Famille Harki : Histoire et Droits

Cet article vise à explorer l'histoire complexe et souvent douloureuse des familles harkis, ces supplétifs algériens ayant combattu aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, ainsi que leurs droits et les enjeux mémoriels qui les entourent. Il s'adresse à un large public, des historiens aux descendants de harkis, en passant par tout citoyen intéressé par cette page d'histoire.

Aux Origines : Qui sont les Harkis ?

Le terme "harki" est issu du mot arabe "haraka" signifiant "mouvement". Durant la guerre d’Algérie, il désigne les supplétifs algériens engagés dans les forces françaises. Cette appellation s'est ensuite étendue à l'ensemble des Algériens ayant servi comme auxiliaires de l'armée française ou dans une unité supplétive entre le 1er novembre 1954 et l'indépendance de l'Algérie en juillet 1962.

Le rapport Ceaux définit les supplétifs comme « l’ensemble des auxiliaires d’origine algérienne ayant combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre d’Algérie » et « par extension, leurs familles ». Il s’agit de personnes de statut civil employées par l’armée, avec pour certaines une fonction militaire.

Dès les premières années de la colonisation algérienne, qui débute en 1830 sous le règne de Louis-Philippe, la France sollicite les populations locales pour participer à des opérations militaires qui se déroulent sur place, en France ou à l’étranger. Les premiers autochtones rejoignent l’armée française dès le début des années 1830 : les zouaves, anciennes recrues de la régence d'Alger, les spahis, cavaliers qui étaient sous le commandement du dey d’Alger, et les tirailleurs algériens surnommés « Turcos ».

Les harkas, quant à elles, sont officiellement créées à partir de 1956. La population algérienne est alors confrontée à un choix difficile : rester fidèle à la France ou soutenir la lutte pour l'indépendance nationale. Les raisons de l'engagement des harkis sont diverses : patriotisme, vengeance après des assassinats de proches par le FLN, ou compromission forcée par des militaires français.

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Les Différentes Formes d'Engagement

Il existait plusieurs catégories de supplétifs, chacune ayant un rôle spécifique :

  • Les harkis : Membres des harkas, formations paramilitaires chargées de participer aux opérations de maintien de l'ordre. Elles sont le principal appui de l’armée française en Algérie, puisqu’elles constituent dès 1958 la composante des forces supplétives la plus importante numériquement.
  • Les Groupes Mobiles de Police Rurale (GMPR) / Groupes Mobiles de Sécurité (GMS) : Unités supplétives chargées de la surveillance des campagnes et de la protection des biens et des personnes. Elles sont essentiellement composées d’anciens combattants recrutés localement.
  • Les moghaznis : Supplétifs recrutés pour assurer la protection des Sections Administratives Spécialisées (SAS).
  • Les Groupes d'Autodéfense (GAD) : Bénévoles chargés de protéger les villages et les bourgs d'éventuelles attaques du FLN.
  • Les unités territoriales (UT) : Composées de réservistes, parmi lesquels les assas (gardiens), gendarmes supplétifs.

Des femmes ont également joué un rôle significatif, notamment comme assistantes sanitaires et sociales, messagères ou infirmières.

Les Accords d'Évian et l'Abandon

Les Accords d'Évian, signés le 19 mars 1962, marquent la fin de la guerre d'Algérie. Ils prévoient notamment des garanties de sécurité pour toutes les personnes impliquées dans le conflit. Cependant, la question de l'avenir des harkis se pose avec acuité.

Conscient des changements majeurs que vont entraîner les Accords d’Évian, le gouvernement français se penche sérieusement sur la question, comme le montrent différents rapports datés de 1961. Toutes les possibilités sont envisagées à l’époque, du rapatriement des supplétifs à leur protection sur place, en Algérie. Sans pour autant interdire aux harkis de venir en métropole, la France décide de ne pas organiser de rapatriement systématique. Anticipant l’indépendance de l’Algérie qui doit être soumise à un référendum, l’État français propose aux harkis dès le 20 mars 1962 plusieurs options à plus ou moins court terme.

Malgré cela, la France choisit de ne pas organiser de rapatriement systématique des harkis, laissant nombre d'entre eux à la merci de représailles. Des rapatriements clandestins sont organisés à partir de mai 1962 par un réseau de militaires, souvent anciens des SAS. Ces rapatriements sont interdits par le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe, dont une note fuite dans la presse, créant un scandale.

