L'histoire du parapluie pistolet est un récit fascinant qui entrelace l'ingéniosité humaine, les mystères de l'espionnage et les réalités sombres de la guerre froide. Cet article explore l'évolution de cet objet insolite, son utilisation dans le monde de l'espionnage, et son impact sur la culture populaire.
Fascination pour les Armes Déguisées
L'attrait pour les gadgets d'espionnage et les armes dissimulées captive depuis longtemps, influençant l'art, le cinéma et la littérature. Ces objets du quotidien transformés en instruments de mystère et de danger soulèvent des questions sur la réalité et la fiction dans le monde de l'espionnage. Des chevalières à chaton amovible aux rouges à lèvres "baiser de la mort", ces objets dissimulés alimentent l'imagination.
L'Histoire Discrète des Armes Déguisées
Les amateurs de James Bond, d'OSS 117 et de romans d'espionnage ont un goût pour les gadgets. Cependant, ce terme n'est pas toujours approprié. En réalité, ce matériel a une véritable utilité pour les différents types de missions clandestines que peut avoir un agent des services de renseignement: sabotage, assassinats, ou collecte de renseignements par l’enregistrement, la prise de vue…
La période couverte par l'exposition "Guerres secrètes" (Musée de l'armée) s'étend du Second Empire (milieu-fin du XIXe siècle) jusqu'à la fin de la guerre froide. "Si on parle des parapluies bulgares, des stylos pistolets, des pompes à vélo pistolets, ou des rats piégés, là on est plus dans la période Seconde Guerre mondiale et guerre froide."
Développement durant la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide
Durant la Seconde Guerre mondiale, des ateliers sont dédiés à la recherche et au développement de matériels qui seront utilisés par les services secrets. Les premiers sont les Britanniques du SOE (Special Operations Executive) : "Ce service est créé à l’été 1940 par Churchill pour mettre le feu à l’Europe. Sa mission est de faire du soutien aux réseaux de résistance en zone occupée. Et un atelier de recherche et de développement technique est créé afin de fabriquer du matériel pour les agents du SOE."
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Ensuite, durant la guerre froide, les différents services de renseignement américains et soviétiques déploient d'intenses efforts d’imagination pour créer du matériel toujours plus miniaturisé, plus performant, plus discret.
La Fiction et la Réalité de l'Espionnage
James Bond, OSS 117… c'est bien la fiction qui a popularisé l'espionnage et ses gadgets. Mais ces films sont bien souvent des adaptations de romans d’espionnage rédigés par… d'anciens membres des services secrets.
Dans les romans et les films, les gadgets ne sont pas si fantasmés, car les auteurs décrivent des objets très proches de la réalité : "En faisant nos recherches, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de matériels, notamment de la Seconde Guerre mondiale, et beaucoup de la guerre froide, qui ressemblent à ce qu’on peut trouver dans la fiction. On est vraiment dans le camouflage de l’objet, avec des rouges à lèvres pistolets, des cannes d’aveugle à poison, des pipes qui font pistolets ou sarbacanes à poison, ou qui peuvent tout simplement cacher une boussole…."
Le MINOX : Un Exemple de Confusion entre Fiction et Réalité
"On a aussi des objets très liés à l’espionnage, comme l’appareil photo MINOX par exemple, qu’on associe à l’espionnage parce que des dizaines de films ou de séries télévisées ont utilisé ce minuscule appareil photo créé à la fin des années 1930. En réalité, cet appareil a été conçu au départ par une entreprise, pour le grand public. Et les services de renseignement, pendant la Seconde Guerre mondiale, à la fois Alliés et puissances de l’Axe, ont trouvé qu'il était très utile pour photographier des documents secrets. Durant la guerre froide, ce petit appareil photo s’est développé et les services de renseignement, KGB, MI6, CIA, DGSE, SDECE… ont continué à l’utiliser. Donc finalement on a fini par confondre fiction et réalité."
Le Parapluie Bulgare : Mythe et Réalité
Il est difficile d'en savoir plus long sur l'utilisation réelle de ces objets. Lors de quelles missions ils ont servi, à quels agents… Et pour cause puisqu'ils ont été utilisés dans la clandestinité. Néanmoins, Carine Lachèvre évoque le "parapluie bulgare" propulseur de poison, dont un exemplaire est présenté dans l'exposition : un parapluie classique, noir, permettant d'empoisonner une victime choisie par pression sur son corps. L'histoire dit que cette arme aurait été utilisée par les services secrets bulgares contre un dissident réfugié à Londres, Georgi Ivanov Markov.
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L'Affaire Georgi Markov
Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1978, dans son appartement londonien, cet intellectuel se réveille nauséeux et fiévreux. Georgi se masse la jambe ; la veille dans la soirée, il a été piqué, peut-être par un insecte ; s'est formé sous sa peau un renflement rougeâtre qui prend, dans la matinée du vendredi 8, un aspect des plus inquiétants. Sa femme le conduit à l'hôpital le plus proche, en lisière de Hyde Park. Or les médecins, qui craignent la septicémie, se montrent perplexes.
Pressé de questions par son entourage, Georgi Markov s'efforce de se rappeler les circonstances de la piqûre… Il pouvait être 18 h 30, le jeudi 7 septembre, lorsque, attendant son bus au pont de Waterloo pour se rendre aux studios internationaux de la BBC, il a ressenti à la cuisse une brûlure aiguë. Au même moment, le Bulgare a entendu un homme à l'accent étranger s'excuser d'avoir laissé choir son parapluie ; puis il l'a vu ramasser ce grand objet noir et disparaître. La DS (Darzhavna Sigurnost, « Sécurité d'État ») était soupçonnée.
À près de 50 ans, Markov, romancier, dramaturge, était devenu la plume de l'opposition bulgare en exil. Neuf ans plus tôt, en 1969, il avait demandé à l'Italie l'asile politique, avant de venir se fixer en Grande-Bretagne ; depuis lors, dans un anglais fraîchement appris mais d'autant plus précis, il dénonçait les travers du régime.
L'Enquête et les Découvertes
Le samedi 9, la tension artérielle de Markov est au plus bas. Le dimanche, il crache du sang et meurt dans la matinée du lundi 11 septembre 1978. Or, à ce stade, personne ne saurait étayer la moindre hypothèse quant aux causes d'une mort si soudaine. Certes, on pratique une autopsie, mais sans pouvoir en tirer de conclusion définitive.
Les choses auraient pu, auraient dû rester nébuleuses si, depuis l'autre rive de la Manche, un second réfugié bulgare ne s'était manifesté. Vladimir Kostov, 46 ans, réside alors à Paris depuis quatre ans ; un temps correspondant de l'agence de presse bulgare, il a obtenu de la France l'asile politique en 1977. Or, moins de trois semaines avant la mort de Markov, le 26 août 1978, Vladimir était avec sa femme et ses enfants dans un escalier mécanique du métro, sur les Champs-Élysées, quand il a ressenti, au niveau des omoplates, une douleur virulente.
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C'est en apprenant par les journaux, quinze jours plus tard, le sort fait à son compatriote Markov, à Londres, que Kostov établit des rapprochements : le coup furtif et douloureux porté, dans la rue, par un passant pressé, la boursouflure, la fièvre… Vladimir s'en convainc : le dissident londonien et lui ont certainement été victimes de la DS bulgare, opérant de façon similaire, avec des résultats différents - heureusement pour lui.
Il alerte la police judiciaire, qui, de son côté, se met en rapport avec Scotland Yard. Les Britanniques prennent l'affaire au sérieux et dépêchent illico deux agents sur le continent. Sous contrôle de plusieurs services occidentaux, un chirurgien procède, dans une maison discrète, à l'inspection minutieuse du dos de Kostov, jusqu'à en extraire une minuscule bille creuse, de la taille d'une tête d'épingle et qui se révélera d'un alliage de platine et d'iridium. Or, le minuscule projectile porte d'indiscutables traces de poison - et quel poison : de la ricine !
Le Scénario du Parapluie Empoisonné
Ordre est dès lors donné par les autorités britanniques d'exhumer le corps de Georgi Markov afin d'y pratiquer une seconde autopsie. Les médecins légistes retirent alors de la cuisse une petite bille identique à celle extraite du dos de Kostov ! Preuve sera faite, post mortem , d'un empoisonnement à la ricine. En recoupant les éléments dont ils disposent, les enquêteurs penchent pour l'utilisation d'un pistolet à air comprimé, dissimulé, imaginent-ils, dans l'embout du parapluie qu'avait fait tomber, selon Markov, le passant à l'accent étranger. Ainsi, l'empoisonnement ne se serait pas fait par contact avec le parapluie, mais par le truchement d'un coup de feu discret.
