Le fusil Robust, conçu et commercialisé par la société Manufrance à Saint-Étienne, est sans aucun doute l'arme juxtaposée la plus populaire parmi les chasseurs de petit gibier en France dans les années 1960 et 1970. Sa simplicité, sa solidité et sa fiabilité en ont fait une arme à toute épreuve, conçue pour durer. Cet article explore l'histoire de cette arme emblématique, de sa conception à sa popularité durable.
Les origines de Manufrance
La Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne, plus tard connue sous le nom de Manufrance, a marqué l’histoire de l’armurerie française. Fondée sur un simple atelier de fabrication d’armes à Saint-Étienne en 1885 par Étienne Mimard et Pierre Blachon, elle a connu un développement industriel et commercial rapide. Cette expansion a été favorisée par la diversification de sa production et la mise en place d’un réseau commercial étendu de magasins et de vente par correspondance. En 1887, Etienne MIMARD, 23 ans, et Pierre BLACHON, 29 ans (fabricant d’armes), rachètent la « MANUFACTURE FRANÇAISE D’ARMES ET DE TIR » à MM. MARTINIER-COLLIN pour 50 000 F «or». En 1911, la Manufacture française d'armes et cycles de Saint-Étienne prend le nom de Manufrance et devient une société anonyme.
Les modèles phares de Manufrance
Manufrance a produit une gamme variée de fusils de chasse, chacun ayant ses propres caractéristiques et destiné à une clientèle spécifique. Parmi les modèles les plus emblématiques, on retrouve :
Le fusil « Idéal » : Créé en 1889, le fusil Idéal est un fusil de chasse juxtaposé haut de gamme, un des premiers fusils sans chien apparent. Les premiers fusils Idéal relèvent d’un brevet déposé le 27 novembre 1887 et accordé en février 1888. Le fusil « Idéal » à pontet à lunettes : une arme raffinée et d’un fonctionnement sûr, qui participa au succès commercial fulgurant de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne. Ce fusil d’une grande finesse et d’une réelle élégance avait été conçu pour une clientèle aisée, souhaitant avoir une arme de classe. Le fusil « Idéal » à pontet à lunette fut abandonné en 1907 mais continua à être commercialisé jusqu’en 1909 pour écouler le stock, sans que son mécanisme bénéficie de la moindre transformation notable.
Le fusil « Robust » : L’excellent fusil « Robust » fut commercialisé en 1913. Ce fusil juxtaposé, est certes moins luxueux que l’Idéal, mais jouit d’une solidité qui justifie bien son nom. Sa « robustesse » et le prix très accessible des versions de base le rendirent extrêmement populaire dans notre pays. Son remarquable mécanisme fit l’objet d’un premier brevet accordé en 1905.
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Le fusil « Simplex » : Ce fusil de chasse à un coup fut utilisé par beaucoup de chasseurs à leurs débuts.
Le fusil « Falcor » : Dernière tentative de Manufrance pour tenter de reconquérir une clientèle qui se tournait de plus en plus vers d’autres fournisseurs, ce fusil superposé apparut au catalogue en 1970.
Le fusil « Perfex » : Ce fusil semi-automatique avec un magasin à 2 cartouches (+1) d’origine, est de toutes les façons classé en catégorie C1°§a). Le fusil de chasse semi-automatique « Perfex ». Étant doté d’origine d’un magasin de 3 cartouches sans possibilité d’allonger le tube magasin, ce modèle est en catégorie C1°§a).
Le fusil « Rapid » : Ce fusil est ce que nous appelons couramment un « fusil à pompe », ce qui lui vaut aujourd’hui d’être stupidement classé en catégorie B. Le Rapid est né en 1958. C’est un « fusil à pompe » classique, terme qui lui a valu pas mal de déboires notamment administratifs.
La genèse du Robust
L’excellent fusil « Robust » fut commercialisé en 1913. Ce fusil juxtaposé, est certes moins luxueux que l’Idéal, mais jouit d’une solidité qui justifie bien son nom. La commercialisation ne commença toutefois qu’en 1913, après une longue phase d’évaluation et de perfectionnement. Les inventeurs de ce fusil avaient initialement prévu de le baptiser « Rustic » Mais cette appellation, qui pouvait laisser soupçonner un manque de soin dans la finition, fut jugée anti-commerciale et le nom de « Robust » lui fut finalement préféré.
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Caractéristiques techniques du Robust
De type Anson, sa mécanique inusable intégrée au corps de la bascule ainsi que son triple verrouillage se révèle simple et solide. L'arme est munie de 2 détentes qui étaient le standard de cette époque et possède l'originalité d'avoir une bretelle qui s'enroule dans la crosse et ce dès 1949. Cette innovation est aussi considérée comme son seul point faible car parfois le ressort doit être changé si l'on souhaite conserver le fonctionnement automatique de l'accessoire. La crosse est une demi-pistolet faite en noyer vernis d'une longueur assez courte il faut le souligné mais adapté aux morphologies de cette époque.
