Les forces de l'ordre, garantes de la sécurité publique, sont parfois elles-mêmes impliquées dans des incidents tragiques. Des enquêtes récentes en Corse et en Nouvelle-Calédonie mettent en lumière la complexité des interventions policières et les conséquences parfois fatales de tirs, qu'ils soient intentionnels ou accidentels. Cet article se penche sur deux affaires distinctes, révélant les défis auxquels sont confrontés les gendarmes et les efforts déployés pour faire la lumière sur ces événements.
Homicide involontaire à Poggio d'Oletta : un gendarme mis en examen
Le samedi 24 février 2024, un gendarme a été mis en examen à Bastia (Haute-Corse) suite au décès d'un suspect lors d'une opération menée à Poggio d'Oletta quelques jours auparavant. Le gendarme est soupçonné d'être l'auteur du tir mortel. Cette intervention s'inscrivait dans le cadre d'une commission rogatoire d'un juge d'instruction d'Ajaccio (Corse-du-Sud), visant à enquêter sur des faits de « recel de vol », « association de malfaiteurs » et « vols en bande organisée ». L'objectif de l'opération était « l'interpellation de plusieurs personnes dans les départements de Corse-du-Sud et de Haute-Corse », selon le procureur de la République de Bastia, Jean-Philippe Navarre.
Le gendarme mis en cause, décrit comme un « militaire expérimenté, bien noté et très choqué lui-même » par une source judiciaire, a été placé en garde à vue pour « homicide volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique ». Lors de ses auditions, il a affirmé « ne pas avoir le souvenir d’avoir appuyé sur la détente », sans pouvoir expliquer les circonstances du tir. L'autopsie du corps de la victime a révélé la présence de « trois plaies dont l’une, en région thoracique, à l’origine de lésions internes mortelles », a précisé Jean-Philippe Navarre. La victime était un membre du « cercle familial » des frères Richard et Christophe Guazzelli, qui seront jugés en mai 2024 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) pour le double assassinat de Jean-Luc Codaccioni et Tony Quilichini en décembre 2017 à l’aéroport de Bastia Poretta.
Mort du gendarme Nicolas Molinari en Nouvelle-Calédonie : une enquête complexe
L'année 2024 a également été marquée par la mort tragique du gendarme Nicolas Molinari en Nouvelle-Calédonie. Le gendarme mobile, âgé de 22 ans, a été tué d’une balle dans la tête le 15 mai 2024, alors qu’il se trouvait assis à la place du conducteur dans un véhicule de gendarmerie stationné à proximité du fief indépendantiste de Saint-Louis. Le drame s'est produit deux jours après le déclenchement des violentes émeutes de mai 2024.
L’enquête, « menée de manière particulièrement minutieuse », a permis d’identifier dix personnes mises en cause, originaires de la tribu de Saint-Louis. Deux tireurs présumés ont été identifiés. L’un fait partie des personnes placées en détention. « Les investigations se poursuivent notamment pour identifier formellement l’auteur du tir mortel », souligne le parquet. Une reconstitution sous haute surveillance avait ainsi mobilisé 450 gendarmes dans la nuit du 18 au 19 août 2025.
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Les violences de 2024, liées à une réforme visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales malgré le désaccord du camp indépendantiste, ont fait 14 morts. Parmi eux, deux gendarmes: Nicolas Molinari et Xavier Salou. Ce dernier est décédé d’un tir accidentel au sein d’une caserne, avant un départ en mission.
Au moins trois personnes ont été mises en examen dans le cadre de l'enquête sur la mort de Nicolas Molinari. Six autres ont été mises en examen, a annoncé mercredi 27 août 2025 le parquet de Nouméa. Outre les trois détenus, une quatrième personne est assignée à résidence sous surveillance électronique. Parmi les mis en cause, l’un est poursuivi pour « meurtre et tentative de meurtre », trois pour « complicité de meurtre et de tentative de meurtre » et cinq autres pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime ».
L’expertise balistique a établi que le tireur « avait utilisé une arme longue équipée d’une lunette de visée » et se trouvait à une distance de 200 à 230 mètres. L’enquête se poursuit pour identifier formellement l’auteur du tir mortel.
Les défis des enquêtes et les mesures prises
Ces deux affaires soulignent la complexité des enquêtes impliquant des tirs de gendarmes, qu'ils soient accidentels ou intentionnels. Elles mettent en lumière la nécessité de mener des investigations rigoureuses et transparentes pour établir les faits et déterminer les responsabilités.
Dans le cas de la mort du gendarme Molinari, l'enquête a nécessité la mobilisation d'importants moyens, avec la participation de 450 gendarmes lors de la reconstitution des faits. Les investigations ont également impliqué de nombreuses auditions et des actes de police scientifique et technique.
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Afin de lutter contre la violence et les narcotrafics, notamment en Guadeloupe, des mesures ont été prises, telles que l'installation de « deux escadrons de gendarmerie mobile » et de « deux brigades nautiques ».
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