Vallée du Tir : Un quartier de Nouméa entre Histoire, Transformations et Crise

Le quartier de la Vallée du Tir, niché à Nouméa, est un lieu chargé d'histoire et de diversité. S'étendant entre le littoral et les hauteurs menant au sanctuaire de Notre-Dame-du-Pacifique, cette zone étroite, longue de quelques kilomètres, a connu des transformations profondes au fil des décennies. Récemment, il a été le théâtre d'événements violents qui ont exacerbé les tensions communautaires et remis en question le vivre-ensemble.

Origines et évolution du quartier

La Vallée du Tir est l'un des plus anciens quartiers de Nouméa. Sa partie basse, autrefois animée par une rue commerçante et composée d'immeubles modestes et de logements sociaux (HLM), contraste avec les villas plus haut sur la colline, construites pour la plupart dans les années 1970.

Jusqu'aux années 1970, le quartier était principalement habité par des Caldoches. Cependant, des bouleversements sociaux et économiques ont entraîné l'installation de communautés wallisiennes et vietnamiennes, ainsi que de nombreux ouvriers kanak attirés par l'essor de l'usine de nickel toute proche.

Dans les années 1990 et 2000, la mairie de Nouméa a entrepris la construction de plusieurs centaines de logements sociaux, qui ont été progressivement occupés par des familles kanak, devenant majoritaires dans le quartier. Cette évolution démographique a modifié le paysage social de la Vallée du Tir, créant de nouvelles dynamiques et, malheureusement, des tensions.

Transformations sociales et communautaires

Comme en métropole, les autorités ont cru qu’un développement urbain couplé à des infrastructures sportives et culturelles suffirait à atténuer les tensions sociales. Or, les événements récents ont démontré que cela n'a pas été le cas.

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Les tensions communautaires, latentes depuis des années, ont éclaté au grand jour lors des émeutes de mai 2024. Ces événements ont mis en lumière les fractures sociales et ethniques qui traversent la société calédonienne et ont particulièrement affecté la Vallée du Tir.

Les événements récents et leurs conséquences

Le 13 mai 2024, des émeutes ont éclaté en Nouvelle-Calédonie, principalement menées par des Kanak contestant la présence française et le « dégel du corps électoral ». La Vallée du Tir a été l'un des quartiers les plus touchés par ces violences.

Des Kanak, principalement issus des logements sociaux, ont pillé et incendié des commerces tenus par des Wallisiens et des Vietnamiens, épargnant ceux appartenant à leurs propres communautés. Ces actes de vandalisme ont semé la terreur parmi les habitants et ont forcé de nombreuses personnes à quitter le quartier.

Dans la nuit du 3 au 4 juin, une nouvelle habitation a été détruite par les flammes, aggravant le sentiment d'insécurité et de désespoir parmi les habitants restants. "C'est moi qui ai prévenu la police, raconte Hélène. Par chance, la maison était alors inoccupée. Mais la vieille dame qui vivait derrière était terrorisée. Hélène, qui vit dans le quartier depuis trente ans, décrit un mode opératoire presque toujours identique :"quand la maison est vide, elle est pillée puis brûlée".

Certains riverains, comme Claire, ont préféré tout laisser derrière eux face à la violence et à la propagation des rumeurs. "Dès l'incendie de l'usine Le Froid, on s'est retrouvé en permanence dans les fumées. Une rumeur a commencé à circuler selon laquelle on allait brûler nos maisons. Les forces de l'ordre ne parviendront pas à atteindre cette zone reculée. Il y avait des voitures en feu qui bloquaient les rues, c'était très anxiogène", se souvient Claire. Livrés à eux-mêmes, les riverains sur le départ ont formé un convoi par leurs propres moyens pour s'exfiltrer du quartier. "Nous avons réussi à passer mais c'était extrêmement tendu. Dans ce départ précipité, chaque habitant a emporté le strict minimum. On a chargé les voitures avec ce qu'on pouvait, en se disant que c'était potentiellement la dernière fois qu'on voyait nos maisons", confie Claire, qui s'est réfugiée provisoirement sur son bateau. Elle confie aujourd'hui culpabiliser d'"avoir abandonné les gens qui sont restés sur place".

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D'autres habitants, comme Évelyne, ont été directement victimes des violences. Sa maison a été incendiée après avoir été caillassée et insultée par de jeunes émeutiers. "On s'est fait insulter, caillasser et la maison des Pierres Vivantes, juste à côté, était en train de brûler. Le GIGN nous a évacués du quartier, avec deux véhicules blindés. On s'est fait caillasser sur tout le chemin. Quelques instants après leur départ, la maison d'Evelyne a été incendiée à son tour." Malgré cette expérience traumatisante, Évelyne ne croit pas à une attaque ciblée ou politique. Son voisin direct, un ancien élu indépendantiste, s'est fait brûler lui aussi sa maison. Il s'estime, comme Evelyne, victime d'"incendies aveugles" et non "politiques".

