Chaque jour à midi pile, un son particulier résonne dans les rues de Nice, surprenant les touristes et rappelant aux Niçois une tradition bien ancrée : le coup de canon. Cette coutume, loin d'être un simple folklore urbain, est un véritable pan de l'histoire de la ville, un lien entre le passé et le présent.
L'Origine Écossaise : Une Légende Tenace
L'histoire la plus répandue attribue l'origine du coup de canon à un lord écossais, Sir Thomas Coventry. La légende raconte qu'au XIXe siècle, Sir Thomas, agacé par les retards de son épouse pour le déjeuner, aurait demandé à la ville de Nice de tirer un coup de canon chaque jour à midi pour la rappeler à l'ordre. Séduits par l'idée, les Niçois auraient rapidement adopté cette pratique. Une autre version de cette histoire dit qu'en 1862, l’Écossais Sir Thomas Coventry mangeait chez lui avec ses officiers. Comme sa femme était souvent en retard, il utilisait ce coup de canon comme signal pour qu’elle lui fasse à manger. Quand il est rentré chez lui dans son château d’Édimbourg, il a laissé une somme d’argent à la mairie de Nice pour que ce rituel perdure. C’est ensuite Malaussena qui a fait voter un arrêté municipal pour que cette tradition perdure.
Bien que charmante, cette légende est aujourd'hui remise en question par les historiens.
La Véritable Histoire : Un Lord Passionné d'Astronomie et de Météorologie
Des recherches récentes, notamment celles de l'historienne Judit Kiraly, ont permis de reconstituer une histoire plus précise et documentée. Sir Thomas Coventry n'était pas un militaire colérique, mais un avocat et écrivain juridique anglais, passionné d'astronomie et de météorologie. Marié à Elizabeth Littledale, héritière d'une fortune considérable, il passait ses hivers à Nice, alors un lieu de villégiature prisé par l'aristocratie européenne.
Coventry s'intéressait à la mesure précise du temps, une préoccupation importante à une époque où les horloges n'étaient pas encore généralisées et où les cloches des églises sonnaient à des heures différentes. Il installa sur la terrasse de l'hôtel Chauvain, où il résidait, une trentaine d'instruments de mesure, dont une boule horaire, visible depuis la colline du château.
Lire aussi: Guide du nettoyage du canon de fusil
Le 10 novembre 1861, il écrivit au maire de Nice, François Malausséna, pour demander l'autorisation de tirer un petit canon à midi pile, afin de donner un signal horaire précis à la population. Coventry finançait lui-même le coût de l'opération.
Philippe Arnello : Le Gardien de la Tradition
Depuis 1992, Philippe Arnello est l'artificier chargé de perpétuer cette tradition. Chaque jour, il se rend sur la colline du château pour tirer le coup de canon. "J’ai commencé en 1992 à prendre en charge le coup de canon car c’est à partir de cette date qu’il a fallu un diplôme pour le réaliser". Il a pris le flambeau en 1992, lorsqu’il est devenu nécessaire de posséder un diplôme pour pérenniser cette tradition niçoise.
Si autrefois, un véritable canon était utilisé, c'est aujourd'hui un "marron d'air", une bombe de feu d'artifice, qui produit le bruit caractéristique. "Souvent, les gens sont déçus, pointe l’artificier. Aujourd’hui, il n’y a plus de canon." Mais une bombe de feu d’artifice, un marron d’air. Philippe Arnello met le feu à la mèche. La poudre noire propulse la bombe à 60 m de haut. Arrivée au sommet, elle explose sans faire de couleur. C’est ce bruit qui résonne dans toutes les rues de Nice. Philippe Arnello active la détonation via une télécommande.
Philippe Arnello est le canonnier de Nice puis plus de 30 ans. Un rôle qu’il porte avec fierté tous les midis. Le visage derrière le coup de canon, c’est celui-ci. Philippe Arnello tire depuis la Colline du château le traditionnel coup de canon depuis plus de 30 ans. Artificier de profession, il a pris le flambeau en 1992, lorsqu’il est devenu nécessaire de posséder un diplôme pour pérenniser cette tradition niçoise.
Pour lui, ce coup de canon, c’est plus qu’une tradition, c’est une identité. L’identité de la ville de Nice qu’il aide à entretenir à sa façon. « Je fais en quelque sorte partie de l’histoire de Nice. J’en suis fier ! »
Lire aussi: Le Ruby : un aperçu historique
Une Ponctualité à Toute Épreuve
Philippe Arnello prend son rôle très au sérieux. "Il faut être là tous les jours de l’année, fêtes et jours fériés compris, et à midi pétante".Pour garantir une ponctualité irréprochable, il se fie à l'horloge parlante. "En 30 ans, je n’ai jamais été en retard. Jamais. C’est une nouvelle manière de vivre qui m’a aussi influencé au quotidien. Maintenant, je suis toujours à l’heure, n’importe où et n’importe quand !".
Il confie n'avoir manqué le tir qu'à deux reprises, à cause d'événements imprévus. A deux reprises, il a dû être annulé car j’étais bloqué. Par un accident sur la voie Mathis puis par une manifestation », se souvient-il.
Un Hommage et une Modernité
Aujourd'hui, le coup de canon de Nice est plus qu'un simple signal horaire. Il est un symbole de l'histoire de la ville, un hommage à son passé et une curiosité qui attire les touristes. Exceptionnellement, le 14 juillet, le ciel niçois restera silencieux, en hommage aux victimes de l' attentat de Nice. C’est désormais le cas tous les 14 juillet, en hommage aux victimes de l’attentat de Nice.
C’est donc plus qu’une simple légende car le coup de canon, c’est surtout l’entrée de Nice dans la modernité. Depuis la colline du Château, Philippe Arnello, 68 ans, perpétue la tradition en tirant chaque jour le coup de canon de midi.
Lire aussi: Fonctionnement du fusil superposé expliqué
tags: #tir #de #canon #Nice #histoire
