à mesure du Moyen-Âge, les bombardes, les canons ont eu des déclinaisons de plus en plus petites jusqu'à devenir des armes portables individuelles. Cette nouvelle ère des armes débute avec l’arquebuse. Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, mot découlant d’hacquebute : C’est une arme à feu, à fût de bois, véritable ancêtre des carabines, mousquets et fusils, que l’on tient sous l’aisselle ou que l’on commence à épauler.
Le système de mise à feu à mèche
Vers 1411, le système de mise à feu fut aussi modifié en remplaçant le fer rougi par une mèche se consumant lentement (une amorce en amadou) maintenue dans un serpentin fixé sur le côté du canon. Un mécanisme à ressort fut ajouté à ce serpentin quelques années plus tard. De cette manière, le tireur pouvait viser la cible et faire feu en même temps en poussant sur un levier. L’arquebuse ici présentée est probablement une arme de chasse, comme le montre son décor en incrustation d’ivoire qui a pour sujet une chasse à l’ours. Son système d’allumage est à mèche, un système plus ancien que le rouet et qui va coexister tout au long des XVIe et XVIIe siècles. La mèche qui sert à la mise à feu est placé entre les mâchoires d’un serpentin, ce qui libère la main de l’arquebusier et lui permet d’épauler l’arme avant le tir. En pressant la détente, il fait plonger la mèche préalablement allumée dans le bassinet, mettant ainsi le feu à la poudre d’amorçage qui y est contenue. Ce système demeure peu fiable, tant le taux d’humidité de l’air impacte la mèche mais également les propriétés explosives de la poudre noire. L’utilisation de la mèche lente (ou incandescente) pour déclencher le tir n’avait pas que des avantages. En premier, le tireur était immédiatement repéré. L’ennemi pouvait facilement voir l’extrémité rougie de la mèche en combustion ou sentir son odeur. L’expression hollandaise « flairer une allumette » (qui veut dire « sentir le danger ») tire son origine lorsque les espagnols utilisaient des armes à mèche.
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Hacquebute primitive
Tir avec une hacquebute primitive appuyée sur une fourche de portage appelée « Fourchine ou fourquine ». Vers 1370, l’hacquebute (primitive) : Littéralement « canon à croc » du germanique « hakenbüchse , destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade avec son croc de fer situé en dessous de l’arme pour que le mur encaisse le recul à la place du tireur. Elle comporte un long fût de bois (ou parfois de fer), à l’avant duquel est fixé un canon de fer de courte dimension (20 à 25 cm). Son calibre fait généralement de 18 à 28 mm. Une balle ronde en plomb, de 18 mm de diamètre part à la vitesse de 130 mètres par seconde, avec une charge de 4 grammes (7 grammes au moyen âge) de poudre noire. Allumage au boutefeu à mèche ou par un ringard chauffé au rouge. (Une planche de pin de 3 cm d’épaisseur est traversée à 15 mètres). A partir de cette époque les balles rondes en plomb pour armes portatives à canon lisse seront enveloppées dans un petit carré de tissu graissé appelé « Canepin » destiné à les caler. On verra également rapidement vers 1450 apparaitre les « gargousses , ancêtres de la cartouche, doses de poudre préparées à l’avance dans un tissu ou du parchemin et les « apôtres » dont le rôle est identique mais en bois vers 1480. (Les gargousses de poudre resteront en service pour les canons jusqu’au milieu du 19ème siècle. L’allumage se fait à l’aide d’un « boutefeu , baguette à laquelle est fixée une mèche allumée, ou d’un « ringard , tige de fer dont l’extrémité courbée est chauffée au rouge par un brasero.
Couleuvrine
C’est une sorte de « Trait à poudre » à canon rallongé (40 à 50 cm, d’où la désignation par sa plus grande longueur de canon faisant penser à une petite couleuvre), monté sur un fût de bois que l’on utilise, coincé sous l’aisselle. Certaines possèdent un croc en faisant une hacquebute à canon rallongé. L’allumage se fait au boutefeu à mèche.
