Galilée et les Armes à Feu : Une Histoire de Science, de Foi et de Pouvoir

L'histoire de Galilée (Galileo Galilei) est intimement liée à une période de profonds bouleversements intellectuels et sociaux en Europe au XVIIe siècle. Son procès, souvent perçu comme un symbole du conflit entre la science et la religion, se déroule sur fond de guerres de religion et de Contre-Réforme catholique. Galilée, pris entre la violence et l'autorité religieuse, incarne la complexité de cette époque charnière.

Le Contexte Historique et Intellectuel

Le début du XVIIe siècle est une période de troubles. Les guerres de religion sévissent et diverses révoltes éclatent en Europe. Surtout, la controverse intervient à un moment où le pape est contraint d'apporter son soutien à la Contre-Réforme définie lors du Concile de Trente, qui est mise en œuvre de façon de plus en plus rigoureuse. Galilée vit en Italie, protégé par le pape Urbain VIII et le grand-duc de Toscane.

Dans ce contexte, l'œuvre de Galilée, en particulier ses observations astronomiques et ses prises de position en faveur de l'héliocentrisme (la théorie selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil), remettent en question la vision du monde établie, basée sur la physique d'Aristote et l'interprétation traditionnelle des Écritures.

L'Ascension de Galilée et la Publication des "Dialogues"

Un premier livre L'Essayeur publié par Galileo Galilei en octobre 1623 (Il Saggiatore, nel quale con bilancia squisita e giusta si ponderano le cose contenute nella Libra) ne fait pas de problème. « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui continuellement reste ouvert devant les yeux (je dis l'Univers), mais on ne peut le comprendre si, d'abord, on ne s'exerce pas à en connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. II est écrit dans une langue mathématique, et les caractères en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures géométriques, sans lesquelles il est impossible humainement d'en saisir le moindre mot ; sans ces moyens, on risque de s'égarer dans un labyrinthe obscur ». L'affirmation métaphysique (affirmation sur l'être) reste dans un espace épistémique admis à la Renaissance, celui d'un Univers créé (par Dieu), accessible à l'homme qui en connait le langage, celui des figures mathématiques, qu'il faut savoir déchiffrer. Un entrelacement du langage et des choses dirait Michel Foucault (Les mots et les choses, p. 53), car la philosophie est déjà écrite dans les choses constituant l'Univers. Philosopher consisterait dans le déchiffrement du livre de l'Univers, ouvert devant nos yeux.

Mais, en 1632, Galilée fait paraître à Florence ses Dialogues sur les deux grands systèmes du monde, dans lesquels il se prononce contre le géocentrisme de Ptolémée. Cet ouvrage est publié après imprimatur, c'est-à-dire avec l'approbation de l'Église. Le livre décrit les échanges entre Filoppo Salviati, un défenseur du système de Copernic, Simplicio, le défenseur de Ptolémée et de la physique aristotélicienne. Sagrado, Vénitien éclairé, est en place d'arbitre. Non seulement Simplicio est traité avec ironie et la théorie ptolémaïque récusée, mais, de plus, Salviati prétend s'affranchir de l'autorité et du dogmatisme. Avec le succès du livre, Galilée devient un personnage connu et l'Église se doit de réagir.

Lire aussi: Guide des répliques airsoft de poing

Les découvertes de Galilée, notamment grâce à sa lunette astronomique, sont révolutionnaires. Dès 1610, il présente ses observations dans le Sidereus Nuncius (Le Messager des étoiles), qui est largement diffusé à travers l’Europe. Parmi ses découvertes les plus spectaculaires se trouve celle des quatre principaux satellites de Jupiter et l’existence de phases de Vénus. Comme la Lune, Vénus se présente soit pleine soit comme un croissant. C’est la preuve qu’il existe dans le ciel des astres qui ne tournent pas autour de la Terre et, pour Vénus, qu'elle tourne autour du soleil et non de la Terre. Il découvre aussi l’existence de montagnes sur la Lune, qui n’est donc pas une sphère parfaite, comme le supposait l’idée de la perfection du ciel dans la physique d’Aristote. Les observations réalisées par le moyen de la lunette d'approche sont décisives parce qu’elles fournissent des arguments physiques concrets (d'observation) pour l’adoption du système héliocentrique. Celui-ci ne doit donc plus être seulement considéré un modèle mathématique commode, il y correspond une réalité concrète naturelle, un état de l’Univers qui remet en cause la physique scolastique.

