L'histoire des tirs au but : Des origines à la cruelle loterie

C'est la version footballistique de la roulette russe : cinq balles sur le point de penalty, et généralement une qui ne rentre pas. Les tirs au but, souvent perçus comme une loterie, suscitent des débats passionnés dans le monde du football. Entre ceux qui y voient un exercice purement mental et ceux qui estiment qu'une grande part de hasard entre en jeu, l'approche fait jaser. Surtout quand, dans le même temps, des clubs comme Liverpool tentent d'améliorer leur rendement aux penalties à grand renfort de neuroscientifiques.

Les origines des tirs au but

L'idée des tirs au but est née en 1968, après plusieurs rencontres difficiles à départager. Avant leur intronisation, le football disposait d'un ensemble de solutions pour résoudre les matchs nuls, dont aucune n'était entièrement satisfaisante. Dans les compétitions à élimination directe, les matchs qui se terminaient par un match nul après les prolongations devaient souvent être rejoués un autre jour. Ce système était compliqué d'un point de vue logistique et, dans les tournois à calendrier serré, tout simplement impraticable.

Dans certaines compétitions, en particulier les tournois internationaux dont le calendrier est limité, d'autres méthodes ont été utilisées. Si le temps supplémentaire ne permettait pas de départager les équipes, le tirage au sort ou le tirage à pile ou face étaient utilisés en dernier recours.

L'Euro 68 en est le parfait exemple : en demi-finale, Italie et URSS sont à 0 - 0 au bout de 120 minutes. Un scénario qui n’avait pas été anticipé et résultat, le vainqueur est désigné sur un pile ou face. L’Italie passe mais en finale, rebelote : match nul dans le temps réglementaire. La même année, aux JO de Mexico, Israël est éliminée en quart de finale après un match nul par tirage au sort. Furieux, le dirigeant Yosef Dagan envoie une lettre à la FIFA dans laquelle il propose son idée : un face à face entre 5 joueurs de champ et le gardien, les tirs au but étaient nés ! L’idée est brillante par sa simplicité et son suspens.

L'UEFA a introduit la séance de tirs au but dans les compétitions européennes à partir de la saison 1970-1971. Le premier match officiel de haut niveau à être décidé par une séance de tirs au but a été le match entre Honved et Aberdeen en Coupe des vainqueurs de coupe en septembre 1970.

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La FIFA a suivi l'introduction de la séance de tirs au but peu de temps après. Le premier grand tournoi international à comporter une séance de tirs au but a été le Championnat d'Europe de 1976.

La finale entre la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Ouest s'est déroulée aux tirs au but et s'est achevée sur le but emblématique d'Antonin Panenka, un moment devenu légendaire. Le fait qu'il s'agisse de l'une des premières grandes séances de tirs au but rend le but de Panenka d'autant plus admirable.

La France et les tirs au but : Une histoire contrastée

Si le sujet est aujourd’hui sur la table, c’est aussi et surtout parce que la France, ses clubs et ses sélections, ont surtout collectionné les revers aux tirs au but à travers l’Histoire.

En compétition, 5 fois sur 10, les Bleus s'en sont sortis à cette loterie. C'est en Espagne que les Français font connaissance avec cet exercice. A l’issue de la demi-finale, la France et la RFA sont à égalité 3-3, puisque Michel Platini a égalisé sur pénalty après l’ouverture du score de Pierre Littbarski avant que les Bleus ne prennent l’avantage en prolongations (Marius Trésor et Alain Giresse) puis se fasse rejoindre (Karl-Heinz Rummenigge et Klaus Fischer). Les Allemands ont déjà expérimenté ce type d’épreuve lors de la finale du Championnat d’Europe en 1976. Ce jour-là, ils s’étaient inclinés mais aucun des joueurs ayant participé à cette séance n’est présent à Séville. Les cinq premiers tireurs (Alain Giresse, Manuel Amoros et Dominique Rocheteau côté français, Manfred Kaltz et Paul Breitner côté allemand) marquent, tandis que le troisième tireur allemand, Uli Stielike, voit sa tentative repoussée par Jean-Luc Ettori. C’est donc presqu’une balle de match que Didier Six a au bout du pied, mais il est mis en échec par Harald Schumacher. Ce moment reste pour l’attaquant français le plus dur de sa carrière. La série se poursuit avec deux réussites allemandes (Pierre Littbarski et Karl-Heinz Rummenigge) et une française (Michel Platini) qui mettent les deux équipes à égalité (4-4). Maxime Bossis est alors désigné comme sixième tireur français mais ne parvient pas à tromper le portier allemand. Quelques instants plus tard, Horst Hrubesch envoie l’Allemagne en finale.

