Niki de Saint Phalle, d'abord mannequin, puis artiste aux multiples talents - peintre, sculptrice et réalisatrice - est reconnue pour des œuvres provocatrices, colorées, parfois dénonciatrices, mais toujours porteuses d'espoir. Profondément indépendante et révoltée, sa vie et son œuvre ont constamment dénoncé les injustices. Ses « Tirs », réalisés principalement entre 1961 et 1963, représentent une période cruciale de son parcours artistique, marquée par l'expérimentation et l'expression d'une rage intérieure.
Une Artiste Engagée et Autodidacte
Née dans l'aristocratie française et ayant passé son enfance aux États-Unis dans un climat de racisme, Niki de Saint Phalle s'est rapidement rebellée contre les conventions. Autodidacte et féministe engagée, elle a rejoint le groupe des Nouveaux Réalistes, fondé par Yves Klein, un mouvement qui prônait une nouvelle approche de la réalité à travers le recyclage poétique de l'espace urbain. Les Nouveaux Réalistes incorporaient des éléments tels que des palissades, des barils et des détritus dans leurs créations.
Genèse des Tirs : De Saint Sébastien aux Performances Explosives
Les Tirs trouvent leur origine dans une œuvre antérieure, Saint Sébastien ou Portrait of my Lover, créée en février-mars 1961 pour le salon Comparaisons. Ce tableau-assemblage était composé d'une chemise surmontée d'une cible sur laquelle les visiteurs étaient invités à lancer des fléchettes. Cette œuvre, exposée à la galerie « J », tenue par la femme du critique Pierre Restany, préfigure les premiers Tirs.
C'est à partir de cette idée que Niki de Saint Phalle a développé le concept des Tirs. Elle préparait des tableaux fixés sur une planche, composés de morceaux de plâtre, de tiges contenant des œufs et des tomates, des berlingots de shampoing et des flacons d’encre. L'étape suivante consistait à tirer à la carabine sur ces tableaux, libérant ainsi la couleur et créant une œuvre à la fois destructrice et libératrice.
Le premier « tir » a eu lieu en février 1961, impasse Ronsin, à Paris, en présence de personnalités telles que Pierre Restany, Harry Shunk et Daniel Spoerri.
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La Technique des Tirs : Un Mélange de Contrôle et de Hasard
Pour réaliser ses Tirs, Niki de Saint Phalle ouvrait le feu sur une toile enduite de plâtre et recouverte d'objets divers. Des poches remplies de peinture étaient disposées sur la surface. Lorsque les balles perçaient ces poches, les couleurs s'échappaient et se répandaient sur la toile, créant un effet spectaculaire et imprévisible. Cette technique rappelle le dripping de Jackson Pollock, un artiste que Niki de Saint Phalle admirait.
Interprétations et Significations des Tirs
Les Tirs sont bien plus que de simples performances artistiques. Ils représentent une forme d'exorcisme, une manière pour Niki de Saint Phalle de dénoncer des injustices et de libérer une rage profondément ancrée en elle.
Dans ses mémoires, Niki de Saint Phalle révèle avoir été victime d'inceste de la part de son père durant son enfance. Cette révélation permet de comprendre la violence et la colère exprimées dans ses Tirs. Pour l'artiste, tirer sur les tableaux était une façon de faire pleurer et mourir la peinture, une métaphore de la souffrance et de la destruction qu'elle avait vécues. Elle le dit elle-même “La peinture était la victime” mais “Qui est la peinture ? Papa ?
Les Tirs peuvent également être interprétés comme une réaction aux horreurs de la guerre, notamment le nazisme, qui planait sur le monde durant son enfance.
Les Tirs : Une "Guerre sans Victime"
Niki de Saint Phalle décrivait ses Tirs comme une « guerre sans victime ». Cette expression souligne le caractère cathartique de son travail, une manière de canaliser sa violence intérieure sans causer de tort à autrui. Ses amis participaient souvent à ces performances, tirant à la carabine ou observant la scène.
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Les Tirs les Plus Célèbres
Parmi les Tirs les plus connus, on peut citer :
- Long Shot, Second Shooting Session
- Tir de Jasper Johns
- La Cathédrale Rouge
- La Sorcière Rouge
- Kennedy Khrouchtchev
- King Kong, dans lequel elle traite de la crise des missiles de Cuba.
Transition vers les Nanas et l'Abandon des Tirs
Après 1963, Niki de Saint Phalle a progressivement abandonné les Tirs pour se consacrer à d'autres formes d'expression artistique, notamment les Nanas, ces sculptures monumentales de femmes aux formes généreuses et colorées qui sont devenues sa signature.
L'Héritage des Tirs
Bien que de courte durée, la période des Tirs a marqué un tournant dans la carrière de Niki de Saint Phalle. Ces performances explosives ont contribué à sa notoriété internationale et ont jeté les bases de son engagement artistique et féministe. Les Tirs restent une œuvre importante, témoignant de la capacité de l'art à transformer la souffrance en création et à dénoncer les injustices du monde.
Les Tirs Aujourd'hui
Aujourd'hui, les Tirs de Niki de Saint Phalle sont exposés dans de nombreux musées à travers le monde, notamment au Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain de Nice, qui possède une importante collection de ses œuvres. Ces performances continuent de fasciner et de provoquer, témoignant de la force et de la pertinence du message de Niki de Saint Phalle.
Expositions Remarquables
Les Tirs de Niki de Saint Phalle ont été présentés dans de nombreuses expositions, parmi lesquelles :
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- "On Joue ! Assemblages et tirs", une exposition qui a permis de redécouvrir la série des Tirs.
- "Les Nouveaux Réalistes", Paris, Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1986.
- "Niki de Saint Phalle", Grand Palais, Galeries Nationales, Paris, 2014.
- "El nuevo realismo : New realism", Centre Pompidou Malaga, 2016.
- "Impasse Ronsin : Murder, Love and Art in the Heart of Paris", Bâle, Museum Tinguely, 2020.
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