La bascule en acier trempé nickel chrome bien dimensionnée accueille un triple verrouillage actionné par la clé sur le col de crosse. On trouve ainsi un verrou classique transversal en arrière de la tranche de la bascule, épaulé par deux verrous supérieurs prenant dans le prolongement de la bande à l’instar du verrouillage Greener. Cette spécificité du Robust lui assure sa robustesse légendaire. Seuls quelques versions (n°220), proposées à prix d’appel, sont revenu au simple verrou…Les canons sont frettés, para-chromés à l’intérieur, avec une qualité de polissage et une tenue en pression qui varie selon les versions avec la fameuse dénomination « HERCULE », accompagné de 1 à 4 lauriers… Les modèles plus luxueux étaient aussi gravés et munis d’éjecteurs automatiques, mais la fameuse bretelle automatique, intégrée à la crosse, a été montée de série sur tous les modèles à partir de 1949… Année qui voit aussi la généralisation du poussoir sur l’avant de la longuesse.
Il n’y a donc pas Un Robust, mais plus de 50 versions qui font la joie des collectionneurs… Dès la fin des années 20, le n°30 était déjà proposé en version S, c’est-à-dire avec un canon rayé « Supra » pour le tir dispersant. La majorité des canons étaient des 70 cm, chambrés 65, puis 70 mm, mais dès les années 50 sont apparus les versions L à canons de 76 cm (n°222), puis les chambrés magnum 76 mm.
Consciente du fossé budgétaire séparant ses deux modèles Robust et Idéal, la Manufacture développa une version « mixte », le « Robust-Ideal » (n°268 et 274) dès la fin des années 30. Ils furent suivis des n° 280, 286 et 292 jusqu’en 1961. En fait ce modèle utilisait le verrouillage de l’Ideal, avec sa fameuse clé en arrière du pontet, mais en version triple au lieu de quadruple verrous, et les canons restés frettés, alors qu’ils sont forgés en demi-bloc sur l’Ideal. Ces modèles mixtes, à la diffusion plus restreinte, sont hélas rares sur le marché de l’occasion… Dans les années 1990, la Manufacture renait de ses cendres et ressort le Robust sous quatre références : 322, 324 Mag, 326 bécassier et 450 Express… Mais, c’est déjà une autre histoire ! Beaucoup de numéros proches, donc produits sur la même période, ne diffèrent que par des finitions et options différentes, mais sont issus de la même base.
Le succès commercial du Robust
Sa « robustesse » et le prix très accessible des versions de base le rendirent extrêmement populaire dans notre pays. A sa sortie ce fusil représentait une révolution car à cette époque de nombreux chasseurs étaient équipés de fusil à chiens extérieurs qui tiraient des cartouches a broches et remplies de poudre noire. Son succès est très important en France principalement puisque près de 800.000 fusils de ce type seront vendus jusque dans les années 1970 dont certains sous la marque « Colt » aux États Unis. C'est son prix qui donnera à cette arme son volume important de vente car il était abordable pour les chasseurs dits « populaires » notamment dans le sud de la France. Fabriqué à plus de 900 000 exemplaires depuis son introduction en 1913, le juxtaposé Robust est le fusil de chasse français le plus produit de l'histoire de l'armurerie. D'une fiabilité et d'une solidité à toute épreuve, le Robust se révèle également d'une efficacité redoutable grâce à ses canons aux qualités balistiques exceptionnelles.
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Utilisation militaire et résistance
Le fusil équipa l'armée Française pour l'entraînement au tir mais également les résistants pendant la seconde guerre mondiale ainsi que les combattants des deux bords durant la guerre d'Algérie. Il est reste encore très populaire dans les pays du Maghreb.
Fin de production et disponibilité actuelle
Il sera produit jusqu'au début des années 1980, les ventes s'étant essoufflées, la faute aux superposés et semi-automatiques devenus plus à la mode auprès de nouvelles générations de chasseurs. Il est très facile de trouver un fusil Robust d’occasion en armurerie, du moins parmi l'importante production d’après-guerre… mais les anciens modèles sont très rares et par conséquence plus cotés. Selon l’état et les finitions les prix s’échelonnent en moyenne entre 250 euros et 700 euros. Il est à noter que les fusils Robust en calibres 16 étaient très courants à l'époque mais sont aujourd'hui passés de mode. Leur côte n’est pas très élevée et ils restent parmi les moins chers, ce qui peut constituer une opportunité d’acquérir un beau fusil à moindre coût dans un calibre aux excellentes qualités balistiques…
L'ascension et la chute de Manufrance
En 1892, s'ouvre le premier magasin de vente à Paris au 42 rue du Louvre. Peu de temps après la découverte de la bicyclette, l'entreprise lance la sienne sous le nom d'Hirondelle. De fait, l'entreprise est rebaptisée Manufacture française d'armes de Saint-Étienne".En 1945, c’est le début des ouvertures d’agences agréées MANUFRANCE. Un premier pas de MANUFRANCE vers une relation avec le commerce indépendant. En 1970, MANUFRANCE fabrique 65 % de la production française d’armes de chasse. 48 magasins et agences sont répartis dans toute la France. Il y a 64 magasins à l’enseigne en France en 1973.
