Jean-Christophe Meurisse, fondateur de la compagnie "Les chiens de Navarre", a présenté son film "Les Pistolets en plastique" à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes. Ce film décapant, extrêmement drôle et impertinent, est salué comme un modèle d’écriture et de casting parfait.
Inspiration et Genèse du Film
Le film s’inspire en partie de l’affaire Dupont de Ligonnès, ce fait divers français qui a passionné un grand nombre de personnes pendant plus de 13 ans. Jean-Christophe Meurisse, avec l’aide de son épouse Amélie Philippe, a entrepris de transformer cette affaire tragique en un film déjanté, à la fois comique et horrifique. Le réalisateur explique qu'il a une manière un peu surréaliste de trouver des titres, comme pour son film précédent, "Oranges sanguines". "Les Pistolets en plastique" sonne bien, car tout le monde est un peu en plastique dans ce film. Les personnages, le faux Bernardin, le vrai Bernardin, les enquêtrices, tous sont en toc.
L'intrigue est également inspirée d’un fait divers réel, l’histoire de Guy Joao, arrêté par erreur à la place de Xavier Dupont de Ligonnès. Jean-Christophe Meurisse imagine que le vrai Dupont de Ligonnès a dû bien rire de cette situation, peut-être en sirotant des jus de goyaves alcoolisés en Amérique du Sud.
Synopsis et Intrigue
Léa (Delphine Baril) et Christine (Charlotte Laemmel) sont obsédées par l'affaire Paul Bernardin (Laurent Stocker), un homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille et disparu mystérieusement. Elles mènent leur propre enquête sur Paul Bernardin, recherché par la police nationale et internationale après l’assassinat de sa femme et de ses trois enfants, au moment où les médias annoncent qu’il vient d’être arrêté dans le Nord de l’Europe.
Le film tresse les intrigues sous la forme d’un film choral entre Léa et Christine, le principal suspect arrêté au Danemark, le journaliste Zavatta et sa famille (Romane Bohringer interprète sa femme) en vacances, Paul Bernardin en Argentine. Avec des personnages qui apparaissent et ne reviennent pas, Meurisse organise des happenings, dont certains finissent dans des mares de sang.
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Une Comédie Noire et Surréaliste
"Les Pistolets en plastique" est une comédie noire qui mélange humour et horreur. Jean-Christophe Meurisse explique qu'il aime ce mélange et qu'il ne veut pas rester dans un registre unique. Il veut que tout soit tendu, aussi bien dans la narration que dans la forme, afin que le spectateur ne sache pas sur quel pied danser. Le comique farcesque sans frein rend le film extrêmement plaisant, car inattendu et excessif, varié et épique.
Le film est aussi une fable surréaliste qui fascine grâce à la profusion bizarre et bouffonne d’une série de péripéties conduisant à une méditation sur la décadence de la société française, son manque de rigueur, son injustice, l’impunité du mal qui y a cours.
Acteurs et Personnages
Les quatre acteurs principaux, Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Laurent Stocker et Gaëtan Peau ont longuement répété avec Jean-Christophe Meurisse. Ce dernier aime bien faire venir des gens connus pour une journée de tournage, comme Jonathan Cohen, Vincent Dedienne, François Rollin et Romane Bohringer.
Le réalisateur pointe du doigt l’origine du mal social en peignant les caractéristiques du pervers et du système qui l’entretient. Dans "Les Pistolets en plastique", les « bons » sont des personnages grimaçants, burlesques, dont les distorsions laissent saillir la bêtise et la grossièreté du caractère ou du vice (les deux enquêtrices sont alcooliques), alors que le « méchant » Paul Bernardin offre un visage lisse, une attitude convenable et un statut social enviable qui le placent au-dessus de tout soupçon.
Mise en Scène et Esthétique
Aussi baroque dans sa mise en scène que dans son écriture, "Les pistolets en plastique" enchaine un faisceau d’intrigues principales et secondaires convergeant vers le personnage de Paul Bernardin, tout en effectuant des excursus capricants et des mises en abymes dans des tableaux presque décrochés du fil narratif, mais révélant les entrailles de la nature humaine, pour finir avec un générique en guise d’épilogue, une chanson d’enfant ironiquement innocente.
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Certains décors théâtraux et hors du temps font glisser le film vers le formalisme : salle d’autopsie ou scène de restaurant à la mise en scène chirurgicale, salon americana de Michel Uzès (interprété par Gaëtan Pau), commissariat danois et aéroports. D’autres visent une forme de caricature : l’intérieur bourgeois de Paul Bernardin renvoyant aux films de Claude Chabrol (La cérémonie en tête), l’Argentine (filmée en Corse) rappelant la fuite d’Hannibal Lecter à la fin du Silence des Agneaux, chaque étape d’aéroport définissant un passage de seuil d’univers.
Thèmes Abordés
Le film aborde des thèmes tels que la décadence de la société française, le manque de rigueur, l'injustice et l'impunité du mal. Il met également en lumière la tendance actuelle à l’ultracrépidarianisme, consistant à se sentir spécialiste ou à parler avec assurance de choses que nous ne connaissons pas, et son lien avec la défaillance des institutions.
Le comique extravagant et déroutant, mais révélateur, caractérise ainsi ce film construit comme une pente à dégénérer. Des deux médecins légistes du prologue (Jonathan Cohen et Fred Tousch) qui démontrent le caractère factice de l’opinion, on passe à la cause : le fanfaronnage journalistique peu scrupuleux de Zavatta qui conduit à la bavure. Enfin nous échouons à la mise en face-à-face douloureuse des deux figures que sont la victime (grand perdant du jeu social) et le bourreau (grand gagnant du concours), duel qui constitue une référence de plus pointant du doigt une délétère américanisation de la société française. Tout cela aboutit à la mise à jour de la tendance très actuelle à l’ultracrépidarianisme, consistant à se sentir spécialiste ou à parler avec assurance de choses que nous ne connaissons pas, et à son lien avec la défaillance des institutions.
Références Cinématographiques
Pour la situer cinématographiquement, "Les pistolets en plastique" s’inspire des comédies noires des frères Coen avec cette même tension entre comique de caractère et de situation et tragique de la défaillance humaine et de la chute. Mais d’autres intertextes renvoient aux univers étranges des premiers films de Yorgos Lanthimos ou à l’humour horrifique de Julia Ducournau.
Toute la réussite de cette tragi-comédie tient à une multiplicité des registres, bien trop rare dans la comédie française, l’absurde explosant dans ce dialogue entre deux flics (Vincent Dedienne et Aymeric Lompret) et la police danoise, incarnant avec saveur les Usbek et Rica, en jouant des stéréotypes sur les français vus par les étrangers.
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Réception et Avis
"Les Pistolets en plastique" est décrit comme une petite pépite qui passe presque inaperçue. Certains spectateurs ont avoué avoir eu un fou rire qui a duré jusqu’à la sortie de la salle de cinéma. D'autres peuvent ne pas adhérer à l'histoire, mais reconnaissent qu'il y a de vraies bonnes idées et des séquences très réussies.
Chaque magazine ou journal ayant son propre système de notation, toutes les notes attribuées sont remises au barème de AlloCiné, de 1 à 5 étoiles.
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