Le Procès et l'Abjuration

Galilée est convoqué par le Saint-Office. Il se rend à Rome en 1633, où il est interrogé. Sur ordre du pape, une menace de torture est évoquée pour l'effrayer. Galilée cède. « Il est paru à Florence un livre intitulé Dialogue sur les deux systèmes du monde, ceux de Ptolémée et de Copernic dans lequel tu défends l'opinion de Copernic. Par sentence, nous déclarons que toi, Galilée, t'es rendu fort suspect d'hérésie, pour avoir tenu cette fausse doctrine du mouvement de la Terre et repos du Soleil. Conséquemment, avec un cœur sincère, il faut que tu abjures et maudisses devant nous ces erreurs et ces hérésies contraires à l’Église. »

Le 22 juin 1633, Galilée est contraint d'abjurer ses erreurs, faute de quoi il sera condamné aux peines dues aux hérétiques. Il s’exécute immédiatement. « Cependant, alors que j'avais été condamné par injonction du Saint-Office d'abandonner complètement la croyance fausse que le Soleil est au centre du monde et ne se déplace pas, et que la Terre n'est pas au centre du monde et se déplace, et de ne pas défendre ni enseigner cette doctrine erronée de quelque manière que ce soit, par oral ou par écrit ; et après avoir été averti que cette doctrine n'est pas conforme à ce que disent les Saintes Écritures, j'ai écrit et publié un livre dans lequel je traite de cette doctrine condamnée et la présente par des arguments très pressants, sans la réfuter en aucune manière ; ce pour quoi j'ai été tenu pour hautement suspect d'hérésie, pour avoir professé et cru que le Soleil est le centre du monde, et est sans mouvement, et que la Terre n'est pas le centre, et se meut. J'abjure et maudis d'un cœur sincère et d'une foi non feinte mes erreurs. »

Les Arguments Contre Galilée et les Réponses Possibles

Certains arguments ont été avancés contre Galilée par des auteurs contemporains et, plus précisément, contre son attitude. Celle-ci aurait été trop intransigeante, ce qui n'était pas fondé, et il aurait pu sagement éviter le procès. Pierre Duhem justifie l'attitude du Cardinal Robert Bellarmin selon qui les théories cosmologiques ne peuvent prétendre qu'à énoncer des hypothèses fondées sur les apparences, sans prétendre à la réalité. Duhem écrit que « Les combinaisons de mouvements proposées par les astronomes [sont] de pures conceptions dénuées de toute réalité » (Sauver les apparences, p. 22). C'est la position dite « instrumentaliste » derrière laquelle s'était protégé Copernic.

Alexandre Koyré note que Galilée s'est appuyé sur des résultats d'observation douteux. Koyré suppose Galilée animé par la passion et l'orgueil (Du monde clos à l'univers infini, p.116). On notera quand même contre Koyré qu'il arrive toutefois qu'une conception soit juste, même contredite par certains faits mal interprétés. Le rapport entre théorie et faits est un jeu subtil qui intervient dans l'évolution de la science au fil du temps. Paul Feyerabend reproche à Galilée son intransigeance, car défendant sa théorie comme vérité, il empiétait sur le domaine de la foi (la métaphysique), ce qui n'était pas nécessaire. Sur le plan épistémologique, les vérités en science sont relatives et sujettes à révision.

Lire aussi: Arme à Feu et Tir en Salle en France

Ces arguments sont contestables, car Galilée n'attaque pas la foi chrétienne et ne cherche certainement pas le conflit avec l'Église. Galilée a une culture néo-platonicienne issue de la Renaissance et accorde une importance essentielle aux idées mathématiques qu’il considère comme un sous-jacent aux apparences. Il est persuadé que les mathématiques jouent un rôle dans l’organisation et le fonctionnement de la nature. Dans une lettre du 12 avril 1614 (citée par Pierre Duhem p. 64-65) le cardinal Bellarmin conseillait de parler ex suppositoinne et non absolument. Ce qui voulait dire plus qu'hypothétiquement, mais rendre compte des apparences phénoménales selon des théories mathématiques adéquates car « cela ne présente aucun danger ». Cette dernière partie de la phrase est capitale et intéressante pour bien comprendre de ce dont il s'agit. Danger : et le mot est fort !