Elle connaît une expansion rapide puisqu’elle emploie 1000 salariés en 1898 et s’appelle depuis 1892, la « Manufacture Française d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne ». A la mort de Pierre Blachon en 1914, il devient le seul maître à bord et entretient avec son personnel une relation très forte de type paternaliste qui le pousse à envisager de céder la moitié de ses parts à ses salariés à sa mort. Elle est amenée progressivement à prendre des décisions stratégiques qui, on ne le sait pas encore, vont provoquer inéluctablement la descente aux enfers d’un groupe qu’on croyait pourtant à l’abri des retournements de conjonctures. Nous sommes dans les années 70. Le premier et second choc pétrolier ont frappé de plein fouet Manufrance confronté à une baisse de la consommation et au remboursement d’emprunts pour des investissements structurels colossaux décidés par la mairie propriétaire de l’entreprise. Elle doit en outre faire face à de nouveaux concurrents qui lui grignotent année après année des parts de marchés conséquentes dans ses métiers de prédilection. En effet, les différentes directions qui se sont succédés au chevet de l’entreprise de plus en plus malade ont toujours été imprégnées de cette vision paternaliste de leur encombrant ancêtre, Etienne Mimard. Un exemple parmi tant d’autres. Alors que l’informatique commence à s’implanter dans l’univers industriel, Manufrance s’y intéresse à reculons. Conséquence inévitable : la société ne peut plus faire face à ses échéances et demande l’aide des banques pour renflouer les caisses. Ces dernières reculent devant cette municipalité communiste qui fait peur.
Résultat : en 1979, Manufrance, en tant que société anonyme, est mise en liquidation judiciaire. Bernard Tapie tente bien de proposer un plan de restructuration mais c’est surtout pour lui un formidable coup de publicité à moindre coût afin de se faire connaître du grand public en profitant d’une situation et d’une exposition médiatique sans commune valeur avec la solution qu’il préconise : ni plus ni moins que le démantèlement des différentes entités afin officiellement de se débarrasser des secteurs déficitaires pour repartir sur de bonnes bases mais officieusement, il s’agit purement et simplement de revendre avec profit les activités rentables et de fermer les autres. Après deux ans d’une lutte acharnée, la CGT, aidée des derniers irréductibles qui lui abandonnent leurs primes de licenciement pour un montant total de 9 millions de francs, crée en 1981 la Société de Coopérative Ouvrière de Production et Distribution (SOCPD) pour sauver ce qui peut l’être. Que s’est-il passé exactement pendant cette période trouble ? Difficile de le dire encore aujourd’hui. Tout juste peut-on croire que la CGT a fait de son mieux pour sauver l’entreprise et d’un autre côté, on sait également qu’elle a caché tout un stock, notamment des armes pour officiellement les substituer à la dilapidation inévitable du patrimoine de l’entreprise. Le mot fin peut alors être apposé sur un des plus beaux joyaux de l’industrie stéphanoise. Qui ne se souvient pas de Manufrance ? Fondée durant la seconde moitié du 19e siècle, cette entreprise appartient à notre patrimoine industriel au même titre que Michelin, Saint-Gobain, Le Creusot ou encore Schneider.
Renaissance de la marque Manufrance
En effet, la notoriété et l’image de marque de MANUFRANCE sont telles que la marque est une véritable institution liée à l’histoire et au savoir-faire local. Des industriels régionaux participent à l’élaboration de produits manufacturés avec le concours des techniciens du nouveau groupe MANUFRANCE reconstitué. En effet, le savoir-faire MANUFRANCE qui a fait sa réputation de qualité sera perpétuée. De nombreux clients communiquent leurs encouragements et leur soutien à la renaissance de MANUFRANCE. Ces encouragements viennent non seulement de France mais aussi des cinq continents.
Six années de travail sont nécessaires pour implanter des structures industrielles et pour reconstituer les produits phares de la Manufacture. 1990 - Commercialisation à nouveau des produits MANUFRANCE. Création du bureau d’études et des méthodes. 1991 - Premiers tests marketing en grande distribution avec des produits d’outillage à mains. En Juin 1999, édition d’un catalogue Chasse-Nature reprenant la gamme d’armes et de munitions.
Héritage et popularité continue
Le fusil de chasse juxtaposé Robust est lancé par Manufrance dès 1913 soit une vingtaine d'année après un autre fusil de légende : l'idéal, et devient la référence pour ce type d'armes d'épaule en France. Le fusil juxtaposé Robust de Manufrance illustre à lui seul l’âge d’or de la chasse en France. Plus d’un siècle après sa sortie, ce fusil reste aujourd’hui très connu et ce malgré le manque d'intérêt des jeunes générations pour l'arme juxtaposée.
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