En 1974, James Bond, incarné par Roger Moore, se lance à la poursuite de Francisco Scaramanga, l'homme au pistolet d'or, un tueur à gages redoutable opérant en Thaïlande. "L'Homme au pistolet d'or" marque un tournant dans la saga, oscillant entre un certain essoufflement de la formule bondienne et des éléments novateurs.
Contexte de Production et Tensions Internes
Après le succès de "Vivre et laisser mourir", Roger Moore est adoubé par le public. La production de "L'Homme au pistolet d'or" est lancée rapidement, avec un budget de 13 millions de dollars. Le tournage débute le 18 avril 1974 et se termine le 23 août de la même année.
Cependant, des tensions marquent cette production. Les relations entre Albert R. Broccoli et Harry Saltzman se détériorent en raison des difficultés financières de Saltzman. Ce dernier, producteur de plusieurs films non-bondiens et investisseur dans divers domaines, est acculé par les dettes. La santé déclinante de sa femme ajoute à ses difficultés. Broccoli, plus prudent et concentré sur les James Bond, conserve son enthousiasme pour la franchise.
Un Tournage Entre Luxe et Austérité
Christopher Lee incarne Francisco Scaramanga, tandis que Maud Adams et Britt Ekland apportent une touche de glamour au tournage. Roger Moore, connu pour ses facéties, maintient une ambiance détendue malgré les tensions entre les producteurs.
Les conditions de tournage sur l'île de Scaramanga sont spartiates, contrastant avec le luxe affiché à l'écran. Roger Moore plaisante sur les conditions d'hygiène rudimentaires. W. J. Milligan Jr., spécialiste des cascades automobiles, prépare un saut de voiture en spirale, réalisé en une seule prise grâce à six caméras. Le tournage se déroule entre Hong Kong, la Thaïlande et les studios de Pinewood.
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Un Film en Demi-Teinte : Minimalisme et Rythme Inégal
"L'Homme au pistolet d'or" marque un relatif essoufflement de la formule bondienne. Le film tente un minimalisme à outrance, privilégiant le face-à-face entre James Bond et Scaramanga, mais négligeant les motifs habituels de la série. Le film est considéré comme l'un des plus calmes de la saga, mais il offre des séquences originales et des moments de mystère.
L'atmosphère mystérieuse du film est renforcée par les paysages exotiques et les séquences créant un climax d'attente et de tension. "L'Homme au pistolet d'or" est le deuxième volet d'un diptyque informel ascétique entamé avec "Vivre et laisser mourir". Roger Moore ne s'approprie pas encore totalement le personnage, contrairement à l'épisode suivant, "L'Espion qui m'aimait".
Scénario et Thèmes : Crise Énergétique et Face-à-Face Psychologique
Le scénario de Tom Mankiewicz est jugé peu fiable. Richard Maibaum ajoute une dimension d'espionnage, en inscrivant James Bond dans l'actualité de la crise pétrolière de 1973, avec la poursuite de l'agitateur Sol-X. La crise de l'énergie pousse certains pays à développer des technologies solaires. James Bond devient un héros de la pertinence face aux événements mondiaux.
Scaramanga, incarné par Christopher Lee, est l'envers de Bond, une version diabolique et sadique. Il partage avec Bond le goût du jeu et de l'adrénaline, mais il est pervers et sexuellement détraqué. Son pistolet en or est le prolongement phallique de ses obsessions dominatrices. Bond, homme de goût et charmeur, n'a pas besoin de tels artifices pour affirmer sa puissance.
Scaramanga est un être ignoble, isolé sur son île avec une femme assujettie et un nain comme bras droit. Il tue par esprit sportif, dans un jeu labyrinthique géant. Le film s'ouvre sur un pré-générique présentant cet espace et la future cible, James Bond. Scaramanga respecte 007, le jugeant digne de lui tenir tête. Ce méchant bondien est un joueur, discipliné et sans conscience.
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Roger Moore : Un Bond Plus Sévère et Moins Confortable
Face à Scaramanga, James Bond est plus énervé et froid. Le 007 de Moore s'est endurci depuis son aventure précédente. Son humour léger et ses attitudes d'aristocrate sont présents, mais sa façon d'aborder cette mission personnelle tranche avec ses habitudes. Bond est redevenu plus sévère, n'hésitant pas à la violence.
Roger Moore n'a pas apprécié de rendre Bond plus brutal, plus proche de Sean Connery. Cela fonctionne, mais l'identité apportée par Moore s'en trouve diminuée. Bond est face à son contraire, d'où sa posture plus rigide. Il se méfie de la mort, qui l'a durement éprouvé. Tuer est un métier, et Bond ne tue que par contrainte, contrairement à Scaramanga.
Le James Bond de Roger Moore est un tueur de l'occasion, plus encore que Sean Connery et George Lazenby. Le voir menacer Scaramanga prend une saveur inattendue dans la bouche d'un acteur plus doux et moins violent. Parallèlement, son Bond reste un séducteur, capable de faire l'amour à une femme en laissant sa conquête précédente dans une armoire.
Les Bond Girls : Objets Décoratifs et Rôles Limités
Le film présente l'un des comportements les plus socialement régressifs de la saga concernant la femme. La Bond girl est un objet pur, sans utilité dans le récit. Si le personnage de Maud Adams est tragique, celui incarné par Britt Ekland est scandaleux. Good Night est une superbe blonde sans saveur.
Impact et Postérité : Un Tournant Difficile pour la Saga
Après l'échec de "L'Homme au pistolet d'or", il faut donner un nouveau cap à la saga. Cet opus représente la dernière chance pour Broccoli de prouver que Bond n'a pas coulé. Les affaires ne s'arrangent pas avec Harry Saltzman, qui quitte Bond à cause de dettes. Il revend ses parts à la United Artists pour 30 millions de dollars.
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Broccoli travaille avec la United Artists, retournant à une formule bondienne monumentale. Il doit faire face à la concurrence des blockbusters américains. Broccoli veut faire un film total, un retour à la folie d'"On ne vit que deux fois". Il choisit le titre "The spy who loved me", modifiant l'intrigue.
L'équipe met un an de plus pour approfondir le projet et travailler le scénario et le casting. Les scénaristes voulaient ressusciter le SPECTRE, mais ils doivent trouver une autre solution. Le scénario final ressemble à celui d'"On ne vit que deux fois". Marvin Hamlisch est engagé pour la musique. Roger Moore explore son propre Bond intérieur.
Le budget se multiplie par deux, passant de quatorze à trente millions. Kevin McClory se remet au travail sur un remake d'"Opération Tonnerre", avec Sean Connery. La presse prédit une guerre des Bond. Broccoli lâche une armée d'avocats aux trousses de McClory, qui va bientôt rappliquer en lui interdisant l'utilisation du SPECTRE et du nom de Blofeld.
Le scénario de "L'Espion qui m'aimait" cherche à obtenir plus d'ampleur pour ses personnages et ses situations. Le tournage débute le 31 août 1976. L'équipe ne se refuse rien. Six Lotus Esprit sont construites pour le film, dont une amphibie. Le décor du supertanker de Stromberg est construit par Ken Adam.
Broccoli décide de faire construire un nouveau complexe, le 007 Stage. Roger Moore apporte son humour habituel. L'absence de limites est présente : Claude Renoir, le directeur de la photographie, part, et Ken Adam propose le travail à Stanley Kubrick, qui accepte à condition que son nom ne soit pas crédité. Le tournage est détendu.
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