Quatre ans plus tard, c’est au terme de ce qui restera sans doute comme le plus grand match de son histoire que l’équipe de France se retrouve à l’épreuve des tirs au but contre le Brésil. Qu’elle en soit arrivée là tient du miracle, tant les Auriverde ont dominé et se sont créé des occasions à la pelle. Mais Bats et les poteaux se sont toujours trouvés sur la trajectoire, et ça continue pendant la séance de tirs au but. La frappe sans élan de Socrates est repoussée par le gardien d’Auxerre. Stopyra et Amoros, toujours lui, transforment leur tentative. Quand vient le tour de Bellone, on n’est pas rassuré, et l’attaquant monégasque non plus. Mais le gardien brésilien Carlos crache sur le ballon, ce qui met en rage le gaucher qui allume un pétard. Poteau, ricochet sur la tête du gardien et but. Histoire de pimenter un peu la sauce, Platini dont c’est l’anniversaire tire au-dessus de la lucarne, mais Julio Cesar trouve le poteau de Bats juste après.

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Lors de l’Euro 96 en Angleterre, les Bleus de Jacquet ont trouvé la défense qui fera merveille pendant quatre ans, mais l’attaque est en panne, pas aidée par un Zidane hors de forme. En quarts de finale contre les Pays-Bas, il ne se passe pas grand chose hormis un coup-franc hollandais sur le poteau à cinq minutes de la fin (suite à une main de Desailly à la limite de la surface de réparation) et un face-à-face Seedorf-Lama à la dernière minute. Les prolongations ne donnent rien. Contre la République tchèque dans un stade d’Old Trafford aux deux-tiers vide, les Bleus sont privés de Deschamps et Desailly joue au milieu. Là non plus, il ne se passe rien hormis un tir de Djorkaeff sur la barre à l’heure de jeu. Au bout d’un ennui considérable, et d’un nouveau 0-0, les tirs au but se profilent. Jacquet fait tirer les mêmes et dans le même ordre (Zidane, Djorkaeff, Lizarazu, Guérin et Blanc) et comme trois jours plus tôt, ils marquent tous. Les Tchèques aussi. Reynald Pedros se dévoue et fait une Bossis en tirant sur Kouba.

Après un 2-2 contre le Maroc lors du tournoi Hassan II, comme le réglement le prévoit, un vainqueur doit être désigné par une séance de tirs aux but sans prolongation. Quatre des cinq premiers tireurs français marquent (Blanc, Lebœuf, Trezeguet et Pirès et Vieira), Djorkaeff échouant en deuxième position. Il en faut plus pour dissuader Aimé Jacquet décide de renouveler son dispositif Euro 96 ceinture et bretelles lors du quart de finale mondial contre l’Italie le 3 juillet 1998. Avec un milieu à trois récupérateurs (Karembeu, Deschamps, Petit) et un seul attaquant de pointe (Guivarc’h), les Bleus résistent bien mais peinent à se montrer dangereux devant. En prolongations, c’est même Roberto Baggio qui manque de quelques centimètres la cage de Barthez qui était battu. Lors de la séance des tirs au but, Zidane marque le premier, Baggio égalise. Mais Lizarazu échoue et l’Italie prend l’avantage par Albertini. Autant dire que la pression est terrible pour Trezeguet et Henry, vingt ans chacun, mais il en faut plus que ça pour impressionner les Monégasques. D’autant qu’Albertini a vu son tir repoussé par Barthez. Laurent Blanc redonne l’avantage aux Bleus, et la frappe de Di Biagio tape la transversale. Barthez n’a pas encore réalisé que la séance était finie.

La septième séance de tirs au but intervient au terme d’un match amical, en préparation de l’Euro 2000 au Maroc, toujours au tournoi Hassan II. Au terme d’un 2-2 contre le Japon, comme il faut un vainqueur, les tirs au but sont organisés sans prolongation. Les Bleus l’emportent en quatre tirs.