Ribaudequin
Ribaudequin ou Orgue (Château de Castelnau en Dordogne. Cette arme consiste en l’alignement côte à côte de plusieurs petits canons, de petit calibre comparables chacun à une couleuvrine à main, et montés sur un affût mobile. La mise à feu est faite par une trainée de poudre disposée dans une gorge qui amène le feu à la lumière de chaque canon. Le tir de l’ensemble des canons est quasiment instantané.
Pétard
Le « Pétard », décrit depuis le 13ème siècle dans le « Liber ignium » de Marcus Graecus. Le 15 Août 1443, Louis XI encore dauphin va avec ses troupes libérer la ville de Dieppe tenue et assiégée par les anglais. Il aurait utilisé des pétards, ancêtre de la dynamite pour faire sauter des portes. Cette « bombe , remplie de poudre noire (souvent de 5 à 50 kg), se fixe discrètement en appui contre une porte, une palissade en bois, ou sous une muraille minée par une galerie souterraine étayée. Un soldat met le feu à la mèche courte. En explosant, le pétard pulvérise l’obstacle (porte, palissade ou étais), permettant de s’introduire dans l’enceinte convoitée. Portée d’environ 600 mètres (320 toises), ce qui surpasse en distance les plus puissantes machines de guerre à contrepoids de l’époque comme le trébuchet, qui n’excèdent pas 250 mètres. Ce « canon » permet de tirer soit des boulets de fonte de fer, soit de la plommée (mitraille).
Arquebuse à rouet
Vers 1510-15 la platine à « rouet » (peut-être inventée par Léonard de Vinci, ou Johan Kuhfuss) permet un allumage sans mèche, sur le principe d’une roue rainurée (le rouet) entrainée par un ressort, et qui frotte sur une pyrite de fer mordue (tenue) par un « chien » produisant ainsi des étincelles, qui allument la poudre.. Ce mécanisme fiable mais couteux et fragile sera principalement réservé aux arquebuses de chasse, et aux pistolets. L’arquebuse restera le plus souvent à allumage à mèche pour les usages militaires. Son calibre fait environ de 14 à 16 mm, pour une longueur de canon de 60 à 90 centimètres. Il existe aussi des arquebuses à crosse très courbée faites pour prendre appui sur la poitrine du tireur. Arme visible au Château de Castelnau en Dordogne.
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Les platines : évolution des systèmes de mise à feu
L’intrusion des armes à feu portatives et de l’artillerie va modifier l’art de la guerre. Les derniers tenants de l’idéal chevaleresque refusent leur utilisation ainsi que l’évoque Montluc : "l’artillerie destructrice de l’honneur… il nous faut mieux mourir main à main que d’êtres tuez au combat d’artillerie…"La plus ancienne pièce d’arme à feu appartenant aux collections du musée Goya est une platine d’arquebuse à rouet. Ce mécanisme qui permettait une mise à feu rapide et sûre succédait la primitive platine à mèche et allait rendre possible le développement de toutes les nouvelles techniques.
Les armes à batterie
Se substituant aux armes à rouet, les armes à batteries se répandent sous diverses formes dans toute l’Europe. Dans ce système c’est un silex maintenu entre les mâchoires d’un chien et qui, venant frapper sur une pièce d’acier ou batterie, produit l’étincelle. Dans le sud de l’Europe domine le système "à la miquelet". Son ressort principal agit sur le pied du chien et sa plaque de batterie est striée. La platine "à la française », combinaison de divers systèmes à batterie, voit le jour à Lisieux, créée par MARIN LE BOURGEOIS. Elle s’impose rapidement et affirme en Europe la prépondérance de l’arquebuse française.
