Le Far West américain, une époque mythique de conquête et d'aventure, est indissociable de certaines armes à feu. Parmi elles, les fusils occupent une place de choix, symboles de pouvoir, de protection et de survie. Cet article explore l'histoire fascinante des fusils du Far West, en mettant en lumière leur évolution technique, leur impact culturel et les figures emblématiques qui les ont maniés.
L'âge d'or des armes à feu : Remington, un pionnier
L'histoire des fusils du Far West est intimement liée à celle des entreprises qui les ont conçus et fabriqués. Parmi les plus emblématiques, la société Remington occupe une place de choix.
Fondée en 1816 par Eliphalet Remington II à Ilion, dans l'État de New York, sous le nom de E. Remington, l'entreprise a débuté modestement. Eliphalet Remington II, passionné par les armes, participa à une compétition de tir avec son propre fusil fait maison. Bien qu'il ait terminé second, la qualité de son arme impressionna tellement qu'il reçut de nombreuses commandes, lui permettant de vivre de sa nouvelle profession d'armurier.
En 1828, Remington installa sa production près d'Ilion, un site qui est toujours en activité aujourd'hui. L'entreprise connut une croissance rapide, se transformant en société par actions en 1865. En 1873, Remington diversifia sa production en fabriquant également des machines à écrire. Cette activité fut vendue en 1886 et devint la société Remington Rand (Remington Typewriter Co.), tandis que la branche d'armement prit le nom de Remington Arms Company.
Remington Arms Co. fabriqua une large gamme d'armes à feu, notamment des carabines de chasse et leurs versions militaires, des fusils, des pistolets et des munitions. Cependant, la fin de la Première Guerre mondiale fut une période difficile pour l'entreprise. La révolution russe entraîna l'annulation de commandes massives d'armes et de munitions par le gouvernement impérial, laissant des sommes considérables impayées.
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Pendant la Grande Dépression après 1929, la société Remington Arms fut rachetée par le groupe DuPont, l'un des plus importants fabricants de poudre à canon. En 1970, Remington ferma son usine de munitions à Bridgeport dans le Connecticut, mais ouvrit simultanément une nouvelle usine à Lonoke dans l’Arkansas. En juin 2010, la firme Colt, son concurrent, a perdu les droits exclusifs sur les brevets du Colt M4 et toutes les sociétés d’armement peuvent maintenant en fabriquer.
Les armes à feu dans le Cowboy Action Shooting (CAS)
Le Cowboy Action Shooting (CAS) est une discipline de tir sportif qui recrée l'ambiance et les armes du Far West. Les participants utilisent des armes à feu authentiques ou des répliques pour simuler des scénarios de tir typiques de cette époque.
Le matériel nécessaire à la pratique du Cowboy Action Shooting se décompose en trois éléments principaux : les armes, les « cuirs » (holsters, ceinturons) et la tenue vestimentaire.
Les armes à feu
La pratique du CAS nécessite un certain nombre d'armes à feu :
- Une paire de revolvers en « simple action » : Ces armes peuvent être à « cartouches métalliques » ou à « percussion » (ou « Caps’& Ball »). Les calibres autorisés sont les traditionnels calibres .36 / .44 / .44-40 / .45 Long Colt, mais aussi les calibres .38 Special ou .44 Special.
- Une arme d’épaule, chambrée en calibre « d’arme de poing » : Les armes les plus couramment utilisées sont les Winchester 1866, 1873 et 1892. Les « Henry » sont moins représentées car plus lourdes.
- Un fusil de chasse : Généralement muni d’un canon relativement court, il peut être à « chiens apparents » ou « hammerless ». Les « juxtaposés » sont les plus utilisés, mais les Winchester Model 1887 à levier de sous-garde, ou les Winchester 1897 (à pompe, et donc classés en catégorie B), sont également présents sur les « ranges ».
Les munitions utilisées peuvent être chargées à la poudre noire ou à la poudre sans fumée. Cependant, la charge de plomb doit être composée de « petits plomb », du genre « 7 1/2 » ou « 8 », mais surtout pas de grenaille, voire de balle unique !
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Les "cuirs" et la tenue vestimentaire
Les « cuirs » (holsters, ceinturons) sont essentiels pour porter les armes en toute sécurité et avec style. La tenue vestimentaire, quant à elle, contribue à l'immersion dans l'ambiance du Far West.
