Femme avec pistolet : histoire et représentation

L'image de la femme armée d'un pistolet est un motif complexe et fascinant qui oscille entre misogynie et fascination. Cette figure, souvent chargée de connotations érotiques et dangereuses, a traversé les époques et les cultures, se manifestant dans l'art, la littérature, le cinéma et la culture populaire. Cet article explore l'histoire et les diverses représentations de cette figure emblématique, en analysant les contextes sociaux, politiques et artistiques qui ont contribué à façonner son image.

La femme fatale : un monstre féminin ?

Au XIXe siècle, le recours à l'allégorie pour dénoncer la prostitution est fréquent. Le tableau "Elle" de Gustav Adolf Mossa, daté de 1905, prolonge le thème de l'Araignée, révélant une conception névrotique de la femme, sadique et dévoratrice. "Elle" s'intègre pleinement dans le mouvement symboliste et décadent de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Chez les symbolistes, la femme perverse et maléfique domine, et la courtisane impure et vénale, qui envoûte les hommes et les réduit à sa volonté par son pouvoir sexuel, illustre le summum des forces du mal.

Dans cette huile colorée, Mossa représente une femme monstrueuse, violente et cruelle, avec un style expressionniste et une minutie inouïe des détails. Monumentale et hiératique, elle apparaît dans une nudité agressive, une poupée d'amour féminine et pulpeuse, la peau blanche et des seins globulaires, suggérant à la fois le désir et la mort.

"Elle" a le visage ovale, le menton pointu, les traits fins, le nez aux arêtes sensibles et une petite bouche sensuelle. Le front bas et fuyant, accentué par la frange, et le regard vide accentuent l'animalité de cette femme, dépourvue de conscience. Sa chevelure est ornée de corbeaux noirs et de trois crânes humains. Au centre, dans une auréole d'or, on lit une citation de Juvénal : "je le veux, je l'ordonne : que ma volonté tienne lieu de raison".

Comme souvent chez les courtisanes, ce monstre féminin est couvert de bijoux, des bagues sur ses mains griffues, un collier autour du cou dont les pendeloques sont des armes phalliques : pistolet, poignard et gourdin. Sur fond de ciel orageux, "Elle" trône au sommet d'une montagne de cadavres d'hommes miniaturisés, sanguinolents, après avoir été écrasés, massacrés et torturés.

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Conformément à l'esprit de la fin du siècle, la femme chez Mossa est perçue comme une femme fatale, dominatrice et cruelle, partageant la vision misogyne des artistes Moreau, Redon ou Klimt, inspirés par Baudelaire. Cupide et perfide, la courtisane est violente et détruit les hommes. L'imaginaire du temps est hanté par le péril vénérien, la peur de la mort liée à la syphilis. Mossa a peut-être eu écho des réflexions de Charcot ou de Freud sur les pulsions de vie et de mort, ainsi que lu le pacte sado-masochiste entre Wanda et Séverin dans "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch. Cette culture aboutit à l'image de la femme fatale, annonçant l'androïde de Fritz Lang dans "Metropolis" ou les poupées de Hans Bellmer.

L'escrimeuse : entre sport, érotisme et transgression

L'affiche des Concours internationaux d'escrime de 1900, créée par Pal, met en scène une escrimeuse. Cette affiche sera présentée comme le visuel emblématique de cette Olympiade. L'œuvre garde la trace de l'affichomanie, l'engouement collectionniste pour l'art de l'affiche.

L'escrimeuse de Pal est statique, sa silhouette noire se détachant sur un fond jaune. La pose est celle d'un portrait de maître d'armes. Les cheveux roux courts pourraient évoquer Sarah Bernhardt travestie pour "L'Aiglon". La représentation n'est pas dénuée d'érotisme, car la taille étranglée par le corset fait saillir le buste, rehaussé d'un cœur rouge. Les maîtres d'armes portaient un cœur de cuir rouge cousu sur leur plastron pour orienter la précision des coups de leurs élèves.

Une carte postale éditée en 1902 par Alfred Bergeret montre également une maîtresse d'armes. La pose de profil emprunte aux codes du portrait militaire ou sportif, mettant en valeur la silhouette en S typique de l'époque. Sur la Une de 1928 du Sourire, Georges Léonnec joue d'un érotisme frontal avec son escrimeuse devenue femme fatale.