Trois semaines après les faits, Evelyne est retournée sur les lieux. "Ça m’a fait du bien d'y retourner. Ça m’a permis de faire le deuil de ma maison. Je n’ai même pas pleuré, confie la sexagénaire qui est actuellement hébergée par des proches. Ce qui m’a chagrinée le plus, c’est d’avoir perdu les souvenirs de mes enfants." Elle a ensuite participé à un espace de parole à la maison de quartier de la Vallée du Tir, où elle a partagé son histoire et trouvé un certain réconfort.

La situation actuelle et les perspectives d'avenir

En février, neuf mois après le début des émeutes, la Vallée du Tir porte encore les stigmates des violences. La rue principale, Edouard Unger, est bordée de magasins pillés, brûlés et calcinés. Des graffitis hostiles à la France recouvrent les murs, témoignant de la colère et du ressentiment qui persistent au sein de certaines communautés.

Seuls deux commerces ont rouvert leurs portes, contre des dizaines auparavant, témoignant de la désertion économique du quartier. Le centre commercial situé en périphérie, incluant un Super U très fréquenté par les habitants les plus modestes, a été entièrement ravagé. Ironie tragique : ce sont des jeunes du quartier qui ont incendié ce supermarché. Désormais, tous les habitants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour se ravitailler.

La situation à la Vallée du Tir est alarmante. Le quartier est profondément marqué par les violences et les divisions communautaires. La reconstruction sera longue et difficile, et nécessitera un engagement fort de la part des autorités et de la société civile.

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Après de tels événements, et vu l’état actuel du quartier, qui voudrait encore acheter une maison à la Vallée du Tir ? Les Kanak, résidant dans les HLM, continueront d’y vivre. Les Wallisiens, les Vietnamiens et les Européens sont partis s’ils en avaient les moyens. Le quartier deviendra quasi exclusivement kanak, à la suite de ce qu’il faut bien appeler une forme de purification ethnique - probablement irréversible. Le « vivre-ensemble » n’y est plus possible.

BCI Vallée du Tir : Contexte social et revendications du personnel

Dans un contexte social tendu, des mouvements de grogne se sont organisés devant l’agence de Ducos de la Banque Calédonienne d'Investissement (BCI), reflétant un malaise au sein de l'établissement. Ces protestations ont été initiées en réaction à des pressions psychologiques exercées sur une employée par sa hiérarchie, ainsi qu'en mémoire d'une collègue décédée dans des circonstances similaires.

Le personnel dénonce des sanctions jugées disproportionnées et un management brutal, accusant la direction de pousser à bout les employés. "Nous sommes là pour soutenir les personnels de la BCI par rapport à une camarade décédée brutalement qui a été poussée à bout par sa direction. Et le chef d’agence Ducos n’a pas de cœur !"

Les revendications du personnel sont claires : "On dit ça suffit, stop aux coupeurs de têtes car la BCI n’est pas une banque de la France ! La BCI, c’est avant tout une banque du pays ! Par son actionnariat, par sa création locale." Ils souhaitent que la direction prenne en compte la dimension locale de la banque et cesse les pratiques de management jugées abusives.

Informations pratiques et situation générale en Nouvelle-Calédonie

Quinze jours après le début des violences, certains services reviennent peu à peu à la normale en Nouvelle-Calédonie. Cependant, d’autres exigent encore des dispositifs exceptionnels.

L'aéroport international de Nouméa-La Tontouta est resté fermé jusqu'au dimanche 2 juin. Le Betico a assuré des rotations "dans le cadre des rapatriements de la population bloquée". Les cars du réseau Tanéo, qui desservent Nouméa et le Grand Nouméa, n'ont pas circulé pendant un certain temps.

La circulation a été difficile dans de nombreuses zones, avec des routes bloquées et des barrages. Des navettes maritimes gratuites ont été mises en place entre le Vallon-Dore et Port-Moselle à Nouméa pour faciliter les déplacements.

La collecte des ordures ménagères a été perturbée, mais des points de collecte et des déchetteries ont été ouverts progressivement. Les services municipaux, comme les déclarations de naissance et de décès, ont également repris, mais avec des modalités spécifiques.

Des événements culturels et sportifs, comme la huitième Groupama race, ont été annulés en raison de la situation.

Chronologie de la Nouvelle-Calédonie (événements clés)

  • 24 sept. 1774 : « Découverte » par James Cook de la Grande Terre qu’il baptise Nouvelle-Calédonie.
  • 23 sept. 1863 : Par décret, la Nouvelle-Calédonie est déclarée lieu de transportation.
  • 1864->1897 : Période de la colonisation pénale.
  • 1878 : Révoltes kanak.
  • 1er sept. 1878 : Écrasement de la révolte kanak dirigée par le chef Ataï, qui fut décapité et dont la tête fut emportée en France.
  • 18 juil. 1887 : Régime de l’indigénat instauré par décret pour dix ans.
  • 1917 : Écrasement d’une deuxième grande révolte kanak dirigée par le chef Noël.
  • 1931 : En France, exhibition d’une centaine de Kanak dans un « zoo humain » lors de l’exposition coloniale de Vincennes.
  • 25 avr. 1946 : Citoyenneté pour tous les indigènes de l’Empire.
  • 28 sept. 1958 : En Nouvelle-Calédonie, le référendum constitutionnel recueille 98 % des suffrages ; le territoire fait alors le choix de rester français.

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