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Les Massacres et l'Exode

Après l'indépendance de l'Algérie, le 5 août 1962, les harkis et leurs familles sont pris pour cible, accusés de trahison. De nombreux massacres ont lieu, faisant entre 10 000 et plusieurs dizaines de milliers de victimes selon les estimations des historiens. Face à cette situation, le Premier ministre Georges Pompidou ordonne une procédure de rapatriement.

30 000 à 40 000 anciens supplétifs et leurs familles sont rapatriés de manière officielle en quelques mois.

L'Accueil en France : Camps et Hameaux de Forestage

Prise au dépourvu par l’arrivée massive des pieds-noirs et des anciens auxiliaires, la France peine à accueillir tout le monde dans de bonnes conditions. Plusieurs dizaines de milliers de harkis sont logés dans des camps de transit et de reclassement avec leur famille dans des conditions souvent déplorables en attendant de trouver un logement ailleurs. Un grand nombre d’entre eux seront ensuite envoyés dans des hameaux de forestage où ils passeront plusieurs années.

L'accueil en France est chaotique. Des dizaines de milliers de harkis et leurs familles sont placés dans des camps de transit et de reclassement, puis envoyés dans des hameaux de forestage, souvent dans des conditions de vie précaires. Ces hameaux, éloignés des centres urbains, rendent difficile l'intégration et maintiennent les familles dans une situation d'isolement.

Dans le Var, ces hameaux sont répartis sur neuf localités déterminées par le Ministre des Rapatriés, qui, en date du 19 avril 1963, annonce par courrier au préfet du Var que des chantiers de forestage seront implantés dans son département (5). Ces localités sont : Saint Maximin, Gonfaron, Collobrières, La Londe, Le Muy, Saint Paul en Forêt, Rians, Montmeyan, Néoules. Encore faut-il souligner que les hameaux sont très éloignés du centre urbain ; ainsi le hameau de Capelude sur le territoire de Collobrières est situé à 14 kilomètres du centre et de ses activités administratives, scolaires, commerciales.

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Le recensement de 1968 compte 16 000 Français musulmans rapatriés en P.A.C.A. En 2002, un article du Monde évoquait 18 000 harkis dans le Var.

Les hommes étaient affectés à des travaux de reboisement de la forêt domaniale et à des travaux d’équipements. Les enfants étaient scolarisés à l’école du village. Ils étaient quasiment les seuls à avoir un contact régulier avec l’extérieur ; le seul lien que les harkis avaient avec les pouvoirs publics se faisait par le personnel d’encadrement. Les familles, outre le salaire des hommes percevaient une allocation. Enfin des amicales créées surtout à l’initiative d’officiers et sous-officiers de l’armée française, en activité ou non ont joué un rôle important dans l’aide apportée aux anciens supplétifs.

Difficultés d'Intégration et Révoltes

Les difficultés d'accès à la nationalité française et au logement, ainsi que les conditions de vie strictes dans les hameaux, contribuent à la ségrégation. En 1975, une première révolte éclate, menée par les jeunes générations, qui ne voient pas d'issue favorable à leur avenir.

Certes depuis 1975 l’encadrement militaire des hameaux a été supprimé ; les hameaux eux-mêmes ont progressivement disparu, mais les difficultés d’intégration que nous avons soulignées plus haut, ont entraîné les représentants des deuxièmes et troisièmes générations vers des emplois peu qualifiés, voire un chômage endémique ; quant aux supplétifs, nombreux sont ceux qui attendent encore des indemnisations ou des régularisations de leur service dans l’Armée française.

Reconnaissance et Réparation

Le long travail de mémoire et de reconnaissance entamé dans les années 1980 et 1990 se poursuit aujourd'hui. Depuis 2003, le 25 septembre est célébré comme la Journée nationale d'hommage aux harkis et membres des formations supplétives.

Le président de la République Emmanuel Macron a ouvert un nouveau chapitre le 20 septembre 2021 en demandant « pardon » aux harkis et en annonçant une loi de « reconnaissance et de réparation ». Promulguée le 23 février 2022, cette loi reconnaît la responsabilité de la France dans les conditions d'accueil et de vie indignes des harkis et de leurs familles. Elle ouvre un droit à réparation pour les personnes qui ont séjourné dans des camps de transit et des hameaux de forestage entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975. Cette indemnisation pourrait concerner 50 000 personnes.

