Amateurs de suspense et de moments intenses sur le terrain, plongeons dans l’univers captivant des tirs au but au football. Entre tension, stratégie et adrénaline, cette phase cruciale d’un match suscite des émotions et des débats passionnés chez les supporters et les joueurs.
Introduction : Au-delà du Hasard
Les tirs au but sont une méthode utilisée pour départager deux équipes lorsque le score reste égal après la prolongation dans un match à élimination directe. Cette séance consiste en une série de tirs alternés, où chaque équipe désigne cinq tireurs qui tentent de marquer face au gardien adverse. Mais est-ce réellement une question de hasard, ou une épreuve où la préparation mentale et stratégique joue un rôle déterminant ?
Genèse des Tirs au But : De l'Esprit Sportif à la Nécessité
En 1957, les tirs au but furent créés en Espagne, lors du tournoi amical de Ramon de Carranza, dans le but de favoriser l’esprit sportif et d’éviter que la victoire (ou l’échec) soit déterminé par le hasard. En effet, jusque-là, le résultat de la rencontre sans victoire était décidé à pile ou face. Les deux capitaines, accompagnés de l’arbitre, partaient s’enfermer dans le vestiaire et décidaient du sort du match en lançant une pièce de monnaie. L’équiprobabilité était garantie mais le spectacle et l’intensité du sport oubliés.
L’organe officiel des règles de la FIFA, le Board, décida, en 1970, de généraliser la séance de tirs au but, cinq face-à-face à l’issue indécise, afin d’améliorer l’incertitude et la dynamique, de « redonner ses lettres de Noblesse au sport ». Beaucoup d’observateurs du sport, et du football en particulier, avaient un très mauvais souvenir du pile ou face. Oui : dans le tirage au sort par pile ou face, il s’agissait auparavant d’un parfait « 50/50 » en termes de probabilité, un parfait jeu équiprobable, sans aucune reconnaissance des faits de jeu antérieurs. Tout était remis à égalité, tout le monde pouvait battre tout le monde. Mais le jeu ne prenait pas le dessus, seuls comptaient la chance, le destin et le hasard.
Les Règles Fondamentales des Tirs au But
Les tirs au but représentent une méthode décisive pour départager les équipes lors des matchs éliminatoires. Ils se déroulent selon des règles bien précises et nécessitent une préparation mentale et technique spécifique pour les joueurs.
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Pour commencer, chaque équipe désigne cinq tireurs parmi les joueurs présents sur le terrain à la fin de la prolongation. Ces cinq joueurs exécutent ensuite des tirs alternativement contre le gardien de l’équipe adverse. Si, après ces cinq tirs, les deux équipes restent à égalité, la séance continue avec des tirs au but sudden death, où chaque erreur peut être fatale.
Aujourd’hui, les gardiens doivent respecter des règles strictes durant ces séances. Ils ne peuvent plus s’élancer en avant pour réduire l’angle de tir avant que le ballon ne soit frappé. Ces contraintes visent à équilibrer les chances entre le tireur et le gardien.
La position du ballon avant chaque tir est cruciale. Il doit être exactement sur le point de penalty, et le tireur attend le coup de sifflet de l’arbitre avant de s’élancer.
Pour garantir la régularité des tirs, l’arbitre veille toujours à ce que le ballon soit parfaitement en place.
Sur le terrain, seuls les joueurs présents à la fin du temps réglementaire ou de la prolongation sont autorisés à participer aux tirs au but. Chaque équipe doit avoir le même nombre de tireurs disponibles, c’est pourquoi si une équipe avait un joueur expulsé, l’autre équipe doit également réduire son nombre de tireurs potentiels pour établir un équilibre.
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L'Impact Psychologique : Plus qu'une Simple Question de Chance
Selon ses résultats, l’équipe qui commençait la séance de tirs au but avait 60% de chances de l’emporter contre seulement 40% pour la seconde. Un rapport 60/40 en faveur de la première équipe, déterminé par un pile ou face (encore !) effectué par l’arbitre avant le début de la séance. Autrement dit, pour gagner les tirs au but, il ne fallait pas être seulement être bon, il était également préférable d’avoir remporté le pile ou face initial. Cela permettait, en décidant de commencer la séance, de disposer d’un avantage psychologique sur l’adversaire et de lui imposer la pression du résultat. En commençant, on ouvre le score, on montre la voie et on impose son rythme alors qu’en étant deuxième, on doit suivre le jeu et rattraper les buts.
Pour Palacios-Huerta, l’exemple de cette saison argentine permet de confirmer sa théorie. Il y aurait bien un effet émotionnel. La deuxième équipe a moins de chances de remporter la séance parce qu’elle a « peur ». Elle doit combattre le résultat de la première équipe qui, elle, avance dans le vide, n’a pas la pression du résultat.
Cette pression, qui pervertit le talent du footballeur, peut aussi expliquer en partie pourquoi l’étude des Allemands Kocher, Lenz et Sutter présentait un rapport 53/47. La pression n’est tout simplement pas la même entre une finale de coupe du monde et un quart de finale de coupe du Luxembourg !
Les tirs peuvent également être influencés par divers facteurs psychologiques. La fameuse « guerre des nerfs » entre le tireur et le gardien joue un rôle crucial. Les célèbres célébrations et gestes provocateurs, bien que souvent controversés, accentuent la pression sur les adversaires. En finale de la Coupe du Monde 2022, le gardien argentin Emiliano Martinez n’a pas hésité à user de divers stratagèmes pour déstabiliser ses opposants, contournant parfois le règlement.
Stratégies et Préparation : L'Art de Déjouer l'Adversaire
Les tirs au but peuvent sembler être une question de chance, mais ils sont souvent le fruit d’une préparation méticuleuse et de stratégies affinées. Les tireurs et les gardiens déploient un arsenal de techniques pour maximiser leurs chances de succès.
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Pour les tireurs, le mental joue un rôle crucial. La maîtrise du stress est essentielle pour éviter les erreurs communes. Les joueurs peuvent recourir à des techniques de relaxation ou de visualisation pour rester concentrés et assurer leur tir. Techniquement, le choix de l’angle et de la force du tir sont primordiaux. Les tireurs les plus redoutables, comme Lionel Messi, varient leurs frappes pour rendre la tâche ardue aux gardiens. Les joueurs aguerris savent que placer le ballon près des poteaux maximise les chances de marquer.
Les gardiens, de leur côté, ne sont pas en reste et aiguisent leur stratégie. En étudiant les schémas de tir des adversaires, ils augmentent leurs probabilités de réussir leurs arrêts. Certains gardiens, comme Emiliano Martinez de l’équipe argentine, utilisent des tactiques de distraction pour créer un climat d’incertitude chez le tireur. Parmi les détails tactiques, positionner le gardien légèrement décalé vers un côté du but peut tromper le tireur sur l’espace disponible. D’autres préfèrent bouger sur la ligne de but pour rendre leur mouvement moins prévisible.
Pour augmenter leurs chances de succès, les tireurs doivent adopter des stratégies spécifiques. Parmi celles-ci, la routine avant le tir est cruciale : prendre le temps de bien se positionner, visualiser le bon déroulement et respirer profondément peut réellement influencer la performance.
Les joueurs doivent également analyser le style du gardien de but. Certains gardiens sont connus pour leurs techniques d’intimidation ou leur capacité à anticiper les mouvements des tireurs. Connaître ces détails offre un avantage considérable. De plus, une préparation psychologique en amont aide à gérer la pression. Des séances de visualisation ou des discussions avec un psychologue sportif peuvent renforcer la confiance du joueur avant de s’avancer vers le point de tir.
Choisir le côté où tirer est une décision cruciale. Il est statistiquement prouvé qu’avoir une stratégie claire dès le départ, que ce soit de viser un coin du but ou d’observer les mouvements du gardien, augmente les chances de réussite.
Les Feintes : L'Art de Tromper le Gardien
Les feintes sont une autre composante clé des tirs au but. Elles permettent de déstabiliser le gardien adverse et augmentent les chances de marquer. Voici quelques techniques couramment utilisées:
- La feinte de corps : le joueur simule une frappe dans une direction avant de tirer dans l’autre.
- Le coup d’œil : au dernier moment, il regarde dans une direction pour induire le gardien en erreur.
- Le tir en deux temps : une légère pause avant de frapper permet de voir vers où le gardien plonge.
Maîtriser ces techniques demande beaucoup de pratique, mais peut transformer un bon joueur en un véritable maître des tirs au but.
Le Rôle Crucial des Entraîneurs et la Sélection des Tireurs
En avouant s'être « trompé » dans le choix des tireurs, après l'élimination de l'Espagne par le Maroc, mardi en huitièmes de finale de la Coupe du monde (0-0, 3 tab à 0), Luis Enrique a relancé un éternel débat sur l'approche d'une séance de tirs au but. Mieux vaut-il des joueurs désignés à l'avance et préposés à l'exercice ou des volontaires qui, le moment venu, se proposent parce qu'ils sentent bien le coup ?
Pour Bazdarevic par exemple, « il paraît difficile de pousser un joueur à y aller au dernier moment ». À l'inverse de Didier Deschamps, qui assimile les séances de tirs au but à « une loterie » et préfère ne pas les préparer avec les Bleus, Mehmed Bazdarevic a toujours eu pour habitude dans les clubs où il est passé de les travailler « un peu quand même ». Histoire d'assurer le coup.
La stratégie optimale serait donc de choisir les cinq meilleurs tireurs et de les faire tirer dans l'ordre croissant de leur aptitude. Deux chercheurs, Ian Franks et Tim McGarry, suggèrent aussi aux entraîneurs de ne pas hésiter à faire entrer en jeu un spécialiste des pénalties en fin de prolongation, voire à changer de gardien si le remplaçant est particulièrement habile dans l’exercice.
Les Prolongations : Un Préambule Intense aux Tirs au But
Dans les matchs à élimination directe, une chose est redoutée de tous : ne pas terminer la rencontre après 90 minutes et la poursuivre en prolongation. Ce format est souvent utilisé dans des compétitions internationales et nationales comme la Ligue des Champions, la Coupe du Monde, l’Euro ou encore la Coupe de France. Ce temps de jeu supplémentaire est exclusivement utilisé dans des compétitions où une équipe doit être déclarée vainqueur à la fin d’une partie.
Une prolongation au football dure 30 minutes et se compose de deux périodes de 15 minutes. Les prolongations se terminent à la fin des deux périodes de 15 minutes. L’arrêt définitif du match dépend du score entre les deux équipes. En effet, si une formation a réussi à inscrire au moins un but de plus que son adversaire, le match est alors fini et l’équipe gagne. Lorsque les prolongations arrivent à leur terme, l’arbitre met en place une séance de tir au but. Les formations tirent de manière alternée cinq tirs au but chacune, et la formation qui aura le plus marqué sur ces 5 tirs remportera la partie.
Après avoir joué 90 minutes avec une forte intensité, les joueurs doivent trouver l’énergie pour maintenir cette intensité pendant 30 minutes de plus. Certaines formations cherchent à limiter les risques et se replient en défense pour fermer les espaces exploitables par l’adversaire et maintenir le score jusqu’au terme des prolongations.
L'Évolution des Règles : Vers Plus d'Équité ?
Dès 2017, le Board a en effet acté le début d’une expérimentation en modifiant les règles de passage, sur le modèle du tie-break en tennis. Plutôt que de suivre un ordre simple entre les tireurs des deux équipes A et B, de type ABAB, une séance de tirs au but devrait se jouer sur le mode ABBA. Ignacio Palacios-Huerta, encore lui (on vous a dit que c’était un passionné), a testé cette règle, en reproduisant 200 séances de tirs au but sur l’ordre du tie-break. Conclusion ? Un avantage de 54/46 pour la première équipe (contre 61/39 pour l’ordre ABAB pour le même échantillon).
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