Les stands de tir en Suisse, particulièrement dans la région d'Yverdon et plus largement dans le canton de Vaud, représentent bien plus que de simples installations sportives. Ils sont profondément enracinés dans l'histoire et les traditions du pays, souvent liés aux sociétés de tireurs locales, appelées "Abbayes". Ces Abbayes, avec leurs concours de tir et leurs fêtes villageoises, témoignent d'une relation complexe et ancienne entre les Suisses, leurs armes et leur identité.
Les Abbayes : Sociétés de Tireurs et Fêtes Villageoises
En Suisse romande, notamment dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, le terme "abbaye" désigne une société de tireurs, souvent très ancienne. Ces sociétés organisent des concours de tir, moments centraux de la vie villageoise, où les meilleurs sont couronnés rois et vice-rois.
Nature et déroulement des Abbayes
Les abbayes durent souvent jusqu’à trois jours et peuvent comporter une journée spéciale pour les jeunes. On y danse et l’on s’y restaure sous la cantine. Le concours de tir, normalement annuel ou bisannuel, donne lieu à une fête de village. La veille, le matin, le jour, le soir de l’abbaye, le bal, la fête, le tir de l’abbaye rythment la vie de la communauté. Participer à une abbaye, c'est faire partie d'une tradition, célébrer un héritage commun.
Rôle social et historique des Abbayes
L'abbaye permet le développement d’un réseau de connaissances, voire d’une “clientèle”, électorale ou commerciale. Au sens 1, attesté en français régional depuis le xviie siècle. Le sens 2 est attesté depuis 1697. Le type abbaye, bien représenté dans les patois de la Suisse romande, a connu plusieurs sens: en plus de celui de “monastère gouverné par un abbé ou une abbesse”, qu’il partage avec le français de référence, on relève entre autres celui de “corporation ou confrérie, association organisée dans un but commun”, qui ne survit aujourd’hui qu’à Fribourg (sens 3). Quant au sens de “fête d’une société de tir”, le plus fréquent dans l’usage contemporain, il est aussi le plus récent. Le sens de “local de certaines confréries”, attesté du xve au xixe siècle en Suisse romande mais tombé aujourd’hui en désuétude, aurait été connu « dans le Midi ».
On trouve les appellations suivantes : Noble abbaye Abbayes vaudoises, lausannoises Société de l’Abbaye Abbaye des agriculteurs, des grenadiers, des carabiniers, des fusiliers. Par exemple, « L’an passé, l’Abbaye des grenadiers des Bioux a fêté son 225e anniversaire, celle des carabiniers de Montreux son 200e anniversaire.
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Localisation et spécificités linguistiques
Essentiellement attesté dans VD et NE (sens 1 et 2). La réalité désignée par abbaye est limitée à ces cantons, mais le mot lui-même est connu au-delà, comme le suggèrent les attestations relevées dans des journaux de Genève et de Fribourg (mais référant à des manifestations vaudoises ou neuchâteloises). Mot très répandu. Il n’existe pas d’équivalent en français de référence pour abbaye “société de tireurs ; fête de cette société”. Le sens de “monastère dirigé par un abbé, une abbesse ; bâtiments de ce monastère” a aussi cours en Suisse romande. Au sens 1, attesté en français régional depuis le xviie siècle (v. Pier). Jean-Jacques Rousseau, dans sa correspondance, mentionne « l’abbaye de l’arquebuse de Couvet » (1765, v. GPSR 1, 36b s.v. abbaye 2 °C). Le sens 2 est attesté depuis 1697 (v. Pier ibid. 2°).
L'Abbé-Président : Gardien des Traditions
Abbé-président est le Président d’une abbaye ou d’une confrérie, chargé entre autres choses de l’organisation de festivités. La forme abbé-président est beaucoup plus récente ; on en trouve une première attestation, de manière indirecte, dans GPSR 1, ibid. : « à Vevey et à Montreux, il [le terme abbé] est souvent modernisé par l’addition du mot président » (1924). Dans l’usage contemporain, le composé est plus fréquent que le simple.
Les Armes et la Tradition Suisse
La possession d'armes en Suisse est un sujet sensible, intimement lié à l'histoire et à l'identité du pays. La tradition de l'armée de milice, où les citoyens conservent leur arme de service à domicile, est une spécificité helvétique.
La tradition de l'armée de milice
La Suisse possède une longue tradition militaire basée sur le concept de « nation en armes ». Pendant des siècles, chaque citoyen masculin était tenu de servir dans l’armée et de conserver son arme de service à domicile. Le système de milice, toujours en vigueur aujourd’hui, implique que de nombreux Suisses possèdent une arme militaire chez eux.
Réglementation et Contrôle des Armes
Contrairement aux idées reçues, le pays alpin ne permet pas un accès illimité aux armes. Un cadre juridique strict encadre leur acquisition, leur détention et leur port. Cette réglementation, fruit d’un équilibre entre tradition et sécurité publique, façonne un modèle unique en Europe. La loi fédérale sur les armes, entrée en vigueur en 1999 et régulièrement mise à jour, constitue le socle de la réglementation suisse en matière d’armes. Les armes soumises à autorisation (pistolets, revolvers) nécessitent l’obtention d’un permis d’acquisition délivré par l’autorité cantonale. La détention d’armes est soumise à des règles strictes de sécurité. Les armes doivent être conservées hors de portée des tiers, séparées des munitions. Le port d’armes en Suisse est soumis à une réglementation distincte de celle régissant l’acquisition et la détention. Le transport d’armes est autorisé pour des motifs légitimes (se rendre au stand de tir, chez l’armurier, etc.). Le port d’armes au sens strict, c’est-à-dire le fait de porter une arme chargée et prête à l’emploi dans l’espace public, est extrêmement restreint. Le permis de port d’armes est délivré par l’autorité cantonale après une évaluation rigoureuse du besoin et des aptitudes du demandeur. Les membres de l’armée en service sont autorisés à porter leur arme de service dans le cadre de leurs fonctions. Le respect de la législation sur les armes fait l’objet de contrôles réguliers par les autorités suisses. Les registres cantonaux des armes permettent de suivre les acquisitions et les transferts d’armes soumises à autorisation. En 2019, la Suisse a adapté sa législation aux normes européennes suite à une révision de la directive de l’UE sur les armes.
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Le Tir Sportif
Le tir sportif est une activité très populaire en Suisse, pratiquée par des milliers de personnes lors de fêtes populaires et de concours. Il est important de souligner que les accidents sont rares lors de ces manifestations, qu'il s'agisse de tirs sportifs ou de tirs militaires obligatoires.
Rôle des Stands de Tir
Dans ce contexte, les stands de tir jouent un rôle essentiel en offrant un cadre sécurisé et réglementé pour la pratique de ce sport. 85% des licenciés de la Fédération suisse de tir (FST) utilisent leurs armes de service pour la pratique du tir sportif. Sans installations et avec de la munition au prix du marché, la plupart vont arrêter le tir! Sans financements et participants, la FST ne pourra plus organiser les tirs cantonaux, fédéraux et la formation des juniors.
Histoire et Contexte Vaudois
L'histoire des stands de tir dans le Pays de Vaud est intimement liée à son histoire politique et sociale, notamment à l'occupation Bernoise et à la période de la République Helvétique.
L'Occupation Bernoise et les "Fêtes de Tirage"
L'occupation Bernoise du Pays de Vaud en 1536, va se traduire non seulement par un assujettissement des Vaudois à leurs Excellences de Berne mais ces dernières leurs imposèrent également leur foi protestante, avec toutes les rigueurs d'une morale austère. Mais leurs Excellence de Berne se gardèrent bien de supprimer les "fêtes de tirage", où leurs sujets incorporés dans les milices bernoises, avaient l'occasion de s'entraîner au tir. Mais, en dépit de la sévérité des moeurs, les "Jours des Rois" étaient l'occasion de fêtes, de collation bien arrosées, très souvent aux "comptes" de la Commune. La morale, cependant, n'en perdait pas ses rigueurs pour autant…. Le régime Bernois avait assuré au pays de Vaud ordre, tranquillité, sécurité et une certaine prospérité. Il faut bien reconnaître que la majorité des Vaudois s'en accommodait. Même l'épisode du Major Davel (1723) voulant libérer sa patrie de la tutelle bernoise n'a rencontré que peu d'écho. Elles se trompent lourdement et n'en prendront même pas conscience lors de la proclamation de la République lémanique du 24 janvier 1798.
La République Helvétique et la Renaissance des Abbayes
La France impose et soutient la république helvétique, copie du modèle français. Cette situation explique la révolution vaudoise des Bourla-Papey (brûleurs de papiers). Dès sa promulgation, la paix revient …. et de nombreuses Abbayes se créent . Les Abbayes fondées dans le canton de Vaud dès 1803 sont sans doute plus [gratuites] mais elles vont exactement dans le sens de l’Autorité à laquelle elles demandent d’ailleurs de solannelles permissions et contre qui il ne leur viendarait pas l’idée de se révolter. Douze voient le jour entre 1816 et 1860. Sur le territoire de notre commune 2 Abbayes voients le jour la même année soit en 1821. Il semble que ces fondations successives aient influencé celle des tireurs Vaudois, devenue en 1825 La Société des Carabiniers de Lausanne.
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Contexte social et technologique du XIXe siècle
L'automobile naît aussi à la fin de ce siècle. D'importantes découvertes ouvrent des horizons nouveaux: la photographie, le télégraphe électrique, la lampe à incandescence, le phonographe. La médecine connaît le début de l'anesthésie, avec éther et chloroforme (on opérait à vif jusque-là). Pasteur découvre la microbiologie et les vaccins. La Suisse verra cinq constitutions (ou régimes) et une guerre civile entre cantons protestants et catholiques, la guerre du Sonderbund (1847) avec le Général Dufour. La machine à vapeur fait son apparition et les riverains du Léman découvrent le premier bateau à vapeur, le Guillaume Tell (1823); suit le chemin de fer dont la construction de la ligne Jura-Simplon; on inaugure le premier funiculaire suisse, le.
Initiatives et Débats Contemporains
Aujourd'hui, des initiatives visent à limiter la possession d'armes, suscitant des débats passionnés sur les traditions helvétiques et la sécurité publique.
Le Contrôle des Armes : Un Débat Complexe
La question du contrôle des armes est au cœur des débats en Suisse. Les opposants, quant à eux, insistent sur le respect des traditions et des libertés individuelles, ainsi que sur l'importance de maintenir une armée de milice efficace. Il n'y a aucune corrélation entre la possession d'armes et le taux de suicide.
Restrictions et Confiance envers les Citoyens
Une des dispositions de l'initiative interdira toute remise par l'État de leur arme personnelle aux anciens militaires, même si la loi réglera les exceptions que les votants ne connaissent pas! La restriction à l'accès aux armes de sport ou d'ordonnance par un gouvernement signifie tout simplement que ledit gouvernement n'a pas ou plus confiance dans ses citoyens. Il n'y a pas de dictature sous laquelle les armes sont accessibles.
Josias Hartmann : Un Champion Vaudois
Retranscription de l’article du journal LE CONFEDERE du vendredi 23 août 1929. Josias HartmannLe champion mondial du tir que Lausanne a fêté jeudi soir est né le 3 avril 1893 à Says, village des Grisons, qui compte une soixantaine d'habitants .Son père était agriculteur, mais avant tout, grand chasseur. Dès sa plus tendre enfance, Josias sut onc ce qu'était un fusil, de la poudre et des balles. En 1910, son père le place, pour y faire un apprentissage d'armurier, chez l'excellent spécialiste Ryffl, à Lucerne, où il demeure trois ans. Son apprentissage terminé, il entre à la Fabrique d'armes de Lenzbourg, chez MM. Haemmerli et Cie. Vingt ans ! C’est la vie militaire qui commence. Après son école de recrues, Josias Hartmann peut entrer à la Fabrique d'armes de Berne comme armurier, puis comme contrôleur. Mais il ne se sent aucune disposition pour les métiers sédentaires. Sportif avant tout, il aimerait avoir un commerce à son propre compte. Survient la mobilisation. 1000 jours de service font d'Hartmann un premier-lieutenant de mitrailleurs de montagne. En 1916 et 1917, il travaille par intermittence à Genève. La guerre finie, c'est à Lausanne qu'il vient se fixer, chez Mayor, armurier. Il fonde à Lausanne un atelier à l'avenue Ruchoimet où il restera de 1919 à 1924. A cette époque, les Bernois étaient à l'affût : ils tentent de ramener chez eux cet artisan de qualité et ce réputé tireur. Hartmann se laisse tenter. Il va réaliser son vœu : avoir un commerce. Les affaires, cependant, ne sont pas brillantes et son atelier périclite. Il faut fermer boutique. Rappelé par ses amis, au printemps 1927, Josias Hartmann rentre à Lausanne. Il y installe un nouvel atelier au Valentin. C'est là qu'il exécuta les commandes des équipes internationales italiennes, finlandaises et américaines, ainsi que de nombreux ordres pour les particuliers étrangers et suisses. Sa réputation de tireur et d'armurier allant croissant, les affaires devinrent normales, sans plus. Et à l'heure présente, retour de Stockholm, Hartmann a du pain sur la planche. Josias Hartmann, qui a encore sa mère à Says, a épousé en 1920 une jeune fille de son canton. Il est père de deux fillettes dont l'aînée a 7 ans. Erica, c'est ainsi qu'elle se nomme, a écrit à son glorieux père une charmante lettre pendant son séjour à Stockholm. Charmante lettre, oui, lourde de tendresse : elle contenait en chiffre rond cent mille baisers pour son papa ! Ni plus ni moins. Josias Hartmann nous l'a dit : cet encouragement lui a été précieux autant que les innombrables télégrammes reçus à l'occasion de sa magnifique victoire. A 8 ans, Josias Hartmann faisait son premier tir avec l'arme d'ordonnance. A 12 ans, il participait aux tirs militaires obligatoires ! A 13 ans, il sortait 3me d'un concours de sections sur 15 concurrents. Il avait obtenu une autorisation spéciale pour pouvoir s'aligner dans cette épreuve avant d'avoir atteint les 18 ans réglementaires. A 15 ans notre jeune champion fait 5 cartons successifs à la fête de tir d'Illanz. Et à 16 ans, à Page heureux où les meilleurs Suisses ignorent encore ce qu'est le tir, il obtient sa première couronne. En 1913, il a donc 20 ans, avant d'entrer à l'école de recrues, il a conquis déjà cinq premiers prix avec une moyenne de 85 et 86 points. (On tirait alors avec les anciennes munitions.) Puis ce furent les grandes épreuves. La première compétition mondiale à laquelle Josias Hartmann participe est celle de Rennes où il est proclamé champion' du-tir à genoux. A Saint-Gall, en 1925, il est champion du monde en établissant le record de 1109 points. En 1927, c'est la réédition de ce succès. Mais en 1928, il subit un léger échec et c'est avec deux points de moins que le champion qu'il est classé troisième. En 1929, il est de nouveau champion du monde avec un total impressionnant de 1114 points. Et pourtant, en pleine forme, Josias Hartmann avait la gentillesse de déclarer en parlant de Tellenbach :- Ce sera mon successeur, l'an prochain. Je ferai tout pour qu'il arrive, car c'est un tireur de grande classe. Autre et dernier succès : avec un fusil suédois qu'il ne connaissait pas, Hartmann parvient à se classer immédiatement derrière le champion à l'arme de guerre suédoise Erickson qui le bat de deux points seulement, bien que tirant, lui, avec son arme personnelle. En fait de palmarès, on ne fait guère mieux, Qu’en pensez-vous, messieurs les Américains, messieurs les Suédois ? (Gazette de Lausanne.)
Hartmann et l'Armurerie Haemmerli
HARTMANN a travaillé à ses tout débuts au sein de la firme MM HAEMMERLI & CIE en 1913/1914. Pas étonnant donc que l’on retrouve des composants de cette firme sur l’arme qui nous concerne (canon, boitier, plaque de couche) Il a eu son propre atelier à Lausanne de 1919 à 1924. Puis a travaillé à BERNE si l’on en croit le journaliste. Puis il revient ouvrir cette fois ci boutique plus sérieusement à LAUSANNE de nouveau en 1927 « au Valentin » Or notre ami BACCARDI nous expliquait précédemment que : « En 1925, Hämmerli a développé un canon particulier adapté à la carabine de match de type Martini. Le système a ensuite été adopté par l'équipe américaine et comme on le sait, les équipes américaines et suisses ont fait main basse sur les titres durant de nombreuses années. Ainsi, ce serait depuis 1925, et pas avant, qu'on trouverait des canons Hämmerli sur des carabines munies du système Martini. » Je pense donc qu’il est possible d’affirmer avec une quasi-certitude que cette arme (signée à Lausanne) est sortie des ateliers HARTMANN postérieurement à la réouverture de son magasin/atelier « au Valentin » à Lausanne en 1927.
L'Ironie du Journaliste et l'Appréciation Américaine
Le journaliste, très ironiquement, termine son article : « Qu’en pensez-vous Messieurs les américains… » Si j’en crois cette photo de Morris Fisher, beaucoup de bien ! Ce grand champion américain (triple médailles d’or à Anvers en 1920 et double médailles d’or à Paris en 1924) qui fut aussi un des chantres du 1903 modifié pour le tir et un roi de la bretelle ! , ne s’est apparemment pas gêné pour tâter de la petite sœur jumelle de celle qui anime ce post. Cette photo nous éclaire sur le fait que la finition boitier/canon semble bien être « en blanc » Dommage que cette photo ne soit pas datée car la ressemblance est frappante ! Apparemment, ce garçon issu du corps des marines savait, lui aussi, de quoi il parlait. Il manque néanmoins à sa panoplie les atours d'un Roy du papegay ce qui en fait quand même un piètre tireur. Quand aux suédois, il leur faudra attendre 1932 pour comprendre .
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