Les Enjeux Idéologiques et Sociaux

Le procès de Galilée ne se limite pas à une simple controverse scientifique. Il révèle des enjeux idéologiques et sociaux profonds.

  • La conception de l'Univers : Galilée veut substituer à la conception aristotélicienne de l'Univers, une vision plus adaptée qui reprend la thèse de Copernic concernant l'héliocentrisme. Cette conception d'un Univers continu, il la doit surtout à sa lunette astronomique qui permet une vision (au sens premier du terme) du ciel différente de celle de la tradition scolastique chrétienne (issue d'Aristote). Elle est tout simplement plus empirique et moins imaginaire. C'est la raison pour laquelle il n'adopte pas le prudent agnosticisme instrumentalisme qui serait de mise.

  • La méthode de pensée : Comme le dit Sagrado au début des Dialogues, ce dont il est question c'est « de la faculté de compréhension humaine » que les hommes « ne possèdent pas tous au même degré ». « que l’intellect humain comprend quelques vérités d’une façon aussi parfaite et avec une certitude aussi absolue que peut le faire la nature elle-même. Ce livre des Dialogues, d'un abord facile, est destiné à un large public cultivé et ainsi, il divulgue assez largement le savoir. Il est écrit en italien, ce qui, à l'époque, est politiquement significatif. Le conflit entre les partisans de la tradition et ceux de la nouveauté se joue par rapport au choix de la langue : latin pour les premiers et langue vernaculaire pour les seconds. La tradition chrétienne n'est pas favorable à la divulgation du savoir.

  • La question de la vérité : «…de même, il est clair que le système qui s'accorde très bien avec les apparences peut être vrai et, en une position, on ne peut ni ne doit rechercher une vérité autre ni plus grande que celle qui consiste à répondre à toutes les apparences particulières. » (cité par Domenico Berti, Duhem P. Il s’agit ici de la vérité sur l’Univers. La vérité rationnelle comme adéquation aux apparences de l’Univers serait suffisante en particulier, si elle répond à toutes les apparences (tous les phénomènes observés). Mais à côté de cela, il y a la vérité par la foi, la théologie, sur ce même Univers qui va au delà des apparences. C’est à cette a cette « vérité autre » que la phrase fait allusion.

    Lire aussi: Danger et Législation Airsoft

Galilée et les Techniques Militaires : Balistique et Lunettes

Bien que principalement connu pour ses contributions à l'astronomie et à la physique, Galilée a également été impliqué dans le développement des techniques militaires de son époque.

  • Balistique : Galilée (1564-1642) met le premier en évidence les lois de la balistique et de la trajectoire parabolique des projectiles, qu'il publie en 1638. Ses travaux sur la balistique ont permis d'améliorer la précision et la portée des armes à feu.

  • Lunettes : En mai 1609, Galilée (ou plutôt Paolo Sarpi ?) reçoit de Paris une lettre du Français Jacques Badovere, l'un de ses anciens étudiants, qui lui confirme une rumeur insistante : l'existence d'une lunette permettant de voir les objets éloignés. Fabriquée en Hollande, cette lunette aurait déjà permis de voir des étoiles invisibles à l'œil nu. Sur cette seule description, Galilée, qui ne donne plus de cours à Cosme II de Médicis, construit sa première lunette. Contrairement à la lunette hollandaise, celle-ci ne déforme pas les objets et les grossit 6 fois, soit deux fois plus que sa concurrente. Il est aussi le seul à l'époque à réussir à obtenir une image droite grâce à l'utilisation d'une lentille divergente en oculaire. Le 21 août, venant à peine de terminer sa deuxième lunette (elle grossit huit ou neuf fois), il la présente au Sénat de Venise. La démonstration a lieu au sommet du Campanile de la place Saint-Marc. Galilée offre son instrument et en lègue les droits à la République de Venise, très intéressée par les applications militaires de l'objet.

