Le Tir aux Pigeons des Mariannes : Histoire et Analyse d'une Bataille Décisive

La bataille de la mer des Philippines, surnommée le « Tir aux Pigeons des Mariannes », est un affrontement aéronaval majeur de la guerre du Pacifique. Cet événement, qui s'est déroulé en juin 1944, illustre à la fois la domination aérienne américaine et les faiblesses logistiques japonaises. Pour bien comprendre cette bataille, il est essentiel de revenir sur le contexte, les forces en présence et les stratégies déployées par les deux camps.

Contexte Stratégique et Préparatifs

En 1944, le Japon est sur la défensive après les défaites de Midway et de Guadalcanal. Les îles Gilbert ont été perdues l'année précédente, et les îles Marshall en janvier-février 1944. Cependant, le Japon dispose toujours d'une flotte importante, incluant des cuirassés puissants (Yamato, Musashi, Nagato) et des porte-avions lourds de la classe Shōkaku, considérés comme les meilleures unités japonaises.

Les Américains, quant à eux, bénéficient d'un nombre croissant de pilotes expérimentés et d'une supériorité numérique en cuirassés, croiseurs et porte-avions. Parmi ces derniers, les unités de la classe Essex (comme le Bunker Hill ou le Yorktown) représentent le summum de la technologie aéronavale américaine, avec une capacité d'emport allant jusqu'à 100 avions. De plus, les avions américains, tels que le Grumman TBF Avenger et le F6F Hellcat, surpassent qualitativement les appareils japonais.

L'origine de la bataille réside dans l'opération Forager, la conquête des îles Mariannes (Saipan, Tinian et Guam) par les États-Unis. Le 15 juin, les Américains débarquent sur Saipan, déclenchant une bataille acharnée pour le contrôle de l'île. Pour Tokyo, la perte de Saipan est inacceptable, car elle mettrait l'Empire à portée des bombardiers stratégiques B-29 Superforteresse de l'US Air Force et ouvrirait une brèche dans son périmètre défensif. La flotte japonaise doit donc agir rapidement pour défaire l'US Navy et stopper les opérations de débarquement.

La flotte japonaise est commandée par le vice-amiral Ozawa Jisaburo, un officier expérimenté et compétent. La flotte se prépare à la revanche, avec des unités modernes comme le porte-avions Taihō, inspiré par la pensée aéronavale britannique et doté d'un pont d'envol blindé. Les Japonais disposent également de nouveaux avions plus performants, tels que le Nakajima B6N2 Jill et le bombardier en piqué Yokosuka D4Y Judy.

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La stratégie japonaise, basée sur le plan Z, vise à coordonner les forces terrestres de Saipan/Tinian avec les forces navales pour détruire les porte-avions américains et reprendre le contrôle des eaux territoriales de Saipan. La flotte japonaise se met en marche le 13 juin depuis les îles entourant la métropole, dont Iwo Jima.

En face, les Américains ont mobilisé une force massive pour l'opération Forager : 775 navires de tous types, 250 000 marins, 100 000 soldats de l'US Army et des Marines, et 956 avions. L'US Navy est commandée par l'amiral Raymond A. Spruance, secondé par le vice-amiral Mitscher. Spruance, vainqueur de Midway, est un homme calme, réfléchi et respecté.

La méthode de conquête américaine pour les Mariannes est celle du "saute-mouton", avançant d'île en île. En plus de la supériorité numérique en avions, les Américains bénéficient d'un matériel éprouvé et de pilotes expérimentés. L'US Navy exploite également les faiblesses logistiques japonaises, avec des sous-marins de classe Gato harcelant les convois japonais en partance des Indes néerlandaises.

Le plan américain est simple : laisser la flotte japonaise s'approcher pour ensuite l'affronter dans une bataille navale de type Midway, en exploitant la supériorité numérique de l'US Navy, en particulier en porte-avions lourds. Spruance, à la tête de la 5th Fleet, est déterminé à assurer la progression des soldats à terre tout en se protégeant contre toute attaque navale.

Le Déroulement de la Bataille

Le 18 juin, la flotte japonaise s'approche de la zone de Saipan, et entre les deux se situe la 5th Fleet américaine. Celle-ci comprend 7 porte-avions lourds de classe Essex, autant de porte-avions légers, 7 cuirassés, 79 croiseurs ou destroyers, et 29 sous-marins.

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Ozawa a misé gros sur la bataille de la mer des Philippines, mobilisant tous les porte-avions japonais, dont les deux unités de la classe Shōkaku et le porte-avions Taihō. La Force A, le corps principal d'attaque de la flotte, comprend ces trois porte-avions lourds, ainsi que 6 porte-avions légers, trois Sentai de cuirassés (avec 5 cuirassés dont le Yamato et le Musashi), et une quarantaine de croiseurs et de destroyers.

Après un premier raid japonais venant de Guam, Ozawa décide de frapper le premier. Le 19 juin à 8h30, il lance un premier raid de 69 avions, principalement des Zero armés de bombes de 250 kg. Cependant, la moitié des appareils de reconnaissance ayant été abattus, Ozawa ne dispose que d'informations partielles.

Grâce à leurs radars performants, les Américains repèrent rapidement les Japonais et déploient leurs F6F Hellcat. Les chasseurs américains exterminent le premier groupe, abattant les 25 appareils. Au total, environ 42 avions japonais sont descendus, en majorité par des Hellcat.

Ozawa, ignorant le carnage, lance un second raid, le plus important, avec 128 avions, dont 48 Zero, 53 bombardiers en piqué Judy et 25 torpilleurs B6N2 Jill. Le raid est détecté à 115 miles nautiques des porte-avions, donnant aux Américains le temps de se préparer. Les F6F explosent l'escorte et s'attaquent aux bombardiers torpilleurs. L'océan est constellé de débris enflammés. Seul le porte-avions Bunker Hill est endommagé. 97 avions japonais sont descendus.

Ozawa, sous-estimant ses pertes, lance deux autres raids. La troisième attaque, lancée à 10h15 avec 47 engins, n'a pas plus de succès. La moitié des avions se perd et retourne sur ses porte-avions. L'autre groupe est attaqué par une patrouille américaine, et 7 avions japonais sont abattus. Pour le dernier raid, Ozawa envoie ce qu'il reste de ses bombardiers. Une partie du raid se détourne sur Guam et est interceptée par des F6F. Au total, 72 avions sur 85 ont été abattus ou endommagés durant ce quatrième raid.

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La bataille de la mer des Philippines est ainsi surnommée "le tir aux pigeons des Mariannes" en raison de l'efficacité de la défense américaine : quatre interceptions pour quatre raids, un feu de DCA efficace et une domination des F6F sur les Zero. Pour 29 appareils abattus et deux navires endommagés, 315 avions japonais sont perdus, avec la majorité des équipages expérimentés restants de la Marine Impériale.

Pendant que les Japonais sont massacrés dans le ciel, les sous-marins lancés par Spruance traversent le périmètre de la flotte japonaise. Le 19 juin, tôt dans la matinée, le sous-marin USS Albacore repère le porte-avion Taihō et tire six torpilles. Une torpille atteint le Taihō, endommageant plusieurs conduites de carburant d'aviation.

Conséquences et Analyse

La bataille de la mer des Philippines représente une victoire décisive pour les Américains. La perte massive d'avions et de pilotes expérimentés affaiblit considérablement la capacité aéronavale japonaise. La bataille contribue également à la chute de Saipan, qui devient une base stratégique pour les bombardements américains sur le Japon.

L'efficacité de la défense américaine, en particulier l'utilisation du radar et les performances supérieures du F6F Hellcat, mettent en évidence l'avance technologique des États-Unis. La bataille révèle également les faiblesses logistiques japonaises, notamment le manque de protection sous-marine et la coordination déficiente des opérations aériennes.

La bataille de la mer des Philippines marque un tournant dans la guerre du Pacifique, ouvrant la voie à la conquête des îles Mariannes et à la campagne de bombardements stratégiques sur le Japon. Elle symbolise la transition de la puissance navale du Japon vers les États-Unis, confirmant la domination américaine dans le Pacifique.

Le Destin Tragique de l'USS St. Lo

Parmi les nombreux navires américains impliqués dans la guerre du Pacifique, l'USS St. Lo a connu un destin particulièrement tragique. Initialement nommé USS Midway, il a été rebaptisé pour libérer ce nom pour un nouveau porte-avions.

L'USS St. Lo a participé à la bataille de la mer des Philippines en juin 1944, contribuant à la destruction de nombreux avions japonais. Cependant, son rôle le plus marquant s'est déroulé lors de la bataille du golfe de Leyte en octobre 1944.

Le 25 octobre 1944, au large des Philippines, l'USS St. Lo a été attaqué par des avions kamikazes japonais. Un chasseur Zero a percuté le pont d'envol du porte-avions, déclenchant une série d'explosions qui ont conduit à son naufrage. L'USS St. Lo est devenu le premier navire de guerre américain coulé par un kamikaze.

Le naufrage de l'USS St. Lo a causé la mort de près de 150 membres d'équipage. Son sacrifice symbolise la détermination et le courage des marins américains pendant la guerre du Pacifique.

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