L'univers des applications de rencontres gays, tel que Grindr, possède son propre langage, un code souvent déroutant pour les nouveaux venus. Parallèlement, la publication du journal intégral de Julien Green lève le voile sur un pan de la vie littéraire française et révèle la complexité de la sexualité et de l'identité d'un écrivain catholique emblématique.
Le décryptage des emojis sur Grindr
Pour un néophyte, l'application de rencontres Grindr peut vite se révéler être un terrain miné où chaque emoji possède un sens caché. Lorsqu'on ouvre l'application pour la première fois, Grindr peut étourdir. Difficile de savoir sur quel pied danser dans la jungle de profils souvent torse poil où les dick pics arrivent beaucoup plus vite que les formules de politesse. C'est aussi un lieu virtuel où les emojis ont leur importance : ici, une aubergine n'est plus seulement un légume bon pour la santé et un cochon ne sert pas à désigner qu'on est fan de L'amour est dans le pré.
Emojis "soft"
Dans un premier temps, parlons des emojis plutôt "soft". Ce sont ceux qui n'ont aucun lien direct ou indirect avec les pratiques sexuelles. Vous l'aurez deviné, Grindr étant une appli majoritairement employée par ses utilisateurs à des fins d'aventure sexuelle, ce ne sont pas les emojis que vous risquez de croiser le plus souvent.
- 💪 = Le biceps bandé désigne quelqu'un de musclé et/ou de sportif (l'un n'allant généralement pas sans l'autre). Utilisé dans un pseudo, l'emoji renvoie à la morphologie de son utilisateur.
- 🐻 = L'ours représente dans 99% des cas les bears, soit cette catégorie d'hommes gays/queers qui sont souvent bienportants et poilus, voire très poilus.
- 🧠 = Le cerveau désigne une personne plutôt cérébrale qui aura tendance à privilégier l'intellect.
- 🍻 = Les bières qui trinquent parlent d'elles-mêmes : elles renvoient à une personne qui est plutôt partante à l'idée de prendre un verre avant de passer (ou non) aux choses sérieuses.
Emojis explicites
Grindr n'est pas une application de rencontres où ses usagers aiment perdre leur temps. Pour éviter toute discussion superflue, ils ont mis en place plusieurs emojis qui permettent d'aller droit au but.
- ⬇️ = La flèche vers le bas désigne donc un individu sexuellement passif, donc celui qui est pénétré lors d'un rapport anal ou vaginal.
- ↕️ = La double flèche désigne un individu sexuellement versatile, c'est-à-dire une personne qui est autant à l'aise dans le rôle d'actif que passif.
- 🔥 = La flamme est évidente : la personne est chaude comme la braise. Dans la même veine, 🥵 peut être utilisé pour montrer aux habitants de Grindr qu'on est chaud bouillant.
- 💦 = Les gouttes d'eau sont censées symboliser, vous l'aurez deviné, du sperme. À l'image des emojis précédents, celui-ci représente donc un utilisateur qui est partant pour du fun ASAP.
- 🍆 = L'aubergine désigne un pénis de taille considérable. Si elle est accompagnée des mentions XL ou XXL (ou BM et TBM), attendez-vous à un (très) gros calibre.
- 🍑 = La pêche désigne évidemment un joli fessier et peut aussi être un moyen de spécifier que l'on préfère être passif.
Emojis et pratiques sexuelles
Nous arrivons enfin à la partie la plus tendancieuse de ce manuel.
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- 🅱️🅱️ = Les deux "B" à la suite ne sont rien de plus que la version raccourcie de bareback, désignant donc un penchant pour les actes sexuels non protégés par des capotes. Il est fort possible que la personne adepte de bareback soit sous PrEP, ce qui réduit le risque de contracter le VIH mais pas d'être contaminé par une autre IST.
- 🐷 ou 🐽 = Le cochon désigne quelqu'un… de cochon. Sur Grindr, les utilisateurs qui emploient cet emoji vont souvent se qualifier de kinky. Un terme parapluie qui peut renvoyer à tout un tas de pratiques sexuelles diverses et variées. En effet, quelqu'un de kinky peut tout aussi aimer le SM et la domination que le fist-fucking et les jeux de rôles.
- 🦶 ou 👣 = Le pied ou les empreintes renvoient à quelqu'un qui est fétichiste des pieds.