L'Artillerie Antique : Un Aperçu Historique

Pour mieux comprendre le contexte des techniques militaires à l'époque de Galilée, il est utile de se pencher sur l'artillerie antique.

  • Les machines de jet : L’écrivain juif Flavius Josèphe, lors du conflit qui opposa Rome aux juifs nous narre en détails le siège de Jotapata en Galilée en 69 p.C. Vespasien installa tout autour les pièces d’artillerie, en tout cent soixante engins et commanda de tirer sur les hommes postés sur le rempart. Alors, en même temps que les catapultes faisaient siffler leurs traits, les pierriers lançaient de grosses pierres d’un talent (env. 36kg), du feu, une grêle de flèches, tous projectiles qui rendaient intenable aux juifs non seulement le rempart mais encore, à l’intérieur, tout espace à la portée du tir.

  • La carrobalista : « Ce n’est pas seulement par le nombre des soldats que la légion remporte le plus souvent la victoire, mais par le choix des armes. La plus redoutable est cette espèce de javelot, à l’épreuve duquel il n’y a ni bouclier ni cuirasse, lorsqu’il est lancé par ces machines appelées carrobalistae. Chaque centurie a à sa suite une de ces machines tirée par des mulets, et servie par onze soldats ; plus elles sont grandes, plus elles chassent loin et raide les javelots dont on les charge : on ne s’en sert pas seulement pour la défense des camps ; on les place encore sur le champ de bataille, derrière les pesamment armés ; et ni la cavalerie, ni l’infanterie, armées de boucliers, ne résistent aux traits qu’elles lancent.

  • Description des machines : La baliste : On ajuste une grande pièce de fer solide allongée à la manière d’une longue règle, entre deux petites traverses. De sa gouttière arrondie, que dispose en son centre une technique raffinée, se détache assez longuement une tige de section carrée, creusée en ligne droite d’une étroite rainure, et reliée à cette corde de multiple torons en boyaux qui se tordent. Deux cabestans en bois lui sont très exactement adaptés ; près de l’un d’eux se tient un servant pointeur, qui maintient dans la rainure du timon une flèche de bois armée d’une grosse pointe. Ceci fait, de part et d’autre, de jeunes soldats robustes font tourner énergiquement la manivelle du treuil. Quand le bout de la pointe est parvenue au point extrême de tension des cordes, la flèche est décochée par un déclenchement interne de la machine s’envole hors de la vue de la baliste.

La Vie de Galilée : Entre Science et Société

Galileo Galilei naît à Pise le 15 février 1564, fils de Vincenzo Galilei et de Giulia Ammannati di Pescia, l'aîné de leurs 7 enfants. La famille appartient à la petite noblesse et gagne sa vie dans le commerce. Vincenzo Galilei, son père, est luthier, musicien, chanteur, et auteur en 1581 d'un Dialogue de la musique moderne. Galilée fait preuve très tôt d'une grande habileté manuelle et d'un bon sens de l'observation.

Dès 1583, Galilée est initié aux mathématiques par Ostilio Ricci, un ami de la famille, élève de Tartaglia. A l'âge de dix-neuf ans, observant dans la cathédrale de Pise une lampe qui se balançait à la voûte, et remarquant que les oscillations en étaient isochrones, il eut l'idée d'appliquer le pendule à la mesure du temps. Ébloui par l'œuvre d'Euclide, n'ayant aucun goût pour la médecine et encore moins pour les disputes scolastiques et la philosophie aristotélicienne, Galilée réoriente ses études vers les mathématiques. Dès lors, il se réclame de Pythagore, de Platon et d'Archimède et contre l'aristotélisme.

En 1592, Galilée part enseigner à l'université de Padoue où il reste 18 ans. Padoue appartenait à la puissante République de Venise, ce qui garantissait à Galilée une grande liberté intellectuelle, l'Inquisition y étant très peu puissante. Même si Giordano Bruno avait été livré à l'Inquisition par les patriciens de la République, Galilée pouvait effectuer ses recherches sans trop de soucis. Venise est alors très réputée pour son arsenal, ce qui offre à Galilée de grandes possibilités. Il enseigne la mécanique appliquée, les mathématiques, l'astronomie et l'architecture militaire.

tags: #Galilée #arme #à #feu #histoire

Articles populaires: