Le métier d'armurier à Bar-le-Duc, comme dans de nombreuses villes françaises, est intimement lié à l'histoire locale, au développement du tir sportif, et à l'organisation des sociétés de tir. Cet article explore cette histoire, en mettant en lumière le rôle des armuriers, les contextes historiques qui ont façonné leur métier, et l'évolution de cet artisanat à travers les siècles.
L'Union Nationale des Sociétés de Tir de France et son Influence
À la fin du 19e siècle, l'Union Nationale des Sociétés de Tir de France jouait un rôle prépondérant dans la promotion et l'organisation du tir sportif. Son organe officiel, "Le Tir National", centralisait les informations et les initiatives. En 1893, l'Union regroupait 288 sociétés affiliées, réparties en trois fédérations régionales : Nord, Centre et région parisienne. La société de Bar-le-Duc, alors présidée par le Dr. Bryon, faisait partie de ces membres actifs.
L'Union Nationale des Sociétés de Tir de France organisait des championnats nationaux, encourageant la participation des tireurs en offrant des chances de succès équitables et en réduisant les coûts. Ces championnats étaient perçus comme une manifestation commune à toutes les sociétés, un moyen de capter l'attention des pouvoirs publics sur l'importance du tir. Cependant, l'Union devait faire face à des défis financiers importants pour maintenir ces événements.
Les sociétés de tir locales, telles que celle de Bar-le-Duc, étaient les véritables piliers de l'Union. Elles offraient aux tireurs un lieu de rencontre, d'entraînement et de compétition. Parmi les sociétés affiliées en 1893, on trouvait celles d'Abbeville, Agen, Aignay-le-Duc, Aix-les-Bains, Alger, Amiens, Angers, Bordeaux, témoignant de l'étendue de ce réseau à travers la France et ses colonies.
L'Organisation du Métier d'Armurier au Moyen Âge
Au Moyen Âge, les armuriers parisiens constituaient un groupe important, dont la prospérité était liée à la présence de la cour royale et des nobles. Leur organisation était régie par des statuts, dont les premiers figurent dans le célèbre Livre des métiers d'Étienne Boileau, puis dans les livres de couleur et de bannière du Châtelet de Paris.
Lire aussi: L'expertise d'Alain Combes en armurerie
Ces statuts définissaient une hiérarchie stricte entre maîtres, valets et apprentis, la présence de gardes et jurés représentant la communauté, l'existence d'une confrérie et le respect de règles encadrant la production. Les statuts reflétaient la diversité des professions, avec des règles spécifiques pour les platiers (fabricants de plates), les ganteliers (fabricants de gantelets) et les brigandiniers (fabricants de brigandines).
Hiérarchie et Formation des Armuriers
La formation d'un armurier débutait par un apprentissage aux modalités peu définies. Les statuts des haubergiers (fabricants de hauberts) indiquaient que chaque maître pouvait avoir autant d'apprentis qu'il le souhaitait. À l'issue de sa formation, l'apprenti pouvait devenir un simple ouvrier salarié, un "valet" ou compagnon, ou tenter d'obtenir la maîtrise.
La condition de maître était plus enviable, car elle procurait plus de liberté et supposait de disposer de ressources suffisantes pour assurer l'exploitation de son atelier. L'obtention de la maîtrise était initialement subordonnée à l'acquittement d'un droit d'entrée dans le métier. Cependant, un examen de compétences, le chef-d'œuvre, fut progressivement imposé. Il consistait en la fabrication d'une pièce type soumise au jugement des gardes du métier.
La position la plus privilégiée était celle de juré et garde du métier. Les jurés étaient élus ou nommés par le prévôt de Paris pour veiller aux intérêts de la communauté et faire respecter les statuts. Leur rôle évolua au fil du temps, passant de simples gardiens des statuts à inspecteurs des marchandises produites et importées.