Durant des années, une brigade de Scotland Yard va se démener pour tenter d'élucider l'affaire. Sans grand succès. Il aura fallu attendre l'effondrement du bloc soviétique pour que l'enquête soit menée, en Bulgarie, de façon plus efficace. Aussi savons-nous aujourd'hui à peu près comment la cible - Georgi Markov, alias « Vagabond » - a été désignée par le chef du renseignement bulgare en personne, Vladimir Todorov, puis repérée et atteinte par un certain agent « Piccadilly », sans doute un Danois d'origine italienne, Francesco Gullino.
L'Impact Culturel
À l'époque, le procédé du crime est sciemment divulgué ; il frappe l'opinion et, en France notamment, marque les esprits. À l'automne 1980 sortira même une comédie de Gérard Oury, façonnée sur mesure pour Pierre Richard : Le Coup du parapluie. Il y est question d'un assassinat devant être commis avec l'embout empoisonné d'un parapluie - à l'évidence un scénario inspiré, quoique librement, des affaires Markov et Kostov… C'est dire l'immense retentissement public de l'« affaire du parapluie bulgare ».
Au-delà de l'Assassinat : L'Utilisation Diversifiée du Parapluie
Mais cela ne s'arrête pas là : les parapluies peuvent être utilisés comme des armes, mais au bout du compte, ils resteront toujours fidèles à leur tâche principale, qui est de nous protéger de la pluie, mais également des chiens ; des agresseurs ; des balles ; des couteaux ; des acides ; des pierres et même du feu, si vous êtes Nicolas Sarkozy !
En 2011, les gardes du corps présidentiels français se sont dotés d'une nouvelle arme : le parapluie. Leurs parapluies étaient enduits de Kevlar et pesaient 2,2 kg, alors que notre parapluie le plus lourd « Le Gentleman », ne pèse que 500 g. On dit que leurs parapluies étaient si solides que lorsque les manifesta lui lançaient une bouteille de champagne, celle-ci se brisait en morceaux sans problème.
Le Parapluie Moderne : Protection et Innovation
Semper Invicta est une entreprise française, fabricant des protections balistiques individuelles. Suite au succès du ParaPactum®, un dispositif de protection aux allures de parapluie de luxe adopté par la garde rapprochée des Présidents depuis 2010, Charles Yvon a co-développé une gamme de produits anti-agression. Des accessoires et vêtements d’auto-défense, discrets et élégants. Le ParaPactum® existe désormais en version pare-balles. Cet accessoire de luxe protège contre le tir d’armes à feu (NIJ IIA) et devient le premier parapluie pare-balle au monde.
L'Origine et l'Évolution du Parapluie
À l’origine, les parapluies ont été créés par les Égyptiens pour protéger les rois et les reines du soleil. Les Chinois sont les premiers précurseurs de l’utilisation du parapluie contre la pluie en recouvrant leur parapluie en bois avec de la cire et de la laque. Dans « Parapluie », le préfixe « para » vient du latin et signifie « protéger, garantir contre quelque chose ». Ainsi, le mot parasol est composé de para + sol et signifie donc « protéger du soleil ». Quant au parapluie (para + pluie) il a été formé sur le modèle et signifie donc « protéger de la pluie ».
En effet, nous voilà 4000 ans en arrière, les Égyptiens (encore eux) utilisent déjà des parasols pour créer de l’ombre afin de se protéger du soleil. Au 18ème siècle le parapluie a fait l’objet d’une grande discrimination et de stéréotypes. En effet, utilisé en grande majorité par les femmes, le parapluie fut méprisé par les hommes. Ils trouvaient que cet accessoire avait un aspect trop « maniéré », trop « féminin ».
Le Parapluie comme Symbole Culturel
Pour poursuivre notre analyse psychologique du parapluie, nous pouvons noter que le parapluie n’est pas important seulement pour vous protéger de la pluie, mais dans beaucoup de cultures, il joue un rôle d’influenceur. D’autres cultures trouvent des utilisations innovantes du parapluie, que l'on peut voir lors de diverses cérémonies, comme les mariages par exemple ! Dans la culture tibétaine voisine, on respecte tellement les parapluies qu'on vénère la déesse bouddhiste Sitatapatra, qui, traduite en anglais, est appelée "le parapluie blanc".
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