Le revolver Western : Symbole du Far West
Symbole absolu des duels au soleil et des chasseurs de primes, le revolver Western incarne à lui seul l’esprit du Far West. Popularisé par les grands classiques du cinéma, il est aujourd’hui l’une des pièces les plus recherchées par les collectionneurs et passionnés de culture western.
Des modèles fidèlement reproduits sont disponibles, comme le Revolver Thunderer Black Kolser, célèbre pour sa finition noire élégante et sa crosse authentique, ou le Revolver Thunderer Laiton, avec son aspect vieilli qui rappelle les armes de shérifs ou de hors-la-loi. Il y a également la Mare’s Leg de Joss Randall de Kolser avec éjection des balles. De plus, les modèles Denix et Kolser offrent un réalisme impressionnant, parfait pour les collectionneurs et passionnés.
La carabine Winchester : Une arme de légende
La carabine Winchester est sans doute l'arme la plus emblématique du Far West. Son histoire est intimement liée à la conquête de l'Ouest et à l'évolution des armes à feu.
La naissance d'une icône
Tout commence en 1866, lorsque Oliver Winchester fonde la Winchester Repeating Arms Company. Il transforme alors une idée novatrice de fusil à répétition en véritable révolution dans l’univers des armes à feu. Inspirée du modèle Henry 1860, la carabine Winchester est immédiatement adoptée par les cowboys pour sa capacité à tirer rapidement et avec précision.
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Le modèle 1866, surnommé « Yellow Boy » pour son boîtier en laiton, est la première d’une longue série. Son mécanisme de répétition à levier, encore inédit à l’époque, offre une cadence de tir inégalée. Les chasseurs, les cowboys et même les militaires adoptent cette arme pour sa fiabilité et sa robustesse.
Une arme de héros du Far West
Quand on parle de carabine Winchester, difficile de ne pas évoquer son rôle dans l’imaginaire du Far West. Des figures légendaires comme Buffalo Bill Cody ou Wild Bill Hickok sont devenues indissociables de cette arme emblématique. Pour repousser les bandits, affronter le gibier ou protéger un ranch, la Winchester était l’alliée incontournable.
Grâce à son calibre .44-40 WCF, commun avec les armes de poing de l’époque, cette carabine permettait aux cowboys de voyager léger, avec une seule catégorie de munitions.
Évolution et révolutions techniques
Loin de s’arrêter là, la Winchester continue d’évoluer au fil des décennies. Le modèle 1886, conçu en collaboration avec John Moses Browning, introduit un mécanisme renforcé capable de tirer des cartouches plus puissantes, parfait pour la chasse au gros gibier.
Puis vient le modèle 1894, toujours de Browning, qui connaît un succès phénoménal. Chambrée en calibre .30-30, elle devient la carabine la plus vendue aux États-Unis avec plus de 7 millions d’unités produites avant l’arrêt de sa production en 2006. Le fusil Winchester s’impose alors comme une référence, autant pour la chasse que pour le tir sportif.
Héritage et influence culturelle
La carabine Winchester ne se contente pas d’être une arme efficace ; elle est devenue un véritable symbole de l’Ouest américain. Immortalisée dans des films cultes comme « Winchester ’73 » ou encore « La Chevauchée fantastique », elle continue d’inspirer des générations de tireurs, de chasseurs, et de passionnés d’armes à travers le monde.
Aujourd’hui, des reproductions modernes des modèles classiques comme la Winchester 1873 sont toujours fabriquées par des marques comme Uberti ou Miroku. Ces carabines sont particulièrement appréciées dans le Cowboy Action Shooting et par les collectionneurs d’armes anciennes.
Les Lever Action Tactical : une évolution moderne
Les fusils à levier, emblématiques du Far West américain, ont marqué l'histoire de l'armement. Ces armes légendaires, popularisées par les westerns et les récits de la conquête de l'Ouest, ont évolué pour donner naissance à une version moderne : les Lever Action Tactical.
Les origines des fusils à levier remontent au 19e siècle, avec l'apparition des premiers modèles développés par Winchester et Henry. Le mécanisme à levier, caractéristique de ces fusils, permet un réarmement rapide et fluide. L'utilisateur actionne un levier situé sous la crosse pour éjecter la douille usagée et chambrer une nouvelle cartouche.
L'industrie de l'armement, toujours en quête d'innovation, a donné naissance aux Lever Action Tactical. Parmi les modèles phares de cette nouvelle génération, on trouve le Marlin Dark Series, le Henry X Model et les conversions proposées par Ranger Point Tactical.
