Les mousquetons et fusils Berthier représentent un ensemble cohérent d'armements, basés sur le mécanisme de chargement Mannlicher et dérivés du fusil Lebel modèle 1886. Adoptés par l'armée française à partir de 1890, ils ont été utilisés lors de la Première Guerre mondiale, de la guerre du Rif, de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie.
Genèse du système Berthier
Dans les années 1880, l'armée française cherchait à moderniser son armement. Face à la nécessité de remplacer les mousquetons Gras, un civil, chef de bureau des chemins de fer algériens pour la compagnie Bône-Guelma, du nom de Berthier, propose un mousqueton basé sur le fusil Lebel, mais intégrant un système de chargement Mannlicher. Initialement refusée par le Comité de l’Artillerie en 1887, son invention est à nouveau soumise en mai 1888 après des corrections. L’atelier de Puteaux (APX) réalise alors une dizaine de prototypes qui sont essayés au Mont-Valérien.
Les essais menés au Mont-Valérien mettent en évidence la supériorité du système Berthier par rapport au Lebel, notamment en termes de rapidité de tir. La Section Technique de l’Armée (STA) procède à des modifications significatives et l'arme est finalement adoptée le 14 mars 1890.
Caractéristiques générales
Le système Lebel-Berthier de 1890 est un fusil Lebel avec une amélioration de l'alimentation par l'ajout d'un chargeur à remplissage par lames-chargeur de trois, puis de cinq cartouches en 1916.
Les différents modèles
Plusieurs modèles ont été développés à partir du système Berthier, chacun ayant ses spécificités :
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Carabine de cavalerie modèle 1890 : Première arme développée à partir du système Berthier, elle est esthétique, légère, maniable et efficace. Cependant, son magasin de 3 cartouches est considéré comme trop petit par rapport à ses concurrents. De plus, elle ne peut être chargée qu’à l’aide de clips. Sa construction d’une seule pièce la rend fragile et son canon trop court limite ses performances balistiques, entraînant un recul important. La cavalerie n'avait pas besoin d'une baïonnette, puisqu'elle était déjà équipée de sabre, son arme principale.
Carabine de gendarmerie : Elle ressemble trait pour trait à la carabine de cavalerie, mais se distingue par une épée baïonnette similaire à celle du Lebel, avec un dispositif d’accrochage particulier. Elle est également dotée d’un emplacement pour une baguette de nettoyage. La gendarmerie perçut aussi une carabine Mle 1890, légèrement différente et pourvue cette fois-ci d'une baïonnette. Cependant, cette dernière ressemblait fortement à l'épée-baïonnette Mle 1886 du fusil Lebel, c'est-à-dire que la lame était une pointe quadrangulaire.
Carabine de cuirassiers : Conçue pour remplacer le revolver Mle 1873, elle est spécialement adaptée aux cuirassiers, qui ont des difficultés à épauler en raison de leur cuirasse. A partir de 1916, les carabines de cuirassiers Mle 1890 ne sont plus réparées avec leurs éléments spécifiques.
Fusil de tirailleur indochinois modèle 1902 : En 1901, le gouverneur de l’Indochine demande une arme nouvelle pour équiper les tirailleurs indochinois, qui utilisent des armes variées et souvent inadaptées. Le comité de l’artillerie aboutit à un fusil fondé sur un prototype issu de la carabine de gendarmerie Mle 1890. Une commande de 10 000 exemplaires est passée à la manufacture d’arme de Chatellerault. Les modèles 1902 et 1907 ont été conçus pour armer les troupes coloniales de tirailleurs indochinois et sénégalais. Devant faire face à une pénurie de Lebel 1886/93 neufs, l'armée française adopte le modèle 1907, qui deviendra ensuite, durant la Grande Guerre, le classique Mod.1907-15.
Fusil Berthier modèle 1907 (modifié 1915 ou 07/15) : En 1915, ce fusil est officiellement adopté par le ministère de la guerre. Il reçoit donc l’appellation fusil Mle 1907 modifié 1915 ou 07/15. Le conflit éclate, et le LEBEL, malgré ses qualités certaines, montre ses limites. D’autre part, sa fabrication est dépendante depuis quelques temps d’une seule manufacture, ce qui limite les quantités livrées à l’armée. Il est décidé de monter en puissance la fabrication du BERTHIER modèle 1907 pour remplacer le LEBEL. Cette décision étant prise en 1915, ce BERTHIER sera appelé modèle 07-15. Néanmoins l’arme possède un handicap de naissance. En effet, si avec le « BERTHIER » le soldat français dispose d’une arme se rechargeant rapidement grâce à des « clips », comme son homologue allemand, ce dernier dispose de 5 coups, contre 3 au soldat français.