Confrérie et Piété Collective
La structure du métier d'armurier était complétée par une confrérie professionnelle, la confrérie Saint Georges "aux armeuriers". Son emplacement et son fonctionnement restent mal connus. Selon Alfred Franklin, les armuriers érigèrent leur confrérie en 1516 dans l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, où se trouvait une statue de saint Georges. Cependant, des fragments de comptes du duc de Bourgogne mentionnent en 1413 "une feste des armuriers en l'eglise du Sepulcre a Paris le jour de monseigneur saint George".
Lire aussi: Horaires d'ouverture : Armureries 13
L'église du Saint-Sépulcre, achevée en 1327, avait une vocation "militaire", dédiée au soutien des soldats et des croisés de Terre sainte. Charles VI y fonda en 1399 une chapelle Saint-Georges. La confrérie Saint-Georges réapparut en 1516 dans l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
Réglementation et Contrôle de la Production
Les armuriers devaient respecter des règles générales relatives au temps de travail et à la fiscalité. Deux régimes d'imposition coexistaient : l'impôt perçu par le roi sur les ventes et la redevance perçue par le grand Écuyer. Des contraintes spécifiques pesaient sur la production armurière parisienne. Les statuts décrivaient l'opération de poinçonnage, consistant à imprimer dans le métal un signe personnel à chaque artisan. Ce poinçon, désigné sous le nom de "seing", permettait de certifier l'origine d'une pièce et de lutter contre la contrefaçon.
Les armuriers devaient soumettre leur produit fini à un test de solidité appelé épreuve. Les armures étaient soumises à un contrôle qualité rigoureux, avec des essais à l'arbalète puis à l'arme à feu. Les statuts de 1467 imposaient aux armuriers de concevoir "ouvrage bon, marchant, loyal et raisonnable, c'est assavoir lesd. armeuriers et brigandiniers harnoys blanc et brigandines d'espreuve d'arbaleste a tillolles ou demie espreuve, a tout le moins, d'arbaleste a ticq ou dart".
Les statuts étaient rigoureux sur la qualité des textiles, cuirs et métaux utilisés. Ils mentionnaient la longueur des pièces de tissu, l'épaisseur des doublures et l'emploi de "bonnes et souffisantes estoffes" et de tissus neufs.
Infractions et Sanctions
Chaque statut dénonçait fermement toute infraction et édictait des peines en conséquence. Les statuts de 1296 menaçaient de sanction "quiconques mesprendra en aucun des articles desusdiz". À partir du 14e siècle, les statuts étaient plus détaillés, avec des délits et des peines mieux définis.
Lire aussi: Final Fantasy VII Rebirth : Armurier Rêveur
La première infraction réellement qualifiée était la malfaçon en 1312. Y furent ajoutés les délits de tromperie sur la marchandise, de soustraction à l'inspection des jurés, d'absence de poinçon et de contrefaçon. Les sanctions prévues étaient l'amende et la saisie, pouvant entraîner la destruction des marchandises.
Absence des Femmes et Rôle Post-Mortem
Les femmes étaient totalement absentes des statuts des armuriers. Cependant, certaines d'entre elles jouaient un rôle dans le métier après la mort de leur mari. Le veuvage s'avérait un moyen efficace pour les femmes d'entrer sur la scène professionnelle, en reprenant les rênes de l'atelier.
Agnès, veuve du haubergier du roi Jehan des Portes, s'associa avec un second armurier, Gilet le Clerc, pour fournir 500 harnois de corps et 300 harnois de jambes. Ysabel, veuve de l'armurier du roi Ymbert le Damoisel, donna quittance au trésor royal pour des pièces exécutées par son mari. Marguerite, femme du haubergier du roi Philippe de Carville, apparaît dans plusieurs comptes du duc de Bourgogne et du duc de Berry.
L'Évolution de Bar-le-Duc à travers les Âges
Bar-le-Duc, riche d'un passé s'étendant sur plusieurs siècles, présente une histoire complexe et fascinante, marquée par des influences diverses et une évolution constante de ses quartiers.
Origines Gallo-Romaines : Caturiges
Hormis quelques vestiges celtes antérieurs, les témoignages d'une occupation du site de Bar-le-Duc datent du 1er siècle de notre ère. Fondée sur la rive droite de la rivière Ornain, Caturiges n'est alors qu'un relais de poste gallo-romain - une "statio" - sur la route de Reims à Toul, au cœur du territoire des Leuques. La voie prétorienne qui traverse Caturiges correspond au tracé de l'actuelle rue des Romains.
Attestée dans les textes par la table de Peutinger, grande carte de géographie des itinéraires de l'Empire romain au IIe siècle, Caturiges tire sans doute son nom de la divinité gauloise de la guerre « Caturix ». Elle se développe sur un axe de passage au fond de la vallée de l'Ornain.
Constituée d'une maison de poste (mutatio), d'une hôtellerie (mansio) et de quelques maisons d'artisans et de commerces, l'agglomération s'installe autour d'une dérivation du Naveton. Les fouilles archéologiques menées dans ce quartier lors des grands chantiers du XIXe siècle (chemin de fer, canal) ont mis au jour de nombreux objets conservés depuis lors au Musée barrois : monnaies, statuettes, stèles funéraires… Alors que Nasium - la plus grande cité gallo-romaine de la civilisation leuque - perd peu à peu de son importance, la petite bourgade s'étend vers l'amont et prend le nom de Barrivilla au Haut Moyen Âge. Au moment de sa christianisation, un premier sanctuaire, rattaché au diocèse de Toul, s'élève dans ce faubourg.
Après le passage dévastateur des Huns en 451, la ville mérovingienne croît et s'étend de part et d'autre de l'Ornain créant un nouveau quartier accolé à la colline de Bar : le Burgum Barri.
Le Moyen Âge : Développement et Fortifications
Soucieux de protéger ses terres, Frédéric, duc de Haute Lorraine, décide vers la fin du Xe siècle de construire un château fort sur un éperon rocheux dominant la vallée de l'Ornain. Ce site idéal, entouré par deux ravins et prolongé par un plateau, n'accueille guère, dans un premier temps, que quelques habitations et une chapelle. Au XIIIe siècle, préférant pour capitale Bar-le-Duc à Mousson, les comtes de Bar réalisent des travaux. L'extrémité de l'éperon est alors entourée d'une double enceinte afin de protéger logis, communs, collégiale Saint-Maxe et bâtiments canoniaux. Véritable petite ville, la place forte doit pouvoir se suffire à elle-même en cas de siège. Elle abrite une garnison, du personnel domestique, des ateliers de fabrication d'armes, et possède ses propres réserves d'eau et de nourriture.
D'architecture sévère, le château devient au XVe siècle un véritable palais richement meublé et décoré. René II (1473-1508) contribue beaucoup à son embellissement. La Grande Galerie, salle de réception monumentale et solennelle, est construite sur le flanc nord-est. Le Baile, première ligne de défense du château, devient un jardin d'agrément, probablement d'inspiration italienne comme le veut alors la mode.
Dès le XVIIe siècle, les ducs de Bar et de Lorraine délaissent Bar-le-Duc. Le château, mal entretenu, se dégrade. En 1649, un incendie le ravage. Après plusieurs occupations françaises et pour punir la politique anti-française du duc Charles IV, Louis XIV ordonne son démantèlement en 1670.
Du château ducal, il ne reste que l'ancienne Cour des Comptes, organe principal de l'administration du duché. À proximité de la «Belle Porte», René II fit construire un bâtiment voûté en pierre pour abriter le Trésor des Chartes.
Aux confins du royaume de France et de l'Empire, place forte et capitale d'une province restée longtemps indépendante, la cité ducale est protégée par plusieurs enceintes dans la vallée et sur le promontoire : chaque quartier possède sa propre muraille. Pas moins de quatre niveaux de protection mettent ainsi les habitants à l'abri du danger. Le château est gardé par une double muraille épousant parfaitement les contours du relief. Quatre grosses tours reliées entre elles par des courtines ferment les angles. Face à la vallée, l'enceinte nord-est sert d'appui aux bâtiments seigneuriaux. À l'opposé, au-dessus du vallon de Véel, l'enceinte dédoublée crée un espace intermédiaire d'accès au château dénommé Baile.