- 👊 ou ✊ = Le poing fermé désigne une personne adepte de fist-fucking, autrement dit qui aime pénétrer ou être pénétrée par le poing de son ou sa partenaire. Une pratique de plus en plus répandue sur Grindr mais qui nécessite tout de même que l'on s'informe en matière de risques.
- 🍁 = La feuille d'érable symbolise le cannabis.
- 🔌 = La prise électrique désigne un dealer ou, tout du moins, quelqu'un capable de fournir des drogues comme du cannabis ou autre.
- 💊 ou 🚀 = La gélule tout comme la fusée renvoient au chemsex, soit à l'usage de drogues dans un contexte sexuel. Ces emojis peuvent ainsi signifier que l'utilisateur est "perché" - c'est-à-dire sous l'influence de stupéfiants - ou bien en quête de substances illicites. D'autres emojis peuvent être employés pour évoquer la prise de drogues comme ❄️, qui renvoie à la cocaïne, ou 💉, qui représente le "slam", soit la prise de drogues par injection intraveineuse.
- 💎 = Le diamant signifie que son utilisateur est escort, c'est-à-dire qu'il propose des prestations sexuelles tarifées. À cet effet, l'emoji 💵 ou tout autre symbolisant l'argent peut aussi représenter l'escorting.
Révélations du Journal Intégral de Julien Green
Le Journal "intégral" de l’écrivain catholique Julien Green paraît pour la première fois. Des centaines de pages censurées lèvent le voile sur des pans entiers de la vie littéraire française des années 1920 à 1940. Un événement littéraire sans précédent.
"Hier soir, un jeune marin fort élégant, le cul bien dehors". "Il met la main à ma braguette ; lui-même ne bande pas. Petites couilles et petite pine, mais jolies". "Il a fallu que je me branle. Flot de foutre". "Il a pris ma pine pour la mettre entre ses fesses". "Je rentre si facilement dans ce petit cul chaud que le plaisir vient presque tout de suite". "Il sent ma queue pénétrer son joli cul rose. Je retire ma queue comme si j’allais sortir, puis rentre d’un seul coup jusqu’au fond du cul sans que jamais mon gentil ganymède s’avise de broncher".
Ces formules brutes et vulgaires sont-elles tirées d’une revue pornographique oubliée ? D’un film érotique "art et essai" ? Nullement. Elles figurent parmi des centaines d’autres phrases de cet acabit dans le Journal "intégral" et non-censuré de Julien Green qui paraît pour la première fois cet automne. Les catholiques, dont il fut longtemps le champion, symbole de préciosité et de chasteté, vont passer un mauvais automne. Depuis longtemps Julien Green sentait le roussi.
Julien Green : Un écrivain complexe
Né et mort avec le siècle, Julien Green (1900-1998) est un écrivain quelque peu oublié des nouvelles générations. Il fut pourtant l’un des auteurs catholiques emblématiques des années 1920 aux années 1970 et un académicien entré célèbre de son vivant dans La Pléiade. Pour beaucoup de Français qui allaient encore assidument à la messe chaque dimanche, et parfois aux vêpres, il était une boussole, un repère. Un modèle de spiritualité, d’honnêteté et de chasteté.
Si ses penchants homosexuels étaient largement connus, sa vie sexuelle a longtemps été décrite par l’auteur et ses biographes comme essentiellement "sous contrôle" ou même comme platonique. Durant des décennies, Julien Green, qui sentait pourtant le roussi, a mis en avant sa foi et les vertus de la chasteté, passant sous silence sa double-vie. Certains avaient bien deviné des errements de saison, que l’auteur dissimulait subtilement dans ses romans à clés, mais nul n’avait anticipé l’ampleur de cette vie située presque exclusivement "en enfer". Un "siècle d’enfer", pour reprendre une formule célèbre de Rimbaud.
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La censure et la libération posthume
Le Journal de Julien Green, tenu avec plus ou moins de régularité par l’écrivain de 1919 à 1998, n’est pas nouveau : il a déjà été publié, et ce dès 1938 par Plon, et souvent réédité depuis (par Fayard, le Seuil, Flammarion et même en Pléiade). Mais toutes ces éditions avaient été "auto-censurées" par l’auteur ; et l’ont été depuis par son exécuteur testamentaire. Le secret était connu mais nul n’avait eu accès à ces milliers de pages retranchées. Le Journal était largement caviardé.