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Mousqueton Berthier M16 (Modèle 1916) : En 1916, le Mod.16 voit le jour. Sa particularité consiste en l'ajout d'un magasin de 5 munitions à la précédente version. La décision est prise de transformer l’arme pour qu’elle rivalise avec son homologue allemand. Après tâtonnement, un moyen simple est trouvé pour adapter l’arme.
Modèle 1934 : Plus tard, dans l'entre deux guerres, la version de 1934, conçue sur base du modèle 1907-15, verra le calibre passer de 8mm à 7,5 mm (Mle 29C).
André Virgile Paul Berthier
André Virgile Paul Berthier, né en 1858 à Neuilly-sur-Seine et décédé dans la même ville en 1923, est l'ingénieur civil à l'origine du système Berthier. Officier dans l'armée française, puis général-pacha et aide de camp du Sultan de l'Empire ottoman (avant 1914-18), il a également été sous-directeur de l'usine Gévelot. De 1886 à 1888, il présente à l'Administration de la Guerre divers systèmes de tir réduit pour armes de guerre, fusils et revolvers. De 1891 à 1892, il installe pour le gouvernement ottoman une commission d'expériences d'armes portatives sur champ de tir et est chargé de l'étude de la réorganisation des cartoucheries et des arsenaux de l'Empire ottoman.
Modifications et évolutions
Le système Berthier a connu de nombreuses modifications au cours de sa carrière. Une liste non exhaustive des principales modifications est présentée ci-dessous :
- Échancrure du garde-main pour le numéro de série (à partir de 1920).
- Barrette de crosse (abandon progressif du battant à partir de la modification M16). Le remplacement du battant sur les armes antérieures se serait fait majoritairement durant deux vagues de reconditionnement/réparations, dans les années 20, et à la fin des années 30.
- Guidon large (testé en 1916, production à partir de 1917). Cette modification a aussi concerné les fusils Lebel, et les 07-15.
- Usinage du boîtier pour le clip 5 coups (date à préciser).
- Modification N (à partir de 1937).
- Embouchoir demi-boule (avec le remplissage du canal de baguette, à partir de 1927). Il existe deux types d'embouchoir : l'un avec un quillon vissé/maté (1927), l'autre brute de forge (pour les nouvelles productions).
- Arrondissement d'une arête à gauche de la rampe d'alimentation (modification réalisable à la lime, mais souvent irrégulière).
- Arrasage du boîtier de culasse (années 30, lors des reconstructions de mousquetons 16 à partir de pièces recyclées, pour uniformiser les marquages).
- Usinage intérieur du boîtier M16 (pour faciliter le passage du chargeur 5 coups).
- Généralisation des hausses pour balle D sur les armes neuves (à partir de 1916, lors de la reprise de la fabrication à la MAC).
- Introduction de la grenadière large avec encoche pour le ressort (date à préciser, possiblement 1916, avec le pack M16).
La baïonnette du mousqueton Berthier Mle 1892
C'est lorsque l'artillerie fût dotée du mousqueton Mle 1892 qu'une nouvelle baïonnette fût développée : l'épée-baïonnette, et dont le nom indique une lame de 400 mm, à un tranchant avec le dos lisse et deux gouttières de chaque côté, et se terminant par une pointe. Un quillon est présent pour maintenir les mousquetons en faisceaux et la baïonnette vient se fixer sous le canon. Le fourreau est en tôle d'acier et se termine par une bouterolle qui est percée pour évacuer l'eau de pluie. Jusqu'à la fin de l'année 1893, les baïonnettes fabriquées par Châtellerault possèdent un marquage du type “Mre d'Armes de Châtl Avril 1893” sur le dos de la lame, dans le même style que les marquages que l'on retrouve sur les baïonnettes Mle 1874 des fusils Gras. En 1898, une encoche à pan creux a été implantée des deux côtés de la lame pour mieux tenir la baïonnette dans son fourreau. En règle générale, on distingue deux types de baïonnettes : à douille courte et à douille longue. Certaines sources mettent en avant le troisième type : à quillon court. Le modèle 1892 à douille courte se distingue immédiatement par la douille dont la largeur est identique à celle de la croisière. À partir de 1912 la douille est rallongée pour que la baïonnette tienne mieux en place sur le mousqueton lors des tirs. Un simple coup d'œil permet de faire la distinction avec la version à douille courte. Lorsque la cavalerie française fût mise à pied à partir de 1914, car elle n'avait plus d'utilité dans la guerre de tranchée, il fallait leur fournir une baïonnette pour équiper leurs carabines de cavalerie.
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