La plus cruelle épreuve, à ce jour, est sans doute celle de Berlin le 9 juillet 2006. Jouer une finale de Coupe du monde au tirs au but, voilà une idée franchement stupide, alors qu’il serait tout à fait possible de rejouer la finale trois jours plus tard, le tournoi étant terminé. En tout état de cause, ce sont bien les Italiens qui sont ravis d’être encore vivants après deux heures de jeu qu’ils finissent sur les rotules. Mais les Bleus ont perdu Vieira sur blessure en début de deuxième mi-temps, et quand la séance de tirs au but arrivent, ils ne sont plus dans le match. Zidane a été exclu dix minutes plus tôt, et comme Henry et Ribéry sont sortis, leur moral est dans les chaussettes. Domenech désigne les deux attaquants remplaçants Wiltord et Trezeguet, et trois défenseurs (!), Abidal, Sagnol et Gallas (Malouda se faisant oublier). Mais comme la transversale repousse (devant la ligne cette fois) la frappe de Trezeguet, et que les Italiens font un sans-faute, la série se termine à 5-3 et Gallas ne tire pas.

Le 28 juin 2021 à Bucarest contre la Suisse en huitième de finale d’un Euro dont ils sont les favoris, les Bleus se cassent les dents en étant poussés à la prolongation après avoir menés 3-1 à un quart d’heure de la fin. Lors de la séance de tirs au but, Paul Pogba, Olivier Giroud, Marcus Thuram et Presnel Kimpembe font le job, tout comme les cinq tireurs suisses. Il ne reste plus que Kylian Mbappé, qui a raté plusieurs fois le cadre pendant le match.

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Il ne fallait pas en arriver là : contre l’Argentine en finale de la Coupe du monde 2022, et contre Emiliano Martinez, grand spécialiste du genre, alors que deux des spécialistes français de l’exercice (Giroud et Griezmann) ne sont plus sur le terrain, on se doutait que la séance de tirs au but allait être douloureuse. Et ça n’a pas raté. Alors que les quatre tireurs argentins transformaient leur tentative (2-4), les Bleus échouaient deux fois par Kingsley Coman et Aurélien Tchouaméni, rendant inutiles les tirs victorieux de Kylian Mbappé (le premier) et de Randal Kolo Muani (le quatrième). Perdre une finale de Coupe du monde aux tirs au but, c’est très dur.

Et c’est au moment où on ne les attendaient plus que les Bleus en ont enfin gagné une : le 5 juillet 2024 contre le Portugal à Hambourg. Au terme d’un match très frustrant où ils ont encore canardé les tribunes, et alors que Griezmann et Mbappé étaient sortis et que Giroud n’avait pas pu rentrer (changement demandé à la 120e…), les cinq tireurs ont tous marqué (5-3), même si la liste était plutôt improbable : Ousmane Dembélé, Youssouf Fofana, Jules Koundé, Bradley Barcola et Théo Hernandez, le seul spécialiste de la série. Au terme d’un match palpitant contre la Croatie en quart de finale retour de Ligue des Nations, les Bleus l’emportent 2-0, et comme d’habitude depuis 2006, ne font pas la différence en prolongation. Ce sont donc les tirs au but, et cette fois, Mike Maignan arrête les tentatives de Nikola Moro et de Josip Stanisic, alors que Franjo Ivanovic avait manqué le cadre.

Laurent Blanc détient le record de tirs au but réussis, avec quatre tentatives entre 1996 et 1998. Youri Djorkaeff en a lui aussi tiré quatre mais il en a manqué un, certes anecdotique contre le Maroc. Enfin, Zinedine Zidane en a réussi trois sur trois (96 et 98), toujours en premier tireur. Il aurait pu faire aussi bien que Blanc s’il n’avait pas été exclu en prolongations à Berlin.

On constate que les échecs se concentrent sur les deuxièmes (Lizarazu en 1998, Trezeguet en 2006), quatrièmes (Six en 1982, Platini en 1986) et sixièmes tireurs (Bossis en 1982, Pedros en 1996). Et que la séance des tirs au but est vraiment une loterie avec moins d’une chance sur deux de passer : les Bleus l’ont emporté six fois sur douze, mais si on écarte les deux matches du tournoi Hassan II en 1998 (Maroc, perdu) et en 2000 (Japon, gagné), ils ne s’en sont sortis que cinq fois sur dix en phase finale. Et à chaque fois en quart de finale (1986, 1996, 1998 et 2024, et même 2025 en Ligue des Nations).