Il faut rappeler ici que l’œuvre de Julien Green, malchanceuse, a fait l’objet après sa mort d’un autre scandale. Zébrée par son auteur, elle a bientôt été "piratée" par son exécuteur testamentaire Éric Jourdan (devenu Éric Green, après son adoption par l’écrivain), celui-ci ajoutant aux pudibonderies de celui-là la censure et l’appât du gain. Romancier médiocre, sinon insignifiant, au caractère malfaisant et affairiste, Jourdan a bloqué certaines éditions de Green et congelé l’œuvre de son père, qui avait été aussi son amant.
Julien Green a-t-il anticipé le risque ? Dans une entrée de son Journal original, datée de 1931, il écrivait déjà : "Je me suis demandé ce matin ce que deviendra ce journal après ma mort. Il faudrait le confier, non à un ami (le Ciel m’en préserve ! les amis brûlent tout) mais à un ennemi, à un homme résolu à nuire à ma mémoire. Il n’en ferait pas sauter une ligne" (p. 296). Hélas, Éric Jourdan fut cet "ami" qui ne lui voulait pas du bien.
Depuis la mort de Jourdan en 2015, son propre exécuteur testamentaire, Tristan Gervais de Lafond, qui par ricochet est devenu celui de Julien Green, a choisi une autre voie. Il a décidé de libérer l’œuvre de ces dictats et de ce carcan. C’est grâce à son intégrité intellectuelle, et à son courage, que nous pouvons lire maintenant ce Journal dans son "intégralité". Le livre paraît le 19 septembre dans la collection "Bouquins".
Green a-t-il voulu que ces centaines de pages, aux innombrables passages pornographiques et vulgaires biffés, soient publiées aujourd’hui ? Dans sa préface au Journal Intégral, Tristan Gervais de Lafond l’affirme. Nous sommes enclins à le croire. "Julien Green avait indiqué son opposition à toute publication [du journal] dans son intégralité avant qu’un délai de cinquante ans ne fût passé depuis les évènements relatés". Le délai semble respecté pour ce premier tome qui concerne les années 1919 à 1940 - même s’il aurait pu être publié depuis au moins 1990… (Les trois tomes suivants, qui nous révèleront d’autres secrets, sont annoncés à partir de 2021).
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L’édition qui paraît aujourd’hui comprend le Journal original complété des très long passages rayés, lesquels figurent en italique dans cette version définitive. Les éditeurs du livre estiment que plus de la moitié du Journal a été ainsi rajoutée, c’est dire l’importance de l’œuvre censurée. A la lecture de ce très long texte de presque 1 400 pages pour le seul premier tome, passages en romain et passages en italiques mêlés, le lecteur est frappé, peut-être même fasciné, par le travail d’auto-censure réalisé par Julien Green. Ses stratégies de coupes sont spectaculaires, le nettoyage impressionnant : le double-discours, la double-vie, la schizophrénie du personnage n’en sont que plus extraordinaires. En public, Green parle comme un prélat ; en privé comme un acteur porno ! Mais dans cette succession inimaginable de confessions et de fellations, on comprend bien que chez Green le plaisir de l’annulingus l’emporte sur la passion du Christ. Ce qui devrait enchanter les amateurs de littérature érotique et dévaster les grenouilles de bénitier - bien qu’il puisse s’agir des mêmes. Gageons que les chercheurs en littérature, eux, seront fascinés par une œuvre enfin révélée, un document inouï qui apparaît à ce stade comme un événement littéraire de toute première importance.
