Le Cuirassé Jean Bart : Une Histoire Épique de Fuite et de Résistance

Introduction

Le cuirassé Jean Bart, fleuron de la Marine française, incarne une histoire à la fois héroïque et singulière. Sa construction, débutée dans un contexte de tensions internationales croissantes, fut marquée par une évasion audacieuse et une carrière opérationnelle atypique. Ce navire, dont la mise en service officielle intervint tardivement, témoigne des défis et des mutations technologiques qui ont façonné le paysage naval du XXe siècle.

Contexte Historique : Course à l'Armement et Menace Croissante

Dans les années 1930, l'Europe est en proie à des tensions grandissantes. Une course à l'armement naval s'engage entre la France et l'Angleterre d'un côté, et l'Allemagne et l'Italie de l'autre. Année après année, les traités de Washington et de Londres sur la limitation des armements navals sont enfreints par les différentes nations. La France, consciente de la menace, décide de renforcer sa flotte.

Au milieu du 19e siècle, le cuirassé s'impose comme un navire de guerre emblématique, symbole de puissance et de domination navale. Dans ce contexte, la construction du Jean Bart, deuxième navire de la série Richelieu, est lancée en décembre 1936 aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire. Le chantier de Penhoët, situé à proximité, participe également à cet ambitieux projet.

Construction et Mise à Flot

La pose du premier rivet a lieu le 12 décembre 1936, vers 10 h 30. Le 6 mars 1940, le navire est mis à flot pour son achèvement dans la forme de construction qui prendra son nom. En mars 1940, le « Jean-Bart » flotte enfin. Il est passé par quatre étapes :la construction, l’achèvement à flot, l’armement pour les essais et l’armement définitif.

L'Évasion Héroïque de Saint-Nazaire (Juin 1940)

En mai 1940, l'Allemagne lance une offensive majeure contre la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Les frontières françaises sont menacées et l'invasion devient imminente. Le commandement du Jean Bart réagit face à l’offensive allemande de mai et à la rapide arrivée des panzers à la mer. Le risque de voir le cuirassé tomber entre les mains ennemies devient de plus en plus grand au fil des jours. Il faut absolument empêcher le fleuron de la Marine française de tomber aux mains de l'ennemi.

Lire aussi: Retournez les fusils ! : décryptage

Le 18 juin 1940, alors que les troupes allemandes sont aux portes de Nantes, la construction du Jean Bart n'est pas achevée. Le navire doit quitter Saint-Nazaire au plus vite. Les chantiers accélèrent la construction. Pendant un mois, 3 500 ouvriers se relaient jour et nuit. La tranchée devant permettre sa sortie jusqu'à l'estuaire fait l'objet d'un creusement acharné, car sans elle, pas d'évasion possible.

Le 18 juin 1940, tout s'accélère. Le compas gyroscopique, instrument de navigation indispensable, est livré à 19h. La mer sera haute le lendemain matin à 4h. Cette courte fenêtre est la seule chance de sortie. Les remorqueurs de la Compagnie Générale Transatlantique et les pilotes de Loire sont prêts. L'ordre est de gagner le Maroc. À l'équipage de 375 marins et aux trois douzaines de soldats territoriaux s'ajoutent 159 ouvriers réquisitionnés pour parachever le navire pendant le voyage.

Le commandant Pierre-Jean Ronarc’h, qui a dirigé les manœuvres, revient sur la fuite étonnante du cuirassé Jean-Bart du port de Saint-Nazaire ce 19 juin 1940, en pleine nuit. Mais pour faire sortir le monstre inachevé, il faut attendre la marée de pleine mer, c’est-à-dire soit le 5 juin, soit le 20. Le navire n’a alors ni hélices, ni machines montées, ni artillerie ! Heureusement, depuis le 11 juin, une chaufferie et deux hélices (sur quatre) sont en place, et les machines correspondantes sont prêtes le 15. Les Allemands sont à Rennes, il faut donc sortir en pleine nuit ! Il est 3h30 quand le cuirassé est tiré par les remorqueurs, ses machines ne tournant toujours pas. A cause de l’obscurité, il manque une bouée du chenal et s’échoue d’abord de l’avant puis de l’arrière ! Il faut six remorqueurs pour l’aider, et il se tire d’affaire au moment même où la Luftwaffe apparaît dans le ciel. Le Jean Bart échappe aussi par miracle à deux sous-marins allemands qui rodaient hors de la rade et il est ravitaillé puis piloté par le torpilleur Le Hardi.

Le Jean Bart quitte Saint-Nazaire le jour même où la ville est déclarée ville ouverte. Il est trois heures du matin ce mercredi 19 juin. La marée est haute et l’effervescence domine à bord du monstre des mers. Avec seulement cinq mètres de chaque côté, on le sort en le tirant, dans l’obscurité la plus totale pour ne pas attirer l’ennemi dont on sait qu’il se trouve à Nantes. Le chenal de sortie est balisé. Le Jean-Bart s’échoue mais, après 45 minutes et grâce à l’aide des remorqueurs qui luttent contre le vent, la vase et le courant, il parvient douloureusement à descendre l’estuaire et rejoindre l’océan. Malgré une attaque de trois bombardiers allemands repoussée par des tirs nourris et l’arrivée tardive de chasseurs français Morane, le cuirassé tient son cap.

Le cuirassé atteint Casablanca le 22 juin, entier. Cette évasion in extremis de ce cuirassé fleuron de la Marine française, qui se déroule sous la menace immédiate de l’arrivée des forces allemandes, reste l’un des coups de théâtre qui forgent l’histoire du port.

Lire aussi: Affaire Grégory: Chronologie

Attaque à Casablanca et Ralliement aux Alliés

Malgré cette fuite héroïque, le Jean Bart est de nouveau attaqué à son arrivée dans le port marocain. Cette fois, l'agresseur n'est pas allemand mais américain. Les Alliés, redoutant que la France ne livre sa flotte à l'ennemi, préfèrent la bombarder. Le 8 novembre 1942, les marines anglaises et américaines déclenchent l’opération « Torch » et lors de l’attaque de Casablanca, le Jean Bart, après une héroïque résistance, est sévèrement touché, perdant de nombreux hommes dont le capitaine de corvette Quéré, commandant en second. En 1941/42 les travaux de renforcement de l’armement se poursuivent à Casablanca.

Après le ralliement aux Alliés des forces navales d’Afrique du Nord, le Jean Bart sera remis en état de naviguer, mais l’achèvement définitif aux Etats Unis ne se fera pas et le Jean Bart appareillera finalement le 25 août 1945 pour Cherbourg, puis pour Brest où reprendront les travaux d’achèvement et de modernisation.

Modernisation et Carrière Tardive

Il faut attendre la Libération pour que le cuirassé rejoigne Brest pour être enfin achevé. Après une courte affectation aux forces maritimes du Levant, le Jean Bart revient à Brest et son admission au service actif a lieu le 1er mai 1955 ; il effectuera plusieurs missions de représentation avec notamment le voyage du président René Coty au Danemark. En 1953, sa mise en service officielle sonne faux, le Jean Bart est déjà obsolète face à l'avènement des nouveaux géants des mers militaires : les porte-avions. Après le conflit, alors que les cuirassés ont été supplantés par le porte-avions au cœur des flottes, le Jean Bart entre en service dans l’escadre de la Méditerranée, et est présent durant la crise de Suez en 1956.

Fin de Service

Il est retiré du service l’année suivante et finalement démantelé en 1970.

Lire aussi: Spécialisation de l'armurerie Jean Pierre Fusil Calais

tags: #Jean #Bart #cuirassé #histoire

Articles populaires: