Retournez les fusils ! : Un appel à l'insurrection des consciences selon Jean Ziegler

Introduction

Jean Ziegler, figure engagée et professeur émérite de sociologie à l'université de Genève, a consacré sa vie à la défense des droits de l'homme et à la dénonciation des inégalités mondiales. Son livre, Retournez les fusils !, est un manuel de sociologie d'opposition, un appel à l'action pour transformer le monde. L'ouvrage, initialement paru il y a plus de trente ans, a été entièrement refondu et actualisé par l'auteur, témoignant de sa pertinence continue face aux défis contemporains.

L'engagement d'une vie

Le camp de Jean Ziegler est choisi depuis longtemps. Son engagement est même l'œuvre de toute une vie. À l'université de Genève d'abord, où il a formé des générations de sociologues à la pensée critique. À l'ONU ensuite, où il a travaillé sans relâche à l'éradication de la faim au nom de la dignité des peuples. Dans ses livres enfin, par lesquels il n'a cessé de dénoncer les mécanismes d'assujettissement des peuples du monde. À partir de ses expériences de terrain et de son travail critique, Jean Ziegler a constitué le trésor de guerre que voici, présenté dans une édition entièrement refondue, plus de trente ans après la première.

Le constat : une dictature du capital financier globalisé

Ziegler dénonce avec force la dictature du capital financier globalisé. Selon la Banque mondiale, en 2013, les 500 sociétés privées transcontinentales les plus puissantes contrôlaient plus de la moitié du produit mondial brut. Ces entités, qualifiées de « gigantesques personnes immortelles » par Noam Chomsky, échappent à tout contrôle et fonctionnent selon le seul principe de la maximalisation du profit à court terme. Face à cet ordre qu'il qualifie d'absurde et de meurtrier, Ziegler constate l'impuissance des États, eux-mêmes surdéterminés par les oligarchies du capital financier.

La réponse : la société civile planétaire

Pour Jean Ziegler, la seule force capable de s'opposer à cette dictature est la société civile planétaire. Il la décrit comme une « mystérieuse fraternité de la nuit », composée d'une myriade de mouvements sociaux, locaux ou transcontinentaux. Il cite notamment Via Campesina, qui organise des millions de petits paysans à travers le monde, ATTAC, qui tente de maîtriser le capital spéculatif, Greenpeace, Amnesty International et les mouvements de femmes. Tous ces mouvements, selon Ziegler, organisent patiemment le front planétaire du refus.

L'arme de l'intellectuel : dénoncer et s'allier aux mouvements sociaux

Jean Ziegler insiste sur le rôle crucial de l'intellectuel dans ce combat. S'inspirant de Jean-Paul Sartre, il affirme que l'intellectuel n'acquiert son existence historique qu'en alliance avec les mouvements sociaux. Son livre se veut une arme pour l'insurrection des consciences. Il reprend les mots de Bertolt Brecht : « Ne te fie pas à ce qu'on dit, vois par toi-même ! ». L'ouvrage est organisé en neuf parties qui explorent des thèmes tels que le rôle de la sociologie, l'inégalité, l'idéologie, l'État et la nation. Pour cette nouvelle édition, Jean Ziegler a choisi d'actualiser et d'enrichir son propos, notamment à partir de son expérience à l'ONU.

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L'actualité de l'ouvrage : un monde qui n'a pas changé, sinon en pire

Ziegler souligne que, malgré les changements survenus dans le monde depuis la première édition de son livre, les armes intellectuelles pour le combattre sont demeurées intactes et toujours opérantes. Il dénonce la spéculation sur les aliments de base, qui entraîne la mort d'enfants de moins de dix ans toutes les cinq secondes. Pour lui, il est plus que jamais nécessaire de « retourner les fusils ».

L'urgence d'un changement radical

Face à un interlocuteur abasourdi, Ziegler maintient son propos séditieux. Il considère que les lettres ouvertes aux dirigeants du monde sont vaines et dérisoires. Pour lui, il faudrait tout changer, tant dans les institutions que dans les mentalités. Il estime que l'on ne peut se débarrasser d'un système sans écarter ceux qui s'en portent garants. L'idée centrale de Retournez les fusils ! est donc l'urgence d'un changement radical, une invitation à choisir son camp et à agir pour un monde plus juste.

Un exemple concret : la coalition "No Blood on my Clothes"

Ziegler illustre son propos par l'exemple de la coalition "No Blood on my Clothes / Pas de sang sur mes vêtements". Cette coalition d'ONG s'est levée après la tragédie du Rana Plaza au Bangladesh, où près de 1400 personnes ont été tuées. Par des manifestations de masse et des blocus de magasins, elle a obtenu la signature du "Bangladesh Accord" par les marques mondiales incriminées. Cet accord assure en principe aux travailleuses bangladaises un salaire minimum décent, la liberté syndicale, l'inspection périodique des bâtiments et la sécurité physique. Cet exemple montre, selon Ziegler, que la société civile peut obtenir des résultats concrets en s'organisant et en exerçant une pression sur les acteurs économiques.

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