Dès les premiers jours de la mobilisation en août 1914, une légende s'est construite, celle d'un « départ enthousiaste » des mobilisés à la guerre, donnant l'image d'une France nationaliste et revancharde. Cette image, souvent désignée par l'expression « la fleur au fusil », est un mythe qui mérite d'être examiné de près.
Genèse et Propagation du Mythe
Les premières photographies montrant des mobilisés en partance pour le front « la fleur au fusil » paraissent dans la presse dès les jours suivant l’ordre de mobilisation. La scène est immuable : dans les grandes villes, des soldats en ordre de marche, baïonnette au fusil, arme sur l’épaule droite, avancent sous les vivats de la foule qui se tient de part et d’autre de la chaussée. L’Illustration du 15 août publie un cliché de L. Gimpel légendée « Le départ du régiment. La population parisienne acclame ceux qui vont se battre » ; le commentaire évoque « un souffle de joie et d’enthousiasme qui passe sur le pays ». Ainsi le documentaire à vocation pédagogique réalisé en 1957 par Edouard Bruley, Images de la Grande Guerre 1914-1918. Des films patriotiques produits en masse, sur initiative privée et commerciale, répondent à l’attente du public de l’arrière. Ils reconstruisent les scènes de départ s’éloignant alors de la réalité vécue dans les campagnes, empreinte de tristesse et de résignation… Ainsi L’Angélus de la Victoire, de Léonce Perret (1916) ou Mères françaises de Louis Mercanton et René Hervil (1917) montrent-ils une mobilisation enthousiaste dans des villages français. Ces films contribuent à enraciner le mythe tout en forgeant une image fausse.
Ce mythe a été largement diffusé par divers canaux, notamment la presse, le cinéma et l'iconographie. Les journaux de l'époque publiaient des photographies et des illustrations montrant des scènes d'enthousiasme patriotique, avec des soldats défilant dans les rues, décorés de fleurs et acclamés par la foule. Des films patriotiques, produits en masse, sur initiative privée et commerciale, répondent à l’attente du public de l’arrière. Ils reconstruisent les scènes de départ s’éloignant alors de la réalité vécue dans les campagnes, empreinte de tristesse et de résignation… Ainsi L’Angélus de la Victoire, de Léonce Perret (1916) ou Mères françaises de Louis Mercanton et René Hervil (1917) montrent-ils une mobilisation enthousiaste dans des villages français. Ces films contribuent à enraciner le mythe tout en forgeant une image fausse.
La Réalité Nuancée de la Mobilisation
Cependant, la réalité était bien plus complexe. Il s’agit d’un pur mythe : la nouvelle de la guerre est massivement acceptée avec stupéfaction et résignation dans les campagnes, les bourgades et les petites villes, où vivent alors les trois quarts des Français. Loin d'un élan d'enthousiasme généralisé, la mobilisation s'est souvent déroulée dans un climat de gravité et d'incertitude.
Dans les campagnes, où vivait la majorité de la population française, la nouvelle de la guerre fut accueillie avec stupéfaction et résignation. La France de 1914 était majoritairement rurale, en pleine période de moissons, laissant peu de temps pour s'enthousiasmer pour les nouvelles du monde. Le tocsin, signalant une catastrophe, était loin d'inspirer l'enthousiasme pour la guerre, même si l'obéissance au devoir et le patriotisme défensif face à l'agression allemande dominaient.
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Même dans les villes, l'enthousiasme était loin d'être unanime. En observant attentivement la foule sur les images de l'époque, on décèle des attitudes diverses : des femmes et des soldats au visage grave, loin de toute ferveur patriotique, d'autres tenant des mouchoirs à la main. Dans d'autres villes et quartiers, notamment ouvriers, l'ambiance était plus complexe, et les réserves face à la guerre plus manifestes qu'on ne le pensait. Des manifestations pacifistes ont eu lieu à Paris, Lyon, Montluçon et Brest.
Facteurs Contribuant au Mythe
Plusieurs facteurs ont contribué à la création et à la propagation du mythe de la « fleur au fusil ».
- La propagande : Le gouvernement et les médias ont cherché à mobiliser l'opinion publique en faveur de la guerre, en présentant une image idéalisée du conflit et du patriotisme.
- Le désir de croire : Face à l'incertitude et à la peur, beaucoup de gens ont voulu croire en une victoire rapide et facile, et ont adhéré à l'image d'un départ joyeux et confiant.
- La reconstruction a posteriori : Avec le temps, la mémoire collective de la guerre a été façonnée par des récits et des images qui ont souvent idéalisé le passé.
L'Expression « La Fleur au Fusil » : Origines et Sens
L'expression « la fleur au fusil » est apparue au début du XXe siècle, évoquant l'image des soldats partant au combat avec des fleurs attachées à leurs fusils. Elle symbolise l'insouciance, l'enthousiasme et la confiance en la victoire, mais aussi la naïveté et le déni des réalités de la guerre. L'expression restera pour désigner, dans tout engagement (militaire ou autre), ce qui relève de l’assurance et de la joie, mais aussi de la vantardise et de l’illusion, de la naïveté et du déni des réalités.
Les Fleurs : Symboles de Mémoire et de Paix
Malgré l'horreur de la guerre, les fleurs ont trouvé leur place comme symboles de mémoire et de paix. Dès le début de la Grande Guerre, des cimetières provisoires se sont spontanément fleuris, attirant l'attention des combattants.
- Le Coquelicot : En 1915, en Flandre, la floraison de coquelicots inspira au lieutenant-colonel canadien John McCrae le poème "In Flanders Fields", qui érigea le coquelicot en symbole du sang versé par les hommes tombés au champ d'honneur.
- Le Bleuet : Le bleuet des champs (Centaurea cyanus) devint en France, pendant la Grande Guerre, un symbole d'aide aux combattants.
- Le Myosotis : Le myosotis ("Forget Me Not") est devenu un symbole de respect. Du côté allemand, le myosotis ("Vergissmeinnicht") était déjà, avant 1914, la fleur du souvenir représentant l'être aimé parti loin du foyer.
La Révolution des Œillets au Portugal
Un autre exemple frappant de l'utilisation de fleurs dans un contexte de conflit est la Révolution des Œillets au Portugal. Le 25 avril 1974, l’insurrection est déclenchée. Le signe de ralliement des membres participant à l’opération, soit les jeunes officiers du MFA, était justement un œillet rouge, placé au niveau de la boutonnière. Certains racontent que ces fleurs alors de saison ont été offertes aux soldats par une vendeuse de la grande avenue de Lisbonne. Cet œillet rouge fut ensuite introduit dans le canon de leurs armes, et c’est « la fleur au fusil » dans son sens le plus littéral que ces militaires mirent fin de manière pacifique à ce régime autoritaire qui gouvernait le Portugal depuis plusieurs décennies déjà. L’œillet rouge symbolisa cette insurrection militaire et la libération du pays, cet événement majeur portera ensuite le nom de cette fleur devenue emblématique pour le Portugal.
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