L'escrime, par sa nature aristocratique, se féminise dans les milieux privilégiés dès la fin du XIXe siècle. En 1894, un "Cercle d'escrime des Dames" est créé. L'attention portée à la tenue et à son potentiel érotique est symptomatique de la sexualisation des athlètes féminines. Tout accès à un domaine réservé aux hommes transgresse les normes sociales et menace un certain ordre établi. De cette hostilité découlent les récupérations mercantiles, caricaturales et sexualisées.

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Mademoiselle de Maupin : une héroïne de cape et d'épée

Mademoiselle de Maupin est une figure historique qui a inspiré de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques. Son destin est digne d'une aventure de cape et d'épée. Julie d'Aubigny, née en 1670, fut élevée comme un page, apprenant la danse, le dessin, la littérature et l'escrime.

Elle s'enfuit avec son amant, un maître d'armes, et monta des spectacles de duels et de chants, s'habillant en homme. Elle eut une liaison avec une femme et mit le feu à un couvent pour la libérer. Elle provoqua en duel trois écuyers et le maître de ces derniers, les blessant tous.

À Paris, elle intégra l'Académie Royale de Musique et eut des liaisons avec des chanteuses. Elle provoqua en duel le ténor Louis Dumesnil. Lors d'un bal, elle blessa grièvement trois cavaliers. Arrêtée, elle demanda grâce à Louis XIV, qui la lui accorda.

Théophile Gautier en fit un roman, "Mademoiselle de Maupin". Elle prit sa retraite de l'Opéra en 1705 et mourut deux ans plus tard. Son portrait exposé au Musée de l'Armée révèle une vie aussi tranchante que sa lame.

La femme comme objet : Marina Abramović et "Rhythm 0"

Marina Abramović, dans sa performance "Rhythm 0" en 1974, livre son corps en pâture au public. Elle met à disposition soixante-douze objets, certains de plaisir, d'autres de destruction, et se soumet aux réactions des visiteurs pendant six heures.

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Au début, le public joue avec son corps, l'embrasse et lui offre des fleurs. Puis, il devient plus agressif. Ses vêtements sont coupés à la lame de rasoir, sa peau est tailladée, des agressions sexuelles sont commises sur son corps, des épines de rose sont enfoncées dans sa chair. Certains tentent de la protéger, d'autres chargent une arme à feu et l'incitent à tirer.

À l'issue des six heures, Abramović se met à bouger et tous fuient. "Rhythm 0" demeure l'une des performances les plus brutales et dérangeantes de l'histoire de l'art-action. Abramović porte encore les cicatrices des coupures.

L'évolution du rôle des femmes dans la guerre

Pendant la majeure partie de l'histoire de l'humanité, la guerre a été un domaine réservé aux hommes. Ces dernières années, le nombre de femmes combattant dans les guerres a considérablement augmenté et la tendance est à l'intégration d'un plus grand nombre d'entre elles dans les armées nationales.

Les femmes ont été présentes dans le système de guerre de diverses manières, assumant une variété de rôles et faisant campagne pour une plus grande inclusion. Elles ont été vivandières, infirmières, médecins, ambulancières et traductrices. Certaines ont même servi sur le champ de bataille.

Pendant la Première Guerre mondiale, la proportion de femmes travaillant à l'extérieur du foyer a augmenté de manière significative. Des bataillons spéciaux de femmes ont été créés en Russie. À la fin de la Première Guerre mondiale, de nombreux pays ont accordé le droit de vote aux femmes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont été appelées à assumer des "rôles d'hommes". Certains pays ont créé des unités auxiliaires spéciales pour le personnel féminin. Néanmoins, la plupart des femmes étaient cantonnées à des postes d'infirmières, d'administratrices et de secrétaires.

À partir des années 1970, les armées nationales ont progressivement intégré des unités auxiliaires exclusivement féminines dans leurs principales structures organisationnelles. Les rôles qui avaient été fermés aux femmes sont devenus plus accessibles. Cela s'explique en partie par le passage à des forces professionnelles entièrement volontaires et par le mouvement des femmes.

En 1975, les États-Unis ont permis aux femmes d'intégrer les académies militaires. La plupart des armées de l'OTAN ont connu des changements similaires. En 1989, la Commission canadienne des droits de l'homme a jugé discriminatoire l'interdiction faite aux femmes de jouer un rôle au combat.

Du début des années 1990 à aujourd'hui, ce processus d'intégration mixte s'est accéléré. Malgré cette évolution, les femmes restent une minorité dans la plupart des armées du monde. En France, l'armée compte 16,5 % de femmes.

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