Les séances de tirs au but marquantes de l'histoire

Depuis leur introduction, les séances de tirs au but ont donné lieu à certains des moments les plus inoubliables et les plus chargés d'émotion de l'histoire du football. Qu'il s'agisse de surprises ou de défaites cuisantes, elles sont entrés dans la légende.

Finale de la Coupe du monde 1994 : Brésil contre Italie

L'une des premières séances de tirs au but les plus emblématiques a eu lieu lors de la Coupe du monde de 1994. La finale de Pasadena a été la première finale de Coupe du monde à être décidée par une séance de tirs au but. Après un match nul et vierge, le Brésil s'est imposé 3-2 aux tirs au but.

L'image la plus marquante fut celle de Roberto Baggio, le joueur vedette de l'Italie, qui envoya le dernier tir au but au-dessus de la barre. Son échec est devenu le symbole de la nature cruelle des tirs au but : un seul coup de pied peut définir ou détruire une carrière.

Finale de la Ligue des champions 2005 : Liverpool contre l'AC Milan

Après avoir remonté un retard de 3-0 dans ce qui est devenu le "Miracle d'Istanbul", Liverpool a forcé la prolongation et a finalement battu l'AC Milan 3-2 lors d'une séance de tirs au but dramatique.

Cette fin d'histoire a élevé la légende du club et consolidé le statut de la séance de tirs au but en tant qu'étape de la mythologie du football.

Autres séances mémorables impliquant des clubs français

  • APOEL-OL (2012, 8e de finale de Ligue des champions): Les échecs de Lacazette et Michel Bastos précipitent l'élimination de l'OL.
  • Auxerre-Dortmund (1993, demi-finale de Coupe de l’UEFA): Battus 0-2 à l’aller, les Auxerrois avaient refait leur retard à l’Abbé-Deschamps (2-0), avant de s’incliner aux tirs au but (5-6) sur un échec du regretté Stéphane Mahé.
  • France - République tchèque (1996, demi-finale de l’Euro): Le jeune Reynald Pedros est le seul tireur à ne pas marquer sa tentative.
  • Australie-France (2023, quart de finale de la Coupe du monde): Les filles d’Hervé Renard voient elles aussi leur Coupe du monde s’arrêter au terme d’une séance perdue, en quart de finale contre le pays organisateur.
  • France-Suisse (2021, 8e de finale de l’Euro): Kylian Mbappé, 5e frappeur français, est le seul à ne pas convertir son tir au but (4-5).
  • PSV Eindhoven - OL (2005, quart de finale de Ligue des champions): Deux échecs d’Abidal et d’Essien ouvrent la voie aux Néerlandais.
  • Étoile rouge Belgrade - OM (1991, finale de Ligue des champions): Les Olympiens finissent par céder aux tirs au but (3-5) après l’échec initial de Manuel Amoros.

Les spécialistes des penaltys

Au fil des décennies, de nombreux joueurs ont brillé dans l’exercice du penalty. Parmi eux, on peut citer :

  • Matthew Le Tissier: Avec un pourcentage de réussite de 100 % sur 43 tentatives, l'attaquant anglais est considéré comme l'un des meilleurs tireurs de penalty de tous les temps.
  • Cristiano Ronaldo: La légende portugaise détient le record du nombre de penaltys inscrits, avec une réussite plus que correcte malgré 30 échecs.
  • Hugo Sanchez: L'attaquant mexicain a inscrit 74 de ses 77 penaltys tout au long de son aventure dans le football professionnel.
  • Michel Platini: Le roi tricolore affiche une réussite exceptionnelle de 44 réussites en 46 tentatives.
  • Alan Shearer: L'attaquant anglais a transformé 63 penaltys sur 70 tentatives en carrière.
  • Robert Lewandowski: Le serial buteur polonais cumule 82 réussites en 92 tentatives.
  • Frank Lampard: L'icône de Chelsea a transformé 66 penaltys pour un taux de réussite proche des 92 %.
  • Michael Ballack: Le milieu de terrain allemand affiche un quasi parfait 29/31 en carrière.
  • Rogerio Ceni: Le gardien brésilien a inscrit 47 penaltys en carrière, un record pour un portier.

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