L'invention du revolver : une révolution
L’invention du revolver marque une étape importante dans l’histoire des armes à feu. Mais l’arme hante aussi l’imaginaire du grand public. Ainsi, le célèbre six coups est indissociable de l’image du cowboy. Apparu déjà au XVIe siècle, le revolver prend une touche de modernité à partir de 1837 avec le modèle Colt Paterson à simple action, inventé par Samuel Colt. Avec l’invention de la capsule détonante servant à allumer la charge de poudre avec une grande fiabilité et un mécanisme peu encombrant, d’autres modèles de revolvers apparaissent. L’invention du revolver révolutionna donc l’histoire des armes à feu.
Samuel Colt et ses revolvers
Samuel Colt, fils d'un fermier devenu homme d'affaires, montra très tôt un intérêt pour la mécanique et les inventions. En 1829, il travailla dans l'usine de textiles de son père, où il fabriqua une pile électrique qui lui servit pour faire détoner une charge de poudre.
En 1830, il travailla dans la marine marchande. Colt rentra aux États-Unis en 1832 et il commença à travailler avec son père sur la production de deux armes, un fusil et un pistolet. Les armes furent un peu bricolées et de mauvaise qualité. Le premier pistolet explosa à l’essai, mais le fusil fonctionna correctement.
Plus tard, Colt prit un laboratoire portable et se lança sur la route aux États-Unis et au Canada avec du protoxyde d'azote (gaz hilarant), ceci pour gagner sa vie en faisant des démonstrations publiques des propriétés de ce gaz. Grand parleur, il réussissait à convaincre son oratoire.
Puis il décida à fabriquer des armes en s’appuyant sur des armuriers de Baltimore dans le Maryland. Son premier modèle fut le « Colt Paterson », un revolver à simple action dont le chien est armé à la main tout en faisant tourner le barillet en même temps.
Les premiers revolvers Colt Paterson, à cinq coups, d’un calibre .36 (en centièmes de pouce) sortirent de production en 1836. En 1846, le capitaine Samuel Walker, le représentant de l’US Army, commanda à Colt 1 000 revolvers. Le colt Walker modèle 1847 possède un nez du chien comportant une encoche pour viser, un barillet à 6 coups et un calibre .44.
Puis Colt commercialisa le Colt Holster Pistol 1848 en calibre .44, le premier revolver de la série des « Dragoon », mais avec un canon qui n’a que 20 cm et donc plus léger. Sans trop rentrer dans les détails, on peut citer les modèles de revolver qui suivirent comme le calibre .31, encore moins lourd, le Colt Baby Dragoon à 5 coups de 1847/48, le Pocket 5 à 6 coups de 1849 (revolver de poche), utilisé par les particuliers, par la police ou par les compagnies de diligence.
En 1851, le modèle Navy (cal .36) ou Belt Model (porté à la ceinture) a été une des armes à feu les plus vendues aux Etats- Unis avec environ 215 000 exemplaires. En 1860, Colt fabriqua le New Model Army calibre .44 qui remplaça les Dragoons et qui est 30 % plus léger.
Durant la guerre de Sécession, l’usine de Hartford fournissait des armes aussi bien au Nord qu’au Sud. Un revolver « dragoon » a été offert en cadeau par Colt au sultan de la Turquie.
Colt était le premier fabricant américain s’appuyant sur l'art en tant qu’outil de marketing quand il a demandé au peintre américain renommé Catlin pour mettre en évidence ses armes à feu dans ses peintures. Samuel Colt a engagé des graveurs et des artisans pour décorer les pistolets spéciaux de présentation qui ont été offerts aux rois européens, aux tsars russes, aux militaires et à d'autres hôtes de marque.
Samuel Colt est mort de la goutte à Hartford le 10 janvier 1862 à l'âge de 47 ans et a été enterré au Cedar Hill Cemetery. Après sa mort, on a estimé que la fortune de Colt qu'il a laissée à son épouse et à son fils de trois ans Caldwell Hart Colt, était évaluée à environ 15 millions de dollars (actuellement environ 400 millions de dollars). Ses responsabilités professionnelles ont été transmises à son beau-frère, Richard Jarvis.
Winchester : Genèse d'une marque légendaire
En 1855, ce partenariat Smith & Wesson qui se lança dans la fabrication du fusil et pistolet à levier «volcanic» avait cherché des investisseurs. Oliver Fisher Winchester qui a été auparavent fabricant de chemises décida d’investir son argent dans la société d’armes à feu « Volcanic Repeating Arms Company » qui déménagea en 1856 à New Haven sans Smith et Wesson. Le fusil « volcanic » n'avait que très peu de succès.
