Phone Game, malgré un titre français maladroit, est un thriller original qui, dans une période de déceptions estivales, met en évidence l’avantage d’un scénario bien ficelé sur la concurrence. Larry Cohen, l’inventif auteur du pitch, impose une nouvelle fois son empreinte d’auteur sur le film. Le projet, bien avant d’atterrir entre les mains de Joel Schumacher, fut déjà développé pour Alfred Hitchcock, avant d’intéresser plus tard Michael Bay. Si Schumacher apparaît comme le moins talentueux des trois, cela n’a finalement que peu d’importance tant l’écriture de Cohen, solide et directrice, suffit à remporter le pari du huis clos iconoclaste. Schumacher se contente d’accompagner en images, et sans génie, la précision d’horloger du véritable créatif du film.
Un scénario original et angoissant
L’idée d’un film se déroulant intégralement dans une cabine téléphonique, due au scénariste Larry Cohen, n’a donc pas attendu la désuétude de cet équipement public. Dans les années 1960, Cohen propose l’idée d’un long-métrage ayant pour unité de lieu une cabine téléphonique à Alfred Hitchcock. Le maître du suspense est attiré par le concept, mais les deux hommes ne parviennent pas à trouver un élément qui justifierait un tel confinement durant la totalité d’un film. Il faut alors attendre la fin des années 1990 pour que Larry Cohen ait l’idée d’un tireur embusqué, ou sniper, dont la menace peut bloquer un personnage dans une cabine. Fort de cette trouvaille, il rédige un script en moins d’un mois. Le film met en scène Stu Shepard, un attaché de presse sans scrupules interprété par Colin Farrell, pris au piège dans une cabine téléphonique par un sniper mystérieux (Kiefer Sutherland) qui le menace de mort s’il raccroche.
Le film s’inscrit dans un contexte de mutation technologique, avec la généralisation des téléphones cellulaires au début des années 2000 faisant disparaître les cabines téléphoniques. Phone Game est un huis clos angoissant confiné à l’espace d’une cabine téléphonique qui tient en haleine le spectateur avec un récit court et haletant.
Un huis clos oppressant
Pendant 81 minutes, nous restons enfermés dans cette minuscule cabine, ressentant l’oppression et le manque d’air. L’étroitesse du lieu rend les scènes d’action impossibles, obligeant le film à reposer sur un scénario en béton armé.
L'omniprésence de la menace
Si Cohen maîtrise tellement bien son sujet, c’est parce qu’il est déjà l’auteur de Meurtres sous contrôle (écrit et réalisé de sa main), petit film d’horreur de 76, dans lequel des badauds se transformaient en tueurs de masse sous l’emprise d’une divinité. Déjà présents dans le premier film, le personnage du sniper, et la recherche d’une excuse morale et céleste pour perpétrer les crimes. Si le très bon Colin Farrell figure au centre du film, c’est une nouvelle fois le personnage du sniper qui présente ici le plus vif intérêt. Muni d’un fusil à lunette, il possède le don d’ubiquité sur la scène qu’il a choisie, ainsi que le pouvoir de tuer chacun des "acteurs" de sa petite mise en scène. Dieu omniscient et omnipotent (et matérialisé uniquement par la voix charismatique de Kiefer Sutherland pendant presque tout le film), il s’octroie le droit de juger.
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Un jeu sacrificiel
Comme son titre français l’indique, l’idée de jeu est donc inhérente à Phone Game. Au travers d’un jeu sacrificiel, d’un reality show, Stu va devoir se mettre à nu, enfermé dans sa prison de verre, exposé aux yeux de tous via les cadres de la cabine téléphonique ou ceux des écrans de télévision (les caméras de la presse ayant rapidement envahi les lieux).
Une critique de la société moderne
Au travers de ses actes se lit une critique du monde actuel, où le mensonge et la corruption ont rendu les hommes égoïstes. Comme il le dit très justement, c'est "The Stu Show" aujourd'hui, et la victime va payer pour ses péchés.
Mensonges et manipulations
Le tueur commence ainsi à asseoir son autorité. Puis il raccroche, laissant Stu dans le doute. On peut penser que c’est une technique de manipulation pour le « fidéliser », en quelques sortes. Le tueur va commencer un petit jeu avec le personnage que se donne Stu, ceci afin de le forcer à faire face à ses mensonges.
L'ère du paraître
Certes le tueur abat les gens. Mais il se prétend être la main exécutrice des pêcheurs qu’il observe. Il prêche ainsi en tentant de sauver les gens de ce jeu de personnage auquel ils s’adonnent en société. Aujourd’hui, les gens sont dans le paraître plus que dans l’authenticité. Et puisqu’il faut être convaincu pour être convainquant, ils n’hésitent pas à se mentir à eux-même pour mieux mentir aux autres.