Du côté de la ville haute, afin de protéger l'accès le plus aisé de la forteresse, l'éperon rocheux est barré de quatre tours rondes dont celle de l'Horloge constitue aujourd'hui un des derniers témoins. L'enceinte de la ville haute est distincte de celles du château. Le lien entre les deux se fait par une porte fortifiée équipée d'un pont-levis au dessus d'un fossé sec. Trois autres portes solidement défendues contrôlent l'accès au quartier : la Porte-aux-Bois, massive avec son pont-levis, sur la route de France venant de Saint-Dizier ; la porte Phulpin à proximité du château ; ouvrant sur la vallée, la rue de l'Armurier, était défendue par une triple porte fortifiée. De cette enceinte urbaine, quelques vestiges sont toujours visibles à l'instar de la tour Heyblot, rue du Rossignol.
Depuis le traité de Bruges (1301), le comte de Bar est vassal du roi de France. Pourtant, à partir de 1624, le duc Charles IV (1624-1675) mène une politique d'indépendance résolument anti-française, obligeant le roi à intervenir militairement. À plusieurs reprises, la ville est occupée.
La Tour de l'Horloge
Vestige des anciennes fortifications, elle doit son nom au « gros horloge » installé en 1381 par le duc Robert pour les gens du château. Elle tient dès lors une place considérable dans la ville, alertant les Barisiens d'une attaque ennemie ou d'un incendie, sonnant le couvre-feu, l'ouverture du marché, ou accompagnant les cérémonies.
Chère au cœur des Barisiens, rythmant leur vie quotidienne, la tour est visible depuis tous les quartiers de la ville. Trois cadrans sont successivement installés de chaque côté : le premier en 1381, le deuxième en 1608 destiné aux habitants de la ville basse et le dernier en 1752 pour ceux de la ville haute. Le cadran actuel orienté vers la ville basse est restauré en 1994 selon la facture d'origine. La tour échappe au démantèlement de 1670 du fait de son utilité, mais elle est fortement mutilée en son flanc lors de la destruction des murailles. Elle perd alors son aspect circulaire ainsi que son cadran orienté vers le château. Seuls ses soubasements remontent au XIIe ou au début du XIIIe siècle.
La Renaissance : Prospérité et Embellissement
Se développant autour du château des comtes puis ducs de Bar, la ville haute offre un des plus beaux ensembles Renaissance de France. Très tôt, les princes de Bar octroient des privilèges importants à ce quartier afin d'attirer et de maintenir une population aristocratique à proximité du château. Ces notables, laïcs ou ecclésiastiques, participent à la gestion des affaires du Barrois. La ville haute, appelée aussi la Halle, devient ainsi le centre politique, économique et judiciaire de la ville. Pour protéger ce quartier et en vue de son développement, le comte Henri II (1214-1239) décide de fortifier « la montagne de Bar », cet éperon rocheux (alt. 239 m) qui domine la vallée de l'Ornain. Il y transfère les activités marchandes de la cité.
Mais c'est à partir du XVe siècle que la ville haute connaît ses plus grandes transformations : même si le souverain n'y réside plus régulièrement ses visites, entourées d'une brillante cour, notamment composée d'artistes, sont l'occasion d'embellissements au château et dans le quartier. Relativement épargnée par les guerres de religion du XVIe siècle, Bar-le-Duc connaît une véritable prospérité économique jusque vers 1630. C'est le « beau XVIe siècle », marqué par la multiplication des constructions en pierre de taille. Le bois, le torchis et les encorbellements disparaissent et laissent la place à des façades d'aspect plutôt sobre, caractéristique du style lorrain, et marquées par l'influence de la Renaissance italienne. Avec les remparts et le château, le quartier conserve son caractère médiéval jusqu'en 1670, date de leurs destructions.
Privé de la présence des ducs qui préfèrent résider à Nancy, le quartier décline peu à peu au profit de la ville basse, où se développent le commerce et la bourgeoisie à partir du XVIIIe siècle. Avec la Révolution, l'ensemble des activités administratives et économiques migre dans la vallée.
#
tags: #armurier #Bar-le-Duc #histoire