La platine à chenapan
La solution à ces problèmes fut inventée en Italie vers 1547 : la platine à chenapan. La platine à silex utilise toujours un bassinet rempli de poudre d’amorçage qui communique le feu à la charge principale par la lumière du canon. Cependant, ce n’est plus le frottement de la pyrite sur la roue qui produit les étincelles, mais le raclement d’un silex contre une plaque d’acier. La platine à silex est de conception plus simple que le rouet et donc, plus économique à produire. Sa fabrication ne nécessite pas le concours d’armuriers hautement qualifiés et expérimentés. Ainsi, il devint possible d’équiper une armée entière de mousquets à platine à silex. Cette platine était plus fiable, d’un entretien facilité et passablement plus étanche à l’humidité. Cette platine constitua une importante amélioration et les armes à feu commencèrent à être produites en grandes quantités et déclinées en beaucoup de variations, depuis les petits pistolets de poche jusqu’aux armes à multiples canons. Toutes les armées du monde commencèrent alors à équiper leurs soldats avec ce type d’armes et ils furent produits par dizaines de milliers.
L'évolution vers la percussion
Breveté au début du XIXè siècle par A. FORSYTH, un pasteur écossais, un nouveau système de mise à feu qui utilise les fulminates se répand sur le continent dès 1820. Convertir les platines à silex en platines à percussion constitue une tâche reIativement aisée et grand nombre d’armes civiles et militaires vont être ainsi modernisées.
Les cartouches : vers un chargement plus efficace
La première cartouche intégrée est mise au point en 1812 par J. S. PAULY, arquebusier parisien. C’est en 1835 que C. LEFAUCHEUX invente les cartouches à broche. Ce développement permettra le chargement par la culasse et le perfectionnement de tous les systèmes à répétition. Le développement de l’utilisation des armes à feu portatives engendrèrent la création et l’usage d’accessoires tels que les poires à poudre dès le XVIè siècle.
Cartouche métallique
Vers 1460 - 1500 une cartouche métallique (adaptée ici à une couleuvrine à main) comportant poudre et balle, sur l’idée des boites à feu « culasses mobiles » de canon de type « veuglaire , pour couleuvrine à main et Arquebuse à chargement par la culasse fut inventée (Germanie). Elle n’eut pas un franc succès, car coûteuse, délicate à fabriquer et présentant sans doute des fuites de gaz au niveau de la culasse, donc des risques de brûlure.
L'importance de la précision : le canon rayé
En 1520, l’arquebuse à canon rayé (rainuré) hélicoïdalement : Il semble que le germanique Auguste Kotter, remarquant que les « viretons d’arbalète » (traits aux ailerons inclinés qui partaient en tournant sur eux-mêmes) avaient une plus grande précision que les « traits classiques » comme le « carreau . Il inventa le « rayage (rainurage) hélicoïdal » de l’intérieur des canons d’arquebuses. Cela apporta une précision nettement plus efficace de l’arme par stabilisation gyroscopique de la balle dans l’espace, et une augmentation de puissance en supprimant les fuites de gaz propulseurs des armes à canon lisse dont la balle était plus petite que l’âme du canon. L’ancêtre de la carabine était né.
De l'arquebuse au mousquet : une évolution de la puissance de feu
L’arquebuse étant assez courte, se prêtait mal au tir de guerre sur plusieurs rangs, l’embouchure du canon se retrouvant au niveau de l’oreille du rang précédant. Il fut donc décidé de rallonger l’arquebuse et d’en augmenter le calibre, donc le poids du projectile et la puissance destructrice. Le mousquet était né.
Le pistolet : une arme de cavalerie
Vers 1520 Apparition d’une forme très réduite de l’arquebuse à rouet, le pistolet. Le pistolet, arme tenue à la main, est rendu possible grâce à la platine à rouet, qui permet de le porter dans des fontes fixées à l’avant de la selle du cheval, et prêt à faire feu. Cela entrainera la célèbre manœuvre dite « Caracole » des « Reîtres germaniques, soldats mercenaires. Elle consiste à envoyer un rang de cavaliers armés de pistolets à 15 mètres des piquiers ennemis qui leurs barrent le passage, et à décharger leurs armes sur eux. Les cavaliers repartent en arrière recharger leurs pistolets, et un nouveau rang de cavaliers se présente et effectue la même manœuvre.
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