Un témoignage sur la vie littéraire et les mœurs
Le Journal intégral devrait devenir, pour commencer, un document précieux sur la vie littéraire des années 1920 à 1940. Bien sûr, l’œuvre de Julien Green ne résiste pas forcément à l’épreuve du temps. Par rapport à l’entreprise littéraire d’André Gide, celle de Green apparaît, à mes yeux, négligeable ; par rapport à celle de Jean Cocteau, elle est figée et ennuyeuse ; par rapport à François Mauriac, elle est bâclée ou monotone ; par rapport aux romans de Raymond Radiguet ou René Crevel, elle est bavarde et poussiéreuse. Au fond, Green est un sous-Mauriac, qui est lui-même un sous-Gide. C’est dire sa place dans l’histoire littéraire… Mais le Journal reste un document d’époque intéressant. Délivré de ses censures, il s’épanouit. Car ce n’est pas seulement l’homosexualité pratiquée par l’auteur qui a été gommée dans le journal original, comme on le verra en détail : les jugements sévères sur les écrivains de l’époque et les journalistes en vue ont été également coupés. En creux, on y lit aussi des penchants racistes, des formules antisémites et des analyses anti-françaises.
Julien Green est un lecteur insatiable, parfois boulimique, et un homme de culture classique qui a un avis sur tout. Parfois, il est brillant dans ses analyses littéraires ; plus souvent encore, il déçoit par sa médiocrité. Passionné par les auteurs anglo-saxons, cet américain qui n’a jamais voulu être naturalisé français, réussit à nous communiquer son enthousiasme pour Charles Dickens et les grandes auteures anglaises, comme Charlotte Brontë ou Jane Austen. Sur Joyce, il est toutefois moins convaincant. Sur Hamlet, il n’est qu’un instituteur moyen, un vulgarisateur ballot quand André Gide est un maître à suivre (p. 109). Lorsqu’il lit les Mémoires d’outre-tombe, Green écrit : "Que de fois on reconnaît le livre dicté ! Ce style enflé a la grandiloquence d’une cloche" (p. 106). Il semble partager le jugement de Gide qui n’a jamais pu lire les Mémoires jusqu’au bout (p. 834).
Green lit Verlaine et surtout Baudelaire mais il passe, dans son journal, complètement à côté de Rimbaud, contrairement aux écrivains homosexuels de son époque : Aragon, Gide, Cocteau, Mauriac, et, pour une part, Maritain. Tous, sans oublier Breton et Claudel du côté hétérosexuel, ont anticipé que Rimbaud deviendrait le plus grand poète français - sauf Julien Green. Rimbaud est de gauche, explicitement gay, anti-clérical et pauvre - tout le contraire de Green. Ses analyses littéraires frôlent parfois le ridicule, comme lorsqu’il moque la qualité et la nature "mélodramatique" du Lys dans la vallée de Balzac - écrit par le futur auteur de Moïra, ce jugement prête à sourire. En revanche, les pages qu’il signe sur la correspondance de Flaubert sont plutôt réussies (il s’agissait également pour Gide d’une "bible"), même si Green nous surprend en écrivant : "La liaison [de Flaubert] avec Louise Colet, toute traversée d’orages, me fait bénir le sort qui m’a fait pédéraste" (p. 217).
De manière générale, Julien Green n’a aucun humour et son journal est morne, répétitif et souvent mélancolique. Il nous fait rarement rire sauf, par exemple, lorsqu’il décrit l’un de ses amis qui "adore Proust, bien entendu, et ne le finit pas afin d’avoir encore du Proust à lire" (p. 200). Et puis l’écrivain va au Louvre, "presque tous les jours depuis des années". Cette passion nous enchante, nostalgiques que nous sommes d’une époque où les écrivains avaient encore la passion des arts : on se plait à suivre Green dans les couloirs du musée qui n’était pas encore le "Grand Louvre". On devine son œil expert et espiègle et il nous fait découvrir des œuvres rares, loin des blockbusters de l’aile Denon, bien que sa pente homosexuelle soit très appuyée. (Green s’évertue à nous présenter un musée du Louvre LGBT avant l’heure, insistant sur les Léonard de Vinci, les Ganymèdes ou les Esclaves de Michel-Ange ; il fait la même chose aux musées du Vatican ou à l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, où il s’extasie essentiellement, tout comme Gide, sur les Michel-Ange et les Caravage). Et Green va même - et nous le raconte - jusqu’à draguer de jeunes garçons devant la Pietà de Saint Pierre, au Saint-Siège ! (pp. 908, 909, 912, 924).
