La situation des migrants à Calais reste une question complexe et préoccupante, marquée par des tentatives désespérées de traversée de la Manche vers le Royaume-Uni et des conditions de vie précaires pour ceux qui se trouvent bloqués dans la région. Malgré les efforts des autorités françaises et britanniques pour contrôler les flux migratoires, le nombre de traversées ne faiblit pas, et les risques encourus par les migrants sont considérables.
Tentatives de traversées et opérations de sauvetage
Ces derniers temps, les interventions se sont multipliées. De nombreuses embarcations de migrants ont quitté les côtes du Pas-de-Calais, ce qui a donné lieu à plusieurs opérations de sauvetage. Au moins 27 migrants sont morts cette année lors de tentatives de traversées clandestines de la frontière franco-britannique. Le durcissement et la sophistication des mesures de contrôle des passages par camions ont provoqué, depuis 2018, une augmentation spectaculaire des tentatives de passage vers le Royaume-Uni sur des embarcations de fortune. La préfecture maritime du Nord a dénombré 9 500 passages ou tentatives de passage vers le Royaume-Uni en 2020, soit quatre fois plus qu'en 2019. Les conséquences de ces tentatives extrêmement dangereuses se traduisent par une augmentation du nombre de morts et de disparus ainsi que par de graves traumatismes pour les personnes sauvées de la noyade.
Plusieurs embarcations de migrants ont été secourues lors de tentatives de traversées vers l'Angleterre. Un grand nombre de personnes ont été sauvées de la noyade. Par exemple, lors d'une matinée particulière, "des patrouilles terrestres reportent un départ d'embarcation de migrants en Baie de Somme", retrace la préfecture. Un nombre important de personnes ont été secourues. Dans le même temps, le CROSS a également été alerté du départ d'une embarcation depuis Berck-sur-Mer. Elle se dirigeait vers Equihen-Plage, où de nouvelles personnes ont embarqué. En raison "d'une avarie sur le moteur de l'embarcation", les migrants demandent alors à être secourus. C'est suite à la demande d'assistance exprimée par une partie des passagers de l'embarcation que le Minck récupère à son bord un certain nombre de personnes. "Ces dernières sont déposées au quai Paul Devot à Calais en milieu de nuit", relate la préfecture.
Dans la matinée, les secours ont porté assistance à des personnes qui tentaient de traverser la Manche. Ils ont été débarqués au port de Boulogne-sur-Mer. Au même moment, les secours sont prévenus qu'une embarcation a quitté Berck-sur-Mer. Elle s'est dirigée vers Equihen-Plage où elle a embarqué de nouvelles personnes. En raison d'une avarie sur le moteur de l'embarcation, les migrants ont demandé à être secourus. Des personnes au total ont été déposées au port de Boulogne-sur-Mer.
Une troisième intervention, cette fois dans la soirée. Une embarcation a été signalée dans le secteur des dunes de la Slack. Plusieurs personnes à bord ont demandé à être secourues. Le reste des occupants a refusé l'aide et a poursuivi sa route vers le Royaume-Uni.
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Le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord met en garde toute personne qui envisage de traverser la Manche sur les risques encourus. Déterminés à rejoindre le Royaume-Uni, les migrants qui effectuent les traversées à bord d'embarcations inadaptées refusent l'assistance proposée par les moyens français et ne l'acceptent que confrontés à des situations d'extrême urgence.
La situation humanitaire à Calais
Près de 2 000 migrants patientent à Calais dans l'espoir de traverser la Manche. Comme il devient difficile pour les personnes exilées de s’installer dans le centre de Calais, beaucoup vivent désormais en périphérie, notamment autour de l’hôpital à proximité de l’autoroute A16.
La CNCDH a à nouveau constaté la dégradation des conditions de vie des personnes exilées à Calais et à Grande-Synthe dans un contexte national et international qui leur est de plus en plus hostile. A Calais, le démantèlement complet de la « grande jungle » a eu lieu le 24 octobre 2016, après la décision du ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve d'évacuer les milliers de personnes exilées vers des centres d'accueil et d'orientation (CAO), des centres d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) et des centres pour mineurs (CAOMI), ouverts dans toute la France. A Grande-Synthe, le camp aux normes humanitaires mis en place par la mairie a été ravagé par un incendie le 10 avril 2017 entraînant sa fermeture définitive. Depuis 2016, le nombre de personnes exilées à Calais et Grande-Synthe a baissé, mais les arrivées et les départs ne se sont jamais interrompus. Toutes les personnes exilées qui arrivent à cette frontière de la Manche ont connu des parcours de détresse humaine dans de nombreux pays, certaines ayant été déboutées de leur demande d'asile dans un pays européen, d'autres se trouvant menacées de transfert vers un autre Etat européen en application de la procédure Dublin III.
La conjonction des politiques migratoires française et britannique dans la zone côtière de la Manche se résume en une double obligation pour les personnes exilées : ne pas rester sur la zone littorale et ne pas passer au Royaume-Uni. Cette double obligation, exclusivement mise en œuvre sur le territoire français du fait de l'externalisation de la frontière britannique, se traduit sur le terrain par le déploiement de forces de sécurité, d'une part pour démanteler tous les abris provisoires et dissuader toute forme d'installation, et de l'autre afin de renforcer les moyens de fermeture de la frontière.
Les associations caritatives jouent un rôle essentiel en venant en aide aux migrants. Les associations effectuent des maraudes auprès des personnes exilées parviennent à identifier ces besoins et elles devraient pouvoir en faire état auprès des autorités publiques. La Cimade se mobilise et vient en aide aux personnes migrantes et réfugiées. Les équipiers et équipières de La Cimade savaient où rencontrer les personnes vulnérables, aujourd’hui le contact avec les ancien·ne·s occupant·e·s du campement est rendu difficile.
