Le stand de tir de Crépy, un lieu chargé d'histoire, évoque à la fois des souvenirs douloureux de la Seconde Guerre mondiale et des tentatives plus récentes de réimplantation d'un club de tir confrontées à des difficultés. Cet article explore l'histoire du site du poteau des fusillés, devenu un lieu de mémoire et de commémoration, ainsi que les controverses entourant le projet de réinstallation du club de tir.
Un Lieu de Mémoire et de Commémoration : Le Poteau des Fusillés
Le site du poteau des fusillés, situé près d'Amiens, est un lieu de recueillement et de mémoire dédié aux résistants fusillés pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces victimes, on trouve :
- Jules Mopin, 22 ans, ouvrier verrier, né à Mers-les-Bains (Somme).
- Georges Debailly, 19 ans, mécanicien tourneur, né à Mont-Saint-Aignan (Seine-Inférieure), vivant à Longueau (Somme).
- Maurice Robbe, 21 ans, électricien, né à Friville-Escarbotin (Somme), vivant à Rosières-en-Santerre (Somme).
- Pierre Leroy, 53 ans, commis principal des contributions directes, membre du réseau Action Région A, né à Quimper (Finistère), vivant à Mesnil-Saint-Nicaise (Somme). Ils ont été arrêtés pour espionnage et aide à l’ennemi.
Le site a été initialement aménagé et visité par des personnalités telles que le Général Leclerc et le Président Vincent Auriol, témoignant de l'importance du lieu dans la mémoire collective. Le Général Leclerc s'y est rendu lors de sa visite officielle le 31 août 1946, tandis que le Président Vincent Auriol y est allé le jour de la Fête de la Victoire de 1945, le 8 mai 1948.
Cependant, son éloignement et le manque de surveillance ont entraîné des dégradations. Des deux poteaux d’exécution, il ne reste qu’un morceau aujourd’hui protégé et installé uniquement lors des cérémonies. Désormais, en accord avec la Mairie, aucun objet ne reste en permanence. L’urne, le morceau préservé de poteau et la plaque commémorative ne sont placés qu’au moment des cérémonies officielles.
Afin de protéger le site, la municipalité a pris en charge l’édification d’un mur en parpaings et la pose d’une porte blindée, transformant ainsi le lieu en un espace fermé.
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Le Site Aujourd'hui
Le site du poteau des fusillés se compose aujourd'hui des vestiges du stand de tir, d’un jardin du souvenir réhabilité et, à l’emplacement d’un des deux poteaux, d’une urne contenant de la terre des camps d’extermination nazis.
L’entretien du site est assuré par les personnes travaillant au chantier d’insertion d’Amiens Nord. Le lieu est ouvert au moment des journées nationales de commémorations : celle consacrée au souvenir des victimes de la déportation, le dernier dimanche d'avril et celle dédiée à la Résistance le 27 mai. La libération de la Ville d’Amiens le 31 août y est également célébrée.
Outre ces cérémonies officielles, des hommages spécifiques sont rendus, notamment par la municipalité de Mers-les-Bains, qui a par trois fois honoré la mémoire des trois Mersois fusillés et a fait poser une plaque en souvenir de leur sacrifice. De même, la mémoire du gendarme Maurice Garin est régulièrement honorée. Il est important de noter que cette liste reste incomplète, un corps retrouvé en mai 1946 n’ayant pas été identifié.
Le site n’est ouvert que pour les commémorations officielles et à la demande auprès de l’association « Centre de Mémoire et d’Histoire-Somme-Résistance et Déportation », qui y accueille notamment les scolaires toute l’année et le public lors des Journées du Patrimoine.
Le Club de Tir de Crépy : Une Nouvelle Tentative de Réimplantation
L'histoire du club de tir de Crépy est marquée par des difficultés à trouver un emplacement pérenne. Après la fermeture définitive du terrain situé quartier des Musiciens à Crépy, il y a deux ans, suite aux plaintes des riverains concernant les nuisances sonores et la proximité des habitations, la question du déplacement du stand s'est posée.
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La municipalité avait envisagé de réinstaller le club sur un terrain acquis sur la commune de Feigneux. Les premiers tests sonores, entrepris en octobre 1997, ont révélé que le stand pouvait occasionner une gêne, notamment pour les habitants du quartier de Mermont à Crépy.
Malgré ces préoccupations, un permis de construire a été déposé et les travaux ont débuté en 1998. Le terrain a été clôturé et défriché sans autorisation, ce qui a conduit la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt à intervenir et à imposer à la commune de reboiser un terrain pour éviter une amende. La municipalité de Feigneux a finalement suspendu les travaux en raison de l'absence de permis de construire accordé.
Opposition et Abandon du Projet
« Le nouveau conseil a accepté de réexaminer le dossier par souci de dialogue », explique Catherine Brillon, première adjointe de Feigneux. « De toute façon, la question n'avait pas véritablement été réglée. » Une lettre d'Arnaud Foubert, l'adjoint au sport de Crépy, a circulé à Feigneux pour informer les habitants du projet, suscitant des réactions immédiates.
À Crépy, Eric Dancoisne, conseiller municipal de l'opposition, a exprimé son mécontentement : « Toutes les décisions ont été prises en catimini. La lettre d'information n'a pas circulé à Crépy, alors que le terrain est plus proche de notre centre-ville que de celui de Feigneux. » Il a également souligné les conséquences environnementales du déboisement du terrain situé en lisière de forêt. De plus, il a critiqué l'idée d'initier les jeunes de 9 à 14 ans au tir dans le seul but de faire avancer le projet.
L'association de défense de l'environnement de Feigneux, Fénival, a immédiatement protesté, et une grande partie des habitants du village a signé une pétition contre le stand. Malgré tout, de nouveaux tests sonores ont été pratiqués le 22 juin.
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« Les résultats ont été bien plus mauvais que la première fois », se souvient Catherine Brillon. « Nous avons donc tenu une réunion publique le 28 juin pour dire que nous refusions le stand. Pour nous, l'affaire est classée. »