A la fin de 1856, la société est devenue insolvable. En avril 1857, Oliver Winchester et son associé John M. Ses exigences furent de fabriquer des nouvelles armes qui tirent plus qu’un coup, qu’elle soient légères, que les cartouches soient métalliques et non en papier et qu’il y ait un cran d'arrêt pour éviter les balles perdues.
Henry a également créé un nouveau design du fusil basé sur le « Volcanic » pour utiliser les nouvelles munitions. Il conserva la forme générale du mécanisme de culasse et du magasin tubulaire. En 1861, Winchester et Henry vont donc créer le premier fusil à répétition sans barillet avec un chargement par la culasse avec un magasin de 15 cartouches.
Après la guerre, Oliver Winchester prit le contrôle total de la compagnie, la réorganisa à nouveau et la nomme la société « Winchester Repeating Arms Company ». La première vraie carabine Winchester, le célèbre modèle Winchester 1866 était née, surnommée « Yellow Boy » et ce fut un immense succès avec plus de 118 000 pièces vendues entre 1866 et 1873.
Les fusils Winchester se caractérisent par leur levier d'armement. Ce mécanisme permet d'éjecter la douille vide très rapidement et en même temps de charger une nouvelle cartouche dans la chambre par un mouvement de va-et-vient du levier actionné par l’utilisateur. Le prochain modèle qui fut aussi très populaire sortit en 1873 .
Le modèle 1873 fut suivi par le modèle 1876, une version plus large que le Henry qui a utilisé le même levier de basculement et le chargement de cartouches en laiton, les cartouches étant plus longues et plus puissantes. Son fils, William Wirt Winchester qui lui succéda est mort de tuberculose quatre mois plus tard.
À partir de 1883, John Browning travailla en partenariat avec la Winchester Repeating Arms Company et il a conçu une série de fusils et de fusils de chasse, notamment le modèle Winchester modèle 1885 Single Shot, le fusil à action levier modèle Win87 modèle, le modèle 1897 et les fusils modèle 1886, modèle 1892, modèle 1894 et modèle 1895.
Plus tard le fusil 30-30 WCF à poudre sans fumée est mis sur le marché : c’est la Winchester 94. La « Winchester Repeating Arms Company » se trouva en concurrence avec les nouveaux modèles John Browning qui sont fabriqués sous licence par d'autres sociétés d'armes à feu.
On trouva sur le marché le premier fusil à chargement automatique commercial suivi des fusils modèle 1905, modèle 1907 et modèle 1910 de Raymond. Winchester, après dix ans d’études a conçu le modèle 1911 pour contourner les brevets des fusils à chargement automatique de Browning.
Un ingénieur de Winchester, T.C. Johnson, a eu un rôle déterminant dans le développement de ces armes. Pendant la Première Guerre mondiale, la société Winchester produisit le fusil 303 Pattern 1914 Enfield pour le gouvernement britannique et un fusil semblable le 30-06 M1917 Enfield pour les États-Unis.
Lors de cette guerre, Browning a développé et produit environ 27 000 unités du Browning Automatic Rifle (BAR) et, en collaboration avec Winchester une mitrailleuse Browning .50. des couteaux de cuisine, des patins à roulettes, des réfrigérateurs par exemple. Winchester a fusionné avec Simmons Hardware Company.
La Grande Dépression a mis un point final aux problèmes de l'entreprise et la « Winchester Repeating Arms Company » a été mise sous séquestre et rachetée le 22 décembre 1931 suite à sa faillite par la « Western Cartridge Company » de la famille Olin.
En 1944, la division d'armes à feu et de munitions fut réorganisée en tant que division Winchester-Western des industries d'Olin. La carabine US M1 a été conçue par une équipe de Winchester. Une nouvelle ligne d'armes à feu a remplacé la plupart des produits anciens en 1963-1964.
Les coûts de la main-d'œuvre ont augmenté lors des années 1960 et 1970 et une grève prolongée en 1979-1980 a finalement convaincu Olin que les armes à feu ne pouvaient plus être produites de manière rentable à New Haven.
En décembre 1980, l'usine de New Haven a été vendue à ses employés et il leur a accordé une licence pour créer les armes de Winchester. La « Repeating Arms » aux États-Unis avait fait faillite en 1989. Le 16 janvier 2006, la « Repeating Arms » avait annoncé la fermeture de son usine de New Haven où des fusils Winchester avaient été fabriqués pendant 140 ans.
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