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Témoignages de migrants
Omar, un Somalien de 35 ans, est arrivé à Calais après avoir quitté son pays en décembre. Il a déjà tenté la traversée deux fois avec des amis, mais leur embarcation a pris feu. Youssef, un Iranien, tempère : « Tout le monde a peur de la mer car c’est quasiment mission impossible. Mais on n’a pas le choix. »
Khadija, d’origine palestinienne, a grandi dans les camps de réfugiés à Damas. Elle a quitté la Syrie il y a six ans avec son fils Amin. Son rêve était d’atteindre le Danemark, où vit sa sœur, mais ils sont obligés de s’installer en Bulgarie à cause du règlement « Dublin ». Elle est prête à payer le prix aux passeurs pour tenter la traversée. Amin, 12 ans, dit : « Parfois j’ai envie d’être méchant, car on ne nous considère pas comme des êtres humains. Nous ne sommes pas les bienvenus ici. »
Mohamed, un Érythréen, a peur d’être renvoyé dans son pays, où il devrait faire un service militaire à durée illimitée. Il a essayé de s’installer en Éthiopie, au Soudan, en Libye puis en Allemagne, où il n’a pas obtenu l’asile. Il espère rejoindre l’Angleterre.
Jerry, originaire du Soudan du Sud, a décidé de ne pas prendre le bateau car il a peur de la mer. Il aspire à obtenir l’asile, un logement et un travail. Il est hébergé dans le campement du “hangar”, une usine désaffectée où l’hygiène est impossible.
L'action des associations
Il est presque midi quand l’association Salam gare sa camionnette dans un chemin de terre, une impasse proche du centre hospitalier. Une cinquantaine d’hommes, de femmes et d’enfants surgissent alors de fourrés avoisinants où ils ont dissimulé leurs tentes. Ils forment une file d’attente pour recevoir du pain, de la confiture, des fruits. Dans le parc situé devant la gare, Yasen accourt pour chercher un café. « C’est important de boire chaud après la nuit humide que nous venons de passer », souffle-t-il.
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Les bénévoles du Secours Catholique s’arrêtent au campement des Érythréens et des Éthiopiens, à côté du stade BMX, en périphérie de la ville. Les tentes sont installées sous les arbres, abritées sous de grandes bâches. Ici, un feu de camp permet de faire la cuisine dans une grande marmite. Le riz en sauce cuit. Des étagères en bois permettent de poser des affaires. C’est un vrai lieu de vie, un bidonville.
À l’accueil de jour du Secours Catholique, des bénévoles dispensent des conseils juridiques à ceux qui souhaitent demander l’asile en France.
La politique migratoire et ses conséquences
A la suite du démantèlement des derniers campements tolérés par les autorités à Calais et Grande-Synthe, les pouvoirs publics ont mis en place une politique intransigeante de lutte contre les « points de fixation » sur l'ensemble du littoral de la Manche afin de dissuader les personnes exilées de venir sur cette zone. Sur le terrain, cela se traduit par des opérations quasi quotidiennes de démantèlement et de destruction des abris provisoires et une multiplication des obstacles afin d'empêcher les actions citoyennes d'aide. En conséquence, les personnes exilées s'épuisent à errer, sans cesse à la recherche d'abris de fortune et de moyens de survie dans des lieux toujours plus hostiles, plus insalubres, plus isolés, et ainsi plus dangereux. Des acteurs de terrain affirment que la situation des migrants à Calais et Grande-Synthe est la pire qu'ils aient connue depuis 2010.
De plus, cette politique a également causé une dégradation de l'environnement aux alentours de Calais à la suite d'opérations visant à rendre la zone inhospitalière en particulier par la déforestation de zones boisées où se réfugiaient des personnes exilées, et par l'installation de kilomètres de clôtures, grillages et murs.
Critiques de la politique migratoire
La CNCDH recommande aux autorités publiques de mettre un terme à la politique sécuritaire dite « zéro point de fixation », aux conséquences désastreuses pour les personnes exilées et les aidants. La CNCDH rappelle également la nécessité de mettre en place un « socle humanitaire » à Calais évoqué par le Président de la République pour répondre aux besoins les plus essentiels des personnes exilées. La CNCDH regrette que les accords bilatéraux franco-britanniques en matière de coopération policière et judiciaire concernant la gestion des mouvements migratoires dans la zone frontalière n'aient pas été officiellement publiés.
La CNCDH se doit de rappeler qu'aucune initiative engagée au titre de la politique migratoire de l'Etat pour contrôler les flux ne saurait être tolérée si elle a pour effet de porter atteinte aux droits fondamentaux des personnes exilées, dont leur droit à l'asile.
Violences policières et harcèlement des aidants
Il a été porté à la connaissance de la délégation de la CNCDH que les conditions dans lesquelles les expulsions sont réalisées seraient de plus en plus dures, avec un usage parfois disproportionné de la force par les agents de l'Etat. Des investigations de l'inspection générale de l'administration (IGA), l'inspection de la police nationale (IGPN) et l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) ont conclu que “les investigations conduites sur place confirment les manquements plausibles à la doctrine et à la déontologie des forces de sécurité intérieure à Calais et dans une moindre mesure dans le Dunkerquois”. De plus, la CNCDH a été informée que de nouvelles mesures dissuasives étaient mises en place pour éloigner la présence d'observateurs, qu'ils soient associatifs ou journalistes, au moment des opérations d'évacuation.
Depuis 2016, les aidants, qu'ils soient associatifs ou citoyens, affirment être l'objet de pressions croissantes de la part des autorités publiques dans le but d'entraver leurs activités humanitaires auprès des personnes migrantes.
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