Julien Green n’est pas un auteur bienveillant. Il règle ses comptes à chaque page de son journal avec les écrivains de son époque, comme avec les journalistes : et toutes ces petites crasses, qu’on peut lire en italique, ont été biffées, bien sûr, du journal original. Le courage n’a jamais été son fort ! A propos de l’écrivain et critique Stanislas Fumet, Green écrit, expéditif : "Pauvre Fumet" (p. 76). D’un autre, il dit : "[Marcel] Thiébaut, insolent goujat de La Revue de Paris, qui veut mon roman et me déteste" (p. 93). En lieu et place d’une description des milieux littéraires de l’entre-deux-guerres, on lit trop souvent dans ce Journal intégral, hélas peu soigné, des sortes de conversations de bars invertis et des bavardages insipides. Et quel égo ! Quelle vanité ! Julien Green se compare favorablement à des écrivains auxquels il n’arrive pas au genou. Il est obsédé par son petit nombril et, plus encore, par son encombrant pénis. La montgolfière André Gide ne se prenait pas, elle non plus, pour un confetti ; l’Immortel François Mauriac ou le Saint Jacques Maritain se croyaient, eux aussi, et grâce à Dieu, supérieurs au commun des mortels. Mais au moins avaient-ils du talent ! Trop souvent, Green n’en a pas. Quand Gide nous éblouit toujours, dans son Journal, par une remarque, une citation, une image d’écrivain, Green fort peu économe, gâche son génie de littérateur dans l’onanisme. En nous parlant plus de masturbation que de littérature, il rapetisse tout ce qu’il touche. Il ne voit les acteurs de sa vie qu’à travers les lunettes à foyer grossissants de sa libido. Si les queer studies salueront, à n’en pas douter, la parution de ce Journal intégral comme un événement capital, les études littéraires le réduiront peut-être, à l’avenir, comme un simple prout.
"Les années faciles" et la vie homosexuelle
La première partie du premier volume du Journal intégral va de 1926 à 1934. Elle est intitulée de manière opportune "les années faciles" et cette facilité concerne presque exclusivement la masturbation obsessionnelle de Julien Green, ses ébats sexuels avec des centaines de mâles inconnus, les jeunes adolescents qu’il suit dans la rue, les marins qu’il tripote dans les pissotières, le recours sans honte aux prostitués et, pour une part, l’apologie de la pédophilie. Ce qui frappe le lecteur d’aujourd’hui, c’est, à en croire Green, la facilité des rapports homosexuels à Paris dans les années 1920 et 1930. Loin des poncifs activistes sur la libération homosexuelle qui n’aurait eu lieu qu’après mai 1968, on découvre toute la richesse de la vie gay d’avant-guerre. La sexualité y est fluide, sans barrière entre les âges et les classes sociales (et parfois même entre les sexes comme l’illustrent les cas de Roger Martin du Gard ou même d’André Gide). Certes, Julien Green est une figure sociale aisée et qui ne rechigne pas à débourser quelques dizaines de francs pour assouvir ses désirs les plus sauvages, mais ses descriptions sont uniques et profondément nouvelles pour l’historien des sexualités.
Le cadre premier des rencontres : la pissotière. Aujourd’hui aseptisées, sanitarisées et pour une large part disparues, les "tasses" appartiennent, jusque tard dans les années 1970, à la mythologie de l’homosexualité noire. En 1980, elles seront remplacées par les Sanisettes Decaux monoplaces, mais auparavant, sous le nom de "vespasiennes", "latrines" ou "urinoirs", elles furent, à l’air libre et collectives, au cœur de la vie homosexuelle urbaine. On sait qu’elles furent chantées par Jean Genet dans sa trilogie géniale du Journal du Voleur, Miracle de la Rose et Notre-Dame des Fleurs. En quête d’aventures, Julien Green y passe de longues heures et il nous en livre tout le parfum et une cartographie précise dans son journal (urinoirs de Saint-Sulpice ou face à l’hôtel Regina, par exemple, p. 356). A ce stade, le lecteur catholique en sait déjà assez. Il a compris que la statue de Julien Green allait être déboulonnée des sacristies. Longtemps, chez les croyants français, l’écrivain fut pris au sérieux car, ayant des tendances, il avait réussi à les dominer au prix d’une chasteté qui faisait presque de lui un Saint. Claudel qui s’était converti en lisant Rimbaud et Joseph Ratzinger, qui avait appris le français pour lire Claudel dans l’original, plaçaient la chasteté au-dessus de tout. Et si un homosexu…
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