Un casting convaincant
Colin Farrell compose à merveille le rôle de l’attaché de presse dont l’arrogance cache des failles profondes qui se révèlent progressivement. Sa prestation dans une scène de confession lui vaut notamment les applaudissements nourris des personnes présentes sur le tournage. Le personnage évolue et gagne en profondeur au cours du long-métrage, ce qui constitue une performance compte-tenu de sa faible durée.
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Kiefer Sutherland retrouve, quant à lui, Joel Schumacher après leurs collaborations dans Génération Perdue et Le Droit de Tuer ?. Son rôle est atypique dans Phone Game, étant essentiellement limité à une performance vocale ajoutée en post-production. Sutherland joue en effet le rôle du tireur dont seule la voix résonne au travers du téléphone. Le choix est fait de ne pas filtrer le son comme s’il était entendu au travers du combiné, ce qui est une bonne chose afin de profiter du travail de l’acteur. Sa voix rauque, particulièrement grave, retentit avec encore plus d’efficacité dans les oreilles du spectateur qui a le sentiment d’être cerné par le personnage. Ses éclats de rire se révèlent glaçants et sa colère tétanisante. Kiefer Sutherland saisit parfaitement l’opportunité que constitue ce rôle original qui semble ne pouvoir correspondre à personne d’autre que lui. Il est à lui seul une raison de visionner Phone Game en version originale.
Forest Whitaker joue le capitaine de police Ed Ramey. Il est convaincant dans le rôle de cet agent cherchant à faire preuve de psychologie pour éviter d’empirer une situation déjà délicate. Katie Holmes incarne Pam McFadden, une cliente de Stu dont il est épris. Radha Mitchell joue elle le rôle de sa femme, Kelly Shepard. Si les deux actrices sont crédibles, l’écriture de leurs personnages n’est pas assez profonde et ne leur permet pas d’exprimer une palette d’émotions variées. Il peut ainsi être regretté que la courte durée du long-métrage empêche d’explorer davantage le caractère de ces deux femmes.
Une réalisation efficace
Loin de s’imposer comme le choix le plus adéquat, Schumacher parvient cependant à se hisser au niveau de ses meilleurs essais, en jouant habilement avec les angles, et en multipliant les split-screens afin d’amplifier la sensation d’exposition du personnage central. Malgré un premier plan effrayant de mauvais goût, le budget du métrage (dix millions de dollars), mais surtout son parti pris scénaristique, empêchent tout effet de style superflu. A l’instar du "dogmatique" Tigerland, l’autre réussite de Schumacher, la caméra à l’épaule et la durée relativement courte du tournage (douze jours) insufflent la tension requise par l’action. Plus important encore, le film ne reprend pas tous les éléments qui ont fait la triste réputation de Schumacher.
Le temps réel
J’ai mit du temps à le remarquer, mais tout le film est en temps réel. C’est-à-dire que dans l’histoire Stu est prit en otage pendant près de 80 minutes, ce qui est le temps du film. Ainsi, le réalisateur nous plonge dans le scénario comme si nous étions un des passants (ou Stu) et que nous assistions à toute la scène.
Les écrans partagés
Phone Game ne se contente pas de partager avec la série le temps réel et Kiefer Sutherland, célèbre pour son rôle de l’agent anti-terroriste Jack Bauer. Il utilise également les écrans partagés (split-screens) démocratisés par l’œuvre de télévision qui lui est contemporaine. Il s’agit d’une véritable marque visuelle identifiable des années 2000, qui permet d’observer simultanément les réactions de deux protagonistes interagissant à distance, notamment par téléphone. La technique permet d’éviter les traditionnels changements de plans et donne le sentiment qu’aucun personnage ne peut se soustraire à la vue du spectateur.
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New York comme personnage à part entière
Si le tournage du film a principalement été réalisé à Los Angeles, New York en est une actrice à part entière. L’origine de l’auteur comme du réalisateur de Phone Game se ressent fortement et a été source d’inspiration. Larry Cohen considère d’ailleurs l’intrigue comme “organiquement new-yorkaise”. Censé se dérouler à l’angle de la 53ème rue et de la 8ème avenue, l’opus restitue l’atmosphère d’un quartier proche de Times Square, à l’entrée de Hell’s Kitchen, bruyant et bondé de passants. Sont également brièvement évoquées les disparités sociales qui existent dans cette ville-monde, notamment entre les boroughs - ou arrondissements - qui la composent. Stu Shepard évoque ainsi le désir d'ascension sociale que représente la réussite professionnelle à Manhattan pour un enfant du Bronx comme lui.
Anecdotes et contexte
La sortie de Phone Game dans les salles américaines est prévue pour le 15 novembre 2002. Mais une série d’attaques est perpétrée par deux hommes équipés de fusils snipers entre le 2 et le 24 octobre 2002 dans la région de Washington D.C., entraînant la mort de dix personnes en plus de sept autres victimes assassinées plus tôt dans l’année. Il est finalement projeté à partir du 4 avril 2003 aux États-Unis, où il réalise un succès important avec près de 47 millions de dollars.
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