L'Affaire Tir : un Microcosme de l'Histoire des Harkis

L'histoire de la famille Tir à Marseille illustre les complexités de l'intégration et les dérives possibles. Descendants de Chaouis, des Berbères d'Algérie, ils sont arrivés en France après 1945. Mahboubi Tir, figure respectée du quartier, ouvre une épicerie et aide la communauté. Cependant, son neveu, Saïd Tir, se tourne vers le banditisme, devenant le "parrain des quartiers Nord".

La famille Tir est un exemple de la réussite sociale de certains de ses membres, mais aussi des difficultés rencontrées par d'autres. Certains sont impliqués dans des trafics de drogue, tandis que d'autres se battent pour offrir un avenir meilleur aux jeunes des cités. Cette histoire complexe reflète les défis auxquels sont confrontées de nombreuses familles issues de l'immigration.

Le 17 Octobre 1961 : Une Répression Coloniale en Métropole

Le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique d'Algériens à Paris est réprimée dans le sang par la police. Cet événement tragique, longtemps occulté, révèle la violence de la "guerre anti-subversive" menée par les autorités françaises contre les Algériens.

La préfecture de police avait requis environ 1 650 hommes pour assurer le maintien de l’ordre. Ce chiffre n’incluait pas les policiers auxiliaires, les membres des équipes spéciales de district, les gardiens en poste dans les quartiers où se déroulèrent les événements, ainsi que, d’une manière générale, tous les effectifs qui étaient requis depuis le début du mois pour faire respecter le couvre-feu. Si les compagnies de district semblent s’être particulièrement illustrées, elles furent loin d’avoir le monopole des comportements guerriers : la FPA, de simples gardiens requis pour le maintien de l’ordre, 24 pelotons de gendarmes mobiles et deux compagnies de CRS furent aussi engagés.

Les "harkis" n’étaient pas formés au "maintien de l’ordre", avaient un lourd contentieux avec le FLN et leurs exactions répétées étaient connues de la hiérarchie. Leur déléguer une telle tâche et les armer de pistolets-mitrailleurs pour y parvenir, revenait donc à admettre que l’usage des armes était envisagé pour disperser la foule. Dès les premiers engagements au pont de Neuilly, des coups de feu mortels furent tirés par des membres de la FPA, mais aussi par des gardiens de la paix, sur une foule dépourvue de toute arme.

Les autorités ne se contentèrent pas de favoriser ex-ante puis de couvrir ex-post ces fusillades. Les rares informations diffusées dans le feu de l’action ont très largement encouragé les agents, dont la hiérarchie savait qu’ils avaient la gâchette facile, à élever le niveau de la répression. Des messages radio firent ainsi savoir, contre toute évidence, que "des civils auraient vu des FMA armer leurs pistolets" et que des "FMA tiraient avec leurs mitraillettes".

Le 17 octobre 1961, des Algériens furent tués par balle afin de stopper leur démonstration pacifique mais c’est surtout une violence sans limite qui s’exprima : de nombreuses victimes sont mortes sous les coups de bidule portés par les agents, parfois après leur arrestation ; des dizaines d’autres furent jetés dans la Seine ; plusieurs périrent par étouffement après avoir été jetés à terre et recouverts par des amas de corps.

Cet événement est aujourd'hui reconnu comme une "répression colonialiste" et un "pogrom" par certains historiens, soulignant la nécessité de faire la lumière sur cette page sombre de l'histoire de France.

Ressources et Mémoire

De nombreuses ressources sont disponibles pour approfondir la connaissance de l'histoire des harkis, notamment des guides d'archives, des expositions, des publications et des films documentaires. Ces ressources permettent de mieux comprendre les parcours de vie des harkis et de leurs familles, ainsi que les enjeux mémoriels qui les entourent.

L’ONACVG propose en ligne l’exposition numérique « La guerre d’Algérie, histoire commune, mémoires partagées ? » et une mallette pédagogique « Traiter la guerre d’Algérie et ses mémoires en classe ».

Le musée des troupes de Marine de Fréjus rappelle le rôle glorieux qu’ont joué les Harkis puisqu’il a exposé le fanion de la harka 823 du 21ème RMIa implantée en 1961 en Petite Kabylie et commandée par le sous-lieutenant Michel Taithe mortellement blessé au cours d’un accrochage avec le F.L.N. la même année.

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