Le 25 avril 1974, au Portugal, la Révolution des Œillets a marqué la fin de la plus longue dictature d'Europe. Cet événement, où hommes et femmes ont conquis leur liberté sans effusion de sang, symbolise le triomphe d'une démocratie acquise par l'union et la fleur. Cette révolution est une histoire d'amour née de la rencontre entre la réalité et un idéal, un récit poignant de la lutte pour la liberté. Pour célébrer le 50ème anniversaire de cette révolution, Le Grenier de Babouchka et Jean-Philippe Daguerre ont uni leurs talents.
L'Origine de l'Expression "La Fleur au Fusil"
L'expression "la fleur au fusil" a émergé au XXe siècle, évoquant l'image des militaires de la Première Guerre mondiale qui, avec insouciance et confiance en la victoire, ornaient leurs fusils de fleurs. Le terme "fusil", sous cette forme, date du XIIIe siècle et désigne, par métonymie, l'arme à feu elle-même. Au-delà de l'insouciance, l'expression a pris un sens plus large, soulignant l'enthousiasme et le courage de ceux qui partent volontairement au combat.
Le Mythe du Départ "La Fleur au Fusil" en 1914
Pourtant, l'image d'un départ à la guerre "la fleur au fusil" est un mythe tenace. Un reportage récent perpétuait encore cette légende, illustrée par des images de 1914 et un témoignage de Roland Dorgelès enregistré en 1965. En réalité, cette vision ne reflète pas l'opinion majoritaire des Français telle que reconstituée par les historiens. Ce qui a été présenté comme un départ en guerre "la fleur au fusil" était plutôt un phénomène de surface, urbain, touchant les élites intellectuelles et des civils d'autant plus exaltés qu'ils n'étaient plus mobilisables, particulièrement à Paris. Ce mouvement était parfois encouragé par la jeunesse nationaliste proche de l'Action française et de ses Camelots du roi, aux abords de la Gare de l'Est, des casernes et des grands boulevards, où quelques magasins à l'enseigne "germanique" ont été saccagés.
En observant attentivement la foule sur les images de l'époque, on décèle des attitudes diverses : des femmes et des soldats au visage grave, loin de toute ferveur patriotique, d'autres tenant des mouchoirs à la main. Dans d'autres villes et quartiers, notamment ouvriers, l'ambiance était plus complexe, et les réserves face à la guerre plus manifestes qu'on ne le pensait. Des manifestations pacifistes ont eu lieu à Paris, Lyon, Montluçon et Brest.
De plus, la France de 1914 était majoritairement rurale, en pleine période de moissons, laissant peu de temps pour s'enthousiasmer pour les nouvelles du monde. Le tocsin, signalant une catastrophe, était loin d'inspirer l'enthousiasme pour la guerre, même si l'obéissance au devoir et le patriotisme défensif face à l'agression allemande dominaient. La stupeur et la sidération laissaient peu de place à d'autres réactions.
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D'autres éléments, souvent oubliés, témoignent d'une attitude plus ambivalente des Français face à la guerre : une panique bancaire, des procès pour cris séditieux et propos appelant à la désertion, et des commerçants profitant de la situation pour vendre des denrées à des prix exorbitants, même aux soldats.
En réalité, la guerre de 1914 fut plus acceptée par résignation que par enthousiasme, loin du cliché du départ "la fleur au fusil". Soldats comme généraux étaient convaincus, pour des raisons opposées, que la guerre serait courte. Comme l'écrit un auteur engagé en 1911, caporal en 1914, ses camarades, dans leur "riante insouciance", n'avaient jamais réfléchi aux horreurs de la guerre et la voyaient à travers des "chromos patriotiques", imaginant une "promenade militaire" faite de "victoires faciles et éclatantes".
Les Fleurs, Symboles de Mémoire et de Paix
Malgré l'horreur de la guerre, les fleurs ont trouvé leur place comme symboles de mémoire et de paix. Dès le début de la Grande Guerre, des cimetières provisoires se sont spontanément fleuris, attirant l'attention des combattants.
Le Coquelicot
En 1915, en Flandre, la floraison de coquelicots inspira au lieutenant-colonel canadien John McCrae le poème "In Flanders Fields", qui érigea le coquelicot en symbole du sang versé par les hommes tombés au champ d'honneur. Le poème, publié dans l'hebdomadaire satirique anglais Punch, fut remarqué par une infirmière américaine, Moina Belle Michael, qui convainquit la National American Legion et la Royal British Legion de faire de Papaver rhoeas l'image du Souvenir. En 1921, le maréchal Douglas Haig organisa un British Poppy Day Appeal pour récolter des fonds pour les anciens combattants invalides et sans ressources. La pratique s'étendit rapidement aux autres nations du Commonwealth, transformant le jour de l'armistice en Poppy Day, où de nombreux Britanniques arborent un coquelicot en mémoire des soldats tombés au combat.
Le Bleuet
Le bleuet des champs (Centaurea cyanus) devint en France, pendant la Grande Guerre, un symbole d'aide aux combattants. Les survivants de la première année du conflit appelèrent les recrues de la classe 1915 les "bleuets", en raison de leur nouvel uniforme bleu horizon et parce que cette fleur bleue continuait de pousser sur les champs de bataille. Deux infirmières des Armées, Suzanne Lenhard et Charlotte Malleterre-Niox, eurent l'idée de vendre des petites fleurs fabriquées par des soldats blessés ou mutilés. En 1920, Louis Fontenaille, président des Mutilés de France, choisit le bleuet comme symbole des Morts pour la France.
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Le Myosotis
Avant de rejoindre le Canada en 1949, les Terre-Neuviens célébraient leur Memorial Day chaque 1er juillet, arborant des branches de myosotis en hommage aux soldats du Royal Newfoundland Regiment, tués ou blessés le 1er juillet 1916 à Beaumont-Hamel. Le myosotis ("Forget Me Not") est devenu un symbole de respect. Du côté allemand, le myosotis ("Vergissmeinnicht") était déjà, avant 1914, la fleur du souvenir représentant l'être aimé parti loin du foyer. Séché et conservé, il était glissé dans les correspondances épistolaires pour matérialiser les liens entre le front et l'arrière.
En érigeant les fleurs au rang de marqueur mémoriel, la Grande Guerre a inventé une tradition qui s'est perpétuée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Grande Guerre, de nombreux soldats, comme le poilu Gaston Mourlot, confectionnèrent des herbiers pour rompre avec la temporalité du conflit en collectionnant un élément incarnant le temps de paix.
Le Mystère Résolu d'une Fleur Envoyée du Front
Une primevère bleue, envoyée par Harold Wrong, un soldat canadien, à sa famille peu avant sa mort lors de la bataille de la Somme en 1916, a longtemps fasciné les chercheurs. Grâce à un scanner MISHA (Multi-spectral Imaging System for the Humanities and Archives), les scientifiques ont pu identifier la fleur comme une "primevère bleue" (primula veris), une fleur de printemps. Jessica Lockhart, responsable des recherches au Old Books New Science Lab de l'Université de Toronto, a consulté un expert en flore et faune et a utilisé l'application Plant.net pour confirmer l'identification. Cette fleur, cueillie quelques heures avant la mort du soldat, symbolise peut-être une chose belle et rare, un dernier message à sa famille.
Autres Symboles de Paix
Après la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, l'homme a établi des symboles de paix universellement connus, comme le drapeau blanc et le fusil brisé, utilisé par l'Internationale des résistant(e)s à la guerre (IRG).
La Fleur au Fusil: Un Symbole Évolutif
L'image de la fleur au fusil a évolué au fil du temps. Si elle évoquait initialement l'insouciance et l'enthousiasme naïf du départ à la guerre, elle symbolise aujourd'hui davantage la paix et la non-violence.
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La Fleur au Fusil : Un Parcours Dramatique de Résistance
"La Fleur au fusil" est aussi le titre d'une œuvre qui dépeint le parcours dramatique et tragique de Michelina di Cesare, une figure de résistance en Italie lors de l'unification du pays. L'histoire met en scène des bandes de brigands unies dans un combat perdu d'avance contre les Piémontais. Michelina, femme battue, se révolte contre la violence et rejoint la résistance. Ce récit, une sorte de western transalpin, illustre la violence et la désillusion de la lutte pour la liberté.
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